‹ Les Traités des MinoritésChapitre 5 sur 38 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

à priori supposée. Or ces principes n'étaient pas du tout dans les vues de Rome. Pour elle toutes les guerres ont pour but un complet asservissement de l'ennemi, Rome ne Peut souffrir autour d’elle ni rivales ni égales. Les peuples Œui osaient défendre leur indépendance étaient traités AVEC une rigueur poussée quelquefois jusqu’à la cruauté (1).

Pour arriver à Ja conquête du monde, tous les moyens étaient employés, et les nombreux traités qu'elle passait avec les peuples sous des vocables divers : Paix, amitié, alliance, finissaient toujours par amener une véritable servitude pour l’autre contractant.

De véritables relations internationales pouvaient exister seulement entre les vassaux de l'Etat romain. L'Empereur | réglait en dernier appel tous les différends, soit person- | nels, soit nationaux, que les envoyés des peuples lui expo- |saient. L'activité extérieure des Etats soumis était réduite à leurs rapports avec Rome, avec qui, il ne faut pas ou-

Blier de le préciser, ils n’étaient Pas sur Île pied d'égalité, mais bien au contraire, leur situation était celle de sup- Pliant au regard d’un supérieur.

| Pasquale Fiore cite ce passage d’Ortolan qui résume la Politique extérieure des Romains : |

< Diviser les peuples pour les combattre les uns après

d) Paul Fauchille : Traité cité p. 70,

les autres; se servir de ceux qui sont soumis pour vaincre

ceux qui ne le sont pas; ménager ses forces, user celles de ses alliés; sous prétexte de défendre ces alliés envahir le

territoire de leurs voisins ; intervenir dans les querelles des nations pour protéger le faible, et subjuguer ainsi le faible et le fort; faire une guerre à outrance, et se Mmon-

trer plus exigeant dans les revers que dans la victoire ;

LE PTE A LME

éluder, par des subterfuges, les serments et les traités ; :

parer toutes ces injustices du voile de l'égalité et de la grandeur; telles sont les maximes politiques qui ont donné

à Rome le sceptre de l'Italie et celui du monde connu » (1). :

Dans de telles conditions, où le vaincu est sans conditions soumis au vainqueur, où légalité et l'indépendance n’existent pas, où presque tout le monde connu obéit à César, on ne peut pas parler de droit international.

Une fois l'Empire universel réalisé, voyons quelle était

l'attitude de Rome vis-à-vis des groupements soumis,

c’est-à-dire des minorités.

« Pour la première fois on voit chez les Romains la notion de droit s’élever à une indépendance complète » (2). L'immensité de l'Empire n’était pas le seul fait qui faisait que les peuples ne sentaient pas le joug immédiat de Rome. C’était surtout une très large autonomie laissée aux provinces, la confiance dans l'excellence du droit romain,

dans la justice de ses prêteurs et la capacité des administrateurs.

Une organisation extraordinaire assura l’unité, l'ordre et la prospérité du vaste Empire. Chaque peuple conservait sa culture, ses temples, ses écoles. Pendant quatre siècles, Pax Romana régna sans qu'aucun mouvement nationalitaire fut enregistré. Tout le monde civilisé était sous

() Pasquale Fiore : Nouveau Droit international public, p. 20. (2) Holtzendorff-Rivier : L’Introduction, p. 225.

ts. domination du droit public romain eton croyait qu il avait aient son PHP ton définitive @}:

Le En de l'individu minoritaire avec l'Etat était réglé par le jus gentium,. branche du droit international - romain. Le jus gentium comprenait seulement une partie . du droit privé et s’appliquait uniquement aux sujets pérégrins, c’est-à-dire à ceux qui n'avaient pas la qualité de citoyen romain. Le Praetor peregrinus est spécialement

chargé de rendre la justice et de dire le droit aux pérégrins. Quant à ceux qui n'étaient pas fixés à Rome et qui n'avaient pas le droit de cité, ils étaient régis par le droit local, par l’édit provincial.

Avec l’édit de Caracalla cette distinction perd de son intérêt, car la qualité de citoyen est reconnue à tous les hommes libres de l'Empire. L’autonomie provinciale et les

. droits locaux furent supprimés. Cette centralisation à outrance compliquée par les invasions barbares, ébranla d’abord l’Empire et puis amena sa chute.

Un facteur qui a contribué à affaiblir le plus la force politique de l’Empire, c’est le triomphe du christianisme. L'idée fondamentale d’un dieu unique développée et popularisée par le christianisme, resserra l’unité humaine par l'unité religieuse. « Au lieu de la patrie grecque ou romaine, dit M. Vergé, on eut la patrie chrétienne ; le titre de coreligionnaire se substituait à celui de concitoyen, comme sauvegarde et comme symbole d’une mystérieuse alliance; la religion, non plus la cité, devient la mesure du droit. C'était un progrès; ce ne fut pas encore la consécration des

(4) Th. Ruyssen : Ouvrage cité, p. 186.

: | Re

traités imprescriptibles de l'humanité. L’enceinte du droit

s’élargissait, mais elle avait encore des barrières... » (1). La lutte entre la minorité chrétienne et l'Etat provenait

de l’exagération du sentiment religieux et — comme pour …

les adorateurs de Jéhovah — les poursuites exercées par les Romains étaient essentiellement de caractère politique, en raison de l'attitude des gens incriminés envers

l'Etat, Le sentiment religieux, était tellement profond et puissant chez les chrétiens, qu’ils montrèrent qu'on peut mourir pour un Credo. Tandis que dans l’idée des Césars la persécution était exclusivement politique, les chrétiens étaient dévorés au cirque pour leur religion.

Pour les Romains, une telle intensité de la foi était in-

connue et incompréhensible. Se lassant de poursuivre les :

chrétiens, Constantin mit un terme à la persécution et dans son Edit de Milan, il prescrit : « Nous accordons aux chrétiens et à tous autres toute liberté de suivre la religion qu’ils choisiront.. Il appartient à la tranquillité de notre temps que chacun dans les choses divines puisse suivre le mode qui lui convient. »

Ces belles paroles furent vite oubliées. « L'Eglise, de par la force des choses, devait devenir intransigeante. Son alliance avec les monarques romains la soumit à l’absolutisme impérial, dont elle suivit bientôt le modèle dans son organisation intérieure. L’idée religieuse, dont la puissance avait suscité les martyrs, les ascètes et même les hérésiarques, ne pouvait pas se concilier avec le respect des autres croyances, La fin de l'antiquité vit l’injure en-

vers Dieu et la dissidence dogmatique devenir punissable. » (2).

(1) Introduction au Fire du Droit des Gens Modernes de l’Europe de Martens, édit.; 1864, t. I, p. 11 et s.

(2) Jean de Ridder : op. cit.

LE

Ha:

Page 1