Insuffisance des omnibus et tram^eays
en 1880.
En 1880, Paris comptait 34 lignes d'omnibus et 35 lignes de tramways. Les trois Compagnies transportèrent cette année-là 203,460,610 voyageurs, non compris la banlieue, c'est-à-dire plus de 101 fois la population de la capitale.
Sar la ligne de la Madeleine à la Bastille, les recettes des Omnibus se sont élevées à 2,560,900 francs, soit un produit brut de 556,710 francs par kilomètre. La ligne des Batignolles à rodéon, la plus productive après celle des boulevards intérieurs, a donné une recette brute de 1,602,071 francs, qui correspond à 237,334 francs par kilomètre.
Les chemins de fer de la banlieue de Paris donnent un produit brut kilométrique de 100,000 francs.
Sur la plupart de ces lignes à grand trafic, la Compagnie des Omnibus a dû remplacer les voitures à 26 places par des voitures à 40 places. A certaines heures de la journée, les voitures sont au complet au point de départ, et le nombre des places demandées est bien supérieur à celui des places offertes. Après l'expérience qui vient d'être faite avec le matériel à 40 places, on ne saurait mettre en doute l'insuffisance d'un service d'omnibus, ou de tout autre mode de transport à contenance limitée, sur la ligne des boulevards intérieurs.
Ainsi on se trouve en 1882 en présence des mêmes difficultés qu'en 1872. On reconnaît que tramways et omnibus sont insuffisants à certaines heures sur beaucoup de lignes, et qu'il faut les remplacer par des chemins de fer souterrains comme à Londres, ou aériens comme à New- York.
Il y a place à Paris pour les deux systèmes.
Le chemin de fer sous le sol convient aux' quartiers riches et élégants, où un grand trafic justifie le prix élevé de sa construction. Placé sur la chaussée de nos grands boulevards, un chemin de fer aérien en déparerait la vue. Mais il n'en serait pas de même sur les boulevards extérieurs et dans les quartiers pauvres où il pourrait être un embellissement. Le premier doit être la ligne principale, le second l'embranchement.
Il y a dix ans, dans une étude consacrée aux moyens de transport en commun à Paris et à Londres, nous écrivions ceci (1) :
« L'insuffisance bien constatée aujourd'hui de nos moyens « de transport, le temps perdu à aller en omnibus d'une extrémité « à l'autre de Paris, l'impossibilité pour le voyageur traversant « la capitale de passer d'une gare à l'autre en chemin de fer, « l'ëloignement de ces gares du centre des affaires, toutes ces « considérations ont fait songer à suivre l'exemple de Londres « et à doter Paris d'un réseau métropolitain.
« Plusieurs projets ont été présentés dans ce sens, et la ques- « tion est aujourd'hui à l'étude. Sera-t-elle résolue affirmative- « ment? Aurons-nous, comme à Londres, un chemin de fer sou-
(1) Étude sur les chemins de fer et tes moyens de transport en commun à Paris et à Londres. Dunod, éditeur.
« lorrain qui nous portera en quelques minules d'un bout à « l'autre de la ville, ou serons-nous condamnés à nouveau aux « omnibus ? C*est ce que l'avenir nous apprendra. »
La question du réseau métropolitain est de nouveau à l'ordre du jour.