‹ Les transatlantiquesChapitre 18 sur 20 · LIQUIDATION · texte numérisé non relu

LIQUIDATION

Au Continental. Les appartements de la famille Shaw.

Le petit salon, avec les innombrables photographies, celle de Ilertie dans le costume de son match de natation, la Liberté éclairant le monde, etc.

Un garçon introduit Valentine Chesnet et M“" Chesnet la mère. On dirait les deux sœurs. Costume de rue sous le manteau à ras terre. Le chapeau de chinchilla.

Le garçon s’en va prévenir Jerrv. Elles restent seules. Elles inspectent.

Mme Chesnet, reluquant la photo d'un jeune homme du meilleur monde , mais qui s’est fait tirer en Indien. — Tiens ! Buffalo- Bill... (Elle déchiffre la dédicace.) His... His best friend... and... cousin... Notre vieux Jerrv est le cousin de Buffalo?

Valentine. — Je m’en étais toujours doutée.

Mme Chesnet, apercevant l'image du colonel. — Oh ! le joli bébé !

Valentine. — Tu ne le reconnais pas?

Mmo Chesnet. — Mais oui... c’est lui qui boxait si magnifiquement Little Billee ! — Au fait, j'espère que tu lui as donné ses huit jours, à ce Billee?

Valentine. — Il a bien fallu : tu ne peux plus le voir.

Mme Chesnet. — Un homme qui reçoit les coups sans les rendre n'est pas un homme à mes yeux. (Ces dames s’assoient.) Le Shaw nous fait poser.

Valentine. — Nous sommes en train de faire une gaffe.

Mrae Chesnet. — Non. Mon flair maternel ne saurait me tromper. Il y a quelque chose sous roche. Cette fois, nous tenons notre lascar... je veux dire que tu le tiens. Il faut ferrer. S'il t’a écrit qu'il souhaitait de te voir à son domicile personnel au lieu de passer lui-même chez toi, sois certaine qu’il a ses raisons.

Valentine. — Moi, j’ai des inquiétudes à l’endroit de Sauvageon.

Silence.

Mm0 Chesnet, l'œil fixé sur le colonel. — - Ah! le joli bébé!... (Elle soupire, ferry entre. Complet veston.)

Jerrv, cordial, épanoui , mais fébrile. — - Bonjour, déesse. Comment allez-vous?... Ah. vous avez pris la vieille maman avec vous?

Mice Chesnet. — On n’est pas plus gracieux.

Jerry, à M œe Chesnet. — Comment allez-vous ?

Valentine. — Je ne pensais point que la présence de ma mère pût vous gêner.

Jerry. — Oui, elle me gêne.

Mme Chesnet. — Je m’éclipse, j'ai l'habitude. Vous trouverez bien un coin pour moi.

Jerry. — Oui. Mon fils Mark est en

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voyage. Je vous placerai dans sa chambre. Ne faites aucun bruit.

Mme Chesnet. — Je regarderai les images. Y a-t-il aussi quelques photos?

Jerry. — Du haut en bas.

Mme Chesnet. — Ail right. ( Elle suit Jerry dans la chambre de Mark.) Mais c’est un vrai petit musée !

Jerry. — Je vous rappellerai.

Mmo Chesnet. — Prenez votre temps.

Jerry. — Bonjour. [Il retourne dans le ■petit salon. J ait halte à la porte et regarde Valentine avec amour, mais avec embarras.) Déesse...

Valentine. — Expliquez-vous.

Jerry. — Je ne peux pas bien. J’ai connu seulement une femme à Paris, vous savez.

Valentine. — Pardon, vous m'avez écrit que vous aviez une importante nouvelle à m’annoncer.

Jerry. — Oui. Mon gendre n’est plus mon gendre, vous savez.

Valentine. — Ah !

Jerry. — Je dis il n’est pas encore, mais il sera bientôt divorcé. Alors je voudrais m’arranger avec vous directement et sans Sauvageon.

Valentine. — Ah! ah!

Jerry. — En outre, nous devons faire vite, parce que je partirai pour l’Amérique avec toute ma famille et même ma fille Diana, dans peu de jours. Ils sont déjà faisant les malles.

Valentine. — Ah !

Jerry. ■ — Mais, avant... (Il rougit .) Je suis surexcité... Et Mrs Shaw pense ellemême je dois pjlutôt dépenser la moitié de ma fortune pour ne plus être ainsi surexcité.

Valentine. — Elle sait que je suis ici?

Jerry. — Non. J’ai demandé son conseil sans lui expliquer de quoi.

Valentine. — Et... si elle entrait à l’improviste ?

Jerry. — Oui. Il n’y a pas danger. Ils sont tous faisant les malles. Et spécialement elle est dans sa chambre, avec le peintre qui a peint son portrait et qui efface le bras maintenant. Je demande votre pardon, je vais voir néanmoins si elle ne bouge pas.

Il sort. Aussitôt la porte du grand salon s’entr’ouvre. Sauvageon se montre.

Sauvageon. — Pst !

Valentine. — Vous êtes là ! Qu’est-ce que vous faites là?

Sauvageon. — Ah ! mon ange !... On veut me rouler !...

Valentine. — Comment êtes-vous ici?

Sauvageon. — Très simplement. Je vous surveille. Je vous ai suivie.

Valentine. — Vous me rasez.

Sauvageon. — Vous réfléchirez, et vous ne me pousserez pas à bout.

Jerry, rentrant. — Déesse... Oh!... monsieur Sauvageon !...

Sauvageon. — En personne.

Jerry. — Que faites-vous?

Sauvageon. — Je vous rappelle mon existence.

Jerry. - —Je vous moque. MUe Chesnet et moi, nous vous moquons.

Sauvageon. — N’insistez pas, je file.

Mademoiselle réfléchira.

Il sort. Silence.

Jerry. — Oh ! Je pense vous réfléchissez comme Sauvageon a dit.

Valentine. — Oui.

Jerry. — C’est mauvais. Vous allez me remettre.

Valentine, brusquement . — Au contraire.

Jerry, troublé. — Ah! (Un temps.)

Valentine, engageante. — Eh bien?

Jerry, démonté. — Je... je vais voir si... ma femme ne... peut pas bouger.

Valentine. — Vous venez de constater, il n’y a pas deux minutes, qu’elle était figée entre sa malle et son peintre.

Jerry. — Oui... Alors je... je vais voir si votre mère ne pense pas entrer.

Valentine. — Ma mère n’entre jamais.

Jerry. — N’entre-t-elle pas? Ail right... C’est curieux. J’étais surexcité de ne pas vous voir. Je suis encore plus surexcité de vous tenir là presque dans mes bras... Voulez-vous plutôt venir ce soir avec moi chez Caryll? J’ai une chambre... (On frappe.) Entrez...

Valentine, se dégageant. — Prenez donc garde !

Un garçon, entrant. — Monsieur le comte de la Chapelle- Anthenaise et son fils désirent parler à monsieur.

Jerry. - — Oh!... Oui, je les verrai... (Eperdu.) Mais où vais-je vous mettre pour un instant?... Dieu bénisse!... Voulez-vous aller dans la chambre de Mark avec la vieille maman? (Il conduit Valentine dans la chambre de Mark et revient au salon, où le garçon introduit le comte et T.ouis, tous deux, très graves.) Bonjour, comte. Secouez les mains... Et vous, petit garçon... Cheer up !... Voulez-vous boire quelque chose?

Le Comte. — Merci, monsieur, mais dorénavant...

Jerry. — Je suis réellement content de vous voir... Je demande votre pardon, je sortirai un instant pour voir dans la chambre de Mark, et ensuite si Mrs Shaw ne peut bouger. ( Il dis far ait.)

Louis. — M. Shaw me semble bien agité, mon père.

Le Comte. — Il ne serait pas l’homme excellent que jusqu’à nouvel ordre je considère qu’il est, si tous ces drames de famille ne le mettaient pas en révolution. (Silence.)

Jerry, re titrant. — Mrs Shaw est avec son peintre qui efface le bras, et Diana est dans une malle.

Le Comte, douloureusement. — Oh !

monsieur, il est donc vrai ?

Jerry. — Quoi est vrai?

Le Comte. — Vous partez? Vous partez... tous?

Jerry. Oui, nous laissons. Je regrette. J’a’me Paris. J’aime vous aussi. Voulez-vous boire?

Le Comte. — Ah ! monsieur, croyez que moi -même je vous aimais de tout mon cœur, mais ce déplorable événement a empoisonné notre amitié.

Jerry. — Quel déplorable événement?

Le Comte. — La funeste résolution de votre fille...

Jerry. — Ah ! oui, elle divorce. Je l’approuve.

Le Comte. — Non, monsieur.

Jerry. — Hein?

Le Comte. — Je dis : non, monsieur, vous ne l’approuvez pas. Vous ne pouvez pas l’approuver.

Jerry. — Oui. Je l’approuve cependant. Ne dites pas trop de paroles. Je suis pressé. Quelqu’un m’attend, une femme, mademoiselle... je veux dire, je... Adieu, comte, je suis heureux de vous avoir connu. Si vous venez en Amérique...

Le Comte. — A Dieu ne plaise !

Jerry. — Oui. Si vous venez cependant, je vous recevrai comme un ami des miens. Ma maison sera la vôtre, et je vous donnerai même la moitié de ma fortune si vous l’aimez... Maintenant, je dois vous dire adieu.

Le Comte. — Non, monsieur. Je suis venu ici pour rapatrier les choses et je ne faillirai pas à ma mission. Nous réconcilierons ces époux égarés, monsieur.

Jerry. — Non... En Amérique, on discute avant de décider les affaires, et jamais ensuite.

Le Comte. — Au nom de notre amitié. .

Jerry. — Oui, je vous aime beaucoup.

Voulez-vous boire quelque chose?

Le Comte. — Mais non, monsieur!...

Monsieur, ma belle-sœur est malade. Mon neveu se repent. Les enfants pleurent. Moimême... (Il se mouche. On frappe.)

Jerry. — Entrez!

Le garçon, entrant. — On demande monsieur au jardin d’hiver.

Jerry. — ■ Réellement? J’y vais. Comte, reposez-vous. Vous m’attendrez une minute. (IL sort. En traversant le coidoir il rencontre Fol Pic, drapé dans sa capa, et coiffé de son chapeau plat. Le poète est pâle, défait, avec un œil poché.). Oh! que voulez-vous? Vous venez chez moi ?

Pol Pic. — - Non.

Jerry. — Mais c’est ici mon appartement. Toutes les chambres sont à moi seul.

Pol Pic. — M. Shaw peut-être?

Jerry. — Oui.

Pol Pic. — Le poète Pol Pic.

Jerry. — Comment allez-vous? Secouez les mains avec moi... Qui cherchez-vous?

Pol Pic. — Mademoiselle votre fille.

Jerry. — Laquelle?

Pol Pic. — Miss Clelia.

Jerry. — Oh! je pense vous êtes son actuel fiancé?

Pol Pic. — Pour vous servir.

Jerry. — Oh! vous êtes son fiancé? II est comique. Vous n’êtes pas pour longtemps. Allez, mon garçon, allez. Cela ne me concerne pas. (Il part, en gaieté.)

Pol Pic, monologuant . — Mon futur beau-père m’a l’air d’un singulier personnage... Toc, toc... Chère Clelia...

Voix de Clelia. — Entrez. (Il entre chez elle.) Ah ! c’est vous.

Pol Pic. — Oui, mon ange. Venez dans mes bras.

Clelia. — Non. Soyez assis.

Pol Pic. — Vous ne m’embrassez pas?

Ci.elia. - Non.

Pol Pic. — Qu’est-ce qui vous prend?

Clelia. Je vous expliquerai. Sovez assis d’abord... Oh!

Pol Pic. — C’est mon œil qui vous arrache cette exclamation?

Clelia. — Oui. Pourquoi est-il de toutes couleurs? Fûtes-vous boxé?

Pol Pic. - Hélas !

Clelia. — Par qui ?

Pol Pic. — Vous l'avouerai-je, Clelia?

La passion que j’éprouve pour vous ne pouvait plus passer inaperçue. Un clou chasse l’autre. Depuis que je vous aime, je me sens incapable de témoigner la moindre tendresse effective à... à une autre... à une amie dont le nom importe peu, et qui vit avec moi ma-

ritalement. Je lui ai tout dit hier. Je lui ai annoncé nos fiançailles.

Clelia, émue. — Oh ! je pense elle a pleuré?

Pol Pic. — Non, mais elle est tombée sur moi à bras raccourcis. L’œil que vous voyez est son ouvrage...

Clelia. — Je le regrette beaucoup.

Pol Pic. — Vous êtes bien aimable.

Clelia. -- Pourquoi avez-vous dit?

Pol Pic. — Mais, Clelia, je voudrais proclamer notre amour à la face du ciel !

Clelia. — Ne faites pas.

Pol Pic. — Pourquoi? Ne sommesnous pas engagés, comme vous dites ?

Clelia. -- Nous fûmes, mais c’est fini.

Pol Pic. — Ah !

Clelia. Ne criez pas, les enfants sont dans la chambre à côté.

Pol Pic. — Mais Clelia, c’est affreux!

Clelia. — Oui.

Pol Pic. — Vous m’annoncez cela sans mitaines !

Clelia. — Je pense vous êtes un homme.

Pol Pic. — Si nerveux ! Vous le savez... Pourquoi est-ce fini?

Clelia. — Je pars pour l’Amérique dans peu de jours.

Pol Pic. — Emmenez-moi ! Si vous crovez que je regretterai Montmartre !

Clelia. — Vous ne pouvez être reçu de l’autre côté de l’eau.

Pol Pic. — Mais songez que j’ai brisé ma vie pour vous...

Clelia. — Je ne vous demandais rien de tel. Je ne suis donc pas responsable.

Pol Pic. — Aujourd’hui encore... je voulais vous apporter des fleurs... Elles sont hors de prix en cette saison. Je les ai remplacées par quelques vers... très libres... à tous les points de vue... des vers d une prosodie un peu spéciale... où j’ai tenté d’exprimer, par l’insuffisance même des rimes, tout ce qu’il y a... d’incomplet dans notre amour...

Clelia. - Cela doit être curieux. Vous me lirez ces vers avant de me dire adieu.

Pol Pic. Aurai-je la force?

Clelia. Oui.

Pol Pic. — Alors, Clelia, je veux, j’exige que, pour la dernière fois, vous m’accordiez quelques menues faveurs. Ces vers, je veux les murmurer à votre oreille, non : à vos lèvres. Venez dans mes bras. Asseyezvous sur mes genoux...

Clelia. — Oui. Une fois de plus ne fait pas matière. Je regrette seulement que

vous avez reçu un coup de poing qui vous rend laid... Cela ne fait pas matière non plus. Je détournerai les yeux...

Pol Pic. — Oh !...

Clelia. — Donc mettez vos bras autour de moi... (Troublée.) Oh! cher, cher garçon... Oh! ( Elle le dévisage.) Mais que disais-je? vous n’êtes pas laid. Je pense, au contraire, ce coup de poing vous donne des colorations très particulières. Laissez-moi un instant, je ferai votre pastel. ( Elle se lève et va chercher sa boîte. Pol Pic la suit. Il la tient par la taille, il lui dérobe quelques baisers.)

Voix de Biddy. — Clelia... Clelia...

Votre chambre est fermée, je voudrais entrer...

Clelia. — Oui... je vais ouvrir. (A Pol Pic.) C’est ennuyeux. Où vous mettrai-je? Ah ! dans la chambre de mon frère Mark, qui est en voyage.

Pol Pic passe dans la chambre de Mark, où il trouve M" Chesnet, et Valentine. Petit salut de la tête. Silence.

Pol Pic s’assoit. Puis il se lève. Un tour. I) regarde les photos.

Au moment où il passe près de M“’ Chesnet, une légère brise soulève le pan de sa capa, qui vient souffleter • — doucement — cette bonne dame.

Pol Pic, entre ses dents. — Pardon, madame.

Mme Chesnet, de même. — De rien. (A Valentine, bas.) Il est intéressant, ce garçon. Excentrique, mais... ce n’est pas tout le monde.

Valentine, bas. — Oh! maman...

On frappe. Les trois personnages se regardent. Aucun n’ose prendre sur soi de dire : « Entrez ». On refrappe. Alors Valentine se décide. Elle dit : « Entrez. » Le comte de la Chapelle-Anthenaise pénètre, suivi de Louis.

Le Comte. — Ah ! pardon, mesdames, pardon, monsieur, je fais erreur, sans doute? J’étais dans le salon voisin, en compagnie de mon ami M. Jeremy Shaw. Il m’a quitté pour un instant, et voilà un grand quart d’heure! Je pense qu’il m’oublie, je le cherche, mais... ce n’est pas ici sa chambre? (Le Comte regarde Pol Pic, Pol Pic le regarde.)

Pol Pic. Monsieur, vous ne vous êtes trompé qu'à demi. C’est ici la chambre de M. Shaw fils, M. Mark Shaw, qui est en voyage... Pardon, n’ai-je pas déjà eu le plaisir ?...

Le Comte. — Mais oui, attendez donc...

Pol Pic. — La nuit de Noël...

mm

PoL PlC ENTRA, DRAPÉ DANS SA CAPA ET COIFFÉ DE SON CHAPEAU PLAT.

Le Comte. — Parfaitement ! Vous êtes l’illustre poète Pol Pic.

Pol Pic, modeste. — Oh!... Oui, monsieur.

Le Comte. — Je ne me souviens pas d’avoir eu, cette nuit-là, l’honneur de vous être nommé... Permettez-moi. . . Comte de la Chapelle-Anthenaise.

Valentine, étourdiment. - Tiens, mon oncle !

Le Comte. — Plaît-il?... Mais, je...

mais... oui... j'ai vu votre photographie, madame... mademoiselle... mademoiselle Chesnet ?

Valentine. — Oui, monsieur. Ravie de faire votre connaissance.

Le Comte, sévèrement . — Je ne vous en servirai pas autant, mademoiselle, (lue venez-vous faire ici? dans les conjonctures présentes? Ma nièce est peut-être dans la chambre voisine? Voulez-vous l’outrager en face? Ah! c’est abominable!...

Valentine. — Mais non, mon bon oncle...

Mme Chesnet. — Valentine, tu vas trop loin.

Valentine. Te ne suis pas ici pour la fille.

Le Comte. — Eh?

Valentine. J'y suis pour le père.

Le Comte. Qu’entendez-vous par là?

Valentine. Je crois que c’est clair.

Le Comte. Oui, mademoiselle, et c’est encore plus abominable. Venez, Louis. Je ne puis en entendre davantage, ni vous à plus forte raison.

Valentine. — Comment donc, monsieur? Nous serions désolées! C’est à nous de vous quitter la place. Venez, ma mère.

Mme Chesnet, distraite. — Le petit sacristain est gentil.

Diana entre, sans frapper.

Le Comte. - Ciel !

Diana. — Oh ! mon oncle !

Pol Pic. — Encore?

Diana. — Mais que de monde !

Le Comte. — Diana... N’entrez pas, mon enfant, n’entrez pas ici.

Diana. — Pourquoi?

Le Comte. — Détournez les yeux!

Sortez vite !

Diana. — Quelles sont ces dames?...

(Silence. Consternation.) Ciel! Je devine!... L’une des deux, la plus jeune sans doute, est...

Le Comte. — Oui.

Diana. — Ah!... Ah!... Ah!... (Elle se

trouve mai.)

Le Comte. Via nièce!... (A Mma Chesnet.) Madame, emmenez votre fille, au nom de Dieu !

Mme Chesnet. — Valentine, nous sommes décidément de trop.

Valentine. — il n’en faut pas douter.

Filons. (Elles sortent , mais majestueusement.)

Pol Pic. — Pourquoi ne filerais-je pas aussi. (Il sort.)

Mme Chesnet, dans le couloir. — Le poète nous suit, mais j’aurais mieux aimé le sacristain.

Le Comte, dans la chambre. — Ma nièce... (Soins usités en 'pareil cas.) Revenez à vous... Hallô! Cheer up!... Aidez-moi donc, Louis !

Louis, timidement. — Cheer up, ma cousine.

Diana, poussant un grand soupir. — Ah!...

Le Comte. — Vous voyez bien, ma nièce, que vous aimez encore mon coquin de neveu. Cette épreuve est décisive. Tout s’arrangera .

Jerry, faisant irruption. — Oh!... C’est vous qui êtes là?... Et Mlle Chesnet?... Dieu bénisse! Ma fille ! Vous sentez malaise, Diana ?

Diana, faiblement . -— Je suis mieux.

Le Comte. — Monsieur, par suite de hasards divers, auxquels je ne comprends rien d’ailleurs, nous nous sommes tous retrouvés dans cette chambre. Votre fille a deviné qui était cette femme, et elle s’est évanouie.

Jerry. — Mais elle est mieux. Où est l’autre?

Le Comte. — Elle est partie, monsieur.

Jerry. - Je le regrette.

Le Comte. Monsieur, ce que cette femme nous a prétendu serait-il vrai?

Jerry. — Quoi?

Le Comte. — Qu’elle était ici pour vous. . .

Jerry. - Oui, c’est exact... Je regrette qu’elle est partie, parce que je n’aurai pas le plaisir de la tourner dehors.

Le Comte. - . Ce sentiment vous ho¬

nore, monsieur.

Jerry. — Croiriez-vous, elle voulait me tirer de considérables sommes d’argent, et une vieille dame m’a appelé en bas pour me la mettre à prix deux cents dollars ! Je ne veux pas de femme si bon marché. Mais comme je ne veux pas non plus payer cher

ce qui peut être bon marché, je ne veux pas du tout d’elle.

Le Comte. — Monsieur, je suis peu au fait de ce genre de commerce, mais je vous serais obligé de ne pas me donner devant mon fils des détails si crus.

Jerry. — Vous êtes comique... Hallô, Diana !

Louis. — Cheer up, ma cousine.

Voix de la princesse de Béryl. — Mark... Cher Mark...

Le Comte. — Allons bon !

Voix de la Princesse. — Mon doux garçon!... mon cher propre garçon!...

Le Comte. — C’est scandaleux, monsieur, faites-la taire!

Jerry. — Il y a un seul moyen de la faire taire, c’est de la faire entrer. Venez dedans, princesse. {Il ouvre.)

La Princesse. — Bonjour, comment allez-vous ?

Jerry. — Très bien, merci. Bonjour, comment allez-vous?

La Princesse. — Très bien, merci.

Bonjour, Diana.

Diana. — Bonjour, Susanna.

La Princesse. — N’est Mark revenu?

Jerry. — Il n’est point.

La Princesse. — Mais où est-il ?

Jerry. — Je ne sais encore pas. {On frappe.) Entrez.

Le garçon, entrant. — M. Jeremy Shavv ?

Jerry. — Je suis.

Le garçon. — On vous demande au téléphone.

Jerry. — Je vais. {Il quitte la chambre et court à la cabine téléphonique . Assourdissante sonnerie. Jerry décroche le récepteur. Silence.) Hallô! Qui parle?

Voix de la demoiselle. — Continental? Causez à Londres.

Jerry. — Ail right!... Hallô!...

Hallô!...

Voix de la demoiselle. — Terminé?

Jerry. — Damnés mes boutons! Laissez-moi... Hallô!...

Voix de Mark. — C’est vous, cher p’paw?

Jerry. — Oui. C’est vous, Mark? Comment allez- vous?

Voix de Mark. — Très bien, merci.

Comment allez-vous tous?

Jerry. — Tous complètement bien, merci. Vous êtes à Londres, êtes-vous?

Voix de Mark. — Je suis. Venez vite.

Jerry. — Où?

Voix de Mark. — A Londres, tous.

Jerry. — Pourquoi?

Voix de Mark. — Je vais me marier bientôt.

Jerry. — - Ail right. Etes-vous engagé?

Voix de Mark. — Oui.

Jerry. - — A qui?

Voix de Mark. — A la petite-fille du roi de Macédoine.

Jerry. — Etes-vous? C’est un beau mariage.

Voix de Mark. — Le plus beau dans le monde.

Jerry. — Je pense ainsi. Serez-vous inscrit sur le Gotha?

Voix de Mark. — Certainement. J’ai battu le record, n’ai-je pas?

Jerry. — Vous avez... Comment avezvous réussi en épousant cette jeune princesse?

Voix de Mark. — Dans la plus simple voie. J’ai payé les dettes de son père, alors je marie sa fille.

Jerry. — Vous ne la marierez pas à Londres, je pense?

Voix de Mark. — Si, c’est mieux. Et c’est possible, à cause d’une lointaine parenté avec la Reine.

Jerry. — Bien. Etes-vous à l’hôtel?

Voix de Mark. — Oui.

Jerry. — Quel?

Voix de Mark. — Cecil.

Jerry. — Faites-nous retenir un appartement vraiment royal.

Voix de Mark. — Oui... Envoyez ma mère et les petits au téléphone, pour qu’ils me fassent des compliments.

Jerry. — Oui. (Il quitte l'appareil. Il passe d' abord chez Mrs Shaw.) Allez au téléphone, vieille Dorrit, et vous, Colonel, Clelia, Biddy. Mark vous dira quelque chose. (Il va dans la chambre de Mark , où il retrouve les deux la Chapelle- Anthenaise \ Diana et la princesse.) Heureuse nouvelle! Mark est engagé.

Diana. — Oh! A qui?

Jerry. - A la petite-fille du roi de Macédoine.

Diana. — C’est un beau mariage.

Jerry. — Le plus beau dans le monde.

(Au Comte.) Qu’est-ce que vous dites, vous?

Le Comte. — Je ne dis rien. Je suis confondu. La fille du... Oh!... Les rois s’en vont.

Jerry. — Oui, bientôt ils s’en iront tous de l’autre côté de l’eau... Et vous, princesse, que dites?

La Princesse, furieuse. — Je dis il me moque !

Jerry. — Ah ! ah !... Venez vite, Diana, féliciter Mark au téléphone.

La Princesse. — J’irai aussi!

Bertie et Biddy sont à l’appareil en train de pousser des cris extraordinaires. Sonneries, etc. — Bertie et Biddy cèdent la place à Diana.

Diana. — Hallô, Mark.

Voix de Mark. — C’est vous, Diana?

Diana. - - Oui. Je vous fais mes compliments.

Voix de Mark. — Je vous remercie.

Diana. — Je vous annoncerai aussi une grande nouvelle.

Voix de Mark. — Quelle?

Diana. — Tandis que vous vous engagez, moi je vais divorcer.

Voix de Mark. — Mes boutons! Mais Diana, c’est impossible! Cela me ferait manquer mon mariage !

Voix de la demoiselle. — Terminé?

Diana. — Non!

Sonnerie.

Voix de Mark. — Que dites?

Voix de la demoiselle. — Terminé?

Diana. — Mademoiselle!

Voix de Mark. — A quelle demoiselle parlez- vous ?

Charivari.

La Princesse, écartant Diana et prenant sa place. — Mark!...

Voix de Mark. — Vous devez vous réconcilier avec votre mari.

La Princesse. -— Mais je ne suis pas brouillée avec le prince!

Voix de Mark. — C’est maintenant vous, Susanna?

Voix de la demoiselle. — Terminé?

Voix de Mark. — Oui, Susanna, c’est terminé. Je regrette. Mais vous trouverez l’opportunité d’un autre centième. Le monde est petit...

Une voix étrangère. — Que fait Y Anglo-french ?

Une autre voix. — Le prince Nicolas est à Volo.

Une troisième voix. — Qu’est -ce qui est à vau-l’eau?

Voix de la demoiselle. — Terminé?

Une voix. — Vendez! vendez!

Voix de Mark. — Mais qui communique avec moi ?

Voix de la demoiselle. — Bureau de la Bourse.

Voix de Mark. — Oh !

Carillon. Brusque silence. La communication est coupée. — La princesse quitte le téléphone. Elle retourne aux appartements Shaw. — La porte de la chambre occupée par M" Shaw est grande ouverte. On est en train de clouer le portrait dans une caisse qui ressemble à un cercueil. — Malles.

Jerry. — Je pense, Diana, vous ne devez plus divorcer, et nous devons tous partir pour Londres, même votre mari, et même la marquise la mère de votre mari, avec votre belle-sœur Blanche et votre beaufrère François.

La Princesse. — Ah ! vous partirez pour Londres? Moi aussi, je partirai.

On est loin de la saison.

(1 I AIMTR I ] XV

BECOKD3

Changement à vue. Nous sommes à Londres. Le Strand. Soir d’hiver tiède. La plupart des magasins clos. De loin en loin, boutiques illumi-

> nées : bars, oyster-rooms, grill-rooms. Quartiers de viande faisant réflecteurs. Petits homards. Bars de tempérance, avec gâteaux glacés de blanc, tasses et théières à la devanture. Gingerbeer. Grands verres. Tourelles de nickel crénelées portant cette mention : Bovril.

Mouvement de cabs [Keef to the left). Tohu-bohu à Charing-Cross et a Saint-Martin’s place. Petits omnibus aguichants. A la gare, arrivée d’un train de Douvres. — Des piétons, en nombre, pas un correct (on est loin de la saison). Dames souriantes sous de vastes chapeaux, se dirigeant à petits pas vers Haymarket et Piccadilly (car pour l’amour il n’est pas de saison).

Peu de cris. Plus de journaux. Il n’y a plus que les petits ramasseurs de crottin qui travaillent. Plus de commerce ambulant. Seuls, les marchands d’allumettes aboient encore à quelques coins de rues : Wax! W ax !

Parmi les voyageurs débarquant, la princesse de Béryl. Elle est seule, très voilée, très emmitouflée. Regard circulaire, inquiet. Elle hèle un portefaix. Recherche des colis. Tout cela n’en finit pas.

Les voyageurs qui n’ont que des bagages de main sont déjà dehors. Deux types à noter, dans cette foule. Des Hindous à coup sûr, bien qu’ils soient vêtus comme vous et moi : la taille audessous de la moyenne, le corps très mince, maigre, d’une excessive souplesse, le teint mat, les cheveux noirs, fins, secs, l’oeil fiévreux, brûlé. L’air simple, bons enfants, tout jeunes. Personne ne les remarque. Il semble pourtant que l’un des deux soit un très grand personnage, quelque prince — l’autre, moitié ami, moitié esclave. Le supposé prince porte une grande * boîte carrée, de cuir fauve, où sont frappés à froid ses trois noms, — oui, des noms illustres.

L’autre porte une valise, qui est sans doute le bagage commun.

Ces Orientaux en veston, qui semblent avoir la pratique de Londres, ne prennent pas de cab. Ils vont à pied, en flânant. De temps à autre, ils échangent quelques phrases brèves, en un langage inconnu.

Ils tournent à droite. Un petit bout de rue. Puis, tout de suite, la cour de l’hôtel. Cabs, omnibus, grand déballage. Le vestibule. (Dans le vestibule, Bertie et Biddy ; mais ces exotiques ne connaissent pas Bertie ni Biddy.) Le bureau. Quelques mots. Un coup d’œil sur l’immense escalier inutile : car on n’use que de l’ascenseur. Us le prennent. Deux étages. Une chambre assez petite, mais avec balcon sur la Tamise. Papier pâle à haute frise. I.it de cuivre, un grand fauteuil, plusieurs appareils électriques.

Le garçon. — Voici la seule chambre qui nous reste au deuxième étage.

Le Rajaii ( c'en est un). - — Elle est bien. (A Vautre Hindou .) Vous coucherez dans la salle de bain.

L’Ami. — ... (Il s'incline.)

Le garçon. — La salle de bain communique aussi avec un autre appartement.

Le Rajah. — Donnez-nous cet autre appartement.

Le garçon. — Il a été retenu par téléphone.

Le Rajah. — N’importe. Nous nous contenterons de celui-ci. Allumez du feu. Apportez-nous des gâteaux et du thé.

Quand le garçon revient, apportant le thé, il a peine à reconnaître les deux .gentlemerp qui ont dépouillé l’uni forme européen pour revêtir cîes

Les Transntlantiques

pyjamas multicolores. Ils ont noué autour de leurs têtes de grandes écharpes de mousseline. Le rajah est assis dans le fauteuil, son ami sur le lit.

Le thé.

Plusieurs cigarettes, en silence.

Le rajah s’étire.

L’Ami. Vous êtes fatigué, Seigneur?

Le Rajah. — Je crève de sommeil.

L’ami se le tient pour dit. Il se lève, prend la main du rajah, qu’il appuie un instant contre sa propre poitrine. Le rajah s’étend sur le lit. L’ami se retire alors, passe dans la salle de bain, se couche à même le tapis, dans l’étroit espace qui reste libre entre la baignoire et le mur.

Extinction des feux.

Sommeil.

Cependant la princesse de Béryl a réuni enfin ses colis.

Cab.

Elle arrive à l’hôtel. Bertie et Biddy, qui sont toujours à llâner dans le vestibule, ne la reconnaissent pas sous son voile. D’ailleurs, elle ne les aperçoit pas non plus.

Elle s’est informée par téléphone du numéro de Mark, et elle a retenu une chambre voisine. Mais elle voudrait bien savoir si le reste de la famille Shaw est arrivé. Elle entre dans le bureau. Sur la table, il y a un tas de ces journaux américains d’une soixantaine de pages, qu’on envoie de là-bas en gros rouleaux. Sans rien demander à personne, elle fouille dans le tas. Elle trouve cinq ou six rouleaux à l’adresse de Jeremy Shaw. Elle sait à quoi s’en tenir.

Elle monte à sa chambre par l’escalier : elle se méfie des rencontres d’ascenseur.

Elle s’installe — deux minutes.

Puis elle s’en va dîner. Elle sait que les Shaw ne peuvent dîner autre part que dans la salle du restaurant, au rez-de-chaussée, et qu’elle ne rencontrera certainement personne dans la salle de table d’hôte, au sous-sol. Elle descend donc dans cette salle.

Décor hindou. Revêtements de faïences bleues et vertes. Courants d’air comme il n’y en a qu’à Londres.

Elle prend son temps. Elle dîne bien. Elle commande même un petit extra, un excellent curry de crevettes, au cuisinier hindou qui se promène de table en table, vêtu et enturbanné de blanc.

Elle remonte chez elle.

Elle se met à son aise.

Elle écoute, elle guette, elle observe, elle combine son plan de campagne.

Au même étage, un salon (private).

M" Shaw, Ci.elia (métamorphosée depuis sa rupture avec Pol Pic, plus de bandeaux plats), Diana, le marquis Urbain de Tiercé (habit).

Mobilier : vclvétine jaune, ro”ge et verte, acajou incrusté.

Bertie et Biddy rentrent.

Mr3 Siiaw. — N’avez vous pas vu- p’pavv ? Bertie, Biddy. Non.

Mra Shaw. Je suis étonnée et inquiète

qu’il n'est pas rentré dîner.

Clelia. — Sans doute il a été invité par la famille royale.

Tiercé. — Comme ça, à la fortune du

pot.

Bertie. — Bonsoir, maman.

Mrs Shaw. — Vous allez au lit, colonel?

Bertie. — Oui.

Biddy. — Je vais avec vous.

Mr3 Shaw. — Comment aimez-vous vos chambres ?

Bertie. — Beaucoup. J’ai pu forcer la serrure enfin, et cela fait comme si une chambre double-lit pour Biddy et moi, comme d’ordinaire, avec seulement le bain entre les deux.

Biddy, joyeuse. — Réellement, colonel ?

Bertie. — Oui, chère vieille chose.

Biddy, Bertie, simultanément. — ... (Le cri de ralliement de l'école ■pour les deux sexes dirigée par le docteur Pullet.)

Tiercé, se bouchant les oreilles — ! ! !

M1'8 Shaw. — Quelle est la matière?

Tiercé. — La matière est que nous avons peut-être des voisins.

Mrs Shaw. — Je ne pense pas ainsi. En outre je pense nous payons ce qu’il faut pour crier.

Tiercé. — C’est une raison.

Les deux enfants font une tournée de bonsoirs, traversent le corridor en poussant des cris sauvages, entrent dans leur chambre doitbl e-lit , et l’illuminent a giorno.

Biddy, passant chez Bertie. — Je suis contente, nous pouvons payer des visites à chacun l’autre.

Bertie. — Je suis aussi, Biddy. Bonsoir.

Biddy, de chez elle. — Bonsoir !

Bertie, à tue-téte. — ■ Bonsoir! (Rires. — Il va chez Biddy , revêtu, d'un pyjama arcen-ciel.) Comment aimez-vous mon suit pour dormir, vieille Biddy ?

Biddy, en jupon. — Je pense vous avez l'air d’un prince et vous épouserez aussi la fille d’un roi. (Il retourne chez lui , et revient aussitôt . portant un oreiller , qu'il lance à la tète de Biddy.)

Bertie. Je vous donne ceci.

Biddy. — Qu’en ferai-je, stupide garçon ?

Bertie. — Les Anglais sont si apprivoisés qu’ils couchent la tête en l’air. Ils ne savent ce que c’est de coucher à plat.

Biddy. — Je ne veux pas de votre oreiller, Colonel. Prenez plutôt le mien. (Elle le lui lance à la tête. Ils jouent à la halle. Ce jeu inoffensif dégénère bientôt en lutte à main plate. Biddy. plus forte, empoigne son frère et le précipite dans la baignoire. Fous rires.)

Bertie, se tirant de là. — Quelle est la chambre à côté de vous, Biddy ?

Biddy. — Celle de Diana.

Bertie. — Et de son mari, je pense ?

Biddy. — Oui, puisqu’ils ne divorcent pas. Qui est à côté de vous?

Bertie. — Mark.

Ils se mettent à regarder par les trous de serrures. Biddy ouvre vivement la porte du couloir et, d’un coup de poing, y envoie rouler Bertie. Comme il y a une providence, Jerry rentre à ce moment même, et reçoit le colonel entre ses bras.

Jerry. — Oh!... Qu'êtes-vous là faisant, mauvais garçon? Bonsoir, comment allezvous ?

Biddy, criant derrière la porte . — Bonsoir, p’paw.

Jerry. — - Bonsoir, chère mignonne chose.

Mark, qui rentre aussi. — Bonsoir.

Biddy. — Pourquoi n’avez-vous pas dîné avec nous ?

Jerry. — J’ai dîné chez le Roi.

Mark. — Oui.

Jerry. — Dormez, il est tard.

Bertie, Biddy. — Oui. Bonsoir, vieux p’paw.

Leur porte se ferme, mais le charivari continue.

Jerry et Mark entrent dans le salon.

Jerry. — Bonsoir.

Mark. — Bonsoir.

Jerry. — Nous avons dîné avec le Roi,

Tiercé. — Mazette !

Jerry, qui ne se laisse plus marcher sur le pied. — Oh!... Bobby !... Est-ce si surprenant ?

Tiercé. — Non.

Jerry. - - Je dis, j’avais déjà déjeuné avec le Roi longtemps avant que sa petite tille soit engagée à Mark.

Tiercé. — Où?

Jerry. — En wagon.

Tiercé. — Racontez-nous ça.

Jerry. — Quoi ça ? Le wagon ?

Tiercé. — Non, votre dîner d’aujourd’hui.

Jerry. — Je raconterai, c’est intéressant. Je suis allé aujourd’hui demander au Roi sa petite-fille officiellement.

Tiercé. — Comment lui avez-vous posé la question ?

Jerry. — Je pense je sais parler.

Tiercé. — Aux simples mortels... Mais, aux grands de la terre...

Jerry. — Je dis un homme est un homme, et je vaux plus que celui-ci puisqu'il ne vaut rien... En outre taisez vous. Vous me

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