‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 102 sur 174 · Susane, His'oire de rin/anlerie française, p · texte numérisé non relu

Susane, His'oire de rin/anlerie française, p

Icitinr^DK nÈsEnvE, armée TEnniTonrALF., troiipes tuviLUiriEn. 31 1 Brtiorgiiiliâer pour la iléfeiise du torritoire, mais dans des coudihions caractéristiques: nous trouvons dans sa correspondance une ^ot« écrite par lui pour le ministre de la guerre, le lô septembre ijSÛô, an moment de son départ pour l'armée et qm conlient des rao&eigneinentK curieux : ■ Organiser les gardes nationales et y

■ crter des compagnies de grenadiers, de chasseurs, pour en for- ' la réserve. — Composition de ces rései-ves, qui devaient

■ lîlre commandées par les maréchaux Lefebvre et Kt-Uermann,

■ les généraux sénateurs Sénarmont, d'Aiioville, Rampon, Déde- » lay d'Agior. On déterminera le nombre des bataillons composant

■ les gardes nationales de chaque déparlement, chaque bataillon ' désignerait au moins deux compagnies pour la réserve, en n'ad- * inoUant dans ces compagnies que des olhcifrs et soldats ayant

■ solde de retraite ou traitement de i-éforme et les citoyens les plus

■ aisit faisant partie île ce gu'on appelle la bonne bourgeoisie. > II >»t remarquable de voir Napoléon I" qui prodiguait tant de sym-

àie au peuple enrégimeotê dans son armée, manifester en toute occasion son éloignoment pour le peuple di^s villes et pour les Ktvriers. Il dut s'en repentir en 1815, lorsque Paris ne put être riélendu par ce peuple dont il s'était toujours mélié,

Eq 1806, au moment d'engager la lutte avec la Pnjsse, Napoléon donna l'ordre d'organiser deux corps de gardes nationaux du C,000 hommes chacun, avec les compagnies d'élite des départeknents du Nord et de l'Est ; l'un d'eux devait iltre établi à Saintmer sous les ordres du général Rampon, l'autrâ à Mayence soua :eux du maréchal Mortier.

En 180y, pendant le séjour de Napoléon à Schœnbrunn, l'espédi-

Uon des Anglais sur Flessiugue et l'île dâ Walcheren donna Heu

& convoquer les gardes nationales dans une vingtaine de dépar-

menu. Tout en approuvant cette levée, Napoléon ne paraît pas

bvoir lait grand fond suc les troupes qu'elle lui procurait. C'est

fc celte occasion qu'il écrivit ce mot bien connu: Un iwmmt n'est

t un toldal. Il trouva d'ailleurs qu'on était allé bien loin et

u'cD ne se bornant pas aus: gardes n.ilionaux du Nord, on avait

laUlemenl agité toute la France ' .

l. Voir In corrospcniilancn ilP l'EmnT

312 LES TRANSFORMATIONS DB l'aRMÉE FRANÇAISE.

En 1812, avant de partir pour Texpédition de Russie et pour laisser derrière lui des troupes de réserve, il ordonna la formation de ces cohortes de gardes nationaux qui devaient entrer plus tard pour une si forte proportion dans la Grande- Armée de 1813. En réalité, cette formation avait pour objet l'accroissement de reffeci if de Tarmée ; les cohortes, recrutées parmi les hommes non* mariés et non atteints par les levées faites sur les classes de 1807, 1808, 1809, 1810, 1811 et 1812, n'avaient de la garde nationale que le nom*, et en violation de toutes les lois, elles furent versées plus tard dans Tarmée active pour constituer un certain nombre de régiments nouveaux.

Après la bataille de Leipsick, Tordre fut donné de mobiliser une légion dans chacun des départements frontières de TEst, mais cette mesure ne s'exécuta pas sans peine, à en juger par les lettres des préfets. « Je ne dois pas dissimuler à votre Altesse », écrivait celui de la Moselle au major général, le IG novembre, « que cette « organisation se fait avec une peine infinie... A peine les avais-je « réunis qu'ils désertaient par centaines ou se Ciichaient dans la « ville. J'ai été obligé d'employer des patrouilles à cheval pour les « faire marcher au lieu de l'organisation -. » Oh ne délivrait d'ailleurs à ces gardes nationaux que des armes en mauvais état. Marmont, qui commandait à Mayence, fut blâmé pouravoir fait distribuer des vivres aux gardes nationales placées sous ses ordres et avoir remplacé leurs armes par des fusils en état de faire feu. 11 n'accepta pas le reproche et répondit au major général que ces troupes faisaient un service actif sur les bords du Rhin. « Si sa « Majesté », ajoutait-il, « vu le besoin qu'on éprouve d'armes, ne « veut pas qu'il soit délivré aux gardes nationales des fusils en « état de faire feu, il me paraît qu'il est plus convenable au bien du « service de les renvoyer chez elles. » A quoi Berlhier répliquait : « Je dois vous mettre dans le secret, nous manquons d'armes pour « l'armée '. »

Les gardes nationales remplirent cependant un rôle honorable pendant la campagne de 1814 ; celles des départements du Nord et

I. Charras, Hisfoirr de lu guerre de 1813, chap. VI. .'. (.'iiinill • Uoii>s<.*l, la G ronde- Armer de ISIiJ, p. 2GS. î. Mrmotrex de Mnrninnf , t. VI. p. îlô cl MiivaiilfS.

CADRES DE RÉSERVE, ARMÉE TERRITORIALE, TROUPES AUXILIAIRES. i3l3

du Pas-de-Calais partagèrent, dans la défense d'Anvers, la gloire acquise par Carnot. Une division ou plutôt un détachement de 3,000 on 4,000 hommes de gardes nationales, commandé par le général Pacthod excita Tadmiration de Tempereur Alexandre au coinbat de la Fère-Champenoise. Chargé de conduire à Napoléon im convoi d'artillerie considérable, le général Pacthod s'avançait avec ses gardes nationaux formés en cinq carrés, lorsqu'il tomba an milieu de la cavalerie russe à laquelle venaient d'échapper les maréchaux Mortier et Marmont. Les deux derniers carrés, chargés do faire l'arrière .-garde, résistèrent longtemps aux attaques de la cavalerie de la garde impériale russe et ils tinrent bon jusqu'à l'arrivée de l'artillerie, mais alors, écrasés par la mitraille, ils furent foulés aux pieds des chevaux et entièrement détruits. Un des carrés fut littéralement couché à terre par le feu de quarante pièces ; les trois autres, refusant de mettre bas les armes, se laissèrent mitrailler jusqu'à ce que l'empereur Alexandre, touché de tant de bravoure, envoyât un de ses aides de camp pour offrir aux survivants de se rendre à lui-même ^ Les souverains alliés furent très émus de cette résistance et craignirent d'en trouver une semblable à Paris; ils ne savaient pas que les gardes nationales delà capitale étaient sans armes.

En 1815, la rapidité des événements ne permit pas de tirer de la garde nationale tout le parti qu'on en avait espéré. Dès le mois d'avril, elle était organisée sur le papier: 417 bataillons devaient être mobilisés, 240 le furent réellement et étaient rendus à destination le 10 juin-. Ces gardes nationales furent mises en ligne, savoir: une division pour garder les défilés de l'Argonne; une autre à Strasbourg pour appuyer le corps de Rapp ; 20,000 hommes sous Lecourbe, à Belfort; 36,000 à Lyon, dans l'armée du maréchal Suchet; 12,000en Vendée -, 108,000 répartis dans les places fortes. Avec un peu plus de confiance dans la garde nationale. Napoléon aurait attiré à lui, pour entrer en Belgique, au lieu de le laissera Strasbourg, le 5* corps commandé par Rapp et peut-être, avec ce renfort, aurait-il pu écraser Bliicher à Ligny, de manière à le

l. Histoire (lu Consulat et de l'Empire, t. XVII, Pt Mémoires de Marmont, t. VI. l. Charriis, Histoire de la ca^n pagne de ISIÔ.

314 I.E8 TRANSFORMATIONS DE l'aRMËE FRANÇAISE.

meure hors de cause jusqu*ù ce qu'il eûl battu Wellington à son tour. Les gardes nationaux se battirent bravement à Belfort et dans les Alpes, mais Tentliousiasme d'une partie d'entre eux ne tint pas contre l'état de dénuement dans lequel on les laissa. Les J)ataillons actifs étaient mal habillés, mal équipés et à peine armés, si l'on en juge par une note en date du 12 juin, par laquelle le ministre de la guerre invite le directeur de rartillerie à envoyer le plus promptement possible des fusils aux gardes nationales réunies dans le Nord, à qui, d'après le rapport du maréchal Soult, il en manquait plus de 10,000*.

L'Empereur comptait, pour la défense de Paris, non seulement sur la garde nationale, mais sur les ouvriers réunis en régiments de tirailleurs. « Vingt-quatre bataillons de tirailleurs des fédérés « de notre bonne ville de Paris », écrivait-il à Garnot, ministre de l'intérieur, « composés des habitants et des ouvriers de Paris et de « la banlieue qui ne font pas partie de la garde nationale, formeront «s ix brigades. Rien de tout cela ne fut fait. »

Sous la Restauration, la garde nationale lit peu parler d'elle. Dans le Midi, elle affichait avec passion des sentiments royalistes. Animée par la présence de la duchesse d'Angoulôme, celle de Bordeaux avait voulu inutilement lutter contre le général Clauzel qui venait prendre possession de la ville au nom de l'Empereur. Réunies à Nîmes, sous les ordres du duc d'Angouléme, celles des

départements du Sud-Est avaient soutenu un instant la guerre civile

contre la petite armée du général Grouchy. Vaincues, elles se vengèrent, comme on sait, à Avignon, à Nîmes, à Toulouse par l'assassinat du maréchal Brune^ celui du général Ramel et par des atrocités restées impunies. A Paris, la garde nationale, après avoir accueilli les Bourbons en 1814 et 1815 avec une ivresse enthousiaste, avait tourné au libéralisme. Une revue passée au Champ de Mars, le 29 avril 1827, ayant été Toccasion de manifestations jugées outrageantes pour la famille royale, cette garde nationale fut dissoute par le ministre Villèle, niais le désarmement fut sans doute bien mal opéré, puisque, parmi les combattants des journées

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