I.Charras, Histoire de la campagne de
CADRES DE RÉSEnVE, ARMÉE TERRITORIALE, TROUPES AUXILIAIRES. 315
de juillet 1830, figuraient un grand nombre de gardes nationaux en armes et en uniforme.
La première année du règne de Louis-Philippe fut le règne de la milice bourgeoise. Toutes les gardes nationales du royaume avaient été placées sous les ordres de Lafayette, dont la popularité, après avoir aidé à celle du roi, la tint en échec pendant plusieurs mois. Il fut habilement évincé, et la loi du 24 mars 1831 régla tous les principes de Torganisation et du service de la garde nationale. Le titre VI de cette loi, le seul que nous ayons à retenir, prévoyait et réglementait la création de corps détachés ; il peut passer pour un premier essai d'armée territoriale. Le duc d'Aumale Ta résumé ainsi qu4I suit :
« Tous les citoyens âgés de vingt à trente ans pouvaient être « appelés à ce service dans Tordre de leur âge et d'une série de « « catégories qui comprenaient éuccessivement les célibataires, les « veufs sans enfants, les mariés sans enfants, les mariés avec en- « fants. Les corps détachés n'étaient appelés qu'en vertu d'une loi « ou d'une ordonnance royale convertie en loi à la plus prochaine « session; la durée de leur service était fixée à un an, ils n'é- « taient pas spécialement retenus en deçà des frontières, etc. »
Ces prescriptions n'ont reçu aucune application; mais les gardes nationales de Paris et de Lyon déployèrent un véritable courage dans la répression des émeutes qui agitèrent les premières années du règne. Louis Blanc, dont la partialité en faveur des insurgés est évidente, dit lui-même, en racontant les journées de juin de 1832, qu'il y eut des actes éclatants de courage de la part de la garde nationale ; celle-ci n'eut guère, de 1834 à 1848, qu'à jouer aux soldats dans les rues et à monter la garde à l'Hôtel-de-Ville, jusqu'au jour où, avec le défaut d'intelligence pratique qui a trop souvent caractérisé la bourgeoisie parisienne, elle renversa Louis-Philippe, aux cris de : Vive la Réforme . Elle paya cher cette folie, au mois de juin suivant, en ayant à lutter contre une insurrection formidable ; ce qui ne l'empêcha pas de recommencer le 4 septembre 1870 et de renverser l'Empire comme elle avait fait de la royauté *.
1. Nous ne parlons ici que de la garde nationale de Paris, quant à celle des départements, nous l'avons vue dans certaines villes, notamment à Metz, manifester en toute occasion les senlimeiUs les plus hostiles à la royautô d'alors.
31 G LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉE FRANÇAISE.
Licenciée après le coup d^Êtatde 1851, qui eut pour conséquence le désarmement complet des Parisiens, la garde nationale fut rétablie sous TEmpire, mais parliellemcnt et seulement dans les quartiers riches. C'est dans ces conditions que la trouvèrent les événements de 1870. Il existait à Paris, au moment de la déclaratiçu de la guerre, GOliataillonsdegarde nationale; le Gouvernement porta rapidement ce nombre à 266. « Tout le monde y entra *, dit M. Dussieux, auteur d'une remarquable histoire de la guerre de 1870-1871, « les étrangers, 2,500 repris de justice, 40,000 sec- « taires, membres de sociétés secrètes, capables de tout, excepté ^
« d'aller au feu, vagabonds et drôles de toutes sortes. L'organisa- ^ « tion de la garde nationale, conllée aux maires, fut faite de la façon .^ « la plus déplorable. Non seulement on inscrivit, mais, ce qui £ « était plus dangereux, on arma tout le monde sans examen, et les ^^ . « gredius eurent chacun plus d'un fusil. Les élections aux grades .^ . « d'officiers produisirent, dans beaucoup de bataillons, les choix .^^ « les plus indignes. La Commune y formait dès lors ses bandes et^ -^ « y plaçait ses affidés \ »
L'ensemble de la garde nationale forma en définitive 283 ba-^»:». taillons, d'un effectif total de 166,000 hommes; dans cliaque ba taillon, quatre compagnies, dites de guerre, furent armées de fusil à tir rapide, et l'on organisa ces bataillons de guerre en régiment' qui, augmentés d'une légion de cavalerie et d'une légion d'artilh rie, constituèrent, sous l(>s ordres de Clément Thomas, la l^ ai^c rmée do Paris. Cette organisation se lit avec lenteur et ne fir^ mt guère terminée (|ue le 10 novembre. Les bataillons qui, sous L^EIe nom de fédérés pris par eux-mêmes, étaient composés de gartl^^ 3s nationaux soldés, avaient été les premiers armés de fusils se cha rgeant par la culasse. Pendant tout le siège on les vit parader, sort ir de Paris, en tenue de campagne, avec tambours, fifres, musiqu^?^?, cantinières, et y rentrer en désordre, sans avoir rien fait (voir L «s ordres du jour du général Clément Thomas). La garde nation£»ie commença à paraître dans les combats , vers la tin du siège ; on ^U ressortir avec une certaine ostentation le moindre de ses îxits d'armes : le 72'' Ijataillon de guerre fut cité le 24 novembre par
1. I)ii.-I.Mi\. Ui.iloirc (.'(> 1(1 (ju.rrr fh 18;0-1.STI, l. l. 1». 179.
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aiiral Saissel pour le loinhat île Bomlv, où il put i hommes
peSMta. l.c lit)' bataillon, commanilij par le colonel Langlois, fut
■i« h l'orilre pour sa roiiihiile au conibjil des 20 t-l 30 novembre
ua gare aux Bmuf8,oii sou cher fut blessé. 42,000 gardes nailo-
■Itu, Bur un olTcctif lotal de 90,000 hoinines eagagiïg, pi-ireuL
1 d la Imtaillo de MoiUreloiit-Bu£i>nv<il, le 19 janvier 1871; on
savait embrigadt-s, pour ce jour-bï, avec rhifanlerio de ligne,
laque brigade contennnt un régiment de la garde nationale. Plu-
^ura de cas i-i>ginienls se haltirenl avec un courage remarquable;
feiil lu qau Tureiil tnés : le peintre Henri RegnauU, l'acteur tàù-
Wle, le vieux marquis de Coriolis, volcntaire de 67 ans, Gitelnve
aiberC, qui riîvait la conquête du pôle, de Rochebrune, l'ancien
femmandant des insurgés polonais; là que Turent hlcBst^s le co-
mel Langlois el bien d'autres ; mais à côté d'actes d'héroïsme
klaïautH et nombreux, l'histoire a eignalé quelques Iristes dérail-
inces dont la vue dt^tida, dit-on, le gén(?ral Trocbu à ordonner la
Retraite sur Paris'.
I La garde nationale avait eu cependant 1,954 hommes hors de
ponxtiat sur une perle totale de 4,07 :J hommes.
I Quand vint l'anuistire, le négociateur commit la faute de laisser
tésarmer la troupe de ligne et de conserver les armes à la garde
IBllOuali'. On sait quelles furent les conséquences de celle faute,
r ne pas dire de ce crime impardonnable. La Commune el lo
»ud siège de Paris ont prouvé incontesrtablement que ces mêmes
s (pii, pendant le premier siège, n'avaient fait que Iroublei'la
fefeaee par des tentatives odieuses contre la tranquillité intérieiu-e
r la capitale, étaient susceptibles de se bien battre au dehors.
^0U6 avons entendu, dans l'intervalle des deux sièges, un minislre
1 Gouverne ment de la défense nationale, et le plus compétent à
(dp BÛr en pareille circonstance, nous exprimer l'avis que l'on
l*aTait pas mi tirer parti de la garde nationale, et que si, au lieu de
MKBOr dans Paris les compagnies soldées servir di' prétoriens h
■yat, Delécluie, Fiourens, Blanqui el cnnsorte, le général Trocliu
ht avait mie camper eu dehors des reuipai'ts et accoutumés peu à
tfi^iiéioiiB uitUtait* tmUtmjiOfiiiiie, i. [|, |>. .107.
318 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉB FRANÇAISB.
peu, par de petiles rencontres, à la vue de Tennemi, on aurait eu ea elles des troupes aussi bonnes que d'autres. Quoi qu'il en soit, aux yeux de tout homme sensé, les événements de 1870-1871 doivent avoir condamné à tout jamais la garde nationale, cette troupe qui « veut », disait le 10 mars 1871 le comité central des fédérés, « choisir elle-même ses chefs et les révoquer quand Us n'ont plw sa « confiance ». En dehors des forpes régulières, commandées régulièrement, il n*y a qu'anarchie et danger. Tout le monde, ou du moins l'immense majorité du pays, en était convaincue à la fin de l'année 1871. Fasse le ciel qu'on ne revienne pas sur cette conviction ! En province, l'histoire de la garde nationale n'a rien présenté qui soit comparable aux faits de la Commune ; elle a eu cependant ses tristesses et nous a laissé la légende du camp de Conlie. On sait que ce camp, situé entre le Mans et Laval, était destiné à recevoir les gardes nationales mobilisées des départements de la Bretagne qui, en vertu d'un décret du Gouvernement de Tours, devaient former un corps d'armée à part, sous les ordres de M. de Kératry, promu d'emblée au grade de général de division et chargé de tous les détails de l'organisation. Tous ces mobilisés accouiTirent avec empressement, mais malgré tout son zèle et toute son activité, leur chef no put trouver pour les armer que les ressources insuffisantes de nos arsenaux, qui avaient déjà une autre affectation. Les mobilisés bretons passèrent l'hiver dans la boue, faisant l'exercice avec des bâtons. On leur donna plus tard des fusils se chargeant par la bouche, achetés à l'étranger, et ou les employa tant bien que mal eu divisions séparées. La division Gougeard compi*enait cinq bataillons de mobilisés de la Loire-Inférieure, d'IUeet-Vilaine, du Morbihan et des Côtes-du-Nord, elle est citée par le général Chanzy comme s'étant bravement battue à Yvré-l'Évéque, le 10 janvier et surtout le 11, au plateau d'Auvours, où son chef mérita et reçut la croix de commandeur. Mais la batiiille du Mans « fut perdue par suite de « la panique des mobilisés de Bretagne de la division de Lalande », dit le général Chanzy dans son télégramme adressé au Gouvernement le soir mémo, « qui, cédant sans résistance devant un mouve- « ment oilensif tenté à la tombée de la nuit par l'ennemi, ont aban- « donné la position importante de la Tuilerie. » — « La panique des « mobilisés de Bretai^uu », dit encore le général Chanzy dans une
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