‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 104 sur 174 · ILI.HRES. 319 . Des désordres · texte numérisé non relu

ILI.HRES. 319 . Des désordres

ravee eurent ensuite lien an camp do Conlie. Les moliilisé§ du gé-

Wral de Lalande, après l'abandon de la Tuilerie, s'étaient retires

s'arrêter jusqu'à Ëvron. Les mobilisés qui se trouvaient en-

> au camp pillèrent les vivres, détruisirent ou abandonoèreni

B armes et les munitions et, à l'eiceplion d'un petit nombi-e, qui

jareut être arrétt^s, cnntinnèrent leur retraite jnequ'en Bretagne '.

i Voilà ce qu'il peut advenir des hommes les mieux intentionoés

H début, lorsqu'on les met eu ligne avant qu'ils soient pourvus

1 nécessaire. Pour bien juger tout ce qui s'est passé daas cette

lerre, il faut observer que les armements et approvisionnements

«lent été calculés pour une armée de 500,000 hommes senle-

ient, que la plus grande partie de ces approvisionnements se

pouvait dans les places frontières, en vue de l'offensive, et que le

tête fut dirigé sur Faiis dès nos premières défaites ; c'est sous

[initiative et sous la responsabililé pTsoimelle des bureaux de

Striillerie au ministère, que près de cent mille /usils, qui se trou-

tietxt dans les magasins de Metz et de Strasbourg, purent *tre

nvOyés aussitôt après la déclaration de la guerre dans les villes de

^aen, La Rochelle, Toulouse, etc., où ils servirent à armer les

DDUpes organisiSes en province. Le matériel est aujourd'hui sura-

iDdant; il est réparti partout, il ne sauiaît donc faire défaut dans

) circonstances semblables à celles de 1870. Quant au person-

hl, l'organisation doEit il a été l'objet préviendrait, il faut l'espé-

, les faiblesses de 1870-1871. Nous ne parlons pas ici des

tnps de bataille et des faits qui pourraient rappeler l'abandon du

|ste de la Tuilerie, mais des désertions ou plutôt des insoumis-

pDE qui se produisirent sur une si grande échelle pendant la der-

lÈreguene. De nombreux mobilisés ne répondirent pasà l'appel qui

pr était fait, se cachèrent, passèrent la frontière ou restèrent tout

nplemenl chez eux. Ils n'ont^janiais été punis, ou quand ils l'ont

if c'est de peines insignilLantes qu'ils acceptaient volontiers

btirdlre dispensés de marcher à l'ennemi. Dans son ordre du

r (le licenciement des mobilisés, au mois de février 1871, le

lirai Faidherbe, commnudant l'armée du Nord, iniligeait, comme

châtiment à ces réfractaires, le mépris de leurs comntoyens. Ils ne Font même pas encouru, et ceux qui, pendant la guerre s'étaient soustraits ainsi au service militaire, ont levé la tête aussi haut que ceux qui avaient bravement fait leur devoir. Comme nous Tavons dit^ Torgariisation actuelle, Tappel simultané de toutes les catégories de Tarmée , Faction de la gendarmerie qu'il ne sera pas besoin de détourner de son rôle essentiel pour former des régiments, et aussi, du moins faut-il Tespérer, les progrès de Tesprit public empêcheront désormais qui que ce soit de se soustraire au plus élémentaire des devoirs du citoyen.

Hâtons-nous d'ajouter que dans detiombreuses circonstances les bataillons de mobilisés se sont admirablement conduits, quelque imparfaitement armés et équipés qu'ils fussent. Comme en 1792, les départements étaient chargés de ce soin, et les inconvénients signalés à cette époque par le général Wimpfen dans la lettre que nous avons citée plus haut, se produisaient pour les mêmes causes. Ils furent aggravés par ce fait que les troupes de ligi>e étaient pourvues d'armes se chargeant par la culasse, tandis que les mobilisés, sauf quelques-uns, comme ceux des légions du Rhône, ne purent recevoir que des fusils étrangers d'anciens modêles. Pour leur donner l'instruction militaire, on imagina les camps d'instruction où ils furent réunis sous le commandement de généraux improvisés ; pour leur donner de l'artillerie, on décréta la formation des batteries départementales ; chaque département dut fournir, matériel et personnel, une batterie complète par 100,000 habitants ; des ingénieurs distingués furent chargés de la construction de ce matériel, mais le temps leur manqua et lors de la conclusion de la paix quelques batteries seulement étaient achevées.

L'inutilité parfois ridicule des camps d'instruction ne doit pas empêcher de rendrejustice aux mobilisés pour leur conduite au feu. Nous venons de voir une partie de ceux de Bretagne, à Yvré-rÉvêque et sur le plateau d'Auvours. Les légions du Rhône à Bligny-sur- Ouche, le 3 décembre, à Nuits le 18, luttèrent avantageusement, sous les ordres du général Crr-mer, contré des forces suj^érieures. A Monnaie, devant Tours, le 11 décembre 1870, le général Ferri- Pisani, n'ayant pour toute infanterie que 7,000 à 8,000 mobilisés de Maine-et-Loire et de Seine-et-Marne, armés de fusils d'anciens

modèles, soutenus par une seule batterie de campagne et un régiment de marche de chasseurs d'Afrique, put résister toute une journée à une forte colonne et se retirer en bon ordre, ramenant à Tours une centaine de prisonniers enlevés par la cavalerie. Les mobilisés de Tarn-et-Garonne, sous le commandement du général de Pointe de Gévigny, à la Roche et à Gien, la légion des Côtes-du- Nord à Loigny à côté des zouaves de Charette, les mobilisés de rOrne et de la Mayenne prenant part avec les francs-tireurs de Lippowski à la défense d'Alenron, le 14 janvier 1871, ceux de la Sarthe méritant les éloges de Chanzy dans la retraite du Mans, ont prouvé le parti que Ton peut toujours tirer des braves gens quand ils sont bien commandés.

D'autre part, les gardes nationales sédentaires ont à leur actif la résistance de Saint-Quentin, le 8 octobre 1870, Ténergique intervention de la garde nationale de la petite ville de Ballon dans la retraite du Mans, le 11 janvier 1871, et par-dessus tout Théroïque défense de Châteaudun, sur laquelle nous reviendrons.

Malgré ces faits exceptionnellement glorieux, Toxpérience de la guerre de 1870-1871 a condamné, avons-nous dit, Tinstitution de la garde nationale. En temps de paix, elle est une menace continuelle pour la tranquillité publique. En temps de guerre, son organisation la rend trop indépendante de Tautorité militaire.

Quant à la garde nationale mobile créée par le maréchal Niel en 1868, c'était, plutôt qu'une armée territoriale, une sorte de réserve composée de tous les hommes soustraits en temps de paix au service militaire et astreints à servir pendant la guerre. Du moment où la nouvelle législation rendait le service militaire obligatoire pour tous, cette garde mobile se trouva virtuellement supprimée.

Si nous n'en disions pas ici quelques mots, nous nous trouverions avoir passé sous silence une troupe dont la présence dans les rangs de l'armée n'a pas été sans éclat, quelque peu qu'elle ait duré. Privée par l'opposition du Corps législatif ries moyens de se réunir et de s'instruire, abandonnée même après la mort de sou créateur, la garde nationale mobile qui, au mois de. juillet 1870, n'existait que sur le papier, fut armée et réorganisée drs le début de la guerre. Rappelée à Tactivité par doux décrets en

TBANSF. DK L*ARM. FBANy. ^1

322 LES TRANSFORMATIONS DE l'aKMÉE FIIANÇAI8B.

date (lu 16 et du 17 juillet, elle fut organisée bientôt en régiments comprenant chacim trois bataillons et commandés par des lieutenauts-colonels (décret en date du 18 août). Les premiers bataillons prêts furent ceux de Paris et, au premier moment, ils ne donnèrent guère que de Tembarras. Pour éviler de laisser dans la capitale une troupe qui aurait pu servir de ralliement à Témeuto au moins autant que pour les exercer, on les envoya à peine armés au camp de CliAlons, sous les ordres du général Berthaut qui s'était montré favorable à cette institution et dont les talents militaires inspiraient la plus grande confiance. Ils s'y trouvaient lors de l'arrivée de Napoléon III revenant de Metz; leur attitude en présence de TEmpereur fut telle qu'il fallut les éloigner. Le général Berthaut proposait pour eux les places du Nord ; le général Trochu, qui venait d'être nommé Gouverneur de Paris, exigea leur rentrée dans la capitale. On les groupa au camp de Saint-Maur d'où ils vinrent en foule le 4 septembre, le plus grand nombre, il faut bien le dire, sans armes, prendre part au mouvement populaire qui renversa l'Empire. De ce même camp de Saint-Maur ils donnèrent plus d'une fois du fil à retordre au gouverneur président du gouvernement provisoii*e, qui s'en tirait avec des discours. Ils se battirent d'ailleurs au Bourget et dans pins (l'une antre aflaire en vrais enfants de Paris.

Du 4 au 17 septembre, on appela dans Paris, au nombre de 90, tous k's bataillons de mobiles de province qui pouvaient à la rigueur marcher et qni étaient à peine habillés et équipés. Ils appartenaient à 25 départements, mais principalement à ceux de l'ouest et en particulier de la Bretagne et de la Vendée. Leur effectif total, y compris les mobiles de Paris, s'éleva à 116,000 hommes. On en forma quatre divisions, qni furent dissoutes plus tard lorsque les régiments de mobiles furent embrigadés avec les troupes de ligne. Ainsi, au moment d'être enfermé, le Gouvernement appelait à lui tout(^s les ressources eu matériel et en personnel, et à peine enfermé il cria : La protnnce iw vient pas! On a bien peu tenu conii)le de cette situation dans l'appréciation des faits. Depuis les défaites de Frœschwiller et de Forbach et surtout depuis la nomination du général Trochu, tonte l'activité du ministère, (hi (iouv^Tuenient et du coniilé do défense fut concentrée

VCArKES DU IlËSBIlVE, AHMEt; TKimiTORIALE, TllOtl'ES AUXILIAIHES. 323

■ers un seul ybjuclil : rarniemoiit de Paris. Ou était coiivaiucu ! tluvanl Paris fortement araiiî, tes AUemaails s'arrùteraienl, bue l'Europe interviendrait ut alors que la paxs serait faite. Qu'im- Kirtoit doue la provini^e'? Le résulLat de l'eutrevue de Ferrières renversa ces iliusioiiB, dont se berçaient ëgnleiueut les deux vieilirdg euvoyûs à Tours pour reiiriSseuter te lîouvcrnement '. C'est alors que Paris mil son ps[ioir dans les dtipartements et que Gam- Klta descendit de sou Lalloti [tour douuer à leurs efforts riiupulbîon qui faisait défaut. Certes, ce n'est pas nous qui voudrions diaÛDuer le rôle de cet homme, eu qui s'est personuiQée à juste ^tro la Défense nationale; mais ce serait une grave erreur de •oire qu'avant son arrivée rien n'avait ùlé fait par la délégation •du miaistére de la guerre, c'est ainsi qu'où appela les deux direclottrs, lee quatre ou ciuq chefs de bureau et les quelques employés qui, sans avoir pu emporter un seul dossier, uu seul état u situation, furent envoy<?s à Tours sous les ordres du général r J*erort, faire la besogne de l'administration centrale, laissée ù Pal^ji» bien inulilument. Les 15* cl 16' corps, comptant ensemble I 100,000 hommes, étaient déjà organisés, des ti-oupes avaient été ■ jéuilies dans l'Ouest sous les ordres du général Fiéreck, dans lâ8 Vosges eous le commandement du général Canibriels. La . garde n<itianale mobile ligure daus ces différents corps pour un .effectif d'au moins 50,000 hommes; du 10 octobre au ? février, ^14,000 mobiles furent encore mis sur pied. En y ajoutant ceui Be Paris, on doit donc évaluer s, 280,000 environ le nombre des ■DObilOfi qui prirent part à la lutte.

n faudrait écrire l'Iiistoiro complète de la guerru de 1870 pour citer toutes les occasions où ces mobiles se distinguèrent : à Bagneux, le 13 octobre, les mobiles de la Cùte-d'Or et de l'Aube dont le commandant Dampierre est tué; au Bourget, te 28, le 12° bataillon de la 8eine et son commandant Buroche se faisant tuer plutôt que de se rendre ; le même jour, à la Maimnison, ceiu du Morbihan ; les mobiles de la Doniogne enlevant le village de Coulmiers le 11 novembre, et à côté d'eux ceiiï de Loir-et-Cber, qui s'étaient d^à distingués au comhat de Vallièrt;, chargeant â la baïouuette

324 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉB FRANÇAISE.

avec dos fusils Remington qui n'aiment pas de baïonnettes; les 1*, 2*" et 10* bataillons de mobiles de la Seine à Épinay, le 30 novembre ; les mobiles du Loiret, des Deux-Sèvres et de la Haute- Loire au combat de Beaune-la-Rolande, le 29 novembre ; les mobiles de la Sarthe, pleins d'élan au combat de Villepion, le 1" décembre, et à la bataille de Loigny le lendemain, repoussant bravement les charges furieuses de la cavalerie du prince Albrecht, tandis que ceux de la Haute-Vienne, à la m(*me bataille, restaient comme de vieilles troupes sous le feu d'une puissante artillerie et reprenaient jusqu'à trois fois le village d'Écuillon ; les mobiles de la Gironde, commandés par M. de Carayon-Latour, rivalisant de courage avec les légions lyonnaises au combat de Nuits, le 17 décembre ; ceux de la Loire-Inférieure à Montretout le 19 janvier, défendant avec acharnement, commandés par M. de Lareinty, la maison Zimmcrmann; ceux de Maine-et-Loire à Patay, le 4 décembre; les mobilisés de l'Yonne et du Cantal à Villorceau, le 8 décembre ; ceux de la Gironde à Chénebier

Il est impossible de rappeler tous les combats où ont figuré les bataillons de mobiles. Si ces bataillons avaient reru avant la guerre l'instruction militaire qui leur manquait et que le maréchal Niel avait voulu leur donner, si, au lieu d'officiers courageux et dévoués mais n'ayant, sauf quelques-uns, jamais servi, ils avaient eu des cadres tant soit peu rompus au métier, ils auraient pu sauver la Franco. Pour en juger, il suffira de lire le récit de la conduite des mobiles de la Sarthe à Loigny, écrit par le général Chanzy lui-même. « Le 33® mobile (Sarthe) eut d'abord à suppor- « ter un feu d'artillerie des i)lns violents, qui ne remp(5cha pas « d'essayer d'avancer jusqu'à portée de mousqueterie. Obligé de « plier, il recula en ordre, les rangs formés conmie à la manœmfe « et s'arretant fréquemment pour essayer de reprendre l'offensive; « à 2 heures, il n'avait pas perdu un kilomètre de terrain, sonatti- « tude, son feu et celui de ses mitrailleuses avaient constamment « nîaintenu l'ennemi qui perdait beaucoup de monde. La cavalerie « allemande, après avoir essayé d'avancer, avait été réjetée en dé- « sordre sur Orgères \ »

l. (Ihanzy, la 1^ Annie de fa LotrCy p. 80.

«DfiBsnRHËseitvE, ARMÉE TEnnirORULE, TnoDpEs Amir.iAinRs. 325 Nou» airons vu passer h Tours plus de cinquante à BoixantG balillous de mobiles ; c'étaient gt^nâraloiuent île belles troupes, lus disciplinées (jiie les bntnillons de mrtrche el [ilcines de lionne olonlé. Leur aspect témoignait à la fois an faveur du service bligatoip.' et du recnilement régional, parce qno la garde naLîo- B mobile comptait dans ses rangs Loulit la partie de la Jeunesse [Bpeoeëe par le remplacement du service en temps de paix, c'eet- 4ire riilito do la nation et parce qne, d'autre part, les hommes 'une mt?me compagnie ou d'un même bataillon, appartenant an ■âme pays, se connaissant de longue date, marchaient confiants e uns dans les antres, L'état de leurs pertes en tn^s et en blessés ufilt k donner nne idée des lattes qu'ils ont soutenues. A Paris, I lieutenant-colonel île Grancey, les commandants Saillard et larache ; à l'armâe de la Loire, les commandants Paris de la Cha- Bnle-Inftfrienre, de Mailly de Lotet-Garonne, Fouilhade du Lot irent tués, un grand nombre d'odiciers sopérienrs, lienteuants- [)lonels ou chefs de bataillon, furent Messes. Le régiment de la tarthc, cité à l'ordre de l'année pour la bataille de Gonlmîers, amptait 2,700 hommi's au déhut de la campagne; il en eut ,100 tués ou blessés, dont 20 officiers. Le régiment de Loir-et-Cher, ont tons les officiers supérieurs furent blessc^s, comptait à l'eB'eci 3,140 hommec ; il eut 7 ofliciers tués, 30 olficiers blessés, 3.Ô2 tus-offlciem et soldats lues, 873 blessés. L'artillerie de la garde nationale mobile ne put mettre en proineequ'mi petit nombre de batteries sur pied, entre antres celles ilu fipartement de l'Isère, qui tirent partie de la resserve d'artillerie du I* corps sous les ordres du commandant de Miribel, ancien capi- Ine d'arlillerie démissionnaire, et 12 batteries de canons h balles >Dt lo personnel provenait de divers départements, Gomme batteet & pied, la garde mobile de la Seine fournit à la défense de la citais nn régiment de 6 batteries, celle de Seine-et-Oise 3 battefl, la Drdme, le Pas-de-Galais et la Loire- Inférieure cha- 1 une batterie, le Rhône. 2 batteries et 2 compagnies de ponmniera. A Metz, la garde mobile dit département de la Moselle nit 4 batteries ; des batteries furent formées de même dans la iupart des places assiégées.

Vers la fin de la guerre, M. du llourgoing organisa dans la Nièvre

un très beau corps d'éclaireurs de la garde mobile à cheval, qui commençait à rendre des services et qui en eût certainement rendu de remarquables dans le genre de guerre que faisait de ce côté le général de Pointe de Gévigny, lorsque survint l'armistice.

Aussitôt après la conclusion de la paix, les gardes mobiles furent licenciés, et le ministre de la guerre, général Le Flô, leur adressa à celte occasion Tordre du jour le plus élogieux :

Gardes mobiles de Paris et des départements,

« Après six mois d'une campagne laborieuse où vos courages « ont été à la hauteur de tous les sacrifices qui vous étaient impo-, « ses, vous allez rentrer dans vos familles justement fières de vous. « Vous y porterez la consolation que donne le sentiment d'un de- « voir noblement accompli »

Un devoir accompli, c'était bien la note exacte dans l'appréciation du rôle de la garde mobile. Pendant son existence éphémère, elle remplit son devoir avec un dévouement dont l'éclat ne saurait être obscurci par quelques défaillances. Chose digne de remarque, ces défaillances se montrèrent surtout à la fin de la campagne, dans ceux des bataillons qui s'étaient signalés au début, dont Tuh mume avait été cité à l'ordre de l'armée. C'est une grave erreur de croire que des troupes formées à la hâte, sans préparation militaire, sans cadres instniits, sans habitude des fatigues, puissent, surtout dans une saison rigoureuse, conserver longtemps l'enthousiasme qui, dans les premiers jours les a fait marcher résolument à l'ennemi. A un point de vue plus général. Von der Golz,dans la Nation armée^ nous semble avoir exprimé en termes fort justes une idée dont l'étude de l'iiistoire nous a depuis longtemps personnellement pénétré, c'est qu'après une période prolongée d'efforts et de travaux guerriers, il se joint à la fatigue physique de la troupe une sorte de lassitude des âmes. « Une armée qui a parcouru une . « série de champs de bataille, a perdu ses officiers et ses soldats les « plus braves... On supporte allègrement les fatigues et les priva- « lions de toute sorte, pendant quelques semaines, mais non du- « rant de longs mois... Il est impossible de rester un héros avec « une égale et constante abnégation quand le combat devient jour- « nalier, quand le danger vous lasse de sa toute présence («/(?), qu'il

I CADRESDBnfiEBRVE, ARUËBTBHRIT0HIA[.K,TH0CPE3AEIX[UiimES. 327

\ * faut cheminer dans la houe des routes. Ealin l'adolescenl ira

E peiil-dtre à sa première bataille plein d'une noble ardeur, alors I «que l'existence du soldat lui est inconnue; tout lui apparaîtra

« «ous un autre jour quand une Toîs il aura passé par deux, trois, [ « dix ou douze batailles ou combats. Involootaireuient on aspire à

« réintégrer le domicile sain et sauf...» El l'auteur allemand parle I ici lie troupes victorieuses. « Si cette lassitude ■, ajoule-t-il, ■ ee I • inaoïreste quand fa guerre a eu un cours heureux, combien plus I « vite ne se produira- t-el le pas par l'épuisement complet de tout \ « enthousiasme guerrier dans les défaites et les retraites! >

Pour réagir contre cette influence inévitable du la nature hu- [ maine, il faut des chefs et des officiers nouseulemrat braves, mais I aîant la connaissance intime de la troupe. Seuls, les corps d'élite, L emous n'entendons pas seulement par là les gai'dcB royales ou impé- I liales, mais tous les régiments ou bataillons qui, par de brillantes L actions, SB sont places au premier rang dans l'estime de l'armée, I romine jadis le 3'2* invincible, le 57' terrible, ne le subissent pas. I De très jeunes conscrits peuvent, comme à Lutzen, à Bautzen et I dan» la campagne de France ou 1814, déployer un courage eupé- I rieur m^me à celui îles soldats vieillis dans les combats, mais ils I ne tiennent pas devant des revers continus.

Pour passer sur le corps de l'armée bavaroise bnrrant le passage In Napoléon en avant de llanau, après le désastre de Leipsick, il a I fallu faire donner les chasseurs de la vieille garde : ■ La manière

■ dont ces deux bataillons se portèrent en avant et culbutèrent ce

la qu'ils avaient devant eux, fut un objet d'.idmiratiou pour ceux qui

l<« en furent témoins ■, dit le maréchal Marmont, tL-moiu lui-même

ld& celte action '. Le général de Wrède, qui commandait ce jour-là

l'année bavaroise et qui connaissait les gi-euadiers de la vleitlo

[arde pour avoir souvent combattu â leurs côtés, fut troublé par Ueiir aspect au point de ne plus pouvoir donner d'ordres.

iiOwqu'après la paix l'Assemblée nationali! entreprit de refeonstituerles furces défensives do la France, comme il ne pouvait bIub être question de ressusciter les milices bourgeoises et qu'en

328 LES TnAXSFORMATIONS DB L*ARMÉE FRANÇAISE.*

bien des points on s/allachait à imiter nos vainqueurs, on ne pouvait mieux faire que de copier presque littéralement les dispositions rie leurs lois militaires, relatives à la landwehr. La loi du 24 juillet 1872 sur le recrutement institua donc Tannée territoriale ; celle du 15 juillet 1873 sur Torganisation de l'armée régla ses rapports avec la division du territoire ; enfin celle du 13 mars 1875 fixa la composition de ses cadres.

Aux termes de cette dernière loi, modifiée paf quelques décisions ultérieures, Tarmée territoriale comprend 145 régiments d'infantcrio, à raison de 8 par corps d'armée (9 pour le 15® corps) ou 1 par subdivision do région (2 pour celle d'Aix), un nombre mal déterminé d'escadrons de cavalerie, en général 8 par corps d'armée, dont 4 de dragons et 4 de chasseurs, 18 régiments d'artillerie de composition variable (1 par corps d'armée), 18 bataillons du génie, 18 escadrons du train des équipages ; à quoi il faut ajouter pour l'Algérie : 9 bataillons de zouaves, 4 compagnies de chasseurs à pied, 4 escadrons territoriaux de chasseurs d'Afrique et 14 batteries à pied.

Chaque régiment d'infanterie correspond à un régiment de l'armée active et a pour circonscription de recrutement la subdivision d'où ce dernier régiment tire ses réservistes, comme on le verra dans un des chapitres suivants. Mais le numérotage n'est pas le môme, et la série des régiments territoriaux commence au premier corps avec le n*" 1 pour se terminer au IS** corps par le n** 144; le 145** régiment appartient à la subdivision d'Aix. Le régiment, commandé par un lieutenant-colonel, comprcnrl 3 bataillons à 4 compagnies et un cadre de dépôt, susceptible de former, en cas de mobilisation, 3 dépôts diflérents, correspondant aux 3 bataillons du régiment. Les cadres des escadrons de cavalerie sont semblables à ceux d'un escadron de rarmée active ; les escadrons territoriaux d'un même corps d'armée formaient primitivement un régiment sous les ordres d'un lieutenant-colonel ; depuis quelque temps on a rattaché les escadrons do chasseurs d'une part, ceux de dragons d'autre part aux régiments actifs de même arme. Les 18 régiments d'artillerie, commandés par des lieutenants-colonels, comprennent des batteries montées , destinées à marcher avec les troupes territoriales ou affeclées à la défense mobile des places comme batteries de sorties.

^^ BnËSBRVC, ARlIÉETKnniTOniAI.F, TROUPES AUMLUIBES, 329

l des baKories A pied rL'servéeg pour la défense des places ou 98 c&lCB. D'aptes Tailleur de .la France esl-rlle prèle f Ig nombre Bfl batteries terri torLales montL'es serait de 145, dont 55 de carabe et IK) de sorties \ celui des batteries à pied s'élèverait à. 2'22. Les bataillone du génie, aitiKi que les escadrons du train, sont de lOipoeitiOii variable. Los hommes qui entrent dans la constitution B l'armée territoriale sont, d'après la loi du recnitament, Agés de 9 à 34 ans; Us comprennent actuellement les classes de 1871 à BT5; l'application de la loi n'ayant commence qii'avoc la classe î 1872, il faudra encore un an pour que le mécanisme de cette )i fonctionne au complet, c'esl-â-dire pour que les cinq classes de KnniSe territoriale ne comprennent que des hommes ayant reçu i régiment l'instruction militaire'. A ce moment, le chiffre lOyea du contingent étant de 170,000 hommes et le déchet évai6 à 30 p. 100, l'armée territoriale compterait cinq fois 120,000 lommes ou 600,000 hommes ayant sei-vi, étant dans toute la vi- Beur de l'ige et snlTisammeut familiarisas avec le maniement 'annes et les manœuvres pour en reprendre prompleraeiil l'habîode. Les soldats territoriaux peuvent donc être considérés comme icellonle.

En est-il de même dos cadres ? C'est ce qu'il y a lien Je se deuider.

1.68 BOUE-ofliciers et caporaux ou brigadiers sontnomméspar les nmandants de corps d'armée ; les ofTiciers sont nommés par Scret. Ceux-ci sont choisis parmi les officiers retraités encore â la iBposition dn ministre, parmi les officiers démissionnaires qui n'ont 8 [ïépassé l'âge de 34 ans ou qui, ayant dépassé cet Age, ont fait De demande spéciale, parmi les olficiers de rései-ve ayant atteint Ige de 29 ans et n'ayant pas demandé ou étant jugés impropesà contiunor de servir diins l'armée active; enfin, les anciens Pciers de la garde nationale mobile ont été de dmit nommés Sciers dans l'armée territoriale. Les olliciers du cadre adminis- Slif font le ïerv'ice en permanence dans les régiments territoriaux SnfAnterio, l'adminislralion des antres corps est conllée ù la eecon territoriale Jw l'élal-major du corps d'armée.

f . tetU ai

inojH ili! iJâfîembri' I88S.

330 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÂB FRANÇAISE.

La composition du corps d'officiers est loin d'ôtre irréprochable^ et la période de formation a présenté à cet égard de grandes difficultés. Parmi les anciens officiers de mobiles, beaucoup ne rachetaient pas suffisamment par leur bon vouloir le manque d'instruction militaire ; mais ces officiers ont presque entièrement disparu, et en général Tinstruction des officiers territoriaux est aujourd'hui assez satisfaisante. Seulement c'est une question de savoir si tous seraient en état de faire une campagne active, et il est fort douteux que tous les officiers retraités se trouvent dans ce cas.

Ce qui laisse le plus à désirer dans Tarmée territoriale, ce sont les cadres inférieurs. Les galons de sous-officier reçus pendant le service actif, conservés dans la réserve , constituent comme une sorte de droit à les porter de nouveau dans les corps territoriaux. Or, pendant ce laps de temps, il s*est créé entre les militaires d'une même circonscription des difTérences inévitables de position. Ces différences n'ont pas toujours suivi la loi de l'avancement. Certains se sont élevés, ont prospéré, ont acquis à des titres divers Tinfluence locale, l'autorité du patron sur ses ouvriers, du propriétaire sur ses métayers, du maître sur ses domestiques , du créancier sur ses débiteurs, de celui qui fait travailler sur ceux que le travail fait vivre, et tel sous-offîcicr peut se trouver dans la vie civile dépendre de tel ou tel soldat de sa compagnie. L'autorité en souffre naturellement.

Eu somtne, sans être liarfaite, l'organisation de l'année territoriale est satisfaisante dans son ensemble ; elle peut être, dans une guerre prochaine, le salut du pays.

« Désormais », lisons-nous dans le rapport d'uae commission qui a fonctionné en 1882 au ministère de la guerre, « le pays n'a plus « à redouter les conséquences de ces formations de toutes piè- « ces, jetées à la hâte, sans habitudes militaires et sans cohésion, « au milieu du péril dont elles ont trop souvent augmenté les pro- « portions. Aujourd'hui, la France possède un instrument puissant « dont la valeur très sérieuse doit inspirer à tous un sentiment de « confiance et de sécurité. L'organisation de l'armée territoriale « est complète, elhî a ses elfeetifs et ses cadres ; elle est dès à pré- « sent en mesure de rendre d'excellents services. »

Quanta la réserve de l'armée territoriale qui, d'après la loi sur

:SDEnéSERVE, \tlWÉETËnRITORT*I.E, TROUPES A[7X[LrAIHES. 331

I recnitemeut, compreiiii les hommes de ii5à40an6,aucuneaiUi-o »i n'en fait mention ; el rien, en apparence du moins, n'eet préare pour les fonnationsanicqueJlefi devraîtconcourircelle réeerve. est prohiblo qiir; les liomines qui la composent seraient versée, cas éph^ant, dans celles des unités de l'armée territoriale esclurement affectées à un service intérieur.

De tout temps, les soldats des douanes et les gardes forestiers

it jou(5 un rûle actif dans la défense desTroatières, surtout dans les \,ye de montagne. La connaissance qu'ils ont accpiise dans les hattudeg de leur service des moindres sentiers et des lieus propices : embuscades les rend particulièrement propres à la petite irre. Les enrôlements volontaires de 1792 donnèrent m^me lien DOe formation tiizarre, celle d'nn corps franc de chasseurs où les irdes-chasse étaient réunis aux braconniers, imaged'une époque

bouleversemeul ', Dans les circonstances malheureuses ovi l'arme de ligne était réduite à rien par une série de défaites, la îfense des petites forteresses a été confiée presque exclusivement des gardes nationaux el à des douaniers. Dans la dernière guerre, ss compagnies de chasseurs forestiers ont défendu avec snccès les fiftlés des Vosges, et l'on iieut citer comme exemple le combat rré, le 11 décembre 1870, à Lamarche par les ehaueurs des 'osges, composés en grande partie de forestiers el dans lequel DO hommes tinrent en échec pendant trois heures un corps de |000 hommes ', Il ^uùl donc tout naturel que l'on fit entrer dans

compte des forces militaires du pays, à titre de troupes auxilires, les corps constitués du service actif des douanes et de l'adînistration forestière.

Le8 Ironpes dos douanes sont organisées en tiataillons i raison I un par inspection ; chaque bataillon comprend un nombre de inipagiiies égal à celui des capitaineries de l'inspection. Mais itai COH compagnies, les unes, dîtes actives, sont destinées à coo-

pérer aux mouvements des armées, les autres, dites territoriales, sont appelées à seconder à l'intérieur l'armée territoriale. Les cadres sont formés dès le temps de paix et de telle façon qu'en cas de mobilisation, les préposés restent autant que possible sous les ordres de leurs supérieurs habituels.

En Algérie, les douaniers sont organisés, suivant les provinces, en compagnies et sections à pied et pelotons de cavalerie.

Les agents des forêts forment des compagnies ou des sections de chasseurs forcrstiers actives ou territoriales, par circonscription de conservation. Les officiers de ces compagnies sont pris parmi les agents supérieurs, dont les grades résultent de l'assimilation créée par la loi sur les officiers de réserve pour les anciens élèves de l'École forestière.

Page 1