‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 106 sur 174 · BATAILLONS SCOLAIRES · texte numérisé non relu

BATAILLONS SCOLAIRES

Si nous venons à parler des bataillons scolaires, ce n'eet pas s nous les considérions comme faisant parité des forces militaires u pays, mais seulement pour noua élever contre un préjugé qui Snd à se rt-pHudre à leur suji/t. Se ûjjurer qu'on prépare les élèves ^ nos écoles primaires à faire plus lard de bons soldats parce rchent dans les rues, précédés de lifres et de tambours, nuée de fusils pour rire et parce qu'on leur enseigne la charge en î temps, avec des armes qui ne se chargent pas, est une tUBion qui peut devenir dangereuse, parce qu'elle conduit à Mablir la garde nationale. En effet, nous voyous déjà poindre les ■taillons d'adultes, futurs prétoriens de la commune de Paris. La Bule et vraie manière de préparer l'enfauce et l'adolescence au létier de soldat, c'est de les endurcir â la fatigue et surtout de tor eii^tiiguer la pratique de la discipline et le sacrilicc de la vomié individuelle à la toi et au salut de lu patrie. En vain nous bjertera-t-on que l'expérience du passé empêcliera le retour des ETeurede 1792 el de 1870, nous répondrons avec Frédéric II: Le propre de l'esprit humain est que l'exemple ne corrige pereonue, les sottises des pères sont perdues pour les onfautH; il ■ïmt que chaque génération fasse les siennes '. ■

rnANcs-TiHEuns.

Puisquu que nous étudions l'histoire de l'armée, nous nepou- 108 passer sous silence des corps de troupe qui ont pour ainsidire h ta GuetTf lie Seitl aat, di-ruiur chu|iitii'.

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pullulé pendant la dernière guerre , nés au premier coup de fusil, morts le jour où la paix a été signée et qui, après avoir un moment excité Tenthousiasme à l'excès, sont tombés ensuite dans un discrédit exagéré. Nous voulons parler des francs-tireurs ou corps francs, qui n'ont mérUé, ni cet excès d* honneur ni cette indigniU.

Les corps francs ou partisans ne datent pas d'hier, ils ont toujours été le refuge des gens qui, ayant le goût des aventures, n'avaient pas celui de la discipline des corps de troupe.

Les partisans ont joué un rôle considérable dans les guerres des xvi', xvii* et xviii'' siècles. Voici ce que Feuquières disait d'eux, à la lin du règne de Louis XIV : « Comme ils n'ont presque toujours « pour objet que le gain particulier, soit sur les convois, soit siu* « les fourrageurs et pâtureurs de l'armée ennemie, ceux qui les « commandent et les composent se choisissent entre eux, se pro- « posent au major général de l'infanterie, quand ils sont de ce « corps (ce qui est presque toujours), lequel, après s'être informé, « premièrement de la capacité du commandant de ce parti et ensuite « de la nature de son dessein, lui donne un passeport, afin qu'en « cas qu'il soit pris, il se trouve avoué parti de guerre et puisse « élre racheté ou échangé s'il y a un cartel de guerre entre les « princes. Quand ces sortes de partisans sont hardis et capables et « que le pays est un peu niélé de bois, ils désolent une armée qui « no prend pas toutes les précautions pour s'en garantir. » Feuquières ajoute « qu'un jeune homme, de quelque qualité qu'il soit, « qui veut savoir à fond le métier de la guerre, ne doit pas tenir « au-dessous de lui d'aller en partie, soit à pied, soit à cheval, avec « les bons partisans de l'armée et de s'en faire aimer aiiu d'ap- « prendre d'eux cette espèce de guerre pour se rendre dans la suite « capables de l'ordonner à i)ropos, lorsqu'il sera parvenu au com- « mandement. »

Il ne faut pas confondre, d'ailleurs, les partisans recrutés par eux-mêmes, agissant pour leur propre compte, avec les partis tirés de l'armée et composés, soit d'hommes choisis, soit d'hommes de bonne volonté. Les partis de cette dernière sorte ont toujours été les plus nombreux dans une armée agissant en pays étranger; les autres dans un pays ([ui so défend. Feuquières, que nous venons de citer, a fait, à la tOte de partis composés de troupes soldées, un

DKHftnenrË, AiixÉETEnitiToiuALU, '[iiolpks altxilujri^s. 335 tanil nombre d'aspéditioiis aventureustJB, de véritables raid*. Telle It sa course sur SavUlan, en Pitîiiiont, an mois de janvier ICOl. .VQC 600 cavaliers el 50U hummes de pied en croupe, il lit plus de 3 Ijouus en trente heures, passa et repassa le Pâ et deux iuiti-e» i sur la glace et enleva les quatre compagnies de gendarmes U duc du Savoie. Il uvait, au mois de dfeeinbre prtScddeiit, surpris uts le cliàteau d'Orbassan, une compagnie de gardes du même ;, à une lieue et eu vue de Turin. Pendant l'hiver de 1688 à 19^ U surprit de mdme, en mai'chaut deux nuits de suite, par nu impB affreux ol dans la neige, les postes de Neubourg el d'Entz- 'abinglieii'. II raconte, dans ses Mémoires, plusieurs autres incurions du mikue genre. Mais le chef de coureurs le plus renommé 1116 l'année rrançaise, à celle époque, s'il faut en croire Saintimon, Tut le lieutenant général de Mélac : < Bon partisan >, dit ftint-Simon, * hardi dans ses projets et concerté dans son exâcu- Uon, surtout fort désintéressé. U n'avait de patrie que l'armée et iSM Iroutières, et toute sa vie il avait fait la guerre, été et hiver, (presque toujours en Allemagne. Il avait réussi àfairepeurde son nom par ses fréquentes enlreprises el à tenir en alorle vingt lieues à sa portée de pays ennemi. • Les ai'mées impérialcB, recrutées uisdes centrus tels que la Hongrie, la Croatie et les provinces llyriennee, avaient avec elles un grand nombre de partis irréguiera qui se moulrérent très dangereui sur les frontières frauçaisee ïndaiit la guerre de la succession d'Espagne ; il est difficile de llOT une incursion plus hardie que celle du colonel liollandais Utlem qui, avec trente hommes choisis, vint se poster sm' la route 9 Paris à Versailles et arrfita, â huit heures du soir, entre le pont ^ Sèvres et le Point- du- Jour, croyant prendre mieux d'ailleurs, carrosse du marquis de Beringhen, premier écuyer dn roi, qu'il ninena jusqu'au delà de la Somme. Le plus célèbre partisan de Bllo époque parait avoir été La Ci-ois, qui IravaillaU pour l'armée VRCBÎse et qui, en 1711, Ht dans les ducht's de Clèvcs cl de Ju- PTB, dans tout le pays de Nimégue el de Munster une longue , frnctiieuse tncursiou '. Pendant cette même guerre, les troupes

vn-liiixKi el d'i'iiibuKail':*'

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(le rarcliiduc, quoique étant un moment les plus fortes ea Espagne, eurent beaucoup à souil'rir des corps de partisans formés dans le pays, qui « enlevaient tout ce qui s'écartait », dit le maréchal de Bervvick, « et arrêtaient tous les courrier ». L'Espagne a toujours été d'ailleurs, nous le verrons bientôt, la terre classique des coips francs.

Pendant les premières guerres soutenues par Marie-Thérèse, le» Pandours et les Croates de l'armée autrichiemie, troupes irrégulières n'ayant d'autre solde que le produit de leurs courses, jouèrent un assez grand rôle \ ce rôle diminua pendant la guerre de Sept ans , où ils se signalèrent plutôt en ravageant le pays qu'en inquiétant l'armée prussienne. Frédéric II ne semble pas s'être beaucoup préoccupé de ces troupes, que son excellente cavalerie et notamment ses hussards s'étaient habitués à écarter de l'armée. « Les Pandours », dit-il, « ne sont redoutables qu'à ceux qui ne « les connaissent pas. Ils ne sont braves que quand l'espoir du « butin les anime, ou lorsqu'ils peuvent nuire sans s'exposer. Ils « exercent la première espèce de bravoure contre les convois et les « é(piipages, et l'autre contre les corps qui sont forcés de se retirer, « qu'ils viennent alors harceler dans leur retraite \ »

Dans l'armée française, le premier corps franc qui soit resté célèbre au xviii'' siècle, quoiqu'il y ait eu jusque-là de nombreuses compagnies de volontaires, est celui de Fischer, créé en 1743, avec la protection de Maurice de Saxe. Son origine était aussi modeste que possible. Quelques palefreniers de l'armée de Bohême, montés sur les chevaux de leurs maîtres, s'arment pour repousser les attaques des hussards autrichiens et montrent assez d'intelligence pour (ju'on les emploie à éclairer la marche de l'ennemi; enfin, organisés en une compagnie de chasseurs à pied, par ordonnance du 1"' novembre 1743, puis autorisés à s'adjoindre un peloton de chasseurs à cheval, ils-grossissent de telle sorte qu'à la lin de la guerre de la succession d'Autriche, le corps fmnc de Fischer comptait 400 chasseurs à pied, 200 chasseurs à cheval, avec quelques pionnier?. C'était comme une petite armée indépendante, opérant pour son propre compte, mais recevant les instructions des généraux en chef.

l. Frédéric II, Ins/ructions à ses (/ciictaux.

KsnH nÈsKnviî, Aimiai TUPUiiTuniiM;, TitoLPts .viKn-i viiii:s. .'137 .bilion lin corps ie Fischer, il en fut créé plusieurs fuitres, les plu8 connus sont les arquebusiers rfe Grassin, composiis t^gatôt d'hoimflos il pied et d'hommes à cheval, qui se 6igna^^^.;nt à itaille de Fonicnoy, ol le régimeut di? la Morliêre, cité pour sa i conduite â Raucoux. Ces corps disparurent peu à peu, et nu mcacement de la guerre do Supt ans, il n'y en avait presque ; à ce moment il s'en Torma plusieurs, et le corps franc de Fiirrepritdes proportions considérables. Mais la création de troupes res régulières ahsorlia les corps irrégidiers, dont plusieurs fini-

par devenir de simples régiments de chasseurs ou de hussards, il copendanl à la tête d'une légion mixte de volontaires que le de Lauzun, qui devait plus tard, sous le nom de Blron, comider les arméea de la République et périr sur l'écliafaud rùvoluaiaire, partit pour l'Amérique, en 1780.

lU début des guen-es de la Révolution franfaisc, les corps franrs irarenl en masse avec les enrôlements volontaires. C'est ainsi

l'on voit tigurer, sur la liste des volontaires de 1792, la inie df s jeunes artistes, celte des Aonimes de coiUeur, les husladerigatilè, les Imssards de la Uberlii, les hussards braconniers, légions gtrmaine, belge, liégeoise, atlobroge, batave, etc., puis les Bai^lB f/e h mon, les llanqueurs de la Nièvre, la légion de Hosen- ,1m dragons du Cidvad'K, les chasseurs de Cassel, formés par idanunB'. Comment s'étonner de ce qu'écrivait, le 24 juillet 8, au président de la Convention, le citoyen Verju, chef du atatllon de Paris à l'armée du Nord :

Un Auti-e abus, non moins dispendieuic et qui mérite la plus nnde attention, c'est l'existence de dilféri'nts corps qui se sont eux-ni6mes, très bien complets en oiliciere, mais qui n'ont liot de soldats. J'ai envoyii dernièrement, au Comité de salut ihUc, un état (jui prouve ce que je viens d'avancer. J'y -li consiléitus cinq bataillons belges ou liégeois sont composés de 319 Sciera et sous-oBiciers, qui n'ont que 342 fusiliers à couimau- !r..., enfin, il n'y manque aucun officier, ainsi i[ue des femmes, r ils en ont tous au moins une... Tous ces individus ont des ipoinlomenls énormes'. •>

CuoUltf Ituussol, rci Vol-mfo.ref.

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Cette lettre pourrait être datée de Tours et de novembre 1870. Nous y reviendrons.

Certaines compagnies franches rendirent cependant de réel» services dans les pays de montagnes, dans les Alpes et surtout dans les Pyrénées. De tout temps, les miqxielets espagnols s'étaient montrés redoutables dans les guerres entre la France et l'Espagne, plutôt, il est vrai, en inquiétant les armées sur leurs communications, qu'en leur faisant un mal réel. On créa, pour les com- ])attre, dans les Pyrénées-Orientales, au début des guerres de la Révolution, des corps de contre- miquelets ou miquelets franrais, formés de contrebandiers. Le maréchal Pérignon, avanl d'être mis à la tête d'une division et de remplacer Dugommier dans le commandement de l'armée, avait été le chef d'un de ces corps irréguliers. Nous voyons aussi, à l'armée des Pyrénées- Occidentales, le futur maréchal Moncey et le général Lamarque commander des compagnies franches. Harispe, qui est mort sous le deuxième Empire maréchal de France, surnommé le roi des Basques, était en 1793 à la tôte d'une compagnie de volontaires basques \

Les Alpes eurent leurs partisans tout comme les Pyrénées. Les habitants des vallées occupées par l'armée française, dans les Alpes méridionales et le comté de Nice, formaient des bandes de gens connus sous le nom de barhels et qui opéraient au milieu mtJmedes cantonnements des troupes françaises. Le général Roguet, qui avait débuté à l'armée chargée, sous le général Anselme, de la conquête du comté de Nice, raconte dans ses Souvenirs militaires' que les barbets, braves, audacieux, pleins d'intelligence, ne cessaient de harceler les troupes françaises. « Nous les rencontrions partout», dit-il, « le jour et la nuit; ils étaient en lutte continuelle avec « nos avant-postes et nos cantonnements; souvent même ils sepor- « taient jusqu'au quartier général, où ils enlevaient les mulets; ils « interceptaient nos convois, assassinaient les honmies isolés. > H serait difïicîle de dire tout le mal que ces barbets ont fait aux armées françaises, depuis le moment de leur organisation justjua l'ouverture de la campagne de 1790, sous les ordres du général

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