‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 110 sur 174 · Général Uogiiet, Mémoires ynilitaircs, t. IV · texte numérisé non relu

Général Uogiiet, Mémoires ynilitaircs, t. IV

2. Il ne faut pas confondre ces miquelets recrutés en Espagne avec les conlrcmiquelels Iraoçais dont il a été question plus haut.

« Lorsque nous arrivions à quelque endroit dangereux », dît le colonel de Gonneville dans ses Souvenirs militaires, « les fonction» « d'éclaireurs de cos véritables bandits devenaient lettre mortes « car la crainte de tomber entre les mains de leurs compatriotes « les rendait très timides. » Et Curely, de son côté, dit dans son Itinéraire : « Nous avions au service de France une compagnie de « miqueb>ts espagnols qui marchaient toujours avec nous; mais « nos amis ]vs miquelets ne valaient pas mieux que les miquelets « ennemis. »

On sait ce que Tarmée française eut à souffrir en Russie, pendant la campagne de 1812, des bandes irrégulières qui interceptaient ses communications et arrêtaient ses convois. Le général (le brigade Augereau fut pris avec 2,000 hommes par une de ces bandes et TEmpercur lui-même faillit tomber aux mains de Platow et de ses cosaques après la bataille de Malo-Jaroslawetz.

Les Prussiens, on le sait, se sont montrés durs pour les francstireurs pendant la campagne de 1870; c'est qu'ils savaient, pour s'en être servis eux-mêmes en 1813, le parti qu'il aurait été possible d'en tirer. Déjà, en 1807, les opérations de Jérôme Napoléon en Silésie avaient été troublées par les incursions de bandes de l)artisans, auxquelles se joignaient des prisonniers et des officiers prussiens libres sur parole. 11 avait falln employer la brigade de cavalerie légère de Montl)rnn à leur donner la chasse; Montbninen personne avait été assez heureux pour capturer quelques bandes, mais un capitaine de chevau - légers wurtembergeois n'eut pas le même bonheur. Ayant pénétré avec cinquante cavaliers dans le village de Sagan, situé sur les contins de la Silésie et de la Saxe, et s'y gardant mal, il fut assailli par dix-huit partisans accompagnés d'un certain nombre de prisonniers délivrés par eux; presque lous les cavaliers et leur capitaine, le premier, furent pris. Montbrun, averti, marcJia sur le village de Sagan que les cavaliers wurtembergeois pillèrent pour venger leurs camarades. On peut même regarder comme des partisans les quelques milliers de soldats réunis par le prince d'Anhalt-Pless pendant le siège de Breslan et battus à Strehlen et à Ohlau par Montbrun \ D'autres bandes

l. Mémoires de Jêr^tme Napoléon, i)ar lo ronito Ducasso.

iDliBsne niïsBiirit, .MiMltE TEnnrTort(.i(.r:, m jjpIiH noiabreuaos parcouraienL le pays en

raév; la g«nC'ral Vîclor , qn \ie de camp, fut iiAplurtî par

èrft de la GraiiJercmltit iï Colhei'g avei; un seul (Ib cesliaudes.

Puiui les parlisa[is de 1807, se trouvait le oLijor Schill qui, eu l9, pendant la guerre de Napoléon contre l'AntrlcUe, Ijoulei un moment ie noi-d de l'Allemagne. Sorti de Berlin avec 3 hussards puiidanl (piu l'armée de Napoléon se battait sur te mobe, ralliant qiielijnes soldats, il fît sans succès une tenlatiV'.' t Magdebourfr, se porta vere le bas Elbe, poursuivi par la divi-

I hollandaise du général Gratien. Il se réfugia dan^ li ville'

\ Stralsuiul t!t s'empira de l'arsenal défendu par deux coinpa-

; mais bienlât attaqué par le gént>rai GratiL'ii, il y CuL lue

c on grand nombre de ses hommes.

ftSn 1SÏ3, Irts bandes de partisans allemands contribuÎTL'nt au kuc-

p dus armées coalisées pI à la ruine de. l'armôe française, elle» im

rent mùme pi?ut-rttre la cause principale. L'iosurrijctioa do Ham-

iltg et des provinces anséaliques fut fomentée ot soutenue par de

ireux corps francs ainsi que par les cosaquos de Tetteuborn et

iiCieralscheiT, qui détraisirûoc complètement à Lunebourg une

loonc commandée par le vieux général Morand '. En mi'me temps,

I Prussien, le baron de Lutzow, ancien officier retiré du service

s avoir été blessé, recrutait un corps de partisans parmi la jeu-

e des écoles ; il se trouva bientôt à la tfite de 3,000 hommes

I l'on siu'nomma Ifs Chusscurs Noirs et avec lesquels il courut

iSaxe, en]ev.int les convois, attaquant les détachements isolés,

Llllles caisses; 11 feignit de ne pas connattre l'armistice de

»witz, conlinua ses incursions et fut cerné près de Leipsick par

rigade Fournier; presfjue toute sa bande fut prise aprêe im

p eagageraent, et il ne s'échappa hii-mèine qu'à grand'peine.

|l ^Iu6 célèbres partisans, pendant la seconde partie de la guen-e,

ml le Prussien von Colomb, beau-frère do Bliicber, et le Husse

hntiBcheET. Le premier s'empara, à Zwickau , d'un parr île

bciuioiis, de 300 hommes et de 398 chevaus; son détachement

fecomplait on cette ncrasion que 100 hommes. Napoléon en vou-

ftbeaucoup au généml Doucet qui, au moment do la notification

k M«ti piLi, blou eiiii-uilii, I

do l'armislice, avait laissé von Colomb franchir la ligne de démarcation au lieu de lui barrer le passage pour le faire prisonnier. La présence des corps de partisans empêcha seule TEmpereur au mois de septembre de poursuivre la grande armée de Bohême au delà de Tœplitz. Czcrnischoff avait failli, avec le général Woronsofï', s^emparer de Leipsick au moment même de rarmistice; il y avait alors sur la rive gaucho de TElbc plus de 16,000 à 18,000 hommes faisant partie de corps do partisans. Ce Czernischeff était un Russe du grand monde qui avait séjourné pendant plusieurs années à Paris, où il avait joué à merveille son rôle d'espion de haute volée en se faisant de nombreux amis. Après plusieurs entreprises heureuses, parmi lesquelles on remarque renlèvement d'un parc d'artillerie et d'un bataillon à Halborsladt ainsi que la chasse donnée au grand dépôt de cavalerie qui était installé à Hanovre, il pénétra, le 30 septembre, dans la ville de Casseld'où le roi Jérôme dut s'enfuir en toute hâte, et mit ainsi fin au rovaume de Westphalie.

Le 2 janvier 1814, Napoléon autorisa par im décret la formation de corps de francs- tireurs, et plusieurs de ces corps s'orgauisèrent immédiatement dans les Vosges ; les forestiers, nombreux daus ce pays, en formèrent généralement le noyau. Un arbre, situé entre Lamarcho et Hourbonne, porte encore le nom de Cbone des Partisans, ijarco qu'il leur servit do point do ralliement. Un de ces corps anvta peiulant vingt-quatre boures l'avant-garde russe forte de 4,000 hommes.

En 1815, l'Empereur décréta également la création de corps francs. Le décret, daté du 22 avril, porte que les corps francs seront formés par département et prendront le nom du département ; le maximum d'ofTixlif sera de 1,000 iiommos pour l'infanterie, 300 pour la cavalerie; les fantassins seront armés do fnsils do guerre onde chasse, les cavaliers de lances sans banderoles. Les corps francs s'armeront, s'équiperont et se monteront à leurs frais, ils ne re<;evront aucune solde ni de guerre ni do paix; ils auront droit aux vivres de campagne^

L'article 7 du décret est digne d'attention : « si l'ennemi venait à « entrer dans un de nos départements, les coips francs se place- « raient sur ses derrières pour iiitorcopter ses convois, ses cour-

HP nliSFnVE, *RMÉETF.nniTOnUI,R, TR0LPE5 <LIXrLlAinF.S. 34îi

, *es officiers il'oriloiiiiiiuce el aiili-s de camp ei tous ses ommea ie»Iâa. lU blvouaqueronL toujours dans les liois, daii» lieux L'scarpés el eoub la protection des pinces forlos. » l-'are 8 iiidifiue lea bL'iiéQues qui devaient remplacei' la solde : tout [uc les coriJB francs prendraient à l'euneuii devait i?ti'e de bonne m et à leur profit, les canons et caissons payés par l'Ëtat anx (s quarts de la valenr; les partisans devaifinl recevoir ; 30 fr.

Boldat fait prisonnier, 100 fr. ponr nu lieutenant, 200 fr. pour capitaine, nOO fr. pour un chef de bataillon ou major, 1,000 fr, Dr un colonel, 2,000 fr. pour n a maréchal de camp, 4,000 fr. r un lieutenantgéni^ral, etc.

kll moment où allaient commencer les hostilités, les ordres de ut furent donnés aux corps franrs déjà formés, qui devaieiit se loir eur les conimimîcarions de l'ennomi. Un de ces corps, ui des frnncs-tireurtj de la Moselle, commandé par le général

iage, battit les troupes prussiennes gui assiégeaient la plac(< Longivy el les obligea à lever le siège, iiour un niomenL du

Depuis 1815, des corps de partisans ont été formés en plusieurs 'S. Les guerres civiles de l'Espagne no pouvaient pas manquer I produire un grand nombre. Le parti carliste, pi-inclpalement, a sa longue résistance à ses corps francs bien plus qu'à son armée ^lij;re. En Italie, dans la campague de 1S59, les volontaircE Garibaldi ou ehaiseurs des Alpes ont couvert le liane gauche de ràe franco-piémontaiso : vivement pourchassés par le général riebieu Urbjm, la bulaiUe do Magenta tes tira d'affaire, ^u Uuxique, on de nombreuses bandes d'indigènes parcouraient Htys et rendaient les communications dilliciles, on créa, sous a de coittre-guérilla et sous le commandement d'un M. Stœitl un corps irrégulier, composé d'environ 40 a !M) fanlassins et lavaliers, mélange d'aventuriers de tout pays. Au mois de féir J863, on mît le colonel d'état-major Dupin, alors on nonivilâ et attaché h l'année mexicains, à la tôte de cette contre- Sïilla restée célèbre à plusieurs titres otdonl tes soldats, vêtus pelifises rouges, étaient appelés par les Mexicains : les Colora- . C'est le colonel Dupin qui, pour empî'cher ou rendre plus Belles les embuscndes sur la route que suivaient les convois

34G LES TRANSFOnMATIÛNS DE l'aRMÉE FRANÇAIfiB.

de Tarmée, imagina de brûler toutes les habitations sur une étendue de plusieurs lieues. Il faillit être pris plusieurs fois lui-mâme par des guérillas mexicaines et leur échappa autant par chance que par adresse. Une fois, entre autres, qu'il devait prendre le chemin de fer à la Vera-Cruzpourla Soledad, les Mexicains s'embusquèrent sur le passage du train, enlevèrent les rails et attendirent La locomotive fut renversée, les wagons s'entassèi-ent

les uns sur les autres, le train fut entouré et pillé, mais le colonel Dupin n'y était pas*.

On sait quel rôle important ont joué dans l'Amérique du Nord, pendant la guerre de la sécession, les corps de partisans, et les exploits de Morgan, de Forest, de Dorn, de Mosby, etc., tiennent une place considérable dans l'histoire de cette guerre.

Dès le début de la guerre de 1870, ou plutôt à la première nouvelle de nos défaites, les corps francs dont la création avait été autorisée par décret du 28 juillet, parurent au jour. Paris en compta quelques-uns, parmi lesquels un des premiers formés partagea le sort de l'armée de Sedan ; un autre, sous le nom de francs-tireun Parisiens, s'illustra surtout en province. Nous allons le retrouvera Chatoaudun. Puis vinrent la Uijion Mocquard et les francs-tireurs de la Presse qui, sous les ordres du commandant Rolland, prirent part à la première attaque du Bourget ; la léijlon des Amis de la France^ composée de volontaires étrang.^s, ayant pour costume la vesle marron à brandebourgs noirs et armés de fusils Snider-, les carabiniers Parisiens qui se distingueront à Joinville-le-Pont le 21 octobre ; les tirailleurs de la Seine , qui compteront daus leurs rangs les peintres Vibert et Regnault, le sculpteur Cuvelier, et se signaleront glorieusement au combat de la Malmaison ; les êclaireun La font , les francs- tireurs des Ternes, des IJlas , de Joinville, des Vertus^ les guérillas de Vile de-France, enfin les êclaircurs à chtvaly dont lo commandant Franchetli, une dos ligures les plus populaires du siège de Paris, fut blessé mortellement h la bataille de Champigny, lo 2 déceml)re'.

1. Quinteau, ta Guerre (te surprises, d'api r;s Kôralry, ta Confre-Ciuêrilla française

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