Mémoires de Dumouriez, 1. 1, liv. III, chap. x
»UB8 IIB BÉSEHVE, ARMÉE TEBHtTOniALE, TBOUPES AtlXILlAIBES, 363
rte. Toujours k cheval, de jour et rie nuit, ces éclaireurs pôiié- Iraieiit dans Itis cantonneraeuts ennemïB, enlevaient dee vedettes, raisaient des prisonniers, capturaient des chevaux, recommençant chuque jour leurs coups de main. Nous avions par ce moyen Aee renseignements sur la situation de retinemi. > 11 est certain que lorsqu'un corps d'armée est en station, il y tout avantage, surtout dans un pays accidenté et dJIBcile, à faire ce service par des hommes entreprenants, familiales au bout de peu de jours avec la zone du terrain qu'ils doim éclairer. Dans la vallée de Baïdar, pendant l'hiver qui îvit la prise de Sébastopol, le général d'Autemarre, détaché avec diviston pour couvrir la droite de l'amure contre un retour èosif des RutiSQB, avait conlié la sécurité de cette division à une tnpagnie de volontaires francs-tireurs pris dans tous les régiments commandés par le capitaine Pichon, du 7" bataillon de chasseurs (ied. D'une activité infatigable et battant sans cesse les rentiers là montagne, placée d'ailleurs assez en avant de la division pour Sserver celle-ci d'être surprise, cette compagnie remplit son te i merveille ; non seulement la division put dormir tranquille s sa garde, mais elle-même portait constamment le trouble dans t&vaat-posles russes et se cignala par plusieurs coups de m:iin, ûllfl principal valut au capitaine Pichon un ordre du jour spé- ] du général en chef et l'épaulette de chef d"^ bataillon. 1 pays eunerai et en marche, ces détachements ontquelquefois s d'inconvénients que d'avantages, et l'emploi eu est géuéralemt blâmé par les hommes compétents; mais dans un pays envahi, I, en dehors dos grandes armées uécessaires pour servir d'appui centre de In défense, n'est plus dangereux pour l'ennemi que rganisation militaire des gejis même du pays, harcelant l'envaisieur, pillant les convois, etc., etc.
Ce que dous venons de dire des mobilisés, des mobiles et des ics-tireurs, ne doit pas faire croire au lecteur que nous Eongions inoins du monde à les nietti'o en balance avec l'armée régulière.
Nous n'avons pas à faire ici Thistoire de la dernière guerre. Les batailles de Wissembourg, de Frœschwiller, de Sedan, de Spickeren, de Rezonville, de Saint-Privat, les affaires du 31 août et du 26 octobre sous Metz, suffisent à prouver que nos revers n'ont pas été causés par des défaillances. D'ailleurs dans la deuxième période de la dernière guerre , c'est-à-dire pendant le siège de Paris et les opérations de l'armée de la Loire, les six ou sept régiments réguliers qui restaient encore sur pied , montrèrent une solidité bien supérieure à celle des autres troupes. A Paris, pendant longtemps, la brigade ramenée de Rome par le général Guilhem, et composée des 35* et 42* régiments, supporta tout le poids des combats extérieurs, depuis celui de Chevilly, le 30 septembre, où le général Guilhem fut tué et où le 35* à lui seul perdit 783 hommes, dont 24 officiers, jusqu'à la bataille de Villiers où le 42* fut décimé devant les murs du parc de Creuilly. A Tarmée de la Loire, les 16*, 38*, 39* et 92* régiments d'infanterie rappelés d'Afrique , montrèrent en plus d'une occasion ce que valent les vieilles troupes et la brigade d'Ariès, composée des 16* et 38*, contribua puissamment à la prise du village de Coulmiers. Le 92*, rentré d'Algérie le dernier, se distingua de même à l'année de l'Est.
La formation des régiments de marche au moyen des quatrièmes bataillons fut décidée par un décret en date du 19 juillet 1870; elle fut poursuivie pondant toute la durée de la guerre, môme lorsque les quatrièmes bataillons des cent régiments d'infanterie eurent été tous épuisés. Il fallut alors avoir recours à des cadres improvisés. Pour être juste, il faut ajouter qu^i plusieurs des régiments et bataillons de marche se montrèrent les égaux des vieux régiments en maintes circonstances; les bataillons de chasseurs surtout, animés par l'esprit de corps qui les caractérise en toute occasion, rétablirent plus d'une fois des affaires compromises. A Paris, tous les régim^nts do marche méritèrent par leur brillante conduite pendant le siège d'être transformés en régiments permanents: les 9*, 10*, 13*, 14' de marche, par exemple, etc., devinrent les 109*, 110*, 113*, 114* de ligne et autres dans lesquels s'oi-t perpétué le souvenir des faits d'armes accomplis du mois de septembre 1870 au mois de jan- \\cY 1871. En province on pourrait citer : les 32*, 56*', 57«, 83*,
KnnESDBnâsBnvE, ahuêc TEniiiTO]ii\t.E, tuoupës \uxiLiAiiiiis. 3t)5 * dk Chénebi'T et daiiâ lanstraile qui suivit la Iialaillu il'IIi^ri- T le 39' au combal Je VaUière le 7 oovembro 1870, le 31° à bulniiers, le S'J- à ViUepion, l.î 1", le 2% le 37" et le 39" à Loiby, le 27' à Pourpry où il eut 30 officiers liors de rombal dont les [ttis chefs de tialaillon, les 39', 41", 47" s*^ battant liéroïqueuieut, l l6 eén*^i-al Chaiizy, fi Villorceau le 8 octobre, les 3% 7% 10%
^ bataillons de chasseur» à pied eo toute circonstance, elc
Nous lerminoas par t^et extrait du récit de la bataille de Loigny.
■ Au moment du mouvement en arrière de la gauclie française,
^'deux bataillons du 37° de marche, ijui n'étaient point prôveuus de
i retraite, étaient restés dans Loigny. Bientôt acculés par les
"UBaieuB et par l'incendie, ils s'étaient déûiiitivement réfugiés
fltsK trois heures dans le cimetière où, bientôt bloqués, ils enta-
naient une résistance qu'ils devaient prolonger jusqu'à près de
|7 heures du soir'. » C'est pour dégager ces deux bataillons, sans
roir y parvi'uir, que le général Sonis et le colonel de Charelle
cent sur Loigny la charge héroïque que l'on sait : lorsque, après
pKtraitedu général de Sonis, les demc bataillons du 37° restèrent
iIb dans le cimetière, luttant en pleine nuit, un des chefs rie ba-
yUoa fut lue; l'autre blessé et fait prisonnier avec un grand
ibre d'hommes; le reste, après avoir tiré à 7 heures du soir
^dernier coup de fusil, put s'échapper à la faveur de la nuit.
m la môme bataille, le 39' de marche avait eu 1,300 hommes
de combat. Ce fut d'ailleurs une des alTaires les plus sé-
ues de l'armée de la Loire, une de celles où les troupes se bat-
tntle mieux; la perte des Allemands s'éleva à 3,504 hommes,
1,147 tués.
Si nous noue tommes étendu aussi longtemps sur ces épisodes lia dernière guerre, c'est pour moutri-r que la guerre, et même la [erre défensive contre des armées d'invasion, n'est possible qu'a- B des troupes solidement encadrées. L'enthousiasme patriotique B fopulatioiis en armes, l'énergie persistante de chefs résolus à Utenir jusqu'à épuisement total la guerre sainte contre l'étr.iu- '*, peuvent prolonger la lutte et produire sur quelques points de
- la baUiile Jii Mons.
glorieuses résistances. Mais à côté d'actes héroïques, la fatigue j physique et morale, la souffrance endurée sans espoir, eotratnent de trop nombreuses défaillances comme celle des mobilisés de Bretagne à la Tuilerie le soir de la bataille du Mans, conune U débandade des meilleures troupes de Tarmée de Paris à la fin de la bataille de Yilliers, comme la surprise de Sombacourt, le 29 janvier 187 1 , dans laquelle \m bataillon allemand d'avant-garde captura 50 officiers dont 2 généraux, 2,700 hommes, 10 canons, 7 mitrailleuses, 48 voitures, 319 chevaux et 3,500 fusils.
Il faut que chacun en France soit bien convaincu qu'avec Yoiganisation militaire actuelle, des événements comme ceux de 1871 ne sont plus à redouter, non seulement parce que l'armée de première ligne, occupant des positions stratégiques déterminées à l'avance, ne saurait plus être complètement détruite, mais encore parce que les armées de seconde ligne ne se composeraient pas comme eit 1870 de formations improvisées, jetées à la hâte au miUeudu péril et sans habitudes militaires. Pour se défendre énergiquement, la France n'a plus qu'à le vouloir. #
CHAPITHE VIII
TICIEES ET SOL'S-OPPICIERS. — AVANCEMENT.
■em il Ans l'i
- Ni'Cessité Je cadres st
ïs. — L«s aous-olBciers ou bai-offitleri
:ime le nerl' de raitnée. — Ptaintos coDiinueUes sur la
oUlciers. — OEciers de rurtune. — Hiérarcliïe des
tu-ofllciprs. — SergenU et maréchaux des logis. — Fouiriera. — Sorgents-
ijor» et muréchaui dos logis cheft. — Caporaux et brigndiers. — Adjadanls.
MlKls dn DoininutioQ des sous-ofliciers. — Ordonnance de 1762. — L'étec-
n. — Esprit Iles sons-officiers. — La râïolle de Strasbourg. — Le;
Ik Rochollo, — Les cuirassiers do Lunévdle. — BsceQence des
tfs en ISil. — Décftdoncc, SfS causes; lois de 18ô5 el de 1868. -
n de la durée du service. — Loi de 187'!. — Emplois civils réservi^ aux
ua-onicieri. — Iioi du 'H Juillet 1873. ^ AntEUienlatioa de lu solde. — Rareté
rengage me Dis. — Lois de 1878 et de ISKl. — Leur iueSlcacité. — Écoles
'«ros-utUcicrs ; écoles d'carauts de troupe. — Mesures ti prendre. — La po'
oa da sous-ofDcier doit êlru le stage obligatoire de toute fonction civile.
AmûlioratioQ du sort des sous-olBuicrs. — Projet de loi Boulanger.
ta». ~ Ancien mode de nomiDation. — Louis XIV et Louvois. — Mous-
uetairi-B et régiment du floi.^Cudels. — Écoles do «adets; leur indiscipline ;
rp«ippri:»ion.— Louis XV et Lguis XVI. — Abus de touia sorte. — OrJon-
dcodu 17 ours I7S8, — École militaire.— Collègosde province. —Ordonnance
' 1781. — La uoblesse. — Écoles d'artillerie. — Écoles de Hézières et do Châ-
U. — Écolo de Mars. — Écoles de Fontainebleau et de Baint-Gyr. — Pryla-
«a de Saint-Cyr et de lu Flèche. — Écoles de cavalerie de Saint-Germain,
6 Versailles et de Saiimor. — Écolo polyCechnïquo, — École d'applîcalJon
» HoU. — Mode de nominaUcu dus ofllciers en ITQO, en 1793, en 1795,
1 actuellemeut. — ninii;ultc de recruter les ofliciers à la On
' l'Rmiiire. ^ La Bestauration. — Les émigrés et le ministre Dupont. —
Yion Saim-Cyr. — Un do 1818. — Loi do lB3'i. — Diversité des ori-
:i des uHiciors. — Trois source.'; de recrutement: la troupe, l'École de
■Cyr, l'École poIyteclint(|ue. — Lu cammunauté d'origine. — Moyens do
iblstilr. — Ellrt est impraticable. — Commencement d'exécution. — Écoles
) SBlnt-Haixent, de Saunmr et de Versaiibs. — Les anciens serviteurs ne
snl plus devenir olliciers. — Ceci (ueru ce/i- — Abaissement forcé du
jl lia l'iustruciion. — Égalité par en bns.
- Hiûrarcliie lies grades. — Grade essentiel ; capitaine. — Colori^éDÊral. — Uosire de camp. ~ Colonel. — LieutenaiitHîolonel. — Major. — ttutenant. — enseigne. — Cornette. -Sons-lieutenant. — Maréchal de France. - tàiwiienant-gi^néral. — Brigadier. — Ordonnance du 17 mare 1788. — Gé- 6ral do division. Général de brigade. — Uujor commandant en second. — UUIlration. — Lieutenant-colonel; miy'or chiirgé de Cudministralion; cher» oftcodrons dans In cuvaleriis. — Punl-il rooint'-nir la hit-rarchic 7 — Deux I seuls riincutubles : Li«utenuut-colonel ; ruisons qui l'ont l'ait main-
3ti8 LES TUANSFORMATIONS OE l'aRMÉB FRANÇAISE.
tonir. — Le sous-lieutenant peut très bien ôtre remplacé par un lioutoaam en second.
Régies de l'avancement. — Ordre du tableau sous Louis XIV. — Ordonnance de 1788. — Loi du 29 novembre 1790. — Ancienneté exclusive. — Décret du 21 février 1793. — Absurdité du principe de Tancienneté de service et do rélection au suffrage universel. — Le général de division Élie. — Avancemr'nt arbitraire j ses bons résultats. — Décret du 19 juillet 1795. — Avancement sous Napoléon. — La Restauration. — Ministère de Dupont. La revanche de Baylen. — Loi «Je 1818. — Persévérance des abus. — Les généraux ot M. de Glormont-Tonnerre. — Loi de 1832. — Ordonnance de 1838. — Péré<iuatiou de l'avancement. — C'est une utopie irréalisable. Distribution réelle de l'avancement entre les différentes armes. — Principes de l'avancement. — Droits de l'ancienneté. — Ses inconvénients. — Opinions de Saint-Simon, du prince d«î Ligne, du maréchal Macdonald, du général de Brack. — Avanci^nient i)ar sélection. — Exemple de l'Allemagne. — Les inconvénients sont les mômes que ceux de l'ancienneté. — Abus du chois, toujours croissants. - Moyen de les réprimer. — Tableau d'avancement. Inscription doflice, abus sans limite. — Il faut les supprimer absolument. — Inspecteurs généraux seuls compétents pour former le tableau. — Indication sommaire des écoles militaires existant actuellement.
État (Vofficier. — Destitutions de 1814 et de 1815. — Garanties de laChartede 1830. — Loi du 19 mars I83i. — Propriété du grade. — Cas où le grade peut être perdu. — Distinction entre l'emploi et le grade. — Non-activité. — Retrait d'emploi. — Conseils d'enquête.
Décorations. — Ordres anciens. — La Toison d'or. — Ordres de Saint-Michel et du Saint-fiîs])rit. -- Ordres de Saint-Louis et du Mérite militaire. — AboUtion de tous les ordres. — Armes d'honneur à l'armée d'Italie. — Constitution de l'an VIIl. — Moreau. Le cuisinier et sa casserole d'honneur. — Institution de la Légion d'honneur. — Ordre civil et militaire. — Opinion du général Morand. —Abus dans la distribution des croix. — Avilissement de la décoration dans l'ordre civil. — Succès de la médaille militaire. — Institution de la Légluri d'honneur sous le Consulat vivement disculée. — Charte de 1814. Maintien do la Légion d'honneur. Henri IV substitué à Napoléon. — Changemonts successifs d'images. — Pourquoi n'avoir pas laissé Napoléon, fondateur de l'ordre? — Médailles comiu^moratives. — Médaille de Crimée et ses agrafas. — Médailles d'Italie, du Mexique et du Tonkin. -- Leur vraie signiQcation. — Proclamations de Bonaparte. — La médaille de Sainte-Hélène. Respect aux vieux soldats.
La coudilioii la plus essentielle à remplir dans une organisation militaire fondée sur la durée restreinte du service actif et sur le rappel de nombreusc^s réserves pour compléter les effectifs au moment de la guerre, consist;.^ à s'appuyer sur des cadres instruits et solidrs. De tout temps en France, plus que dans d'autres pays, la valeur des chefs a influé sur la qualité du soldat, mais désormais il faudra que le savoir, l'expérience, l'activité, l'autorité des officiers et des sous-ofTiciers supplée à tout ce qui manquera chez des hommes à peine formés, ayant oublié dans la vie civile le peu
OPriCIEllS, l*0US-0fFIC1E[\3, ^VANCEMBST. 3t>y
^011 leur avait .i[ipriB autrefois, amicUils linmqueinenl à leurs ■■Brs par la mobilisalioii ot amenés en quelques jours parlesvoios ides sur le thôiUre d'une action imnn^Jiate. Il importe donc pliia B jamais d'avoir des ofDciors et des sous-ofBciers sur qui l'on bee cOmpU-r.
l£n ce qui concerne les ofBcît^rs, la queglion est donlile : Z Cocamenl lus recnilei? — Conmient ensuite leur dispenser IV [mcement de manière à rémunérer leurs services, à entretenir trmi uux une émulation indispensable et à faire arriver les plus kpables aux emplois les plus élevés?
I Pour les sous-officiers, la question est encore plus complexe;
mment les former? Comment les maintenir sous les drapeaux
bM» longtemps pour iiouvoir aiieadre d'eux des services réels,
s assee pour n'avoir plus que ili's cadres fatigués ?
KDsds Tétude de ces questions nous commencerons par les sou»-
l<:iâre, ou rappelant que, sous l'ancien rOgimo, ils furent le vérj-
) nerf de l'arniée. Ces modestes sergents qui, à de très rares
ptions près, ne pouvaient aspirer à l'épaulette, suppléaient,
ins le service journalier, les ofSciers presque lonjouis absents ou
■la techerche du plaisir. Certes, les petits gentilshommes de pro-
t qui vieillissaient dans le grade de lieutenant, lieureux de
^rvir le roi et de rentrer dans leurs Fermes décorées du nom de
làU'SDx, couverts de blessures après de longues années passées
I régiment, ont laissé des traditions impérissables d'honneur et
e dévouement; quelques QU d» la bourgeoisie aisée, nommés lieu-
tant«,ont tenu de leurcôtéâ justitier une élévation inaccoutumée.
UB les jeunes gens de la haute noblesse à qui leur fortune per-
Itit d'acheter facilement une compagnie, puis un régiment,
Milont en général fort à désirer sous le rapport de l'assiduité
K service et de la conduite militaire ou privée. Les documents du
rps sont remplis de plaintes proférées à cet égard par les géné-
IX, par les inspecteurs etparles ministres. « Le Roi », mandait
ipoTOis, le lU janvier 11)81, aux inspecteurs, • a été averti i]ue les
■ offlciers qui sont de garde s'absentent fréqnemmi'nt de leurs pos-
f les, qu'il y en a. même qui, >Hanl de e*''de, voul jouei- chez les
i ofltciers-majorE ; que, pendant la nuit, ils »e mettent entre deux
iiltapc; que les rondes ne nf, font phis par les officiers et qu'ils ne
370 LES TRANSFORMATIONS DB l'aRMÉE FRANÇAISE.
« visileat plus les soldais dans leurs casernes \ » Pendant la guerre de la Successiou d*Ëspagne, Yillars, se plaignant à Louis XIV, lui écrivait le 16 mai 1708 : « Je discipline une armée « dont le libertinage fait fuir les peuples et nous fait manquer de « tout ; grâces à Dieu, je gagne tous les jours quelque chose sur « les soldats et je commence à les apprivoiser...., mais l'officier « n-€st point accoutumé au service régulier. »
Ce fut bien pis sous le règne de Louis XV. Au moment de sortir de Prague, pour commencer sa célèbre retraite, le maréchal de Belle-Isle écrivait au ministre de la guerre, le 2 décembre 1742: « Le mauvais esprit de roflicier est au delà de toute expression; « je n'oserais vous dire les particularités qui font honte à la nation. » Et dans son ordre de détail pour cette retraite si pénible et si difficile, le maréchal était obligé d'insister sur les recommandations les plus sévères pour faire marcher les officiers avec leurs troupes, et les empêcher d'emmener leurs voitures*. Un historien allemand de la guerre de Sept ans raconte que les officiers subalternes de l'armée française menaient leurs maîtresses avec eux. « L'armée « était-elle en marche », dit cet auteur, « on voyait au milieu d'elle « ces courtisanes traînées dans des carrosses et fréquemment à côté « d'elles leur amant qui abandonnait sa troupe pour elles*. » Enfin, Bézenval, parlant dans ses mémoires, à propos des événements du mois de juillet 1789, du régiment des gardes-françaises, dit que les officiers so contentaient de faire leur service et employaient le reste de leur temps dans la société et à leurs plaisirs. A peine « étaient-ils connus de leurs soldats, sur lesquels ils ne pouvaient « avoir ni autorité ni crédit. »
Dans ces conditions, le rôle des sous-officiers, appelés alors basofficiers, prônait une importiince capitale. Au xvii* siècle, dans les armées de Louis XIV, il n'existait entre les officiers et les soldats que les sergents et les caporaux. Les premiers étaient considérés comme officiers. Une ordonnance royale en avait ainsi décidé. «Il « ne suffit pas », écrivait Louvois, « de faire pendre les sergenis
l.dainille Koussft, flisfn/re de Louvois, t. III, p. 301.