I. Uimoirei, lome I
duite d'un grand nombre d'officiers à l'apprentissage qu'ils faifiaieol comme cadets, mêlés avec tous les sujets peu recommandables dont le mode d'enrôlement peuplait les régiments. Ils créèrent en conséquence deux compagnies de cadets, destinées, d'après la circulaire du 12 juin 1682, à former au service les jeunes gens qui aspiraient à devenir officiers. 11 se présenta plus de 4,000 postulants, et il fallut porter le nombre des compagnies à sept. Elles furent établies dans les places frontières et eurent pour leurs capitaines les commandants mêmes de ces places, dans lesquelles les cadets faisaient le service concurremment avec les troupes de la garnison. On ne se montrait pas difiicile sur le choix des candidats. Quelques-uns
savaient à peine lire et écrire et, quoique la limite d'âge eût été fixée entre 14 et 25 ans, il s'en trouva qui avaient jusqu'à 34 et 45 ans; enfin, ils étaient loin d'appartenir tous à la noblesse. L'institution semblait cependant prospérer ; le nombre des cadets s'élevait, en 1684, à 4,275, occasionnant ime dépense de 80,000 Htos par mois. Louvois s'en était réservé l 'inspection, et Louis XIV lui- . même ne dédaignait pas d'en passer la revue à l'occasion, mais tous ces jeunes gens nourrissaient des espérances qui ne se réalisaient pas toujours. En 1683, lorsque éclata la guerre avec l'Espagne, plus de 2,000 d'entre eux reçurent des brevets temporaires de sous-lieutenanls, et lorsqu'à la paix on les fit redevenir simples cadets, il se produisit des mécontentements qui aboutirent, dans deux compagnies, à des révoltes réprimées avec la dernière rigueur. L'ordre fut rétabli, mais l'impression fâcheuse était restée dans l'esprit de Louis XIV, et après la mort de Louvois, les compagnies de cadets furent dissoutes. Germes des premières écoles militaires, elles avaient été imitées en Hollande par le prince d'Orange, en Allemagne par l'électeur de Brandebourg, et depuis lors elles n'ont pas cessé d'exister en Prusse.
Les nominations d'officiers continuèrent à se faire sous le règne de Louis XV comme sous celui de Louis XIV. Nous lisons dans les Mémoires du marquis de Vaifons, que, né en 1710, il entra au collège des Jésuites en 1719 et obtint en 1721 une place de lieutenant dans la cavalerie de la Régence. Cette nomination d'un enfaot de onze ans n'était sans doute qu'honoraire ; M. de Walfons passa avec son grade, en 1727, au régiment de Piémont pour y faire le
nFFIClKRS, SiJtIB-OFFiriEnS, AVANCEMENT. 391")
Brvice. l'iuï tard, le marquU de Bouilli^, né en 1739, eeivil en uaiité de cadel-gentilhonime au CAaui[i de Gray en 1754, c'esL-àje à quinze .in s ;il paiisa ensuite dix-liuilmois dan» une compagnie ) grenadiers et fut uommé d'enihlée, en 1756, à dix-eept ans, ipilaine dans un régiment de dragons. Le maréchal de Ségnr, né 1 1724, se distingua comme volontaire en 1743 au siège et à la Btruite de Prague et fut fait colonel en 1743, à dix-neuf ans. Son Is, le comte de Ségur, servait auprès de lui en qualité d'aide de Bp à quatorze ans.
DumourieE, qui se plaint d'être arrivé tard, avait commencé par s adjoint de son père, commissaire des guerres; il eulra au îrvico h dis-neuf ans, comme volontaire dans le régiment d'Esi, prit la part la plus brillante aux opérations de la guerre de ept ans, fut blessé grièvement et nommé capitaine dans son régileut à vingt-deux ans.
Les abus en tous genres n'ayant cessé de grandirdepuis Louis XIV iaqu'àlaRévolution,oudumoinsju6qu'àravènementde Louis XVI, s qui élaient relatifs à la nomination des olficiers ne iirent pas tcepUon, Sans parler ici des enfants au berceau recevant It! brevet ) colonel, l'institution des of&ciers de remplacement permettait ) Qommer sou 6-Uen tenants des 111s de famille à l'âge de dk ans. i célèbre général de cavalerie Lasalle était à onze ans sous-lieu- «ant de remplacement au régiment d'Alsace (infanterie). On poutit égalr>mt'Ut arriver par la milice \ le maréchal Marmout était à a quatorze ans lieutenant dans un bataillon de milice. L'orjiance du 17 mars 1788 supprima les officiers de remplacement s l'infanterie et posa les règles suivantes pour le recrutement ba officiers :
Infanterie. Conditions : avoir seize ans révolus, faire preuve de Dblesse de quatre générations, remplir un des emplois Ûxés par ordonnance de formation des corps de troupe^ on était ainsi né EOus-Iieulenunt. A quinze ans révolus , ou pouvait élre loiné cadet-gentilhomme (il y en avait un par compagnie); cerioee catégories de jeunes gens, tels que (ils, petits-lils et arrièrelit«-fils d'olliciers gént-raux par descendance en ligne masculine . ù\8 de chevaliers de Saint-Louis, i*taiunt dispensés des pr.mves ! noblesse. Les cadets gentils liommes étaient nommés sur la pre-
396 LES TRANSFORtfATlONS DE l'aBMÉB FRANÇAISE.
sentation des colonels, les sous-lieatenants alternativement par le roi et par les colonels ; les places à la nomination du ro^ étaient réservées aux pages et aux élèves des écoles militaires.
Troupes à cheval. Mêmes conditions d'âge et de noblesse. Outre les cadets gentilshommes, il y avait deux sous-lieutenants de remplacement par régiment, la nomination en était réservée au roi; les sous-lieutenances en pied étaient données moitié par le roi, moitié sur la présentation du colonel. Il était recommandé aux C/Olonelsde ne présenter pour le grade de sous-lieutenant dans la cavalerie que des jeunes gens appartenant à des familles aisées. Aucun cadetgentilhomme ne pouvait, d'ailleurs, être nommé sous-lieutenaot qu'après un examen subi devant l'inspecteur. Aucun sous-lieulenant ne pouvait être admis comme officier ni en faire les fonctions sans avoir satisfait à un examen analogue.
Quant aux écoles militaires , elles subirent pendant le xviii* siècle bien des péripéties. On avait compris la nécessité d'avoir des officiers instruits. M. de Breteuil rétablit, en 1726, les compagnies de cadets, que l'on réunit ensuite en une seule compagnie résidant à Metz. Mais ces jeunes gens ne montraient que de la paresse et de la mauvaise volonté, et les coi'ps de cadets furent définitivement supprimés à la paix de Vienne. Un peu plus tard, le roi Stanislas institua à Nancy l'école des cadets de Lorraine qui comprenait seulement 48 élèves et qui fournissait par an à la France 12 officiers, placés d'abord à la suite des régiments et nommé» plus tard à titre définitif. L'initiative privée fonda plusieurs établissements prospères, entre autres l'école militaire de M. de Lassanet l'école de cavalerie des chevau-légers de la Reine, instituée parle duc de Chaulnes, capitaine-lieutenant de cette compagnie; toutes les deux formèrent de bons élèves ; la pension y était fort chère: 1,500 livres à l'école Lassan, 3,000 à celle des chevau-légers*. Cependant il existait en Allemagne plusieurs écoles militaires, à Dresde, Stuttgard, à Berlin surtout, où Frédéric II faisait élever 372 gentilshommes pauvres et 286 cadets. S'appuyant si» cet exemple et reprenant le projet présenté par son aîné en 1724, un des frères Paris-Duvernay sut convaincre le ministre d'Argenson et
1. Mémoires du duc de Luynes^ cités par M. Dussieux {V Armée en France]»
(JFFICIBlia, SOUS-OlTIOlliltS, AVANCEMENT. 397
târfiBser M'"' de PorapaJour, toutû lière d'iinilec M"" île Maialenon 1 instituant le 5aint-Cyr des UU de la iiobleRHâ. L'école militaire tt fondée par ordonnance royale du 4 janvier 1751 et installée 'abord a Viia-ennt;»; site fut lilunlôl transférée dans les b&timcnts mslrutts tout exprès à Grenelle. Les élèves y étaieut admis â l^e de huit à onze aus pour en sortir huit ans après avec le brevet B lieutenant. Bientât cependant fut établie à La Flèche, dans le a^iflqiio collège des Jésuites qu'nv.iit fondé Henri IV, une école ratoire {lar laquelle dev.-iient passer tous les jeuiîcs gens avant 'entrer ù l'école militaire rio Grenelle. Les élèves qui se deetîlient à l'artillerie ontraieut dans une des écoles de l'arme et plus iTliculièrement à celle do La Fère. Une école spéciale avait été taàée pour le gSaio à Méiièrus en 1748 ; elle compta parmi ses rofesseurs Monge et l'abbé Bossut.
L'wcole militaire fut supprimée une première fois en 1776 comme op coûteuse ^ l'école de La Flèche partagea le miîme sort. Les ipirants au grade d'offii;ier furent répartis entre les collèges proï d'Auxerru, Beaumont, l'out-â-Moussou, Brienne, Pontlo- >y, Rebais, Sorrèze , Touruon, Thiron et Vendôme, établissements iligieux, d'où loe élèves sortants étaient envoyés comme cadets s les régiments. Mais ce système, autrefois condamné comme ïfectaeux, ne dura pas longtemps et, dès 1777, on rétablit l'école JUtaire pour recevoir elfaire arriver officiers les élèves des collèges ) province. C'est dans ces conditions que Bonaparle pai-vint au Vde de lieutenant d'arliilerie. En ce qui concerne plus parlicuèrement la o^tvalerie, quatre écoles d'équitation avaient été fondées 1 1757 à Met£, Douai, Besançon et Angers ; elles furent remplacées \ 1770 pai- uue seule école, celle de Saumur, où chaque régiment ivoyait tous les ans quatre ofQciers et soiis-olticlers. On la ipprima en 1790; l'école militaire l'avait élè une dernière fois en 787 , et les élèves nobles placés dans les collèges de province raient dû, comme de 1776 à 1777, terminer leur éducation en qiia-
é de cadets gentilshommes dans les régiments.
Toafi les officiers étaient loin de sortir de ces écoles. Les volonires admis dans les régiments en fournissaient un grand nombre ., depuis la guerre de Sept ans, la proportion des sous-ofliciers
rrenus à porter l'épaulette avait considérablement aiigineaté,
398 LES TRANSPORMATIONS DB l'aRMÉE FRANÇAISE.
bans que celte proportion fût déterminée dans la cavalerie et dans Tinfanterie, comme elle Tétait dans l'artillerie, où depuis 1741, un quart des places vacantes était réservé aux sous-officiers, les trois autres quarts aux élèves des écoles. Les places dévolues aux sousofficiers étaient données à l'élection par un jury compbsé des officiers supérieurs et des capitaines du régiment, dont le choie devait être ratifié par le ministre. Ce procédé finit par prévaloir dans les autres armes, mais l'ordonnance malencontreuse de 1781, en réservant aux nobles le droit d'être nonmiés officiers, vint arrêter les nominations de sous-officiers au grade de sous-lieutenant.
Toutes les écoles furent supprimées par décret du 9 juillet 1793, celle du génie fut rétablie à Metz en 1794; ime école avait été créée pour l'artillerie à Ghâlons en 1790, elle fut conservée. Enfin, l'école de Mars, une des créations les plus bizarres de la Révolution, fut instituée par Carnot le 1" juin 1794 : c'était un véritable camp établi dans la plaine des Sablons, lout s'y passait sous la tente, dans une enceinte palissadée, sévèrement gardée par des troupes. Le système décimal y était appliqué sans réserve : dix élèves, réunis sous une même tente, formaient une décurie^ dont chaque membre à son tour était le chef avec le titre de décurion; dix tentes composaient une centurie; le rôle de centurion était attribué à de vieux militaires, assistés chacun d'un élève désigné à tour de rôle; la réunion de dix centurions formait une millerie ; les milltriom étaient des officiers supérieurs ; le tout était commandé par le général Labretèche, assisté d'un personnel dans lequel figurait le célèbre Fischer, le premier organisateur de nos troupes légères (chasseurs à pied et à cheval). Le costume théâtral des élèves de Mars avait été dessiné par le peintre David , la discipline était des plus rigoureuses, le régime dur et frugal. L'objet de l'éducation était l'habitude des privations et des souffrances. On connaît le rôle de l'école de Mars dans la journée du 9 thermidor. Amenée sur la terrasse des Tuileries pour défendre la Convention, disent les uns, pour soutenir la Commune, s*il faut en croire les autres, elle finit par se tourner contre Henriot et Robespierre et assura ainsi le succès de la journée. On a même prétendu que la cause déterminante du choix des filsde Mars entre les deux partis qui se livraient une lutte mortelle, était une distribution de pâtés et de bouteilles de bon vin, faite pendant
flypiciEiis, sous-oFFii:iEns, avanciîment. 399
moment (le trêve qui maniua le iniUea de la juiimée. Mourant
faim, habitués à ne vivre que de laid rauce et d'eau claire, les mes soldats de Labretèche furent Béduils. Quoi qu'il en fiU, irras prit le commandement de l'école de Mare, mais les seuttiDtB poliliqueg des élèves n'inspirèrent pas longtemps couflance, l'école fut déliuitivenieDl dissoute le 23 mars 1795. . . Une école itînée à fournir des ulTtciers d'infanterie fut créée â Fontainebleau 8 pUiTiôse an XI (28 janvier 1803). Le Prytanée, transporté à
(it-Cyr au début de la Révolution et conservé jusque-là, dut servir icole préparatoire, mais en 1808, l'école de Fontainebleau fut nsférée à Saint-Gyr et le Pry tanée à la Flèche. Cette organisation lubeisté juEqu'â nos jours, sauf quelques années d'interruption iir la Flèche qui, de 1808 à 1814, avait plutôt servi de maison ita^esque de collège, Napoléon ayant pris l'habitude d'y faire rayer les enfants des principales familles des pays occupés par > années pendnnt cette période; il y eut jusqu'à des Croates. Utae (le de cavaleriefut établie à Versailles, le 2 décembre 1796, avec f «nccursaleg à Lunéville et à Angers (1798). Ces écoles furent îérées à Saint-Germain le 8 septembre 1S04; il fallait sortir de .e militaire pour être admis à Saint-Germain. En 1814, l'école
cavalarie fut installée à Saumur, reportée un instant à Vérités pendant la Restauration et définitivement rétablie à Saumur
Enfin, l'École poly teclinique fut créée par la Convention, d'après ipropositioa de Carnol et celle de Prieur de la Côte-d'Or, boue ■ nom d'Ëcole normale des travaux publics, le 28 Juillet 1794.
3 prit sou nom actuel en 1798 ; les premiers professeurs furent grange, Prouy, Mouge, Hachette, Delorme, Baltard, Fourcroy, loqaelin, Berthollet, Guyton de Moi-veaux, Cbaptal. A leur sor- , les élèves classés dans l'artillerie étaient envoyés à l'école de
Uoos, ceui du génie à l'école de Metz. En 1802, ces deux der- 6 écoles furent réunies à Metz pour former l'École d'applica-
1 de l'artillerie et du génie, qui a subsisté jusqu'au moment
Inel, transférée depuis la dernière guerre à Fonluiuehlean.
Quant aux nominations d'ofriciers,«lles ont été faîtes (artillerie
génie à part) exclusivement parmi les sous-uflicicrs depuis la
ppreBsiou des écoles jusqu'à leur rétablisBemeRt. D'après In loi
400 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉB FAANÇAISB.
de septembre 1790, le grade d'officier pouvait s'obtenir de denx manières, soit en passant par les degrés inférieurs, soit en subissant des examens. Sur quatre places de sous-lieutenant vacantes dans un régiment, une appartenait de droit aux sous-officiers du régiment et était donnée alternativement à Tancienneté et au choix. A partir du 21 février 1793, l'ancienneté seule donna des droits i être nommé ; on peut penser ce qu'étaient les officiers ainsi par?enus. Dans les bataillons de volontaires, les sous-lieutenants comme les officiers de tous les grades, étaient nommés à l'élection parle suffrage direct des soldats; sauf dans les premiers bataillons, les choix furent en général déplorables. La loi de germinal an IV (mars 1795) fit la part de l'ancienneté et du choix : une certaine proportion des nominations au choix étaient faites par voie d'élection, c'est-à-dire par un jury composé d'officiers. Dans l'artillerie, par exemple, la moitié des emplois vacants étaient dévolus à l'anciehneté, et ces emplois étaient partagés par moitié entre les élèves des écoles et les sous-officiers. Le général Susane, dans son Histoire de l'artUlerie française, cite à cet égard un document très curieux, le procès- verbal d'une élection de dix seconds lieutenants nommés au 4* régiment d'artillerie, le 1" septembre 1793, par les citoyens officiers du régiment *. D'autres nominations se faisaient au choix d'une façon tout arbitraire; c'est ainsi que le général Auguste Colbert, engagé au 7*^ régiment de chasseurs à cheval au mois de décembre 1793, ayait été nommé d'emblée lieutenant aide de camp de Grouchy, le 24 octobre 1795, sans passer par le grade de sous-lieutenant*.
Pendant toutes les guerres de l'Empire, il n'y eut aucune règle fixe pour la proportion à établir entre les élèves des écoles et les sous-officiers. Le système de l'élection fut maintenu pendant quelque temps, car on peut lire, dans les Souvenirs miliuii' res jju duc de Fezensac, comment il fut nommé sous-lieutenant au 59*" d'infanterie, le 26 mai 1805, au tour du choix des officiers. Le récit gu'il fait de son élection montre qu'aucun système ne peut empêcher le triomphe de la faveur-, il nous indique