‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 136 sur 174 · DÉCORATIONS · texte numérisé non relu

DÉCORATIONS

L'avancement n'est pas la seule récompense destinée à reconnaître les services des militaires do tout grade et de leurs assimilés ; les décorations doivent, ou du moins devraient remplir le même objet. « Sous l'ancienne monarchie », dit le général Morand, « les ordres de la Toison d'or, de Saint-Michel « et du Saint-Esprit furent, entre les mains des rois d'Es- « pagne, héritiers en Flandre des ducs de Bourgogne, et entre

OPFICIERS, S0U9-0FFICIBRS, AVANCEMENT. 439

celles des succesBeiirs de Louis XI, des moyenB puissante de domiaatloa eiir les castes féodales. L'ocdre de Saint- Louis, tood^ par Louis XIV en 1693, fut le premier ordre militaire. Réaeryée aux catlioiiquea, la décoration de Saint-Louis fut remplacée pour les protestants par celle du Mérite militaire. Tous les ordres furent abolis pa#la Révolution : mais sous le Dii-ectoirii i'ilutitution des armes d'honneur prouva combien les distinctions Boot propres à stimuler l'esprit du devoir et à exciter l'émulation ' . ■

La première idée de cette institution avait été donnée par Bonairte après la campagne d'Italie. Un ordre daté de son quartier gênéil d'Udine le 2 septembre 1797 était ainsi conçu: • Quatre-vingts sajjres de luxe, avec inscriptions en lettres d'or Bur la lame, seront distribués par le général en ctief lui-même dans une grande soleomté militaire aux officiers et aux soldats qui s'étaient le plus distingués et dont l'état sera déllnitivenient arrêté le 22 septembre. Ces militaires jouiront de la double solde. ■ L'arriîtâ des Consuls en dale du 25 décerahre 1799 n'était que 1 reproduction de l'ordre du jour de Bonaparte dont le principe vait été d'ailleurs coniîacré par la Constitution de l'an VlII. Cet arrêté excita des critiques et des moquenes parmi les anlanB offlciers de l'armée du Rhin. On regrette de voir Moreau au pemier rang des frondeurs. Aux tei-mes de l'arrêté des Cousuls, is soldats devaient recevoir des fusils, les cavaliers des mousquomB, I«s tambours des baguettes, les trompettes des trompettes en rgent, les oiriciers des sabres ou des pistolets. Moreau, donnant un rand dtner auquel assistaient beaucoup de généraux et d'hommes ïlittques, lit venir son cuisinier au dessert et lui décerna solen- Bllement une casserole d'honneur en argent. Ce fut sa manière de éclarer à Bonaparte une guerre qui devait se terminer, pour l'un, lir le champ de bataille de Dresde, pour l'autre, sur le rocher de sint-Uélèoe. Bonaparte, qui, pendant les deux années paciliques ; glorieuses du consulat, sembla s'attacher sinon â restaurer les tetitutions monarchiques, du moins à rétablir daus la société toutes !B formes qui sont la garantie de l'ordre et de la stabilité, réalisa

i. t'Armie *f.lon la Chiirli-,

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dans rinstitution de la Légion d'honneur une de ses plus grandes idées. L'ordre de Saint-Louis fut rétabli en 1814 et définitivement supprimé en 1830. Le général Morand compare ces deux ordres Tun à Tautre dans les termes suivants : « L'ordre de Saint-Louis pro- « clame que celui qui est revêtu de ses insignes a bien servi pen- « dant vingt-cinq ans et, s'il est jeune, (^l'il a fait une belle action « militaire ou des campagnes qui ont été ajoutées à ses années de « service. L'ordre de la Légion d'honneur est la réunion de tous « les citoyens, soit qu'ils suivent la carrière des armes, ou toute « autre carrière honorable, qui ont rendu des services signalés, ou « qui, par de grands talents, honorent la France; celui qui porte

« ses insignes est un citoyen distingué parmi les Français

« L'institution de la Légion d'honneur rappelle sans cesse à l'armée « qu'elle n'est qu'un détachement de citoyens chargés de la défense « commune et que la patrie porte indistinctement au premier rang « ceux qui rendent les meilleurs services. »

Tout cela est vçai, ainsi que toutes les considérations par lesquelles le général Morand défend le principe d'une décoration commune aux services militaires et aux services civils : considérations déjà résumées ainsi qu'il suit dans le discours que prononça le premier Consul lors de la discussion par le Conseil d'État du projet de loi relatif à la Légion d'honneur :

« Si Ton distingaait les hommes en militaires et en civils, on « établirait deux ordres, tandis qu'il n'y a qu'une nation. >

Nous ne contredirons pas Napoléon lorsqu'il soutient qu'une belle action, un talent supérieur, peuvent être égaux au mérite d'avoir dévoué au service de la patrie les plus belles années de la vie. . . . Mais il ajoute lui-milme qu'il ne faut pas que la faveur et la corruption puissent s'interposer dans la distribution des distinctions et des récompenses dont les institutions sont la source. . . . Autrement dit, pour que la croix de la Légion d'honneur eût conservé tout son prestige, il aurait fallu ne pas la prodiguer à tout propos et à toutes sortes de gens. Certes, il y a, en dehors de la vie militaire, autant, si ce n'est plus, que dans la vie militaire dos dévouements, des sacrilices, des talents à honorer et à récompenser. Pour n'en citer qu'un, il n'est pas un soldat qui ne se trouve fier de porter la même décoration que M. Pastenr. Mais on a fait de la croix d'honneur une

nFPICIERB, S(lCB-t)FPICIKHS, AVANCEMENT. 441

ilnine commnrciale ou lilti^raire: tel roman obscène a va soii Ccés ronslatt^ par le roban ronge alt;ichi- à la boutonDière de son leur; telle marchandiBC a doublé de valeur parce que le brevet iflici:er ou m("me ile commandeur de la Légion d'honnenr était Iché au-dessus du comptoir des vendeurs. De jeunes atlachée au binet d'un ministre ont obtenu, après (luati't! ans de services liles, maie qunliflés d'exceptionnels une croix refusée à un vieux dat Measé en défendant son drapeau. Il fut un moment, sous impire, où l'on ne rencontrait plue dans cerLainee rues de Paris e des cbevaliers et des ofDcÎprs do la Légion d'bonneur. . . . Oa ne doit donc pas s'étonner si l'armée a réclamé avec instance i décoi-aiion réservée exclusivement aux services militaires. Les D6 ont été un peu diminués depuis quelques années pnr suite des isoree restririivcs apportées à la prodigalité des minietres, mais EnbeÎElent et si la quantité est moindre, la qualité n'est pas su- Heure; il aullitde lire, au 1" janvier et au 14 juillet de cliaque née, la liste des nominations faites, pour juger de l'abaissement Talour de la décoration. Que de services particuliers sont ainsi Dunéréa ! C'est si facile et ça coûte si peu! comme disait cer-

B dame qui passait pour prodiguer ses faveurs. Voilà pourquoi la médaille militaire est si fort appréciée. . . Mais, iftrvée aux sous-ofTiciers et soldats ainsi qu'aux généraux qui ont

mandé eu chef, elle ne saurait ^tre pour l'époqne pi-ésente ce été la croix de Saint-Louis sous la Restauration.

n loi relative à l'inBlitwtion de la Légion d'honneur est du reste B de celles qui ont donné lieu, sous le Consulat, aux discussions plus vives. Portée d'abord au Conseil d'État, elle fut fortement nbattne par un des auteurs du Code civil, Berlier, qui reprocha premier Consul de vouloir rétablir les hochets de la monarchie, est avec dos hochets qu'on mène les hommes, s'écria d'un ton lin d'emportement le général Bonaparte, irrité de l'opposition 'il rencontrait '. La loi relative à la Légion d'honnour ne fut Mptée an Tribunal que par 56 vois contre 38 et ne fut votée au législatif que par 166 sutTrages contre 110. La Légion

L'tUInor n «auvent ntitditilu rnconler cfMo scène par M. Borlicr, son oncle, irit (1d(|u»I rirnliinon ■]'' Ilonaparte se Iroilittsll rtv^c unu uxlrËma vivacité.

(l'honneur devait se composer de 15 cohortes, comprenant chacune 7 grands-officiers au traitement de 5,000 fr., 20 commandants, 2,000 fr., 30 ofnciéi*set350 légionnaires, 250 fr., soit en tout pour les 15 cohortes 6,000 individus. Le grade de grand-croix fut créé plus tard, le premier grand chancelier mis à la tête du conseil de rOrdre fut un savant, M. Lacépède.

La distribution des croix à Tarmée fut faite au camp de Boulogne avec une grande solennité : ces croix furent accordées, sinon avec parcimonie, du moins avec une certaine réserve. Jamais d'ailleurs sous Napoléon I" la croix ne fut prodiguée. Curély, ce hardi cavalier qui porta souvent la terreur au milieu des armées ennemies, est mort en 1827 chevalier de la Légion d'honneur; il avait reçu la croix en 1805, étant adjudant, pour une action d'éclat. La première promotion comprit dans Tordre civil des savants, tels que Cuvier, Monge, Berthollet, Lagrange, Fourrier, Prony, Vauquelin; des littérateurs comme Chénier, Le Brun, Collin d'Harleville, Andrieux; des artistes, comme David, Gérard, Guérin, Denon, Noudon, Paesiello, Grétry, Méhul, Monsigny, Gossec ; des jurisconsultes comme Tronchet, Tracy. Il y eut des généraux qui n'étaient môme pas chevaliers, comme le général Salm, qui fut tué à Tassant de Tarragone. La Restauration eut le bon esprit de conserver Tordre de la Légion d'honneur, expressément garanti d'ailleurs par l'article 72 de la charte de- 1814; elle se borna à remplacer l'effigie de Napoléon par celle de Henri IV et à réduire les traitements qui furentrétablis après la révolution de Juillet. Au commencement du second Empire, NapoléonlII rétablitsurla décoration Tctfigie de Tillustre fondateur de sa dynastie et institua la médaille militaire, réservée, comme nous l'avons dit, aux sous-officiers et soldats. Cette création fut en réalité un moyen ingénieux de satisfaire plus de monde à moins de frais. Les traitements actuels sont en effet de 3,000 fr. pour les grands-croix, 2,000 fr. \)0\iv les grands-ofïiciers, l,000fr. pour les commandeurs, 500 fr. pour les officiers, 250 fr. pour les chevaliers et 100 fr. pour les médaillés; dix de ceux-ci occasionnent la même dépense que quatre chevaliers, et 1,000 médailles reviennent à 400 décorations. La République a de nouveau supprimé l'effigie de Napoléon et Ta remplacée par ... la sienne ; ceux qui ont opéré cette substitution auraient pu cependant comprendre que. Tordre

OFFlCrEBS, SOUS-OPFICIERS, AVANCEMENT, 443

I la Légion tl'hoaneur ayant été instUuiî par Napoléon, il tlait ut naturel d'y conserve)' avec sod image le souvenir det* grandes toses accomplies par lui. Attachermie injportance politique à de

îils détails est bien peu comiallre la véritable grandeur du TOvernemeut i-epublicain ijui, étant celui de la nation par la lUoa elle-même, doit s'élever au-desEus de toutes tes craintes (uquÎDes.

'31 est noe autre sorte de médailles mises à la mode par la guerre iCrimée. Les officiers, souB-officievs et eoldate de l'armée anglaise M reru à ta lin de cette guerre des médailles commémorativea l'eEDgie de la reine Victoria avec quiitre agrafes portant les nome ) Sébastiipol, Aima, Balaklava et Inkermann, le gouvernement Iglais offrit pour les militaires de l'armée française ayant débarié en Crimée entre le 14 septembre 1 854 et le 8 septembre 1855, B médailles et des agrafes semblables. Celte oITre fut acceptée par ■gouvernement de l'Empereur j les droits des militaires de tous ^de6 à la médaille et aux agi-afes devant être établis par les ioB des conseils d'adminietration des corps de troupe, on vit

s se parer de la médaille de Crimée, avec l'agrafe Sébastopol,

ielqucs officiers en 1res petit nombre, hâtons-nous de l'ajouter, ■

jî avaient à peine mis le pied sur la plagi! de Kamiescb, en étaient

trlis avec empressement pour cause ou sous prétexte de maladie n'avaient même pas aperru la ville assiégée. Mais ce sont là des Ils isolés ([ui se perdent drins l'ensemble, et l'inslitulion des mé- Slles commémoratives , en vigueur déjà dans plusiours armées rangères, établie en France après les guerres d'Italie, du Mexique du Tonkin, peut seule donner un sens pratique aux ordroe du r que les souverains ou les généraux en chef adressent à leurs i terme d'une guerre glorieuse. ■ Vous rentrerez dans vos

PB >, disait le général Bonaparte â ses soldais le .5 mai 1796,

B son entrée â Milan, • et vos concitoyens diront en vous mon- Int : n était de l'armée d'Italie. « — • Mon peuple vous recevra

: joie •, disait-il encore dans son ordre du 2 décembre 1805, il U TOUS BuQira do dire : J'étais à la bataille d'Austerlilz pour [lie l'on vons réponde : Vous t^tes un brave. » La médaille comméïraliTO park' pour le soldat et porte témoignage des batailles nuxeUea U a pris part. C'est porr cela qu'il est lier de la rapporter k

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son village : c'est pour cela qu'en dépit de certaines objections trop fondées, cet usage est bon à conserver *.

Sous le deusièm'e Empire, Napoléon III avait imaginé la médaille de Sainte-Hélène, décernée à tout militaire gui avait figuré à un titre quelconque dans l'armée antérieurement au mois de juillet 1815. Comme le nombre de ceux qui pouvaient porter cette médaille en 1860 était fort restreint, aucun d'eux ne manqua à faire valoir ses droits et, chose remarquable, les étrangers qui avaient fait partie de nos armées ne furent pas les derniers à réclamer la médaille. On en rit bien un peu dans le public, d'abord parce qu'avec sa couleur bronzée elle ressemblait à un petit sou dont l'aspect n'était pas relevé par celai de son ruban foncé, et comme beaucoup de ceux sur la poitrine desquels on la voyait étaient courbés par l'âge, on la surnomma : la contremarque du pire Lachaise, comme pour dire que les vieux soldats avaient quitté un instant le cimetière pour venir montrer leurs médailles. Il n'en est pas moins vrai que pour les gens sérieux elle était un appel au respect et qu'en voyant cette bien humble décoration sur un habit râpé ou sur une blouse on se disait involontairement: le pauvre vieillard fatigué ou quelquefois môme misérable, a été quelque chose : il a été dans le chiffre imposant de la Grande-Armée, l'unité qui fait le nombre et le soldat qui travaillait obscurément à la gloire de son pays !

l. On a proposé dernièrement de donner la mômo médaille commémoralive aux familles dont les fils seraient morts pendant la campagne. C'est pousser la chose un peu loin. Déjà ceux qui se parent le plus d'une médaille de ce genre ne sont pas toujours ceux dont la conduite a mérité une récompense ou une distinction, et toi, par exemple, qui passe pour un brave parce qu'il porte sur la l)oitrine une médaille de Grimée, a pour tout exploit débarqué à Kamiesch, t»»! autre qui passe pours'ôtre distingué dans la guerre d'Italie, a rangé des caisses dans un magasin de Gènes.

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