‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 14 sur 174 · Von der Goltz, la nation armée · texte numérisé non relu

Von der Goltz, la nation armée

3. Pièces des guerres du maréchal de Turenne, 16* observation.

8 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉE FRANHAISE.

On répète sans cesse, et Ton a raison, qu'en prévision de la guerre ce sont surtout les qualités morales et le caractère qu'il importe de développer chez les jeunes officiers, qu'il faut, suivant l'expression du général prussien de Peucker, c les préparer à con- « server la tête lucide et le cœur chaud dans le danger, enfin « exalter sans cesse le sentiment patriotique ». Pourquoi donc alors limiter les études historiques au xix* siècle, comme le veut ce môme écrivain ? Lisez l'histoire des siècles précédents, dironsnous au contraire aux officiers ; étudiez plus spécialement les guerres récentes^ soit! Vous y trouverez, plus ou moins bien appliqués, les procédés nouveaux, mais sachez aussi, ep, remontant plus haut, reconnaître sous des moyens qui seraient aujourd'hui hors de mise, les principes qui n'ont pas varié, c L'étude », a dit le général de Brack, « est l'arsenal dans lequel vous puiserez vos armes « au jour de l'action. Étudier avec soin aide à pe^iser, et agir vite « est le secret de l'officier modèle. »

Apprenez, ajouterons-nous, comment se sont conduits de tout temps et dans toutes circonstances des hommes qui ne transigeaient ni avec l'honneur ni avec le devoir, et quelles que soient les positions où vous placera plus tard le hasard des événements*, vos souvenirs viendront en aide à votre caractère pour vous dicter les résolutions à prendre. Vous aurez recueilli à l'avance une ample moisson d'exemples et, le cas échéant, vous saurez lequel il faudra suivre. Si Dupont se fût rappelé le sort infligé à Finck pour la capitulation de Maxen, il n'eût certes pas lui-même capitulé à Baylen. Que l'on se figure dans cent ans d'ici un général dans la situation de Vedel recevant d'un nouveau Dupont, qui capitulerait à un autre Baylen, l'ordre de déposer les armes; le souvenir des horreurs de Cabrera se dressera devant lui pour lui commander impérieusement la désobéissance. L'exemple du colonel du 116'régiment d'infanterie de ligne, sauvant son régiment du déshonneur et des souffrances de la captivité par una' énergique retraite, à cette même affaire de Baylen, lui rappellera qu'on peut tout tenter avec chance de succès plutôt que de capituler. Le 1" septembre 1870, bien des officiers hésitèrent après la capitulation de Sedan sur le parti à prendre ; ayant la faculté de rentrer en France, libres sur parole, plusieurs péchèrent par ignorance et signèrent l'engagement qui

tonrâ étâ reproché. S'ils avaient étudié et connu l'histoire, Uftauraiei'l bu que la capitulation de Miuden, signée par le gouverneur de cette place le 13 mai 1756, contenait une clause du même genre et que la réprobation publique avait frappé les officiers qui l'avaient acceptée. ■ Ce que je désapprouve , on ne saurait da- « vaatage », écrivait le comte de Clermont, > c'est que les officiers

• aient souhai té de reveuir ou Fraace : ils doiveut suivre le sort de

• leur corps, ■ Le comte de Gisors était encore plus explicite, • La

• condition que les olficiârs ont obtenue de retourner en France « Bor leur parole révolte tout le monde, parce qu'il parait indigne

• d'abandonner les malheureux soldais prisonniers », écrivait-il à son père, le maréchal de Belle-Ile, ministre de la guerre, ■ on

• s'attend que vous les renven-ez à leur arrivée, et qu'il y aura des

• punitions contre ceux qui ont conseillé à leur général un parti I aussi déshonorant. > Tous les officiers auraient pu lire ces détails dans l'étude si intéressante de M. Camille Roussel sur le comte de Gitors, publiée en 1868; mais à cette époque il n'étailpae démode panni les ofliciers d'étudier leur métier, et ce n'étaient pas les ]ilae travailleurs qui éiaient le mîeiux vus des chefs.

L'ordre du jour du maréchal Bugeaud après le combat de Beni- Hered, le récit de la lutte héroïque d'une compagnie de la légion éintngire à Camaron dans la guerre du Mexique, le journal de la glorieuse défense de Tuyen-Quau par le commandant Dominé seront encore dans ccnl ans des lectures réconforlanles. On aimera toujours à comparer, comme le fait le maréchal Marmont, les surprises de Crémone en 1703 et deBerg-oÇ-Zoom en 18J4: d'un côté la négligence du commandement, l'ennemi pénétrant en force au cœur de la place, Villoroy et tous les généraux, sauf deux, pris, hleseés ou tués, et l'énergie seule des troupes remédiant à l'incapacité du chef: de l'autre côté la vigilance du général Bizanet, les meeurec les plue sages et les plus prévoyantes ; 4,800 Anglais attaquant â la fois pendant la nuit et sur plusieurs points une place dont la faible garnison ne pouvait m^me garder les dehors, mais ne trouvant nulle part les défenseurs en défaut et forcée de mettre I Imk IflS armes, après avoir perdu 1,200 morts et 600 blessés'.

t.bprlt des lattltution] mllllnlres. [j. lOJ o

Il n*y a pas de prescription pour des faits de ce genre, non plus que pour une vigoureuse décision comme celle du général Brenier qui, ne pouvant plus défendre Almeïda, fait sauter les fortifications et traverse avec la garnison les lignes de Tassiégeant pour rejoindre Tarmée française de Portugal, non plus que pour la fière attitude du général mexicain Ortega, écrivant au général Forey : « Je n'ai « plus ni vivres ni munitions et ne puis défendre plus longtemps /K Puebla. La place est à votre discrétion, faites de la garnison ce « qu'il vous plaira ; je ne capitule pas : mais vous ne trouverez ni « un canon ni un fusil. J'ai tout détruit. » Tout le monde sait par cœur le mot de Kléber au chef de bataillon Schwardin dans la retraite de Torfou : « Mourez ici avec votre bataillon », et la réponse : « Oui, mon général* », mais notre histoire militaire est pleine de faits semblables. En 1745, Tavant-garde de Tarmée du maréchal de Saxe qui marchait sur Gand est surprise par la cavalerie anglaise: un régiment d'infanterie est culbuté; les escadrons anglais vont percer jusqu'à Gand qu'ils ont mission de secourir, lorsque le capitaine de Saint-Sauveur, du régiment de cavalerie le Roi, se jette avec 50 cavaliers au-devant de l'ennemi ; certain d'être écrasé par le nombre, il engage sur la chaussée une lutte terrible avec la tête de la colonne anglaise; sa résistance opiniâtre donne à notre infanterie le temps d'arriver, les Anglais sont mis en déroute et leurs projets déjoués. Pour dater de 140 ans^ ce fait d'armes, simplement récompensé par un sourire du roi Louis XV, nemérite-t-il pas d'être cité comme exemple à nos jeunes officiers de cavalerie ' ? •

L'étude du passé n'eût-elle pour résultat que de nous apprendre à bien connaître notre génie national et celui de nos adversaires afin de distinguer, dans les institutions que nous cherchons à imiter, ce qui nous convient de ce qui serait un danger pour nous, qu'il faudrait encore en faire la base de l'instruction de nos officiers.

Les campagnes d'Alexandre ont inspiré à l'amiral Jurien de la GraVière ces réflexions dignes d'être méditées : « La facilité « avec laquelle les innombrables armées de Darius furent dé-

Page 1