‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 146 sur 174 · I. Mimùtrtt ik Bèiennat · texte numérisé non relu

I. Mimùtrtt ik Bèiennat

dants, ou prendre des mesures telles que ces commandants du tempe de paix ne quittent pas leurs corps d'armée juste au moment de la guerre, et qu'en même temps leurs actes soient contrôlés de façon à maitenir Tunité de Tannée.

Dans la première hypothèse, les corps d'armée seraient maintenus, leurs états-majors constitués, leurs services administratifs (intendance, corps médical, artillerie, génie) assurés par des directeurs correspondant directement avec le ministre, et lé commandement des troupes serait exercé par les généraux de division. Un certain nombre d'inspecteurs, parmi lesquels seraient désignés d'avance mais non publiquement, les commandants d'armée, le major général, les commandants de corps d'armée, les commandants de l'artillerie et du génie aux armées, les intendants généraux, seraient chargés de s'assurer dans des inspections non pas annuelles, mais plus fréquentes et à des époques indéterminées, de l'état et de l'instruction des troupes, de la préparation du matériel, en un mot de la situation réelle de toutes les parties de l'armée (matériel et personnel), décommander les grandes manœuvres, d'établir par arme les tableaux d'avancement, etc.

Dans l'autre système, les commandants de corps d'armée seraient nommés d'avance, maintenus en permanence, mais en cas de mobilisation , les généraux d'armée ne seraient pas choisis parmi eux ; ils seraient également désignés d'avance avec le titre et les fonctions bien effectives d'inspecteurs généraux d'armées. La réunion de ces inspecteurs généraux formerait, sous la présidence du ministre, avec l'adjonction du futur major général, du futur commandant en chef de la cavalerie et des présidents des comités de l'artillerie et du génie, le conseil supérieur de la guerre, dont les attributions ne consisteraient pas seulement à donner son avis sur les gi'andes questions intéressant l'armée, mais encore à intervenir dans le choix des principales personnalités, telles que les commandants de corps d'armée et de divisions de cavalerie indépendantes.

Quant à la disposition de la loi en vertu de laquelle les commandants de corps d'armée ne sont nommés que pour trois ans, elle a été motivée probablement par deux considérations d'ordres différents : d'une part, le désir d'initier le plus grand nombre pos-

ble de généraux aux difficultés du commandement et en même nips la nécessité de les mettre pour ainsi dire à l'essai pour dontr en cas de guerre les conmiandements aux plus capables; d'autre irt, la crainte de laisser prendreà certains généraus une influence Bp considérable. Peut-être aussi voit-on dans cette limitation de irée plus de facilité pour écarter certains commandants de corps !»rniée à qui l'épreuve d'un premier commandement n'aurait pas é favorable.

De ces différents motifs, celui qui touche à la politique nous iraîl dovoir l'tre écarté. Jamais l'iuiluence d'un commandant de irps d'armée ne pourra être dangereuse ; aurait-on la crainte de voir devenir telle, il sera facile d'y parer à l'aide d'un simple han^etnent de réaideucc.

Quanlauxautres considérations, il ya lieu d'observer tout d'abord De jamais, ou tout au moins bien rarement, un général qui aura lé uuv fois investi du commandement d'un corps d'armée ne se tisijfneva au rôle inférieur de commandant de division. Sous le remier Empire, il y a eu environ 15 à 20 généraux mis à la t^te de prps d'armée ; bien peu d'eutre eus ont repris plus tard le comlaodement d'une division ; depuis 1873, il y en a eu, croyons- nons, m eeul I On aurait donc, à ce jou-là, bientôt épuisé les cadres de 'ét»l-major général.

El ce n'est pas parce qu'il est écrit dans la loi: «La durée du commandement est restreinte à trots ans » que les commandants de }rpB d'armée à qui l'on retirera ce commandement tandis qu'on maintiendi-a leurs voisins et collègues, accueilleront avec plus B philosophie la mesure qui les frappera. Dix exemples ont prouvé 9 contraire depuis 1873. L'intervention du conseil des ministres a 'ailleurs <[uelque chose de blessant pour les officiers généraux icIuB de- leur commandement et donne toujours à cette exclusion n caractère politique. EnGn, ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a a l'idée de changer plus on moins souvent les officiers généraux pour les mettre suflisamment en activité et par la les former et les tenir en haleine >, disait le comte de Saint-Germain, dans 50n projet de réforme. Mais, faisait observer un militaire, son butomporain, ce cbangfment continuel n'aboutissait qu'à retirer [es troupes les officiers généraux, au moment où Us commençaieut

à les connaître et à en ôtre connus, à ôter aux généraux tout intérêt et toute émulation, et aux troupes toute considération pour leur chef*.

Ainsi, il y a un grave inconvénient, suivant nous, à faire intervenir la politique dans la nomination et surtout dans l'exclusion des commandants de corps d'année ; il y en a un aussi grave à les changer fréquemment, mais il y a im danger capital à en conserver dlncapables ou de fatigués. Il s'agit de la vie et de riionneur de 30,000 hommes confiés à un chef, il s'agit même du salut de l'armée et du pays, et toute considération de personne, toute condescendance, même vis-à-vis du serviteur le plus honorable, est un crime eu pareil cas.

Marmont raconte , dans ses Mémoires, comment le seul choix d'Âugereau, fait par le Directoire , pour commander l'armée du Rhin, détermina Bonaparte, en 1797, à suspendre sa marche sur Vienne et à signer la paix. « Notre armée est belle », disait-il, « et je « battrais infailliblement les Autrichiens, mais l'obstacle invinci- « ble à des succès durables, c'est le choix d'Augereau pour com- « mander l'armée du Rhin... Il faut éviter d'être victime de ses « sottises et pour cela l'empêcher d'en faire ; à cause de cela il faut « faire la paix, c'est le seul parti à prendre. » Et il s'écriait en parlant des directeurs : « Je le leur ai envoyé, ils l'ont vu et entendu, « ils ont pu le juger, mais ils ont pris son bavardage pour du génie « et sa jactance pour de l'héroïsme. Combien les avocats sont stu- « pides quand ils ont à décider les grandes questions qui touchent « aux destinées des États ' ! »

Pour nous résumer, il faut à tout prix éviter d'avoir à la tête des troupes, au moment de Centrée en campagne, des chefs insuffisants auxquels on aurait créé des titres aisément confondus avec des droits au commandement supérieur'. Or, il n'y a que deux moyens d'éviter ce risque, ce sont les deux systèmes que nous avons proposés : ou ne pas désigner les commandants de corps d'armée eil temps de paix, ou les faire désigner d'après les propositions du

l. Mémoires de Bezenval.

1, Mémoires de Marmont^ t. 11, p. 300.

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