I. £8 Général Ue. par L.T-Childr
divisions indépendantes^ se réservant de les changer jusqu'au dernier moment.
CIRCONSCRIPTIONS DES CORPS d'aRMÉE.
On reproche à la division du territoire telle qu'elle résulte du décret du 6 août 1874, de n'avoir pas Téparti également les ressources du recrutement. Il existe, en effet, d'une région à l'autre, quelques différences notables, mais elles tiennent à l'obligation qu'on s'est imposée de ne pas scinder les départements. D'ailleurs, l'égalité parfaite eût-elle existé en 1873, qu'elle aurait été rompue depuis lors par les mouvements de la population et, pour la rétablir aujourd'hui, il faudrait apporter dans le mécanisme de la mobilisation une perturbation qui ne compenserait nullement le résultat obtenu.
On allègue cependant, pour réclamer ime nouvelle distribution du territoire, des motifs d'un ordre plus sérieux. On a tracé sur la carte de France des bandes longues et étroites, parallèles aux lignes de chemins de fer, ou plutôt des secteurs allongés ayant pour axes les principaux rayons du réseau des chemins de fer se dirigeant du centre vers la circonférence , et l'on a proposé de prendre chacun de ces secteurs pour la circonscription d'un corps d'armée. On a pensé faciliter ainsi la concentration en mettant •chaque ligne ferrée à la disposition exclusive du corps d'armée qui en serait pour ainsi dire le riverain, et assurer en même temps avec avantage la défense de la frontière, répartie entre un plus grand nombre de corps d'armée. L'idée n'est pas tout à fait neuve. Elle se trouve en germe dans le livre du général Morand.
« Supposons», y est-il dit, «les frontières de la France divi- « sées en dix commandements, et en arrière de cliacune de ces « portions de frontière une immense colonne dont la base repose serait sur les places fortes, tandis que le sommet aboutirait vor? « la capitale. Supposons encore les armées actives et de réserve « divisées en dix grands corps, ayant chacun dans le centre et « dans la ligne d'opérations de l'une de ces vastes colonnes « leurs magasins, leurs dépôts, leurs ateliers, sous la surveillance oc et la direction d'ur^ inspecteur général, non pas se prome-
GÉSÉRALS. 50Ô
pendant trois mois, 'mais remplissant ses fondions Avec toute l'activité et le soin d'uii général d'année qui aperçoit laictoire récompenser les peines qu'il prend pour préparer et assurer ses succès '. ■
Lorsque le génér;)! Moratid s'exprimait ainsi, les chemins.de fer 'existaient pas, et il semble qne la ci'éation de ces voies rapides B communication ait dû donner plus de force aux paroles de cet lostre écrivain militaire. Suivant nous, c'est le contraire qui s'est oduit. La rapidité de la concentration ne dépendque île la somme s ressoui-ces générales des chemiDS de fer se dirigeant vers la f ivjnre, et non pas des rapports de telle ou telle région avec telle ou [lie ligne; et même, en la supposant favorable à la concentration, dlBpositiou longitudinale des régions serait certainement nuisiie à la mobilisation, en éloignant davantage les réservistes de Dr lien de convocation. D'autre part, nous ne voyons aucun 'antage h détruire l'unité de la défense de la frontière en la pargeaut entre plusieurs coi-ps d'armée, et nous pensons qu'au conïire il y a d'assez gros Inconvéuients û exposer a.\ix tentatives de sonemi la mobilisation de plusieurs coips d'armée, au lieu d'un lui dans lequel on peut prendre des dispositions exceptionnelles. Nous ne voyons donc pas pourquoi l'on changerait la répartition ablie en 1874.
SYSTÈMB DE IlECnUTEMENT
Deux systèmes de recrutement sont depuis longtemps en prênce: I* le recrutement national, qai consiste à recruter l'armée suiineemble du territoire; c'est celui qui a été en vigueur dans l'ar- Ëe française depuis la première loi sur la conscription, sauf de (18 à 1820 ; 2" le reo-utement régional, dans lequel une région spéaie est afToctée au recrutement d'un mémo corps de troupe ; c'est
systàmo pratiqué depuis 1813 dans l'armée prussienne, et qui est ipliiiué actuellement en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, l Espagne, et dans une certaine mesure en Russie *. Le mode
VArmit tflon la Charte, p. 101.
8. Coniroontlnnt Hou, titnl tnlUfeire <lfl principale* ituUfiincea tHrangèm
506 LES TRANSFORUATIONS DE l'aRUÉE FRANÇAISE.
suivi en France est un moyen terme. Certains corps sont recrotés régionalement ; Tinfanterie reçoit chaque année les recrues de Tensemble du territoire, mais elle est complétée, en cas de mobilisation, par des réserves régionales.
Len. deux systèmes opposés ont trouvé Tun et l'autre des défenseurs convaincus et souvent éloquents. Dans le rapport qui précédait l'ordonnance du 23 octobre 1820, portant suppression des légions départementales créées par Gouvion Saint-Cyr, le ministre de la guerre Latour-Maiibourg énumérait ainsi qu'il suit les inconvénients du mode de recrutement inauguré en 1818 :
« L'inégalité de taille et de force des hommes, l'inégalité d'in- « telligence et d'instruction pour les cadres, les différences de « langage et d'habitudes qui isolent trop les uns des autres les « différents corps et peuvent altérer l'harmonie qui doit régner « entre eux, ces causes, sans cesse agissantes, tendent à former des « coi-ps provinciaux et non pas une infanterie homogène et natio- « nale. A la guerre, un événement malheureux peut peser sur un « département et rendre pour longtemps impossible la réorganisa- « tion d'une légion * . »
« Qu'on nous permette de le rappeler », dit le duc d'Aumale, soutenant en 1868 la même thèse, « ce généreux et insaisissable « peuple de France échappe aux classifications absolues qui sont si « fort à la mode de nos jours. La race française, type incompara- « ))le de la variété dans l'unité, est le produit de la fusion de plu- « sieurs races. Là est le secret de sa force et l'explication de « quelques-unes de ses faiblesses. Cette fusion ne s'est pas faite « d'une manière uniforme. De là ses aptitudes physiques ou mo- « raies qui ne sont pas partout les mêmes, des genres de courage « différents. C'est l'amalgame de ces aptitudes, de ces courages, « confondus dans nos divers corps de troupe qui donne à notre « armée son maximum de valeur. Et puis la guerre a des rigueurs « inégales; même en un jour de victoire, une division essuie des « pertes considérables, un régiment peut être anéanti. A Eylau, « tous les oliiciers du 14* furent tués et le corps d'Augereau était « tellement réduit que l'Empereur dut le dissoudre. Se figure-t-oa