I. Bulolre de ta ron-iaile li Alger, poge^ G
530 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRBIÉB FRANÇAISE.
d'une lettre écrite de Gallipoli par le maréchal de Saint- Arnaud à l'empereur Napoléon III, le 16 mai 1854, deux mois après le départ de Marseille des premières troupes du corps expéditionnaire. « Je le dis avec douleur à Votre Majesté : nous ne sommes pas « constitués, ni en état de faire la guerre, tels que nous sommes « aujourd'hui. Nous n'avons que 24 pièces d'artillerie attelées, € prêtes à faire feu. Notre situation est encore plus triste sous le
< rapport des approvisionnements. On ne fait pas la guerre sans « pain, sans souliers, sans marmites ni bidons.... Ce n'est la faute
< de personne. C'est le résultat de la précipitation avec laquelle « tout a dû être fait*. »
Le maréchal était bien indulgent en disant que ce n'était la faute de. personne, si des troupes avaient été embarquées pour aller expéditionuer au loin, sans souliers ni effets de campement*; c'était bien, au contiaire, la faute de tout le monde, à conunencer par lui qui venait ae quitter le ministère. Quoi qu'il en soit, précîpilaiion est bien le mot qui depuis bien longtemps a caractérisé presque tous les préparatifs de guerre de la France.
Déjà en 1806, pendant cette belle campagne de Prusse, si admirable par ses résultats, les choses se passaient de telle façon que le duc de Fezensac a pu en dire dans ses souvenirs : « L'ordre « devait être exécuté, et l'on ne s'embarrassait pas des moyens. « Cette habitude de tout tenter avec les plus faibles ressources, « cette volonté de ne rien voir d'Impossible, cette confiance ilU- « mitée dans le succès, qui avait d'abord été une des causes de nos « avantages, ont fini par nous devenir fatales'. » N'est-ce pas là
l (Camille Koassct, Histoire de la guerre de Crimée, t. !•'.
2. « On n'éUiit môme pas décidé à la guerre, car nous avions entendu à Galli* « poli, du marôchal Bosquet lui-mùme, le détail suivant: Lorsqu'il arriva & Paris « au commericemont du mois do mars, mandé par le ministre de la guerre, il « se rendit près de l'Empereur; il le trouva méditant devant une carte de Tur- « quie, Napoléon III lui apprit alors que l'armée devait débarquer il Gallipoli. « Le général ne put retenir un geste d'étonncment et, questionné par TEmpe- « reur, combattit le choix du point de Gallipoli. Où voulez-vous donc déban]uer, « s'.cria son interlocuteur ï Là, Sire, et du doigt Bosquet montra Varna sur la « cartn. Varna, lit l'Empereur clTrayé; mais alors c'est la guerre I Le général V n'insista plus. » Le choix de Gallipoli était d'ailleurs légitimé par la néce£B>ité (le prendre entre la mer de Marmara et le golfe de Saros une position garantissant le détroit des Dardanelles contre toute tentative de l'armée russe, car les Uusses venant occujK'r la rive européenne du détroit, c'était la ruine des escadres anglaise et française, enfermées dans la mer Noire.