‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 16 sur 174 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Importance de la loi sur le recrutomont de l'armée. — Enrôlements volontaires. — Opinion du maréchal de Saxe. — Principe du service obligatoire. — Loi de Tan VI, conscription. — Loi de Tan VIII, remplacement. — Loi de Tan XII, tirage au sort. — Loi de 1818, Gouvioii-Saint-Gyr, légions, vétérans. — Loi de 1824. — Loi de 1832, les remplaçants, absence de réserves. — Loi de 1855, exonération, dotation de l'armée. — Loi de 1868, garde .nationale mobile, le maréchal Niel. — Loi de 1872, dispenses, faiblesse des cadres. — La durée du service peut-elle être réduite? Opinion du général Morand, du maréchal Bugeaud, du général Trochu. — Infanterie et artillerie. — Cavalerie, nécessité de mesures spéciales. — Volontaires d'un an. — Projet de loi adopté par la Chambre des députés.

« Les institutions militaires », dit le duc d'Aumale, « ne garan- « tissent pas la victoire ; elles donnent le moyen de combattre, de € vaincre ou de supporter les revers. Sans elles, tant que durera c Tétat actuel des sociétés européennes, pas de sécurité ni de vé- « ritable indépendance pour les nations*. »

La plus importante de ces institutions, la loi mère pour ainsi dire, est la loi du recrutement, dont les dispositions influent non seulement sur la force de Tannée, mais sur Texistence même de la nation : une loi de recrutement défectueuse pourrait, en effet, sans même assurer la défense des frontières, ruiner l'agriculture, Tindustrie, les sciences, les arts, Tinstruction, la religion, en un mot tout ce qui fait la vie matérielle et la vie morale d'un peuple.

Pour bien comprendre les fluctuations subies depuis trente ans par notre système de recrutement et celles qu'il est question de

1. Institutions militaires de la France, édition in- 12, p. 6.

lui faire subir encore, il nous paraît nécessaire de remonter jusqu'aux origines de la question*.

Sous Tancienne monarchie, la plus grande partie dès corps de troupe étaient alimentés par les enrôlements volontaires à Faide du racolage. Le reste se composait d'hommes choisis ou désignés par le sort dans les milices provinciales. Quoi que Ton puisse penser de ce mode de recrutement, il faut bien constater qu'on lui doit les soldats qui, commandés par Condé, Turenne, Luxembourg, Villars, Maurice de Saxe, furent vainqueurs à Rocroy, aux Dunes, à Fleurus, à Denain, à Fontenoy, et que l'ancienne armée a légué à la France de 1792 d'admirables sous-ofRciers, dont plusieurs sont devenus d'illustres généraux.

Cependant le maréchal de Saxe écrivait en plein dix-huitième siècle :

« Les levées qui se font par supercherie sont odieuses 5 celles qui « se font par force le sont encore plus. Ne vaudrait-il pas mieux « établir par une loi que tout homme, de quelque condition qu'il «"fût, serait obligé de servir son prince et sa patrie pendant cinq € ans. Cette loi ne saurait êlre désapprouvée, parce qu'elle est na- « turelle et qu'il est juste que les citoyens s'emploient pour la dé- « fense de l'État. En les choisissant entre vingt et trente ans, il « n'en résulterait aucun inconvénient ; ce ne serait pas une déso- « lation parce que l'on serait sûr que, les cinq ans révolus, l'on « serait congédié... cette méthode de lever les troupes ferait un ♦ fonds inépuisable de bonnes et belles recrues... mais pour y « parvenir il faudrait n'en excepter aucune condition, être sévère « sur ce point et s'attacher à faire exécuter la loi de préférence « aux nobles et aux riches. Personne ne s'en plaindrait, etc.*. » Tout ce développement, qu'il nous faut abréger, est à lire, et il est bien regrettable que les nobles idées du maréchal de Saxe sur le recrutement des armées ne soient pas entrées dans nos mœurs dès l'époque où, avec l'intuition du génie, le vainqueur de Fontenoy formulait si nettement le principe du service obligatoire et égal pour tous. Au début de la Révolution, l'Assemblée constituante.

1. Voir le livre de M. le duc d'Auiiiale déjà cité, ainsi que le Cours de législation et (T administration militaires de M. riutendanl mililaire Deluperrierre.

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