‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 160 sur 174 · I. Rtcit de la caiiipuyiiC du I86(i, pur lu b IfruasieQ · texte numérisé non relu

I. Rtcit de la caiiipuyiiC du I86(i, pur lu b IfruasieQ

H liLBiuniiue du lï'Uil-iunjor

544 LES TRANSFOR^fATIONS DE l'aRMÉE FRANÇAISE.

1859 et de 1866 les avait éclairés, mais les rapports du colonel Stoffel, notre attaché militaire à Berlin, ne pouvaient à cet égard leur laisser le moindre doute. Les lettres du général Ducrot, commandant à Strasbourg la 6' division militaire, étaient aussi explicites. Mais on se fiait dans la valeur de nos troupes, dans la furie française, dans les talents de nos généraux ; le souvenir de Sébastopol, de Magenta et de Solférino nous empêchait de croire au danger. Et il faut bien que ce sentiment soit excusable, car les Prussiens eux-mêmes, tout en désirant vivement la guerre, éprouvaient une sorte de respect pour notre passé militaire el n'étaient pas sans inquiétude au sujet de la rencontre de leur armée avec la nôtre. Le combat de Wissombourg, dans lequel la division Douai résista pendant plusieurs heures à trois corps d'armée (7,000 hommes contre 80,000 hommes), leur prouva, dès le premier jour delà, guerre de 1870, la valeur de nos troupes et la faiblesse des conceptions stratégiques des chefs de notre aimée.

Quoi qu'il en soit, nous avons vu que, devenu ministre au mois de janvier 1867, le maréchal Niel s'était préoccupé des inconvénients que devait présenter pour Tarmée française l'absence de toute organisation permanente, et des moyens d'y remédier. Non seulement la formation des armées, corps d'armée, divisions, réserves et parcs fut arrêtée dans ses moindres détails, mais des études secrètes et approfondies furent faites pour le choix des points de rassemblement sur des positions stratégiques et défensives ; on détermina remplacement des futurs champs de bataille, des plans furent établis pour la concentration la plus rapide des armées organisées en projet sur les positions choisies. On prétend môme que des indiscrétions dont on ne put découvrir la trace, portèrent certains de ces plans à la connaissance du gouvernement prussien. Mais tout cela fut oublié au moment de la guerre. Une sorle de vertige sembla dans ce moment troubler les têtes les plus solides, et deux courants opposés s'établirent dans les hautes régions du ministère et de Tarniée. Les uns ne doutaient de rien, et prenant au sérieux les cris de : .4 Berlin! poussés dans la rue, élaboraient, pleins de confiance, les plans d*une ofiTensive audacieuse; les autres, en proie au découragement, se demandaient comment on pourrait arrêter ce flot allemand qui menaçait d'inonder notre

UOBILl!iAriUN ET COStENTRATlON, Ô4Ô

|auvro pays '. Quaal i\ reux qui faUnieiit 6impIcmeTit leur dfivoir,

pcbaul bien ce qtii manquair, ils ne pouvai^ut m'empttcbur de

nlouter un écliec en voyant le décousu des préparalife etrincohô-

pace des ordi-e». M. le coloucl Derréuagalx, pourvu sans doute de

s les i-eii^oiguements otBcieU, a exposé arec beaucoup de uetleliî

fee mesures prisée pour la formaltoil de l'arméa du Rliin', opt^ralion

Wmploxe dune laquelle furent confondues la muhilisatiou et la coa-

mtraLion. Sinouâvoulioneànolre tourentver dans les détails, nous

9 pourrions guère que reproduire ou rfeuiner ce récit douloureux,

bai, pour nous en particulier, est l'exposé trè6 véridique de ce que

tous avons vu au débnt de la ^'uerre; noua y renverrons donc le

Kieur^ et nous nous boriuirons à en retracer les données pnnci-

^lee pour Qocadi-er nos souvenirs personnels. Depuis le 6 juill'^t,

bur où M- de Grammont avait fait n U triimne de lu Chambre dee

tépul^B la dâclaralion restée âl ci^lèbrc, la guerre i^'tait considérée

iomme iiiùvitid)le. Les ordres relatifs à la foruialion des années

ni, comme aous l'avone dit, pEé|xaiés depuis deux ans; il suflB-

Ûl d'y écrire à l'encre lea noms indiqués au crayon pour pouvoir

i expMier. Soudain tout est change : plus d'armée d'Alsace,

due d'armée de Lorraine et pins d'armée de réserve, rien qu'une

rande amiée, l'armée du Rliiu, composée de la garde, des rëser-

s (le cavnlerie »t d'artillerie et de huit corps éga&x, comprenant

oisemble 24 divitions d'iurauterïe et S divisions de cavalerie.

Bout le travail est donc à recoin mencer, et pour l'artillerie eu par-

a répartition dos batteries et des parcs, avec tons le» ordres

bui en découlent, doit être changée compliitement. Bientôt cepen-

lant les lableaux do répartition du personnel et du matériel sont

labUs, lorsque arrive un nouveau contre-ordre. Les trois maré-

uix Mav-Mahon, Cunrobert et Dazaine devaient primiliveinent

nramander les armées. Pour les dédommager de ce qu'on les a fait

Boeceudre au rôle de simples commandants de corps d'armée, on

nécîde que ces corps t-eront plus forlH que les autres, et dos '24 dî-

I. Bï|iression leiiuolleiumi i-xuoite J'imu l..iiiro écrite do Hou nvnm les babUlles (le fi-dischwillor i<t ili? t'orbui:!), jmr un des principaux |iertannigas de nrmâB k propoïi du préltndu pussuge du Rliin pur l'urinéo ulleuiunde à Mor-

' 3. la (ivr.rrir mnderne, 1** partie.

546 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMËB FRANÇAISE.

visions d^infanterie au lieu de faire huit corps d'armée à 3 divisions, on en forme trois à 4 divisions et quatre à 3 divisions. On modifie de même la répartition de la cavalerie et de l'artillerie, et il faut encore une fois tout recommencer, de sorte que le 14 juillet, quand la guerre est décidée, le travail est à peine terminé et que, le 14 et le 15, partent coup sur coup des ordres dont rexécution simultanée met tout le monde sur les dents : V le 14 juillet, rappel à l'activité des militaires de la réserve et de la deuxième portion du contingent; 2° le 15 juillet, ordre à tous les régiments d'infanterie de former 3 bataillons actifs à 6 compagnies, comprenant tous les hommes disponibles, un quatrième bataillon à 4 compagnies et un dépôt de 2 compagnies, à tous les régiments de cavalerie de former 4 escadrons de guerre, à tous les régiments d'artillerie de mettre toutes leurs batteries sur le pied de guerre, aux régiments du génie, du train d'artillerie et du train des équipages militaires de procéder aux formations analogues. En même temps, ordre de diriger les bataillons, escadrons et batteries de guerre sur les emplacements choisis poiu* la formation des corps d'armée, désignation des généraux, états-majors, chefs de service, etc., avec ordre de se rendre sur-le-champ à leurs postes. Ordres d'envoi sur les mêmes points du matériel et des approvisionnements. Enfin, le même jour, Acquisitions adressées aux compagnies de chemins de fer de mettre tous leurs moyens de transport à la disposition du ministre de la guerre. Les jours suivants, appel à l'activité de la garde nationale mobile, ordre de l'habiller, armer et équiper, formation de régiments de mobiles à 3 bataillons, organisation de régiments de marche avec les troisièmes et quatrièmes bataillons de ligne, organisation de compagnies de francs-tireurs volontaires.

Il est facile de juger de la quantité de mouvements s'entre-croisant dans tous les sens qui résultèrent de Texécution simultanée de tous ces ordres.

V Avertis par les soins de la gendarmerie qui leur remet des ordres individuels de rappel, les hommes rappelés sous les drapeaux se réunissent au chef-lieu de chaque département \

l. Au total l'iiviron 2,000 dét^ichemcnts, chaque département ayant eumoyeuae des réservistes de 15 à 20 régiments ditrércuts.

2* Formés en autant de détachements par départements qu'il y a de corps de troupe recevant des hommes de ce département , les hommes sont dirigés vers les dépôts, nous avons vu dans quelles conditions, des hommes réunis à Lille s'en allant à Bayonne, tandis que de Tarbes on en expédie à Rouen.

3® Après avoir été habillés, armés et équipés, ces hommes sont envoyés des dépôts aux bataillons actifs, qui, pour la plupart, sont déjà à la frontière. C'est ainsi que du 27 juillet au 6 août l'effectif de Tarmée s'est accru de 85,000 hommes, arrivés en détail.

4® Les bataillons, escadrons, batteries et compagnies de guerre et les isolés de toutes catégories se dirigent vers les points de concentration.

5" Le matériel et les approvisionnements sont expédiés en toute hâte vers ces mêmes points.

L'opération à beaucoup près la mieux réussie fut celle des transports de troupes par les chemins de fer, quoique fort contrariée par les autres mouvements et par les populations qui se pressaient aux abords des gares avec la meilleure intention du monde, faisant boire les soldats, jetant partout le désordre et l'indiscipline. Le réseau le plus important pour cette concentration de troupes fut naturellement le réseau de la Compagnie de l'Est; M. Jacqmin, alors directeur de l'exploitation de cette compagnie, a, dans le livre que nous avons déjà cité, résumé tous les services qu'elle a rendus.

Trois lignes principales servirent au transport :

V Grande ligne de Paris sur Strasbourg, avec embranchement de Frouard à Metz ;

2** Ligne de Paris à Mulhouse, Colmar et Strasbourg ;

3** Ligne de Paris à Soissons, Reims, Charleville et Thionville. Ces lignes étaient complétées sur le réseau du Nord par la ligne de Lille, Douai, Valenciennes, Aulnoye, Charleville, sur le réseau de Lyon, par la ligne de Besançon à Belfort.

Les transports commencèrent à la gare de Paris, le 16 juillet 1870, à 5 heures 45 minutes du soir; le 17, il y eut sur les ti*ois lignes 49 trains, puis les jours suivants 54, 56, 55, 74'.

l. Les Chemins de fer pendant la guerre de 1870. p. 113.

« Les troupes »,'âit M. Jacqmin, c étaient accompagnées d'une « foule immense, poussant les cris : La Marseillaise! à Berlin! et qui « se précipitait dans nos cours et jusque sur nois quais. Malgré les « efforts des officiers, les soldats qui avaient à attendre pendant de « longues heures le moment du départ, étaient entraînés dans les « cabarets du voisinage, et plusieurs ne regagnaient leurs rangs

< que dans un état d'ivresse des plus regrettables... Les officiers « eurent môme à constater des cas d'ivresse furieuse, et ils exprime mèrent à plusieurs reprises l'opinion que des boissons spéciales « avaient été versées à leurs hommes... Nous eûmes également la

< preuve que des munitions avaient été dérobées à des soldats dans « ces scènes de fraternisation repoussante. Ces scènes eurent « lieu surtout à la gare de Paris... L'artillerie à Pantin, la garde « impériale et beaucoup de régiments de ligne à la Yillette », continue M. Jacqmin, k s'embarquèrent sans bruit, avec un calme « et une dignité qui remplissaient le cœiu* d'espérance.

« Les effectifs étaient très variables d'un régiment à l'autre ] tel « régiment, par exemple, s'embarquait avec 45 officiers, 950 hom- « mes et 9 chevaux, tel autre avec 65 officiers, 1,600 hommes et « 11 chevaux. Ces régiments partaient presque tous sans leurs « bagages, qui les rejoignaient plus tard ou tentaient de les re- « joindre. » Le directeur de la Compagnie de l'Est fait à ce sujet l'observation suivante : « Nous pensons qu'il eût beaucoup mieux « valu former les régiments d'une manière complète, loin du « théâtre de la guerre, et ne les lancer en avant qu'après les avoir « pourvus de tout ce qu'ils avaient à attendre d'hommes, de che- « vaux et de voitures. »

Ainsi a été noté par un homme étranger à l'armée, mais attentif à l'expérience dont il était témoin, le principe sur lequel rei308e actuellement la mobilisation.

Une autre conséquence de cette épreuve, c'est qu'il faut éviter les transports de soldats isolés et abandonnés à eux-mêmes. « Dès « le troisième ou quatrième jour », dit encore M. Jacqmin, € toutes « les gares du réseau français ont été successivement encombrées « de soldats isolés appartenant à tous les régiments de l'armée, « groupés sous les ordres de quelques sous-ofliciers qui, sans auto- « rite sur les détachements d'hommes inconnus qui leur étaient

MOBILISA Tins ET fiOXCEVTIlATION. 549

« nHiflâs, p»rt<iienl en laissant loul le long du chemin une partie « de leurs hommes égarés. Ces hommes ont conslilué di? Bnite une < masse Ilolt.iiUe, vivant dans le» huHels improvist^s dans les gares « par las soins el aux frais de personnes hienvoillanles el ne re- • trouvant jamais leurs corps'. »

La Compa^iie des chemins de fer de VEel avait commencé son mouvement le 16 juillet h 5 heures 45 minutes du soii- ; 1« 2G, à minuit, //ix jours après, elle avait fait 5i)4 trains et transporté à Ift frontière iSUfi^O hommes, 32,410 chevaux, 3,162 canons on voitures, 99.t wagons de munitions. En 1866, d'après l'étal-major prussien, les chemins de fer de la Prusse avaient transporté en 21 jours, du 10 mai au 5 juin, 197,000 hommes, 55,000 chevaux et 5,300 voilures à des dislances variant de 225 à 625 kilomètres. Ou voit que la comparaison des vitesseB de transport est tout en faveur de la France, mais cela tient en partie à ce que, en 1868, Ja période des transports rapides à raison do 40 trains par jour ne commença réellement tjue le 23 mai et dura 13 jours'.

Quant à In concentration des corps de l'armée du Rhin, elle fut termim^e :

Pour le 1" ïorps, le 28 juillet, à eff.^ctif & peu prèa uomple^, le

I" août, à Strasbourg.

2* corps (vomi du camp de Chftlons) 19 juillet, à effectif ii peu ptks

cuinplat, lo 1" auùt & Saint-Avold et Forbnch. 3* — à effectif h pou près cumpict, le 6 août à Bonlay. 4' — à effectif Jt peu pria complet le 13 août, k Sieiek. 5' - (voQii de Lyon) 20 juillet, à cff.'ctif à peu près complet, le

5 aoQt k Bitche et Sarreguemines.

6' — forni6 après les autres et arrivt.' incomplet le 13 aoQt à

Mcte.

7' — formé npri-8 lea autres, le 28 juillet, incomplet le 6 Août (une

illTÏBÎon à Frœgchwilier).

Oarile impi-riale formée «pris les antres corps, le 25 juillet à Nancy,

38 juillet ù Metï, incomplète, cooiplétée le 30 juillet

à Metï.

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