CHAPITRE II
Composition de l'infanterie en 1854. — Infanterie de ligne, infanterie légère, chasseurs à pied, zouaves, légion étrangère, zéphyrs. — Force de la tradition; le 2« léger. Ce qui fait l'esprit militaire. — L'inianterie en 1870. — L'infanterie de marine.— Formations de la guerre de 1870. — L'infanterie actuelle. Nombre de bataillons. Constitution du régiment à quatre bataillons. Bataillons de forteresse. — Compagnies de dépôt. — E-vemples tirés des armées étrangères. — Effectif du bataillon considéré comme unité tactique. — Opinions de Morand, de Marmont, des Allemands. — Constitution du bataillon à 4 compagnies. — Importance de la compagnie actuelle. — Capitaines d'infanterie* montés. — Opinion du général Morand. — Les marches célèbres. — La Grande- Armée de 1805, les divisions Masséna à Rivoli, Friant à Austerlitz. — Souvenirs du duc do Fesenzac. — Les officiers de 1813. — La retraite de Prague. — Chevaux et voitures de l'infanterie. Nouvelle manière de vivre en campagne. — Compagnie hors rang. — InsufQsance des effectifs de paix. — Tambours, musiques. Souvenirs de Crimée. — Compagnies d'élite. — Gardes. — Le maréchal de Saxe, le prince de Ligne. — Condé à Lens. — La garde impériale sous Napoléon !•'. La Moskowa, Hanau, Ligny, Waterloo, Fuenlès-de-OHoro. — La garde royal«. — La garde sous Napoléon III. Magenta. Ladonchamp. — Réserves. — Bataillons de chasseurs à pied, troupes du génie. — Régiments célèbres dans la Grande-Armée.
Après la loi sur le recrutement, vient dans Tordre logique la loi des cadres. Nous en commencerons Texamen par les cadres des corps de troupe, en donnant le pas à Tinfanterie, comme le veut Tordre des préséances.
Pendant ces trente dernières années, l'infanterie a naturellement reçu un accroissement considérable. Dès lors, en effet, que Teffectif de Taraiée était élevé de 500,000 à 1,300,000 hommes, Tinfauterie, qui en constitue la force essentielle, devait être plus que doublée.
11 existait, en avril 1854*, non compris les compagnies de vétérans, de discipline, etc. :
1. Il peut être intéressant de connaître la composition de l'infanterie française aux épo(|ues les plus saillantes de notre histoire uiililaire. En 167'2, au muunnl où Louis XIV commenra la guerre de Hollande, il cxis-
75 régiments d*infanterie de ligne, \
25 — — légère, I à 3 bataillons de 8 com-
3 — de zouaves, > pagnies, 1 dépôt et 1
1 — de tirailleurs algériens, I compagnie hors rang.
2 — de la légion étrangère, /
20 bataillons de chasseurs à pied, à 8 compagnies, un dépôt et 1 section hors rang.
3 bataillons d'infanterie légère d'Afrique. 6 bataillons de tirailleurs indigènes.
Soit en tout, 347 bataillons.
tait 62 régimenls, dont deux des gardes (rrançaises et suisses) et quatre considérés comme régimenls d'élite : Picardie, Champagne, Piémont, Navarre. Pendant la guerre de la succession d'Kspagne, 280 régiments figurèrent dans les années françaises ; 100 de ces régiments, à un seul bataillon, avaient été créés en 1702, et pour cela il avait fallu nommer 700 officiers nouveaux.
L'ordonnance du 10 novembre 1762, due au duc de Ghoiseul, régla la composition de rinfdnterie à 91 régimenls, dont 22 à 4 bataillons, 61 à 2 bataillons, 8 à 1 bataillon; 23 de ces régiments étaient étrangers.
Au l«' janvier 1789, l'infanterie comptait :
Les 2 régiments des gardes, les gardes françaises à 6 bataillons, les gardes suisses à 4 ;
Le régiment du Roi à 4 bataillons ;
101 régiments d'infanterie de ligne à 2 bataillons; 12 bataillons de chasseurs à pied ;
106 bataillons de troupes provinciales.
En tout 366 bataillons.
De 179i à 1796, il fut formé, par l'amalgame des bataillons de ligne et des volontaires :
238 demi-brigades, dont 34 légères.
Mais cette organisation, qui donnait des états-majors beaucoup trop nombreux et laissait en dehors quelques bataillons de volontaires, dut être remaniée en 1796 et donna les vraies demi-brigades de la République : 112 de ligne et 31 légères.
Le 24 septembre 1803, ces demi-brigades devinrent les régiments qui firent toutes les guerres de l'Empire, toutefois il n'y eut, dans le principe, que 90 régiments de ligne et 26 d'infanterie légère; un certain nombre de numéros restèrent vacants, mais par suite de créations successives, l'infanterie française comprenait, en 1813:
35 régiments de la vieille et de la jeune garde ;
135 régiments de ligne ; 35 régiments d'infanterie légère.
En 1815, on conserva 90 régiments d'infanterie de ligne et 15 d'infanterie légère;
En 1818, ces régiments furent remplacés par 80 légions départementales;
En 1820, les régiments furent rétablis, au nombre de 60 d'infanterie de ligne et 20 d'infanterie légère, tous à 3 bataillons; il y avait en outre dans la garde royale: 6 régiments français et 2 suisse?, h 3 bataillons.
Après la révolution de Juillet on comptait :
67 régiments d'infanterie de ligne;
21 régiments d'infanterie légère.
En 1840, furent créés 8 régiments de li?ne et 4 d'infinterie légère, ainsi que 10 bataillons de chaleurs à pied, et en 1853 10 nouveaux bataillons de chosseui-s.
Le général Susane, dans son Histoire de Vinfanterie à laquelle nous empruntons ces détails, fait observer qu'en 1870 la composition de l'infanterie était sensiblement la même qu'en 1789. L'origine des corps spéciaux d'Alrii^ue est rappelée dans le texte.
On connaît l'origine des régiments d'infanterie de ligne et d'infanterie légère, héritiers des demi-brigades formées en 1794 par l'amalgame des bataillons de volontaires avec les bataillons des vieux régiments de la monarchie pour la ligne; avec les bataillons de chasseurs royaux pour l'infanterie légère*. Depuis le premier Empire, Napoléon n'admettant qu'une seule espèce d'infanterie, les uns ne différaient plus des autres que par la dénomination et par quelques détails de la tenue. La véritable infanterie légère était fournie par les bataillons de chasseurs à pied, dont la création, posée en principe par Gouviou-Saint-Cyr en 1818, reprise en 1833 par le maréchal Soult, avait été achevée enfin en 1840 sous l'influence éclairée du duc d'Orléans. Constitués d'abord au nombre de 10 (nous ne parlons pas du bataillon d'essai formé en 1838 sous le nom de chasseurs de Vincennes), ils avaient été portés à 20 en 1853.
Quant aux zouaves, cette troupe spéciale d'Afrique, instituée en 1830 par le maréchal Clauzel comme corps indigène, bientôt transformée, par suite des difficultés de son recrutement, en un corps de volontaires français, de bataillon devenue régiment, ayant eu pour chefs Duvivier, Lamoricière, Cavaignac, Ladmirault, Canrobert, venait d'être organisée en 3 régiments, un par province, quand éclata la guerre de Crimée*. La légion étrangère datait de 1831 et avait été destinée, dans le principe, à recevoir les Européens, non Français, qui venaient s'engager dans notre armée d'Algérie. Ne comptant d'abord qu'un régiment, elle avait été portée à deux par le versement de la légion étrangère mise à la disposition du gouvernement espagnol pendant la guerre contre les carlistes. Enfin, les bataillons d'infanterie légère d'Afrique, plus connus sous le nom de zéphyrs, étaient recrutés parmi les militaires condamnés à des peines non infamantes qui, graciés ou ayant subi leur pujiition, avaient à terminer la durée de leur service dans l'armée. On sait ce que furent ces bataillons, auxquels la défense de Mazagran donna une réputation peut-être un peu exagérée et mieux méritée par l'affaire de Djemilah^ Les bataillons de tirailleurs indigènes