Esprit des institutions militaires. Conclusion
4 rcgimeuts de voltigeui-H à 3 bataillouB de 8 compagnies ; 1 bataillon de chasseurs de 8 compagnies.
2° Troupes de ligne.
100 régiments à 3 bataillons de 8 compagnies ; 20 bataillons de chasseurs à 8 compagnies.
3° Troupes d'Algérie.
3 régiments de zouaves à 3 bataillons de 8 compagnies ;
3 régiments de tirailleurs indigènes à 3 bataillons de 8 compagnies ;
1 régiment étranger à 4 bataillons de 8 compagnies ;
3 bataillons d'infanterie légère d'Afrique à 8 compagnies.
Soit, en tout, 36G bataillons de 8 compagnies.
A quoi il conviendrait d'ajouter les 4 régiments d'infanterie de marine qui, bien que faisant partie de Tarmée de mer, ont pris la part la plus active et la plus glorieuse aux opérations de Tarmée de terre en Crimée, en Chine, au Mexique, en France surtout, où les murs en ruines de Bazeilles attestent encore leur indomptable courage.
Pour la guerre de Crimée, en 1854, chaque régiment d'infanterie
fournit 2 bataillons de guerre, le troisième restant comme bataillon de dépôt; pour la guerre de 1859, on suivit un autre système: les trois bataillons d'un régiment furent mis sur le pied de guerre, à 6 compagnies chaque; 2 compagnies par bataillon furent groupées ensemble, de manière à former un bataillon de dépôt, également de 6 compagnies. En 1870, le quatrième bataillon ne comprit que 4 compagnies ;les deux compagnies en surplus formèrent le dépôt. Pendant la guerre de 1870, les dépôts des régiments d'infanterie et des bataillons de chasseurs envoyèrent aux armées, y compris les quatrièmes bataillons; V 7 balaillons au 12*^ corps; 2° 66 bataillons à l'armée de Paris; 3** environ 40 bataillons aux premières formations de l'armée de la Loire, 4" à partir du 11 octobre, 230 bataillons, formant un effectif total de 208,000 hommes ; ceux de l'infanterie de ligne furent réunis en régiments de marche, qui ne survécurent pas à la gueiTC. Composés principalement d'hommes de la réserve rappelés sous les drapeaux, ces bataillons de circonstance péchèrent surtout par les cadres. Un des derniers régiments
de marche formés avant Tarmistice, le 88% est demeuré tristement célèbre pour avoir pactisé avec Témeute à Montmartre, le 18 mars 1871. Hâtons-nous d'ajouter que plusieurs de ces régiments se sont couverts de gloire, comme le 37' à la bataille de Loigny, pour n'en citer qu'un (Voir chapitre VII).
Aux termes delà loi sur les cadres et les effectifs de Tarmée, en date du 13 mars 1875, et d'après les dispositions récemment adoptées pour l'armée coloniale et les troupes spéciales de l'Algérie *, l'infanterie comprend maintenant:
1° Troupes de France.
144 régiments d*infantcric, à 4 bataillons de 4 compagnies et 2 compagnies de dépôt.
30 bataillons de chasseurs à pied, à 4 compagnies et 1 compagnie de dépôt. Soit 606 bataillons et 318 compagnies de dépôt.
2" Troupes spéciales de V Algérie.
4 régiments de zouaves, à 6 bataillons de 4 compagnies et 2 compagnies
de dépôt.
4 régiments de tirailleurs algériens, à 4 bataillons de 4 compagnies et
1 compagnie de dépôt.
2 régiments étrangers, ^à 4 bataillons de 4 compagnies et 2 compagnies
de dépôt.
4 bataillons d'infanterie légère d'Afrique, à 6 compagnies et 1 compagnie
de dépôt. Soit 52 bataillons et 20 compagnies de dépôt.
3° Troupes coloniales métropolitaines.
4 régiments d'infanterie do marine, à 9 bataillons de 4 compagnies et
2 compagnies de dépôt.
Soit 36 bataillons et 8 compagnies de dépôt.
11 ne faut pas compter, pour une guerre européenne, les régiments indigènes de tirailleurs sénégalais, annamites et tonkinois. On ne doit pas compter non phis la totalité des 36 bataillons d'infanterie de marine ; une partie de ces bataillons, non employée aux colonies, entrerait cependant dans la composition des armées; mais, par
1. Nous supposons, pour donner une base à notre discussion, qiio In projet de loi volé par ia' Chambre dos députés a été délinitivement adopté lavril 1886).
contre, les 52 bataillons de troupes spéciales d'Algérie ne fourniraient guère qu'un corps d'année de 24 à 25 bataillons. En définitive, le nombre des bataillons de l'armée active disponibles pouir une guerre européenne serait d'environ 642, avec un effectif de paix approchant 285,000 hommes, ce qui donne, sur 1870, un accroissement de 276 bataillons, et sur l'Allemagne une supériorité apparente de 140 bataillons, qui, lors du passage au pied de guerre, se changerait en une infériorité de 22 bataillons*.
Les principales modifications apportées à l'organisation de l'infanterie par la loi des cadres ont porté sur la constitution du régiment et sur celle du bataillon.
Le nombre des bataillons du régiment a été porté de 3 à 4 ; ona créé, en outre, 2 compagnies de dépôt, destinées, en cas de guerre, à recevoir l'excédent des réservistes, ainsi que les hommes de recrue, pour les instruire et pour tenir au complet les bataillons actifs. Sur ces 4 bataillons, 3 seulement, désignés par un roulement périodique, font, en cas de mobilisation, partie de la brigade à laquelle appartient le régiment. Le 4*, à tour de rôle, est l'objet d'affectations variant d'un régiment à l'autre. Le plus grand nombre paraît devoir être affecté à la défense des places fortes ; aussi les désignet-on généralement sous le nom de bataillons de forteresse ; le reste entrera sans doute dans la composition de brigades et divisions de réserve. Quelques-uns ont été, dans ces dernières années, utilisés pour des expéditions lointaines, telles que celles de la Tunisie, du Sud orauais et du Tonkin, ou ont été simplement envoyés en Algérie, afin d'y remplacer les troupes distraites pour ces mômes expéditions.
L'existence de ces quatrièmes bataillons a donné lieu à plusieurs critiques. Pourquoi, a-t-on dit, puisqu'il doit y avoir des bataillons affectés spécialement aux places fortes, ne pas les avoir réunis en régiments de forteresse ? Une grande place exige pour sa défense un certain nombre de bataillons; les uns seront fournis par l'armée territoriale ; les autres, empruntés à l'armée active, proviendront de régiments difFôrents ; ils sont, dès le temps de paix, groupés trois
1. L'Allemagne compto, sur le pied de paix, IGl régimonls et 503 bataillons; mais, lors du passage au pied de guonv, chacun des IGl régiments doit former un quatrième bataillon mobile, ce qui donne le chiirre de 004 bataillons mobiles.
par trois sous le commandement du lieutenant-colonel d'un des trois régiments d'origine, détaché à cet effet.
« Il ne saurait y avoir », fait-on observer, « aucun esprit de « corps dans les groupes ainsi formés et constamment modifiés « dans leur composition.
« Le chef qu'on leur donne n'a sur eux qu'une action incomplète, « puisqu'ils continuent à dépendre de leurs régiments respectifs pour l'administration et la discipline intérieure ; d'ailleurs, ce chef fait défaut au régiment dont il est détaché, et si le lieutenant-colonel est nécessaire, il faut le laisser à sa place; sinon, ce n'est qu'un rouage inutile dans la hiérarchie ; on peut et l'on doit le supprimer. Enfin, avec le roulement des bataillons, les officiers quittent une forteresse au moment où ils commencent à en connaître les détails et les abords. En organisant avec ces bataillons des régiments spéciaux, en y joignant les troupes d'artillerie et les détachements du génie nécessaires, on constituerait l'armée de forteresse, dans laquelle l'organisation, le commandement et l'instruction devraient remplir d'autres conditions que dans l'armée active. Quant aux bataillons disponibles que, d'après l'exemple de l'Allemagne, on suppose destinés à former des divisions de réserve, on peut leur appliquer tout ce qui a été dit des régiments de marche et des corps provisoires, agglomérations d'hommes formées pour une destination temporaire et qui ne sauraient avoir l'esprit de fidélité au drapeau qui fait la force des régiments permanents. 11 y a donc lieu de renoncer franchement à cette ressource et de ne compter, pour la formation de corps de réserve, que sur les unités constituées de l'armée territoriale, en qui l'on peut avoir toute conûance. » A cela nous répondrons : Des troupes spéciales de forteresse, composées de bataillons sédentaires, s'alourdiraient et perdraient promptement les qualités d'une bonne infanterie. Tout au contraire, en venant se retremper, à tour de rôle, dans les régiments actifs, tous les bataillons acquièrent une même valeur, et les officiers se résignent au service de forteresse parce que, pour eux, il n'est que momentané. Des régiments spéciaux et sédentaires seraient le refuge des officiers fatigués, sans amour du métier, désireux avant tout de leur repos. Il n'est pas nécessaire d'habiter une place pen-
44 LES TRANSFORFtfATIONS DE L*ARMÉE FRANÇAISE.
daiit plusieurs années, pour en connaître ce que les officiers ont besoin de savoir. L'esprit de corps n'a pas, dans une troupe immobilisée, la même imi)ortance que dans un régiment destiné à faire campagne, et, en cas de siège, la solidarité naîtra des rapports créés et entretenus par le contact journalier, par l'appui mutuel et incessant, par la perspective d'un sort commun. Les lieutenantscolonels ne sont pas indispensables dans les régiments, mais c'est précisément pour se prêter à des commandements spéciaux en dehors du régiment que ce gi*ade a été conservé. Quant aux bataillons qui seraient destinés à former des régiments provisoires, il n'y a pas à en parler ici, l'existence future de ces régiments étant plutôt soupçonnée qu'elle n'est réellement connue ; mais on ne saurait songer à grouper les bataillons disponibles, pas plus que ceux de forteresse, en régiments permanents dont les états-majors grèveraient le budget de la guen*e, poussé à ses dernières limites.
Nous ne pouvons donc qu'approuver la formation du régiment d'infanterie à quatre bataillons, qui permet de rattacher aux mômes centres administratifs que les bataillons de première ligne, les bataillons de forteresse ou de réserve, en leur doimant, par la composition des cadres et l'instruclion de la troupe, les mêmes qualités militaires.
On a critiqué aussi le maintien des compagnies de dépôt, qui n'ont plus, dit-on, de rt-xison d'être en temps de paix dans la nouvelle organisation, puisque les dépôts ne doivent plus être le centre administratif du régiment. Ces compagnies, à raison de deux par régiment et d'une par bataillon formant corps, donnentun total de 340 à 350 et un effectif d'environ 30,000 hommes. Sauf celles des corps spéciaux de l'Algérie, elles pourraient, sans inconvénient, n'être formées qu'au moment de la mobilisation, avec des cadres de réserve. On prendrait ainsi modèle sur l'armée allemande, motif prépondérant aux yeux de certains officiers qui ne voient pas d'autre moyen de battre nos vainqueurs d'hier que de leur empnmter les moindres détails de leurs institutions militaires, méconnaissant ce principe posé par les Allemands eux-mêmes : « Toute bonne organisation militaire correspond au caractère national '. »