‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 25 sur 174 · L'Année selon la Charte, p. liS · texte numérisé non relu

L'Année selon la Charte, p. liS

de 1792 à 1815, et les choses ont bien changé depuis lors. Hélas ! ce n'est que trop vrai, car voici ce que dit encore Morand : « Le « service de rinfanlerie, si fatigant pendant la guerre, exige qu'un « bon nombre de ses ofBciers aient acquis, parles habitudes de leur « jeunesse et du service, la force nécessaire pour supporter les pri- « valions et les fatigues. » Dans quelle classe de la société reroiion aujourd'hui une pareille éducation et, à part quelques touristes et chasseurs enragés, qui est-ce qui fait de longues marches à pied depuis que le réseau des chemins de fer couvre le pays * ? Si Ton voulait exécuter aujourd'hui certaines marches des guerres de la Révolution et de l'Empire, ce ne serait pas seulement les capitaines, mais l'infanterie entière qu'il faudrait monter. Il faudrait tout au moins la débarrasser d'une partie do ce poids inutile dont les habitudes de l'Algérie nous ont appris à charger nos soldats. Dans la campagne d'Italie de 1859, entre les batailles de Magenta et de Solférino, l'armée française a marché en moyenne à raison de 8 kilomètres par jour, depuis le Tessin jusqu'à la Chiese. C'est M. de Moltke qui en fait l'observation dans la Relation rédigée par la division historique du grand état-major prussien*. Il est bien loin le temps où les soldats de la Grande-Armée disaient, en parlant de l'Empereur : « Il fait la guerre avec nos jambes. » Et lorsqu'on voit, en lisant l'histoire de ces luttes glorieuses, 150,000 hommes paftir du camp de Boulogne pour se rendre en 26 jours sur les bords du Rhin, puis marcher en combattant des plaines du Palatinat à celles de la Moldavie, sans laisser un homme en arrière, le 1" septembre , à Boulogne, le 26 à Lauterbourg, le 2 décembre à Austerlitz en passant par Ulm, Amstclten, Diernslein, on croit lire de la mythologie.

Il faudra cependant marcher encore et marcher vile. Des corps, détachés pour vivre et battre le pays, seront rappelés subitement

l. En 1806, lo père de l'auteur, après avoir lire à la conscription, s'en alla en Irois jours à pied de Limoges à Poitiers (30 lieues environ) pour subir ses examens d'admission à TÉcole polytechnique ; que i on nous cite un seul candidat qui, depuis 20 ans, en ait fait autant.

1. * Le soldat était extrêmement chargé », dit-il, « il portait dans son sac la veste, ■ une paire de souliers, un caleçon, trois chemises, les guêtres, des brosses et « 80 cartouches, hî sac de campement, une couverture, des piquets, la marmite, * le bidon, les outils et cinq jours de vivres. La discipline de marche était très « relâchée; il y avait beaucoup de maraudeurs et de malades, mais pas d'ambu- « lances pour les recevoir (p. 23). »

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la veille ou le matin d'une bataille, comme Priant à Austerlitz, Ney à léna, Davout à Eylaii, ou viendront d'eux-mêmes, comme lit autrefois Desaix à Marengo, marchant au bruit du canon, comme feront nos généraux si Tesprit d'initiative renaît jamais dans notre armée*. Heureux le général qui, dans ce cas, disposera de troupes telles que la division Masséna,se battant toute la journée du 13 janvier à Vérone, arrivant le 14 au matin au pied du Montebaldo, à 40 kilomètres (Je Vérone, puis reparlant dans la soirée même du 14, après avoir assuré, en luttant sans relâche, le succès de la bataille de Rivoli, pour parvenir sous les murs de Mantoue, à 70 kilomètres de Rivoli, le 15 au soir, et gagner le 16 la bataille de la Favorite ! Heureuse l'armée qui verra une de ses divisions parcourir en 48 heures la distance de 36 lieues, pour arriver sur le champ de bataille où elle est impatiemment attendue, comme fit la division Friant à Austerlitz ! On trouve encore de belles marches dans l'histoire de nos guerres d'Algérie et du Mexique. En juin 1840, le général Changarnier, chargé de ravitailler Milianah, fit faire à ses troupes 24 lieues en 30 heures. Au mois de mai 1864, le commandant Japy, du 2'' zouaves, fit au Mexique, de Zacalecas à Valparaiso, 28 lieues en 24 heures*.

Les Allemands, dans la guerre de 1870, surent encore fournir un exemple de marche rapide, lorsqu'à la nouvelle du mouvement entamé par le maréchal de Mac-Mahon, du camp de Châlons sur Montniédy, Tarniée du prince de Saxe et celle du prince héritier ^ furent brusquement détournées vers le Nord, pour prévenir le maréchal sur la Meuse. Du côté des Français on peut citer, pour cette môme guerre, les marches de nuit des chasseurs des Vosges, de Lamarche àFontenoy (Voirchap. Vil).

Mais, à quoi servira d'avoir monté les capitaines de l'infanterie si leurs soldats sont incapables de marcher? Nous parlions tout à l'heuro des troupes du camp de Boulogne. « Elles avaient été », dit Morand, « rompues à la fatigue par trois années de travaux et d'exercices. » Aujourd'hui, si Ton veut préparer une division d'in-

1. On est Icrilé de croire que celle qualité nous est altribuée ironiqucmenl par M. tlo Mollko dans lo récil de la campagne d'Italie en 1859, rédigé par Ja division hisLori(iue de rétat-major de Prusse.

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