Esprit des institutions militaires, 4» partie, ch. II
3. « Un coup (l'œil sûr, une grande promptiUide de décision, uno énorgio à
• toute épreuve, la connaissance do la guerre et rhabiUnle déjuger rapidement
• la valeur miliUiiro du terrain, telles sont ios qualités que doit posséder lo < capitaine pour être à hauteur de sa mission. » (Général Berthaut, Marches et Combats, t I•^ p. 138.-
de mettre pied à terre et de marcher comme les capitaines de la Grande- Armée.
« Le chef», a dit Marmont, que nous ne nous lassons pas de citer, < doit savoir dans les positions importantes, partager les « souffrances et les privations des soldats \ » Le maréchal de Belle- Isle, au moment de quitter Prague pour commencer sa célèbre retraite, recommandait aux officiers d'infanterie « de ne quitter « sous aucun prétexte leurs troupes et de marcher à pied avec leurs € soldats, afin de leur apprendre par Texemple à supporter toutes « les misères qui attendaient Tarmée. »
Une autre nouveauté dans nos régiments d'infanterie, c'est le grand nombre de chevaux et de voitures qu'ils traînent à leur suite : 33 chevaux d'officiers, plus de 60 chevaux de trait, 28 voitures ! « Une malheureuse expérience a prouvé que les grands bagages à « la suite d'une armée », dit encore Morand, c étaient un indice < certain de défaites inévitables; les Romains les appelaient em- € pôchements, impedimenta. » Et voilà que l'infanterie, qui se plaignait de l'empêchement que les autres armes apportaient à sa marche, est devenue elle-môme un impedimentum! En outre, le soin des chevaux, des hommes et des harnais n'est pas le fait des officiers d'infanterie , qui ont à s'occuper de tout autre chose. Aussi, nous disait un officier général, bien à même d'en juger, la tenue des harnais et l'état des chevaux laissent à désii*er; les blessures causées par le harnachement sont fréquentes ; celles qui proviennent de la mauvaise assiette du cavalier ne le sont pas moins.
Tout cela est une conséquence des nouvelles méthodes de guerre. Jusqu'à la Révolution française, on a vu la guerre avec les magasins fixes, dont les armées ne pouvaient s'éloigner que d'un petit nombre de journées. C'était le temps où Villars sauvait la
1. Il y u deux ou trois ans, dans une ville do garnison du Centre, un régiment reçut des réservistes, la veille du départ pour un camp d'instruction. Ces réservistes fatigués de leur voyagM, des allées et venues laites en ville pour toucher les armes et les eflels et d'une nuit passée sur le plancher des chambres, avaient dû au matin endosser leurs sacs <»t, le fusil sur l'épaule, se mettre en mouvement. Après dijux heures do marche sous un soleil brûlant, ils semaient la route do traînards. Les capitaines, du haut do leui*s muntures, les encourageaient ou les gourmandaient. « 11 est bon ». s'écria en parlant du capitaine do sa cumpagnit» un pauvre diable qui. les pieds meurtris, no pouvait plus avancer, « il n'a rien à porter, et son cheval le porte.» (Hôcit d'un témoin.;
France à Denain, en s'emparant des magasins de rarmée du prince Eugène. Frédéric II s'affranchit de cette sujétion, comme Turenne Pavait fait avant lui, mais dans quelques occasions seulement et dans une certaine mesure. Puis, sous Napoléon, on fit la guerre sans magasins, sans convois de vivres, en vivant sur le pays. Alors Berthier écrivait au maréchal Ney, qui se plaignait du manque de subsistances : « Dans la guerre d'invasion que fait l'Empereur, il « n'y a pas de magasin ; c'est aux généraux à se procurer des « moyens de subsistance dans le pays qu'ils parcourent ^ » Napoléon lui-même s'écriait dans une boutade : « Qu'on me laisse tranquille avec les vivres ! » Ce qui ne l'a pas empêché, dit von der Goltz, « d'organiser en maître des lignes d'approvisionnement » jusqu'au jour, ajouterons-nous, où l'énormité des distances et des effectifs a été plus forte que son génie et où la plus belle armée qu'on ait vue est allée se fondre dans les steppes de la Russie*. Aujourd'hui nous avons la guerre avec magasins mobiles. En principe, l'armée vit sur le pays, quand cela est possible, mais elle tratne avec elle des vivres et des fouiTages pour ne pas être exposés, hommes et animaux, à mourir de faim '. De là ces énormes convois qui allongent démesurément les colonnes. Nous reviendrons sur cette question à propos des subsistances.
En sus des modifications principales que nous venons d'étudier, la loi des cadres, et des lois ou décisions ultérieures ont consacré quelques changements de détail. L'existence des adjudants-majors a été très menacée. La nécessité de conserver cet emploi dans des bataillons de quatre compagnies où le service et l'instruction ont lieu par compagnie ne paraît pas, en effet, bien démontrée ; mais les adjudants-majors ont été maintenus pour deux motifs : 1° pour ne pas retarder outre mesure l'avancement des lieutenants d'infanterie ; 2^ afin de pouvoir, au besoin, partager le bataillon en deux demi-bataillons, dont le deuxième serait commandé par l'adjudant-major.
1. Souvenirs de Fezensac, p. 69. Selon lui, comme selon le général Berthezène, celle organisulion des subsisiances dans rurméc française fui plus apparente que réelle
2. On lit dans les Souvenirs du duc de Fezensac: t Jamais on na donné plus < d'ordres que Napoléon pour assurer les subsistances; jamais il n'y en cul de • plus mal exécutés (p. 163). »