I. Correspondance militaire de Napoléon /«% t. III, p
02 LES TRANSFOnMATIONS DE l'âIIMÉE FRANÇAISE.
ment abolies par le maréchal Niel en 1868 et remplacées par des soldats de 1" classe, répartis également entre toutes les compagnies du bataillon.
Tout cela pour le mieux. Il y a longtemps que le maréchal de Saxe a écrit ce qi^i suit : « Je ne suis pas pour les grenadiers. « C'est Télite de vos troupes, et si la guerre est vive, cela les énerve « de telle manière qu'on ne sait plus d'où prendre des sergents et « des caporaux, qui font cependant Tâme de rinfanlerie. Quelque « chose que l'on fasse, on ne peut dans les régiments, sans faire « un déplaisir extrême aux ofliciers, les empêcher de marcher aux « grenadiers selon l'ancienneté, et cela vous consomme toujours « ce que vous avez de mieux \ j'ai vu des sièges où l'on a été obligé « de renouveler plusieurs fois les compagnies de grenadiers; partout « où il y a quatre chats à fesser, ce sont les grenadiers que l'on de- « mande, et la plupart du temps on les fait tuer mal à propos *. »
Le prince de Ligne disait de son côté à propos des gardes : c Pas « de régiments de grenadiers, pas de soldats d'antichambre ni de « militaires de cour ; point de maison du roi, point de gardes ! « Tous ces gens-là coûtent plus qu'ils ne valent ' !
Il est certain cependant que non seulement les gardes françaises et suisses, mais encore les vieux régiments de Picardie, de Piémont, de Champagne et de Navarre étaient de vraies troupes d'é-
lito, mais au lieu d'être tenus en réserve, ces régiments étaient appelés par leur rang dans l'année à marcher les premiers. Les gardes franraises murmurèrent lorsqu'à la bataille de Lens le grand Condé les plara en seconde ligne ; ils n'en décidèrent pas moins la victoire en chargeant, au moment décisif, sur un signe de Condé'. Cet exemple d'une troupe d'élite placée en réserve est très rare aux XVII* et xviii'' siècles.
Napoléon I*' a fait, il est vrai, un grand usage, pour ne pas dire un grand abus, des troupes d'élite. Dès le 3 mai 1796, il avait or* ganisé à Tarmée d'Italie 4 bataillons de grenadiers et 2 bataillons de carabiniers. Au camp de Boulogne il avait réuni en une division, qui s'illustra sous les ordi^es d'Oudinot, de 1805 à 1809, et
t. xMes Rêveries, édition Dumaine, p. 31.
*2. Préjugés militaires, édition Duniaine, p. 38.
3. Histoire de r infanterie française , par le général Susaue ,t. !«, p. 63,
notamment à HoUabrùnn en 1805 et à Friedlaiid en 1807, les grenadiers et les voltigeurs d'an certain nombre de régiments d'infanterie. La garde impériale, formée dès le début de l'Empire avec la garde consulaire, troupe peu nombreuse qui s'était montrée héroïque à Marengo, consista d'abord en un corps de 7,000 hommes avec 24 canons; elle fut portée, par des accroissements successifs, à l'effectif de 47,000 hommes, en 1812. Disparue prescpie entièrement dans la campagne de Russie*, elle fut reconstituée en 1813 avec 3,000 vieux soldats tirés des armées d'Espagne (vieille garde) et 24,000 conscrits (jeune garde), formant en tout 52 bataillons. On voit qu'à pai't la vieille garde, ce n'était plus une troupe d'élite que de nom. Le nombre et la qualité de sou artillerie en faisaient alors la force principale. Elle ne comptait pas moins de 26 batteries à pied, dont 6 de vieille garde et 7 batteries à cheval. La cavalerie, dont nous ne parlons ici que pour mémoire, comprenait 47 escadrons, dont 17 de lanciers*.
Pour la campagne de 1815, la garde impériale, dont l'élite avait été conservée par la première Restauration, fut recomplétée avec d'anciens soldats ; elle comptait trois divisions d'infanterie : une de vieille garde, grenadiers, commandée par Friant, une de moyenne garde, chasseurs, aux ordres de Morand, une déjeune garde ayant pour chef Duhesme, d'un effectif total de 13,000 hommes, deux divisions de cavalerie et seize batteries d'artillerie '.
Napoléon regardait, dit-on, cependant la création d'une garde conmie contraire aux principes militaires, comme un sacrifice fait à la majesté de son vaste empire et aux intérêts de ses vieux soldats*. La garde impériale, la vieille garde du moins, fut une troupe incomparable, mais quand on suit attentivement l'histoire des
1. Il est difficile d'imaginer quelque chose de plus navrant que ce tableau tracé par le maréchal Lefebvrc dans une lettre en date du 21 décembre 1812 :
< MM. les généraux Curial et Michel sont venus me prévenir qu'en cas de grand « froid aucun homme de la vieille garde ne pourrait faire feu, et que dans ce
• momenl-ci, il y en avait tout au plus 500 qui fussent en état. Tout le reste des
• présents (800 environ) est geU'j ot gangrené à tel point qu'ils périront tous si I l'on n'y porte un prompt remède. On en fuit partir aujourd'hui 200 des plus
< malades en traîneau par Dantzick) afin qu'on puisse leur faire au plus vite « l'amputation des doigts des pieds et des mains. » (G. Rousset, la Grande- Armée de 1813, p. 90.)