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C8 LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉE FRANÇAISE.
Ligny et de Waterloo soat peut-être les seules où la vieille garde ait donné tout entière.
Hàtons-nous d'ajouter que, si nous avons désigné le bataillon de chasseurs à pied et celui du génie comme pouvant former une réserve dans chaque coi'ps d'armée, c'est parce que ces deux bataillons ne sont pas endivisionnés. Après quelques engagements, les régiments sur lesquels on pourra compter pour fournir des bataillons de réserve, se seront désignés d'eux-mêmes. On a beau vouloir tout soumettre au niveau de l'égalité, les circonstances élèvent audessus des autres, certains régiments comme certains hommes. Toutes les demi-brigades de l'année d'Italie sous Bonaparte auraient dû avoir une même valeur. Et cependant la 32*, surnommée rmt;/îic<6/c après la défense de Montenotte; la 18*", commandée par Suchet à Castiglione ; la 14*, à Rivoli ; la 57', devenue la terrible après la bataille de la Favorite ; la 9* légère, proclamée l'incomparable au lendemain de Marengo, furent, sans contredit, des troupes d'élite; de môme, plus tard, le 10* léger dans la division Saint- Hilaire, le 85* de ligne dans la division Gudin, le 84* dans la division Broussier. Le succès dans une affaire bien engagée, sous un bon commandement, avait donné à ces troupes un renom glorieux et la confiance des généraux ; elles étaient prêtes à tout pour conserver leur réputation, et leur exemple animait les autres troupes par le mobile de l'émulation, si puissant dans une armée. Nous avons vu de même en Algérie, aux premiers temps de la conquête : le 2* léger, le régiment de Changarnier, qui ne doutait de rien, le 17* léger, le régiment de Bedeau et du duc d'Aumale, son rival de gloire, le 48'' de ligne et quelques autres;
Il y a environ dix ans, un illustre maréchal suivait avec cet amour des choses militaires qui l'a toujours caractérisé, les grandes manœuvres du 3*" corps d'armée, dont nous faisions partie et qui guerroyait aux environs de Dreux contre le 4* corps ; à cheval près de la tête de l'état-major à côté du maréchal, nous regardions d'un œil attentif notre infanterie manœuvrer, dans cet ordre à la fois profond et dispersé, poussé alors jusqu'à l'exagération par la tactiquo en vogue. « Ah ! mon pauvre général », s'écria tout à coup notre illustre voisin : « tout ôela est bien dé- « cousu, et celui qui n'aura pas sous la main une bonne réserve
« courra grand risque avec ces procédés-là... » Lui-même avait dû regretter sur le plateau d'Amanvillers de n'avoir pas assez de monde à sa disposition pour garder une troupe intacte qui aurait pu, au moment de la défaite de la garde royale pmssienne, décider la victoire. Mais une réserve, cent exemples le prouvent, doit être solide plutôt que nombreuse ; elle doit avoir assez de conûance en ellemême pour s'engagera fond dans les circonstances les plus critiques. Il appartient aux commandants de corps d*armée de bien connaître les troupes sous leurs ordres. La confiance réciproque entre le chef et les soldats est à la guerre la première condition du succès *.
1. Ce qui fait la force d*uae troupe réputée d'élite et tenue en réserve, c'est sa conviction que là où les autres ont échoué, elle réussira; c*est encore TefTet moral produit sur l'ennemi par la seule apparition de cette troupe. En 1813, quand l'armée bavaroise, abandonnant la cause de Napoléon, voulut à Hanau barrer la route aux vaincus do Leipsick, la seule entrée en ligne de deux bataillons de grenadiers de la vieille garde sufBt pour porter le trouble dans l'esprit du général de Wrède, qui commandait les Bavarois, et pour enlever toute assurance à ses soldats. En 1809, le 84* de ligne, laissé dans Grâtz par le général Broussier, s'y défendit pendant U heures contre 10,000 hommes, faisant de nombreux prisonniers et prenant deux drapeaux. L'Empereur fit inscrire sur l'aigle de ce régiment en lettres d'or: Un contre dix; à partir de ce jour, le 8i« devint une troupe d'élite, dont les soldats, môme ceux qui arrivèrent au corps après 1809, ne doutaient plus de rien. A la suite de la bataille de la Favorite, Bonaparie avait fait inscrire sur le drapeau de la 57« demi-brigade ces paroles de son propre rapport : La terrible 57« de ligue que rien iiairête. Pendant longtemps le dernier soldat du 57* régiment à Austerlitz, à Eylau, à Heilsberg, à Èckmûhl, fut persuadé qu'en effet rien ne pouvait l'arrêter. Voilà le côté moral de la guerre, auquel toutes les méthodes soi-disant modernes ne changeront rien.