‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 41 sur 174 · I. HMolrr mllllalre ctmlrmpnrnlnc. 1. il · texte numérisé non relu

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et 250 chevaux . Ces pertes ne sont pas supérieures à celles qu'éprouvaient en pareil cas les cavaliers du premier Empire , témoin les cuirassiers à Essling. Encore cette charge a;t-elle dégagé en partie notre infanterie serrée de près.

3^ La brigade prussienne Redern, poursuivant les débris des cuirassiers de la garde, traverse une batterie, bouscule l'état-major du maréchal Bazaine, est arrêtée par le 3' bataillon de chasseurs, et décimée i)ar le feu, elle est chargée à son tour et sabrée par les deux escadrons d'escorte du maréchal. Si le feu de Tinfanterie est aussi terrible qu'on le dit, comment cette brigade avait-elle pu aller jusque-là?

4" La 6* division de cavalerie allemande, débouchant sur le plateau pour charger le 2* corps français qui battait en retraite, trouve devant elle, au lieu d'une troupe vaincue, une infanterie d'élite toute fraîche, les grenadiers de la garde, qui l'arrêtent à 500 pas et la forcent à s'éloigner avec des pertes énorm»?s. L'ancienne garde impériale l'eut arrêtée à 200 pas, et le résultat eût été le même. Les auteurs allemands ne se gênent guère d'ailleurs pour déclarer la charge absurde, mal engagée, plus mal conduite encore et pour signaler Tinsullisance du chef de cette 6' division.

5** La brigade prussienne Bredow, réduite à 6 escadrons, 800 chevaux, sur l'ordre du général Alvensleben, profitant d'un ravin pour dissimuler sa marche et parcourir 3,600 mètres, tombe sur une batterie française, sabre les canonniors, passe dans les intervalles des bataillons, renverse mi*mo un carré, disent les auteurs allemands, mais rompue par les feux de l'infanterie qui se retourne, elle est livrée dans le désordre le plus complet aux coups des divisions de Forton et de Valabrègue qui la détruisent presque coml)lètemont : elle perd 16 officiers, 363 hommes, 400 chevaux. Son histoire ne pomTait-elle pas rtre datée de 1815 ? D'ailleurs, les Allemands font observer avec raison que celte charge a eu pour résultat d'arrêter le mouvement oifensif du 6' corps français.

6° Les dragons de la garde royale et le 4* régiment de cuirassiers allemand se jettent au-devant des divisions Grenier ol de Cissey, victorieuses de la 38* brigade prussienne. Ces deux régiments perdent le tiers de leur effectif, mais réussissent à arrêter le mouvement et à écarter le danger qui menaçait l'année allemande.

7° A 8 heures du soir, la G" division de cavalerie allemande reçoit du prince Frédéric-Charles l'ordre de charger 5 elle est arrêtée par les zouaves et les voltigeurs de la garde, conduits par Bazaine. ici encore le commandant de la 6* division est fortement blâmé par. les auteurs allemands; les armes modernes n'ont auciAe influence sur le résultat de cette charge, dont l'objet était d'ailleurs de dissimuler la retraite de l'armée allemande en faisant croire à un retour offensif de sa part.

On sait qu'à la bataille, du 18 août, le rôle des cavaleries allemande et française fut à peu près nul. Cependant sur l'ordre du général Steinmetz, la 1" division de cavalerie allemande gravit les pentes du Point-de-Jour et essaya de se déployer sur le plateau. Elle n'y put parvenir, le terrain étant si étroit que les colonnes serrées en masses se touchaient côte à côte. Envoyée là on ne sait pourquoi, elle y resta quelque temps sous une pluie de projectiles, et quand son chef se décida à quitter cette position, poursuivie par uu feu violent, elle perdit beaucoup de monde, jetant un tel trouble dans toute la droite de l'armée allemande que l'on y crut la bataille perdue. Il peut être utile de sacrifier la cavalerie ; il est évidemment absurde de la sacrifier sans profit.

Nous n'entendons pas d'ailleurs soutenir que le perfectionnement des armes à feu, qui s'est continué depuis 1870 et se continuera encore, n'ait rien ajouté à la force de l'infanterie contre les attaques de la cavalerie. Nous sommes persuadé, au contraire, que la cavalerie pourra moins que jamais réussir contre une infanterie

se trouvant sur ses gardes et possédant tout son moral. Parcourir à découvert un long espace sous le feu de cette infanterie, sera chose sinon impossible, du moins terriblement difficile ; la laisser immobile, exposée au feu, sera plus difficile encore. Eti)ourtant la V division de cavalerie allemande au Point-du-Jour a perdu proportionnellement moins de monde que la brigade des carabiniers à la bataille deMindcn en 1759, exposée pendantquatro heuresaufeude deux batteries hanovriennes et sur 1 ,329 cavaliers présents, laissant sur le terrain 700 hommes et 69 officiers. A Neerwinden, en 1694, les mêmes carabiniers, déployés pendant cinq heures sous le feu de 80 pièces de canon, arrachèrent au prince d'Orange la célèbre exclamation: « Oh! l'insolente nation », et décidèrent ensuite la

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victoire par une charge brillante, quand les retranchements ennemis eurent été enlevés par les gardes françaises; leurs pertes avaient été énoraies. De même à Fontenoy, inuuobiles sous le canon et la mousqueterie, de six heures du matin à midi, ils se voient des nies entières enlevées, mais pénètrent enûn dans la colonne anglaise en tête de la fameuse charge, qui eut raison de cette colonne infeimale.

Pas plus dans ce temps-là qu^aujourd'hui, on ne faisait la guerre sans recevoir des coups. On peut en juger par les états de service de M. de Toulouse-Lautrec, mestre de camp d'un régiment de cavalerie : blessé à Fontenoy de deux biscaïens, dont l'un lui a traversé d'outre en outre le haut de la cuisse et Tautre contusionné la poitrine ; blessé à Lawfeld de trois coups de sabre et d'un coup de pistolet à la tête, blessé à Crefeld de quatre coups de feu et d'un coup de baïonnette ; blessé quelques jours après d'un coup de sabre dans une reconnaissance, renversé de son cheval à Minden et foulé aux pieds des chevaux de son escadron*.

Que dit d'ailleurs le général de Galliffet dans son projet d'instruction de 1879 ?

« Une cavalerie entreprenante, surtout lorsqu'elle est renforcée « par l'artillerie à cheval, pourra dans maintes circonstances (jau- « ser un dommage sérieux i\ l'infanterie ennemie, en se présentant « à rimx)roviste sur sa tête, ses derrières, ses lianes, en la contour- « nant, la forçant à prendre certaines dispositions de combat, à « marcher plus compacte et, i)ar conséquent, à ralentir sa marche « et son arrivée sm' le champ de bataille. »

Que dit l'instruction sur le service de la cavalerie en campagne (10 juillet 1884)? « Une infanterie fatiguée par la lutte, uueartille- « rie qui manœuvre, offriront toujours à la cavalerie Toccasiou de « charges heureuses, si elle est lancée au galop. »

Le prince de Ilohenlohe va jjlus loin : « Rarement », dit-il, « une « charge exécutée de front contre une infanterie intacte encore, sera * couronnée de succès. Mais c'est justement parce qu'on ne peut *• jamais être fLxé d'avance sur la valeur de l'infanterie ennemie^ « qu'il ne faut pas condamner d'une fa'jon absolue les charges de

l. Susanc, Hîsloirc de lu vavalerie^ t. II, p. 366.

« cavalerie exécutées contre rinfanteric intacte. 11 faut même les « approuver quand la situation est telle que la cavalerie, même en «se sacrifiant entièrement à Tensemble de Tamiée, rend un ser- « vice plus grand que n'est la perte qu'elle subit*.» Et dans le fait, bon nombre de charges réputées célèbres ne sont pas autre chose qu'un sacrifice de la cavalerie. Nous avons parlé de Sadowa : « Mal- « gré le fusil à aiguille », dit encore à ce sujet le prince de Holien- « lohe, la cavalerie autrichienne réussit à s'avancer pour charger. « Dès le début, elle put s'avancer en masse et refouler dans un « choc puissant les régiments prussiens... elle était parvenue à « mettre un large intervalle entre les deux lignes de bataille, et cet « intervalle était battu par la formidable ligne d'artillerie des « Autrichiens, et ceux de leurs bataillons qui s'étaient débandés « purent se mettre à l'abri derrière les murs de Kœniggràtz. »

Après avoir fait le récit de la bataille de Môckern, 16 octobre 1813, dans laquelle la victoire des alliés fut déterminée par la charge de trois escadrons, le général prussien de Colomb ajoute : « Des combats de ce genre peuvent encore se présenter de nos « jours ; une infanterie absorbée par le combat n'est x)as un adver- « saire si terrible, surtout quand on peut la surprendre. »

Au siècle dernier, le comte de Gisors, lils du maréchal de Bellel8le,-fut tué en se dévouant, lui aussi, pour le salut de l'armée franraise, surprise à Crefeld, le 23 juin 1758, par le duc de Brunswick. La confusion était au comble, et toutes les troupes mêlées dans un désordre affreux ne savaient à qui se rallier. Le comte de Gisors (il avait vingt-sept ans et était l'espoir de l'armée) s'élance avec ses cinq brigades de carabiniers à travers un terrain des plus défavorables, où il est écrasé par le feu de batteries disposées à l'avance, et tombe mortellement frappé au milieu des cadavres de ses carabiniers, ayant du moins donné à l'armée le temps de se itillier*.

Nous avons aussi parlé des cuirassiers do Bessières, lancés par Lannes à Essling au-devant des Autrichiens que rien n'arrêtait plus. On pourrait encore citer Wagi'am : la même cavalerie ne* s'y sacrifiait pas aussi complètement, il est vrai, dans ses charges

1. Hecue de la cavalerie, t. I«% p. 3GG. *2. Revue de la cavalerie^ L. l^, p. .TO.

réitérées contre le centre et la droite de Tarmée autrichienne qui venaient de repousser Bernadette et Masséna, mais elle répondait, à force de se faire tuer des hommes et des chevaux, à la pensée de Napoléon : gagner du temps pour permettre le déploiement de la grande batterie de cent bouches à feu, et cette batterie elle-même n'avait d'autre objet que de couvrir la formation de la colonne d'attaque de Macdonald. Au même moment Lasalle et Marulaz, à la tête de leur cavalerie légère, multipliaient les charges pour protéger le mouvement en arrière du corps d'armée de Masséna et, sans cesse ramenés par des forces supérieures, mais jamais découragés, recommençaient sans cesse à charger. Ainsi la cavalerie qui, considérée en elle-même, semblait s'acharner inutilement contre des troupes qu'elle ne parvenait pas à repousser, remplissait dans l'action combinée des trois armes, un rôle de premier ordre.

Pour qu'un général de cavalerie se lance sur l'ennemi, il n'est donc pas nécessaire qu'il puisse se dire: je vais vaincre; il suffit qu'il pense : je vais aider l'infanterie à vaincre , ou je vais détourner sur moi, qui passerai rapide comme l'éclair, le coup qui la menace, elle qui marche lentement ] ou bien, je me jetterai au milieu du danger pour dégager des et^cadrons amis, écrasés par une batterie ou par la cavalerie ennemie. Qu'aurait signifié la charge des chasseurs d'Afrique, se précipitant au combat de Balaklava sur des bataillons qu'ils ne pouvaient aborder, s'ils n'avaient pas ainsi dégagé les escadrons décimés de lord Cardigan?

D'ailleurs, les observations du général de Brack s'appliquent bien rncore aux circonstances actuelles, quand il dit : « L'effet moral « n'est jamais réparti également dans son double sens entre deux « troupes qui se font face; l'une a confiance, l'autre a terreur, et « la terreur de l'une est toujours en proportion de la conficance de <- l'autre. L'effet moral est pour les trois quarts dans la puissance « de la cavalerie, ne Toubliezpas; en conséquence, agissez tou- « jours vigoureusement et rapidement sur le terrain *. »

Le prince do Ligne avait déjà dit : « 1,000 Cosaques qui

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