‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 46 sur 174 · Susano, Ulstnire do fa Cfirafcrfr, l. IT, p. 'MO · texte numérisé non relu

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lOG LES TRANSFORMATIONS DE l'aRMÊE FRANÇAISE.

le nom de chauvinisme, mais qui a fait faire de si grandes choses à nos armées de la République et du Premier Empire. A celte simple anecdote, on devine le chef dont parle le général de Brack, c celui « qui tient ses hommes sous sa main, et les meut tous comme nu « seul homme, celui qui se persuade que son régiment, c'est lui. »

Plus heureux que les lanciers, les cuirassiers ont été sauvés par lour légenJe, non pas par celle du passage du Rhin en 1672, où le seul régiment de cuirassiers dealers ou les cuirassiers du Roi, se jeta dans le fleuve large et rapide, le comte de Guichc eu tête, sous les yeuxde Louis XIV, non pas parles légendes d'Eylau, d'Essling, de la Moskowa, ni même par celle de Waterloo, la plus sublime de toutes, mais par la légende toute jeune de ReichshoiTen, c'est-à-dire par le souvenir d'un sacrifice héroïque, mais passif, ne prouvant, ce qui est déjà beaucoup, liàtons-nous de l'ajouter, que le courage et le dévouement; souvenir entretenu par l'exagération avec laquelle une société qui tend à perdre ses verlus, les exalte quand elles se ma-. nifestent. Nous nous disons volontiers: les cuirassiers ont été héroïques etdévoués à ReichshofiTen, donc nous comptons toujours parmi nos vertus l'héroïsme et le dévouement. Soyons plus sincères vis-àvisde nous-mêmes et disons: Théi'Oïsme et l'esprit de dévouement ne sont pas morts en nous ; il ne s'agit que d'en rallumer l'étincelle et surtout de l'entretenir. Apprenons la stratégie et mieux encore la tactique : la connaissance de la stratégie est nécessaire à nos chefs ; relie do la t<ictique est indispensable à tous. Rax)pelez-vous, jeunes ofïiciers, ces paroles de Morand, que nous avons déjà citées : « Il « n'est rien de ce qu'un bon général peut imaginer qui, propor- « tionnclloment à ses moyens, ne doit être pensé et fait par un « capitaine de tirailleurs. » Mais, par-dessus toute chose, apprenez à vous persuader qu'une nation qui peut mettre en ligne deux millions d'honmies armés, surabondamment pourvus de tout le matériel nécessain», et qui n'a qu'à se conformer à son passé pour déployer toutes les vertus guerrières, est invincible, si elle veut bien l'être. Parlons un peu moins dans nos livres et dans nos écoles des qualitésque doit posséder un général en chef, et songeons davantage à celles que nous devons pratiquer nous-mêmes.

Mais nous voici bien loin dt*s cuirassiers. Un jeune et brillant général de cavalerie, grand seigneur et soldat comnu^ l'avait été au

XVIII* siècle le prince de Ligne, s'était sans doute inspiré de ce passage des Préjugés inilUaires : « Tout ce qui est pesant en hommes « et en chevaux est'inutile; qu'on décore nos arsenaux de toutes les « cuirasses de la cavalerie, et qu'on soit bien persuadé qu'un capi- « taine de dragons lancé à toute bride peut gagner une bataille. « Comment peut-on charger encore tant de malheureux de tant de € fer qui ne fait que les gêner * ? »

Peut-être aussi ce général avait-il 4lé frappé des observations du général Morand, vivement impressionné par le rôle des Cosaques dans la campagne de 1812, et ne voyant le secret de la victoire que dans la supériorité de la cavalerie légère. « Les hussards et les € lanciers organisés à l'imitation des peuples à cheval », dit-il, «seraient une meilleure cavalerie que les cuirassiers, qui repré- « sentent les chevaliers du moyen âge, et il suffirait de les rappro- « cher de leurs modèles pour accroître leur supériorité. Frédéric II « a dit qu'un cavalier devait suivre un fantassin, et qu'un fantas- « sin devrait suivre une chèvre. »

D'après Saint-Cyr, la cavalerie doit être considérée comme les yeux et les jambes de l'armée. « Par les diverses fonctions qu'elle « est obligée de remplir », dit-il, « on voit que la vitesse et l'a « légèreté sont les qualités qu'on doit rechercher dans son orga- « nisation, ses manœuvres et sa manière de combatlrQ*.

€ L'abus de la cavalerie », dit-il ailleurs, « provient des vioesde « son organisation : du moment qu'on a vu des hommes forts et « robustes montés sur d'énormes chevaux et couverts de fer, on a « cru que la taille et la pesanteur étaient la force, mais ces hommes « d'élite ont été vite moissonnés par l'abus qu'on faisait de lour « valeur. » Enfui les membres du comité de cavalerie avaient du méditer cette allocution si pittoresque du colonel de Brack aux officiers et aux sous-ofliciers de son régiment : « Vous avez quel- « quefois, dans vos routes, rencontré une colonne de cuirassiers; « comme moi, vous avez de dessus vos petits chevaux mesuré la « hauteur de ces géants, et fait la triste comparaison de votre force « avec celle de ces colosses couverts de fer et si puissamment

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