‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 55 sur 174 · ianiille Uoussl'I, /// Contjuvfe d'Afyer · texte numérisé non relu

ianiille Uoussl'I, /// Contjuvfe d'Afyer

page d'artilierie nécessaire à la France \ mais un an plus tard, après la tataille d'Eylau, il ne pensa plus de même. En 1810, il portait à 1,300 bouches à feu rartillerie afférente à 34 divisions d'infanterie, groupées en 12 corps d^armée et 12 divisions de dragons et cuirassiers, la garde n'étant pas comprise.

Quoiqu'il en soit, c'est avecrorganisation de 1883 que nous avons trouvé l'artillerie quand nous y avons débuté en 1844, et ce régime a duré pour nous dix ans. Les discussions auxquelles avait donné lieu la transformation de 1829 étaient encore en 1841 presque aussi vives que le premier jour. Unies par un mariage forcé, Tancienne artillerie à cheval et la vieille artillerie à pied s'étaient comme juxtaposées sans hc confondre ; aussi quelle variété de types dans nos régiments! D'un côté, les anciens volarUSj affichant des allures à la honzai*de, ne voulant apprendre ni la manœuvre à pied ni le maniement d'armes; d'autre part, les vieux artilleurs à pied, affectant de neriencompr,ndrv3 aux sonneries de trompettes, maudissant les sous-pieds et les éperons, regrettant le matériel Gribeauval et la manœuvre à la prolonge, et au milieu de tout cela, les jeunes officiers, enthousiasmés de la nouvelle organisation et devenant poseurs quand le hasard les avait classés dans une batterie à cheval. Que de fois les tables d'officiers et les cafés des garnisons de Metz, Strasbourg, Rennes, Toulouse, etc., ont été le thé<itre de véritables disputes, heureusement tempérées par le vieil esprit de camaraderie de l'arme !

Dans des discussions plus calmes, beaucoup d'officiers soutenaient qu'il aurait mieux valu grouper les 32 batteries à cheval dans 4 régiments spéciaux et former 10 régiments montés avec les 136 autres batteries de campagne. Ceux qui émettaient cette opinion étaient principalement les anciens artilleurs à cheval, se considérant comme une aristocratie qui ne pouvait être confondue avec le commun des martyrs. Les batteries à cheval n'auraient pourtant rien gagné à cette séparation, car elles étaient devenues comme les batteries d'élite de leurs régiments respectifs. Les otficiers sortis de l'artillerie à cheval, plus jeunes, plus brillants, plus

l. LeUre au luiuislre Dcjean ilii 10 avril ISOC: 30.) IjoucIios ù IVu pour la froulière du Nunl, 3:)0 pour Motz, Strasbourg ot lo Rhin. WO pour l'Ilalio, *200 poulies Pyrruôes, la Brelagno et la Môdilerruuéu.

protégés que leurs congénères de Tartillerie à pied, avaient pris ravance sur ces derniers et commandaient le plus grand nombre des régiments. Favorisant leurs batteries à cheval, ils écrémaient pour ainsi dire les autres batteries, afin de les faire. plus belles. Bientôt vint le moment où, sur neuf généraux de division membres du* Comité, il y eut sept ou huit anciens artilleurs à cheval. Ils se jurèrent alors de faire rétablir l'ancien ordre de choses, à leiu's yeux bien préférable au système en vigueur. Les nouvelles batteries à cheval n'avaient peut-être pas en effet toute la mobilité des anciennes, mais ce défaut tenait surtout à deux causes indépendantes de Torganisation : le poids du matériel et Tinfériorité des attelages. L'ancienne artillerie avait des canons de 4* ; on était même revenu à cet égard sur l'organisation de 1802, due au maréchal Marmont et dans laquelle le calibre de 6 avait remplacé celui de 4 ; les nouvelles batteries attelaient des pièces de 8. D'autre part, le service de la remonte était confié à la cavalerie qui, pratiquant sur la plus vaste échelle la vieille maxime de chanté bien ordo7inée, commençait par choisir les bons chevaux et donnait le reste à l'artillerie *. On s'en prit cependant au mélange des batteries à cheval et des batteries montées, et mi courant d'opinion assez vif se prononça pour la spécialisation des régiments. Napoléon III avait, dans son exil, fait une étude particulière de l'artillerie. Imbu des lerons du général Dufour, frappé des critiques adressées par son professeur à nos batteries achevai, que ce chef de l'armée suisse disait ne pouvoir être comparées ta l'artillerie légère d'autrefois, l'Empereur laissa voir, en toute occasion, sa préférence pour l'ancien système. Les membres du Comité furent enchantés de pouvoir se montrer à la fois fidèles aux traditions de leur jeunesse et empressés d'adopter les idées du souverain. Ils firent à l'Empereur le cadeau d'une artillerie à cheval et du même coup, poussant à son extrême limite le système séparatiste, ils crurent devoir rétablir aussi l'artillerie à pied, non plus comme? artillerie de campagne, mais pour le service des sièges

1. C'ost-à-(lire des canons dont le boulet sphérique plein pesait i livres.

2. Nous avons vu cependant à cotte époque des régiments d'artillerie fort bien montés en chevaux de trait légers, surtout avec des chevaux Iiretons, qui, ])ar leur coniormatioii, no valaient rien pour la selle, mais i'aisaient d*excellents aiteUigos.

et des places ; ils alléguèrent à cet égard les difficultés que Ton avait éprouvées en 1849 au siège de Rome, où les batteries montées avaient dû faire le service de Tartillerie à pied, sans y être suffisamment préparées.

Il restait un vestige de Tancien train d'artillerie, les escadrons du train des parcs, destinés à atteler les parcs de campagne ainsi que les équipages de ponts et de siège ; on les supprima en versant les officiers dans Tartillerie dont ils n'enrichirent pas les cadres, et on leur substitua des compagnies de canonniers conducteurs, attachées aux régiments d'artillerie à pied et dénommées : batteries de parc. Enfin, pour ne pas déshériter complètement du service de campagne les nouveaux régiments à pied, on imagina des batteries mixtes, analogues à celles qui existaient avant 1829, dans lesquelles les pièces étaient servies par le personnel d'une batterie à pied et attelées par celui d'une batterie de parc ; combinaison bizarre, n'ayant absolument d'autre mérite que d'être inutilement compliquée. En somme, il est difficile d'imaginer une organisation plus défectueuse que celle-ci ; elle n'existait déjà plus, qu'en dehors des officiers d'artillerie personne n'y avait encore

rien compris. L'abus du mot batterie, appliqué à des éléments de

natures très diverses, la rendait absolument inintelligible \

Elle fut cependant développée dans un rapport à l'Empereur, de manière à paraître presque séduisante, avec un talent qui fait honneur à la plume de l'officier général alors directeur de l'artillerie au ministère (général de BressoUes). Le décret du 14 février 1854, qui en fut la conséquence, signé intempestivementàlaveille d'une grande guerre, créait trois catégories de régiments d'artillerie, y compris le régiment de pontonniers, savoir :

1* L'artillerie à pied, comprenant 5 régiments numérotés de 1 à 5, ayant chacun 12 batteries à pied et 5 batteries de parc, 1 régiment de pontonniers portant le numéro 6, à 12 compagnies et 6 batteries de parc ;

1. Ce mot batterie, qui n'aurait dîi désigner quo les unités susceptibles h la fois d*attelcr et de servir des canons, a été appliqué, bien à tort, à d<!S réunions de servants ou de conducteurs seuls, qui auraient dû être appelées co[n])agni(>s. Il y avait autant de raison pour nommer batteries les compagnies d'ouvriers et lie pontonniers que pour donner ce nom à des compagnies de oonduclcurs, telles que furent les batteries de parc.

TKAStrOBM. DE L*ABlf. FRASÇ. 0

130 LES TUANSFOUMATiONS DE l\aUMÉB FRANÇAISE.

2" L'artillerie montée: 7 régiments numérotés de 7 à 13, chacun à 14 batteries montées ;

3" L'artillerie à cheval: 4 régiments numérotés de 14 à 17.

Eu outre, les cadres de dépôt existant jusque-là dans les régiments furent supprimés et durent être remplacés par une des batteries de chaque régiment; ce qui, en dehors des 60 batteries à pied, réduisait Tartillerie à 98 batteries montées et 28 batteries à cheval, en tout 126 batteries attelées, servant 756 bouches à feu. On était loin des 1,200 canons du maréchal Soult, et le système des batteries mixtes, qui ne pouvait guère fournir que 2 batteries par régiment à pied, soit 10 en tout, était loin de combler la différence. On avait ainsi 816 bouches à feu au lieu de 1,200.

La guerre de 1854 surprit Fartillerie en travail d'enfantement de cette organisation, qui subit ainsi sans tarder l'épreuve d'une campagne. Cette épreuve fut négativement concluante, et les batteries de parc, en particulier, furent aussi vite condamnées que mises en jugement. Par la fusion des escadrons du train des parcs et de Tartillerie, on était arrivé à faire servir dans les batteries de siège de vieux officiers, ayant pour toute science militaire la conmiissance pratique des soins à donner aux chevaux et aux harnais, habitués à un rôle effacé, quoique utile, et aptes à rendre dans cette sphère modeste de réels services, mais absolument étrangers aux notions les plus élément<iires de rartillerie et incapables de régler le tir d'une pièce. En revanche, de jeunes capitaines, instruits, brûlant du désir de se distinguer par quelque action d'éclat, ou des lieutenants à peine sortis des salles d'étude de l'école de Metz, impatients d'appliquer leur science toute fraîche, se voyaient réduits à faire graisser des roues ou des harnais et à guider mélancoliquement de longs convois du port d(î Kamiesch au grand parc d'artillerie, tout aussi mauvais dans ce rôle que les anciens ofliciers du train dans la conduite du feu.

La guerre d'Italie, en 1859, doima le coup de grâce aux batteries de parc ; elles furent supprimées par le décret de réorganisation du 20 février 1800, à la suite d'un rapport aussi élégamment rédigé et aussi probant que celui du 14 février 1854. L'artillerie ayant été dans cet intoi-vaile, comme les autres armes, augmentée par la création de la garde impériale, dut compter désormais :

ARTILLEAIB, GÉNIE, TRAIN DBS ÉQUIPAGES. I3l

5 régiments à pied à chacun 16 batteries, n°* de 1 à 5.

Artillerie à pied : \ 1 régimentdepontonniersà 16 compagnies, n"6.

6 escadrons du train correspondant à ces 6 régiments.

Artillerie montée : 1 régiment de la garde à 8 batteries ; 10 . régiments de la ligne à 10 batteries, n°' de 7 à 16.

Artillerie à cheval : 1 régiment de la garde à 6 batteries ; 4 régiments de la ligne à 8 batteries, n°* de 17 à 20.

Ce qui, en tenant compte de l'absence des cadres de dépôt, i-éduisait le nombre des balteries attelées à 130, pouvant servir 780 bouches à feu. Encore un décret du 15 novembre 1865, fondé sur des motifs d'économie (la guerre du Mexique !) supprima-t-il bientôt 4 balteries à cheval et 12 batteries montées. Le nombre des pièces de campagne ne se trouva plus alors que de 684 ; c'était Fartillerie nécessaire pour donner à une armée de 340,000 hommes : deux bouches à feu par 1,000 hommes. Or, d'une part, 340,000 hommes constituaient une force dérisoire pour un pays comme la France et, d'autre part, la proportion de deux bouches à feu par 1,000 hommes était reconnue absolument insuffisante. La Grande-Armée de 1813, formée avec des ressources épuisées x)ar les désastres de 1812, était pourvue d'une artillerie de 1,000 bouches à feu pour un effectif de 425,000 hommes* ; encore y avait-il des corps d'armée qui, destinés à la garde des places, étaient moins bien traités que les autres ; Tarmée de Belgique, en 1815, comptait un total de 344 bouches à feu pour un effectif de 128,088. hommes*. A la bataille de Traktir, l'armée russe mit en batterie 272 bouches à feu pour 67 ,000 hommes, presque 5 bouches à feu par 1,000 hommes; dans l'armée alliée, 36,000 hommes disposaient ce même jour de 154 bouches à feu. Tout récemment, l'armée d'Italie fie 1859, dans un pays peu favorable à l'action des masses d artillerie, avait compté pour 128,225 hommes un total de 432 bouches à feu, soit 4 bouches à feu i)ar 1,000 hommes ; à ce compte, les 684 bouches à feu de 1865 auraient a peine suffi pour une armée de 220,000 hommes. Et dire que co

l. Camilli? Roussel, In Grande- Armée de 1813. 1. Charras, Histoire de la campagne de 1815.

132 LES T]lANSFOUMATIONS DE l'aHMËE FRANÇAISE.

décret de 1865 avait été rendu au lendemain de la guerre de Danemark, la veille de Sadowa!

L'empereur Napoléon III, si imbu de la légende napoléonienne, devait connaître pourtant ces paroles du fondateur de sa dynastie:

« Il se peut qu'un général plus manœuvrier, plus habile que son « adversaire, ayant dans sa main une meilleure infanterie, obtienne « des succès pendant une ijarlie de la campagne, quoique son parc « d'artillerie soit inférieur, mais au jour décisif d'une action géné- « raie, il sentira cruellement son infériorité en artillerie *. »

En s'exprimant ainsi à Sainte-Hélène, Napoléon penôait sans doute à Eylau, la première de ses victoires qui fut contestée, inutile boucherie où 40,000 hommes restèrent surleteiTain, sans résultai décisif, malgré la magnilique charge de cavalerie de Murât, malgré la barrière inflexible opposée aux masses russes par l'infanterie de Davout ; 200 bouches à feu seulement du côté de l'armée française avaient lutté contre 450 pièces russes, dont le tir convergent avait couché à terre le corps d'armée d'Augcreau presque tout entier! Mais ces leçons de l'histoire se perdent vite. Il est de mode aujourd'hui, et plus que jamais peut-être, après une guen'e où les incroyables succès de Tannée allemande ont été dus à la supériorité numérique et technique de son artillerie, de dire et d'imprimer que l'infanterie est le nerf de l'armée, sa force essentielle, que le reste, artillerie et cavalerie, n'en est que l'accessoire. Certes, ce n'est pas nous qui contredirons au vieux dicton: Inpeditc tohur. On a pu voir au deuxième cliapitre de ce livre ce que nous pensons delanécessité d'augmenter pour l'infanterie les effectifs du temps de paix, et nous savons très bien, ne fût-ce que par la fuileste expérience de Waterloo, que la clé du champ de bataille est dans les mains de l'infaulerie seule. Plus que qui que ce soit nous aimons à relire les exploits inscrits au livre d'or de nos régiments : qu'il s'agisse des vieilles bandes de Picardie, Piémont, Navarre et Champagne, décidant la victoire à Veillane, à Nerwinden, à Fontenoy, ou des milices de Catinat à Marsaglia, ou de ces soldais delà République marchant, a dit un poète populaire, pieds nus, sans pain, de Jemmapes à Fleurus, ou du 3*" corps de la Grande-Armée repoussant

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