CHAPITRE V
Cadres de f étal-major général. — Maréchaux de l'Empiro et de la Restauration.
— Maréchaux de France en I8ô4. — Nominations ultérieures. — Les trois survivants. — Désaccords entre les maréchaux du pn'mier Empire: Ney et Masséna, Bernadette et Davout. — Turenne et les maréchaux de France : les maréchaux de Broglie et de Belle-Isle. Soult et Ney. — Abnégation de Canrobert à Metz. — Grade de général de corps d'armée. — Opinion de Marinent. — Exemples tirés de l'étranger. — Cadre do réserve. — La politique dans l'armée.
Service d'état-major de Varmée. — Origines. — Chamlay, Puységur. — Maréchal-général des logis de l'armée, major général, maréchal général des logis de la cavalerie. — Personnel de l'état-major en 1783. — Organisation du 18 avril 1790. — Adjudants généraux, adjudants commandants. — État-major de la Grande-Armée. — Rôle de Berthier auprès de Napoléon. — Gneisenau près de BlOcher en 1813 et 1815. — État-major général de l'armée autrichienne en 1809 et 1859. — États-majors allemands. — États-majors sous le premier Empire. — Transmission des ordres. — Le G« corps à la bataille d'Eylau.
— Carrière d*un officier d'état-major à cette époque. — Le duc de Fezensac.
— Mauvaise composition des états-majors. — Gouvion Sainl-Cyr. — Ordonnance de 1818. — Création du corps d'état-major. — Guerre de 1870. — Une loi de lassitude. — Organisation du 20 mars 1880. — Nouveau service d'étatmajor. — Officiers brevetés. — Décret du Y^^ juin 1883. — Règlement du IG octobre 1883. — État-major général du ministre de la guerre. — Comparaison des deux systèmes: corps fermé, service ouvert. — Opinions du duc de Fezensac, du générai Morand, du général Thiébault, du général Lewal. — Rapport du général Billot à l'Assemblée nationale. — Opinion de Jomiui. — Chefs d'étatmajor célèbre». — Vrai rôle do l'état-major. — Le service d'état-major n'est pas fait pour donner les grandes qualités de commandement. — Le général en chef doit commander et ne pas laisser commander son chef d'état-major.— Il est impossible de régh.T l'avancement dans les dilfércntes armes avec le service d'état-major. — Exemples de l'étranger. — Nécessité de revenir au corps d'état-major. — Inconvénients de l'ancien corps. — Il faut les éviter. — Principes de l'organisation du corps d'état-major.
Jusqu'en 1875, la composition de l'état-major général a été i'églée par la loi du 4 août 1839, et la hiérarchie des olficiers géné- ^ux comprenait trois grades :
Général de brigade (avant 1848, maréchal de camp);
Général de division (avant 1848, lieutenant-général);
Maréchal de France.
La loi du 13 niai-s 1875 a maintenu cette hiérarchie.
Le nombre maximum des maréchaux de France était fixé à douze en temps de guerre et à six en temps de paix, les réductions s'opérant par voie d'extinction à raison d'une seule nomination pour trois vacances. Aux termes de Tarticle 8 de la loi des cadres, le nombre et le mode de nomination des maréchaux de France doivent être déterminés pour l'avenir par une loi spéciale, mais cette loi est encore à faire, et Ton ne semble pas plus s'en occuper que si l'on avait l'intontion de supprimer la plus haute dignité militaire; dignité aristocratique, il est vrai, mais populaire depuis qu'en ont été revêtus les plus humbles enfants du peuple: Augereau, fils d'un maron et d'une fruitière, Lefebvre, fils d'un meunier, Lannes, fils d'un garçon d'écurie, et tant d'autres ! ce qui a pu faire dire à Louis XVllI le mot si connu: « Cliaque soldat porte dans sa giberne le bâton de maréchal de France. »
Sous ce titre : Le 41" fauteuil, on a écrit un livre dans lequel sont rappelés, à commencer par Molière, tous les grands écrivains qui n'ont pas pu, pour une raison ou pour une autre, parvenir au maréchalat des honunes de lettres, c'est-à-dire à l'Académie française. On pourrait aussi écrire un livre intéressant sur le 13^ Bâton de maréchal, et les biographies des hommes de guerre qui n'ont pas été maréchaux de France formeraient un recueil de grandes et belles actions, à commencer par celle de Chevert qui ne put être nommé maréchal parce qu'il était roturier, à continuer par tous ces grands généraux de la Répul)lique, morts ou tombés en disgrâce avant la proclamation de l'Empire, Hoche, Kléber, Desaix, Moreau, Lecourbe. Le dernier maréchal de France nommé sous la Royauté avait été Rochambeau, le héros de la guen-e d'Amérique. La première promotion de maréchaux d'P]mpire, car tel était le nom que Napoléon avait donné à la plus haute dignité de l'armée en la rétablissant, comprc^nait: Berthier, le chef d'élat-major modèle, dont le suicide en 1815 est resté inexpliqué; Murât, le beaufrère de l'Empereur, le grand chef de sa cavalerie, futur i-oi de Naples avant d'rtre fusillé comme un brigand ; Moncey, l'ancien commanfiant en chef de l'armée des Pyrénées-Occidentales ; Jour-
ÉTlTH-MAJOnS.
rainqueur (le Fleurus et Je WalUgniea, qui ne fut jamais in faveur, dut se contenter du titre de comte au milieu de tous les Inra, et le premier, dans l'armée, prit en 1814 la cocarde blanche ; Uasïéoa, dout qui que ce soit n'aurait oeé conteâler les titres ; fcttgereau, son camarade à l'année d'Italie et bien inférieur à lui a Uleals militaireG, qui eut pourtant daus sa vie deux belles jours : la Montagne-Noire et CaBliglioae ; Bernadotte, futur i-oi de luèdd et cher d'une des armL^escoalis^'es contre la France en 1813; k>iilt, qui s'était ti bien battu à Gânes et prit une part importante l la victoire d'Austerlitz ; Brnne, dont la réputation a été surfaite lour avoir battu les Afif^lû-Russes à Bergen, et qui fut assassiné fk 18X5, victime de la Terreur blancbe ; Laiines, déjà victorieux l Uoutebello, futur vainqueur de Tudela et de Saragosse, glorieujBmeot tué à E^sling avant les jours de deuil; Mortier, aussi âge et modeste que brave, épargné par la mort a Diernelein, vienne à Paris, trente ans plus tard, de la machine infernale de KcBchi; Ney, le brave des braves, fusitlé en 1815 bous les yeux ib Wellington qu'il avait failli vaincre à Waterloo et qui ne fit ziui pour le sauver; Davout, peu connu jusque-là, mais qui depuis ïll duc d'AuerBtaatdt et prince d'Eckmiihl, c'est tout dire; enlio Seuières, le commandant des guides de Bonaparte, un de ses Idëles, qui fut tué en 1813. A ces quatorze maréchaux. Napoléon idjoignit quati-e sénateurs : Kellermann, qu'il nomma plus tard i Valmyj Lefebvre, un brave de l'armée de Sandire-et- Heuse, qui fut duc de Dantzick; Pérignon, l'ancien commandant le l'armée dos Pyrénées-Orientales ; Sérurier, l'homme le plus MisuJ de toute l'armée d'Italie. Grenier, Goiiviou Saiut-Cyr, Leirbe, Vaudanmie, Macdonald et plusieurs autres furent oubliés. Wus lard, Victor reçut le bâton de maréchal après Friedland. Ce ttémo bâton fut donné après Wagram à Oudlnot, Macdonald el Murmont, après la prise de Tarragone, à Suchet, après la bataille |»»Polosk,àGouvioDSaint-Gyr,eL!el6octobrel813â Ponialowski, lOyé (rois jours plus tard, le lendemain de la bataille de Leipsick. in 181â, Grouchy fut nommé marécbal pour avoir battu le duc TAngonlémo dans le Midi. Annulée à la seconde Restauration, elle nomination ne fut ratitiée qu'en 1831 par Louis- Philippe. . |,a ilBsLiuration nomma d'abord, en IKKI, le duc di'. Coigny, un
émigré; Beumonvllle, un ancien général du commencement de la Révolution; Clarke, duc de Feltre, Tancien ministre de Napoléon, qui n'avait pas vu Tennemi depuis 1793; le marquis de Vioménil, un autre émigi'é ; puis, après la campagne d'Espagne, Lauriston et Molitor; en 1827, le prince de Hohenlohe, un éti'anger francisé et plus tard émigré; après la campagne de Morée, Maison, qui devait, en qualité de commissaire de la Chambre des députés, reconduire à Cherbourg Charles X détrôné, et enfin le comte de Bourmont, Tancien déserteur de 1815, plus ou moins réhabilité par la conquête d'Alger. Le gouvernement de Louis-Philippe prit d'abord parmi les généraux de l'Empire désignés par la voix de l'année, Gérard, Clauzel et Lobau ; il reprit de même plus tard Drouet d'Erlon et Reilie, après avoir nommé dans l'inteiTalle Valée, pour la prise de Constantine, Sébastiani, militaire diplomate, autrefois vainqueur des Espagnols à Ciudad-Real, Bugeaud, le véritable conquérant de l'Algérie, le plus populaire peut-être des maréchaux, enfin, le général Dode de la Brunerie qui rerut le bâton de maréchal pour avoir dirigé les travaux des fortilications de Paris. Avant 1854, Napoléon lll avait nommé plusiem-s maréchaux; les uns, Jérôme Bonaparte, Exelmans, Ilarispc, survivants glorieux de nos grandes guerres, recommandés par leur fidélité traditionnelle à la dynastie impériale; les autres, serviteurs dévoués du souverain régnant. Parmi ces derniers. Vaillant avait conquis la dignité de inaréciial au siège de Rome, nomination méritée en fait X>ar ses émineuts services et son talent d'ingénieur, mais singulièrement motivée au point de vue légal par la publication tardive d'une lettre secrète de commandement et par celte déclaration étrange qu'il avait exercé réellement l'autorité dont le général Oudinot était nominativement investi; Saint-Arnaud, Magnan, Castellane avaient du le bâton semé d'abeilles d'or au coup d'État du 2 Décembre et à des services signalés, « rendus contre l'ennemi de l'intérieur ». Bref, l'armée comptait, au l*** janvier 1854, neuf maréchaux, savoir : Gérard, Reilie, Jérôme Bonaparte, Exelmans, Ilarispe, Vaillant, Saint- Arnaud, Magnan et Castellane. Dès la même année, la prise facile de Bomarsund lit ajouter Baragueyd'Hilliers à celte liste, sur laquelle s'inscrivirent successivement Pélissier, Canrobert, Bosquet après la guerre de Crimée; Randon.
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OurgéiU'r.ïl lie l'Algérie, Regnault de Saint-Jean- ;-Malion le lendemain de Magenta, Niel le soir de Solférino, d'Oroano comme étîiiU le doyen des généraux, le di?rlier déljris de !a Grande -Armée, Foi-ey après Pnehia, Baïaine à Mexico, Le Bœuf au ininislJîre do la guerre en souvenir de ses >rillanlB tiervices de CrimC-e et d'Italie, en recompense d'un dé- FOUeuient buus bornes. Cette dernière nomination porta la insle lat« de 1870 ; elle ne devait ^tre suivie d'aucune autre. A l'excepioa de trois, tous les marécliaui que nous venons de nommer ont lùparu : Saint-Arnaud est tombé le lendemain de la victoire de i'Alma, lenninaiit noblement et d'une faron touchante une carrière ranturouso à ses débuts; Castellane dort dans le tombeau qu'il tvait fait élever Uii-méme près de la vîtle de Lyon, où sa sévérité ESt restée légendaire; Bosquet, blessé à l'assaut de Sébastopol, a i depuis lors, et sa mort mystérieuse est restée un problème; utine a livré aux Prussiens Met2 et les drapeaux de soi) armrïe : (Uaud par basar.I on parle de lui, on dit qu'il vit encore à l'és autres sont morts de vieillesse ou de maladie. Des trois nirvivants, deux, Gaurobert et Le Bœuf ont 77 ans, le troisième, tlac-Ma.hon, en a 18, et si des événements prochains ne font pas nrlir'du rang les marécliaiix de l'avenir, la dignité illustrée par les noms de Turenne, de Luxembourg, de Villars, de Laiines, de )avout et de tant d'autres soldats glorieu.\ ne vivra bientôt plus [Oe dans la tradition.
Cliez les autres puissances de l'Europe, il reste aussi bien peu
le maréchaux, et la plupart sont des princes dp sang impérial ou
jajai. En Allemagne, oiJ viennent de mourir Fi-édéric-Charles et
.atentîel, si opposés de caractère, il» sont trois: le vieux Moltke,
lorwanl de Bittenfebl et le prince héritier; en Angleterre, trois
alement : le prince de Galles, le duc de Camliridge el lord Sra-
boirn ; en Autriche, l'arcliiduc Albert, que nul n'égalerait, est le
col ; l'Italie compte Délia HoccaetCialdini ; la Russie, lesgrands-
. Michel et Nicolas. L'Espagne, depuis la mort de Serrano,
t'en a plus cpje six, parmi lesquels Pavia, la Concha, Qucsadu,
fartiiicz de Campos.
Le maréchal Canroherl est le doyen de tous les marécbaux de fl!urop'<.
On ne fera peut-être plus de maréchaux de France. La déoiocratie n'aime pas à voir grandir les hommes, et les soldats moins que tous les autres. Elle a trop peur de rencontrer en eux quelque maître à Toccasion. Bonaparte, revôtu du prestige des guerres d'Italie et d'Egypte, n'a pas eu besoin cependant du titre de maréchal pour étrangler la première République au dix-huit Brumaire, et son neveu n'avait aucun grade dans l'armée avant le deux Décembre 1851. Il faut bien avouer, cependant, que le titre de dignitaire jure avec le mot de République. Mais si la guerre éclatait, qui donc serait à même d'imposer son autorité à des généraux dont les rivalités sont traditionnelles, mieux qu'un maréchal de France, placé par son grade au-dessus des jalousies de métier?...
Hi\tons-nous donc de régler les conditions relatives à ce grade (ne l'appelons plus dignité si cela nous effarouche), pour qu'au début de la guerre, il puisse récompenser le premier vainqueur, l'heureux général qui, dans la première bataille, aura fait triompher nos drapeaux et souillé au cœur de nos soldats cette confiance qui est le gage certain du succès final.
Disons toutefois que le nombre des maréchaux devra être restreint, d'abord pour conserver le prestige du grade, ensuite parce que « le grade de maréchal de France ne comporte que le com- « mandement en chef». « On a », dit Marmont, « acquis la triste « expérience que plusieurs maréchaux réunis dans la même armée « et sous le commandement de Tun d'eux, amènent presque tou- « jours de grands malheurs par le peu d'accord et de subordination « qui régnent entre eux*. » Marmont aurait pu citer à ce sujet l'exemple de la désobéissance de Ney envers Masséna à l'armée de Portugal et ceux do la campagne de 1813, dans laquelle les maréchaux placés sous les ordres d'autres maréchaux, supportaient impatiemment ce commandement, où Ney, à son tour, mal obéi par Oudinot, se plaignait amèrement à l'Empereur, disant: « Com- « mander ainsi n'est que commander à demi, et j'aimerais mieux « n'être que gr(3nadier. »
« Il fallait », dit encore Marmont, « un Empereur grand capitaine,