‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 69 sur 174 · C. Rons.set, liis'oirc dr Lonvois. l. l^'. cliap. v · texte numérisé non relu

C. Rons.set, liis'oirc dr Lonvois. l. l^'. cliap. v

ETATS-MAJOllB. 177

■ Les laleills militaires du tiiaréchal Saint-Cyr eoiit ?op connus pour que j'aie besoin d'en faire l'ûloge. Je me per- Bieitrai d'ajouter qu'il avait deiis iucouvénieBls bien graves : le remier, de ne point [lorler seoours aux autres généraux dans l'occasion, ainsi qu'on l'a vu à la bataille de Culm'; le second, de Baire la guerre comme on joue aux échecs, en négligeant entièrement la partie morale el importante, surtout pour commander à [Befi Français ', »

■Les querelles de Soult ut de Ney ont fait plus de mal à l'armée

Uiçatso en Espagne que toutes les manœuvres de Wellington.

ms avons vu, de nos jours, un exemple bien différent, lorsqu'à

Bt2, le maréchal Canrobert se montra le lieutenant dévoué de

aine à qui l'Empereur, mal inspiré et poussé par cette opinion

3 dont tes eri-eurs en ce genre ont perdu bien des nations,

l conQé le commandement de l'armée, et qui, à aucun point

i Tue, ne valait le héros de Saiot-Privat. Espérons que cette

Bblti abnégation ne trouvera plus que des imitateurs et que, dans

■e guerre dont l'existence de notre patrie sera peut-être l'enjeu

nirâme, les traditions déplorables du premier Empire feront place

I sentiment d'une concorde absolue entre tous les chefs de nos

OKttis. En somme, 11 est bon que l'autorité de celui qui commande

I chef soit fortifiée par un grade supérieur à celui de ses lieute-

lots, et si l'on ti-ouvc, par un sentiment bien puéril, avouons-le,

lele titre de maréchal rappelle trop les souvenirs de la monarchie,

ne l'on donue à ce grade nu autre nom : celui de général en chef,

r exemple, mais nous préférons cent fois maréchal de France, à

s trddilions glorieuses qui se rattachent à ce titre,

I Par des motifs semblables à ceux que nous venons de dévelop-

te, il semble qu'un grade spécial doive être créé pom" le comman-

mmit d'un corps d'armée, surtout depuis que la permanence du

^a d'aimée est deveime la base de notre organisation militaire.

Ils question, en tout cas, a été soulevée, discutée, elle peut rêve-

t sur le tapis ci elle mérite uu exameu particulier.

Kl. On a&lt qu'ayiint refii. apr^a la tiutaille du Dresdi', l'orilre de sa joindre inibinm« puiir iionf^uivre rcnnemi, il Ht la mouvement avec uoe eitr6me 1er irc4 no rejoignit pu le l" cnrps qui, se trouvani iaolè, (Ut Écrasa il Culm. L SùHvenirt du duc dit Frzeu.iiic, \\. 5G1.

« La France » , dit Marmont, « est le seul pays où ron ait omis, au « grand préjudice du service, de créer un grade intermédiaire entre « ceux do lieutenant général et de maréchal pour commander les « corps d'armée. Des coq)s , il est vrai, étaient souvent sous Iqs « ordi'es de lieutenants généraux auxquels on conférait le titre « temporaire de général en chef et gui recevaient une lettre de « commandement '. Je dois même ajouter que celui qui en était « pourvu une fois, n'était jamais appelé à commander une simple « division, mais le grade étant toujours le même, il était fâcheux « d'établir volontairement et librement de pareils rapports...

« L'autorité, nécessaire partout, l'est encore plus parmi les « troupes; il faut que le chef qui disparaît soit aussitôt remplacé; « on a dû établir, comme principe fondamental, le droit d'ancien- « neté au commandement. Mais autre est l'exercice accidentel de « ce droit par le résultat fortuit des événements de la guerre, « autre est la délégation de l'autorité avec le même grade par la « volonté du souverain et quand il est maître de son choix. « L'amour-propre souffre d'obéir à son égal, surtout s'il est encore « le moins ancien*. »

. A ces arguments que nous avons cru devoir reproduire presque intégralement, parce qu'ils nous semblent résumer tout ce qui peut être dit par les partisans d'un grade spécial, on peut ajouter l'cîxemple de l'étranger. En Allemagne, en Angleterre, en Autriche, en Russie, en Espagne, la hiérarchie des ofliciers généraux comprend quatre grades correspondant aux conunandements de brigade, de division, de corps d'armée et d'armée. L'Italie seule a pris modèle sur la France et n'a que nos trois grades.

Il est facile de justiiier l'état de choses adopté en France et en Italie. La création d'un grade spécial, appelons-le lieutenant gênérai pour lixer les idées et comme d'ailleurs l'appelait Napoléon l**,

1. Ils onl étô peu nombreux. Eu dehors tic ceux qui sont parvenus à la UigDÎté de maréchal, tels que; Marmont, Victor, Oudinot, Suchet, Gouvion Saiot'Cyr, Macdonald, Laurislou, lloille, CUuizi'l, Maison en 1814, Lobau, Gérard en 1815, on no compte guèro que Junot, Ucynier, Dupont, Dorsenne, Orouet d*Erlon« Vandamme, Morand, à la lin do la campagn»; do 1813, Bertrand, Bapp en 1815; Kollormanu et CalFarelli eu Espagne. 11 n'ost pas ici question des généraux j'ommandant les grands corps de cavah'rio comme Nansouty, MoDtbnin, Latour-Maiibourg, Grouchy, Milhaud, Arrighi. 2. Marmont, Esprit des Inatitutions militaires, livre III, chap. i«'.

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è bonne pour le temps de paix ; mais en cae de guerre, ^le liuiilerail forcémeal les cliois et pourrait empocher de donner s commàndenienta des corps d'arnuic aux généraux les plus caibles. Il pourrait arriver, en elîet, gue les iiautes qualités d'un I pins jeunes fussent mises en relief par quelque circonstance mptévue, alors qu'il viendrait à peine d'obtenir le grade de géoé- 1 de division, alors peut-ùtre que le cadre des lieutenants géné- , s'il exiBte,ser<iitau complot. Comment, en ce cas, lui donner î grade s'il lui est indispensable pour exercer le commandement 1 corps d'année ? et s'il peut s'en passer, s'il sufEt de le munir id'une lettre de commandement, à quoi sert le grade? D'autre part, ■î l'âtat de paix se prolonge, les lieutenants généraux vieilliront it certains d'entre eux, sans être devenus assez inSrmes poux être \M$és dans le cadro de réserve, n'auront plus, au moment de la [uerre, la vigueur et l'activité nécessaires pour suffire aux exigenkes d'un grand commandement eu campagne \ taute de pouvoir les l-TemplaoerdanH leur grade, il faudra suppléer â leui' insuffisance en I délivrant des lettres de commandement à des généraux de division. L'existence d'un grade supérieur à celui de divisionnaire res- Feindrait le nombre des candidats à des postes élevés, tels que be ministère de la guerre. EnEin, les généraux de brigade à 62 I'AHH, ceux de division à 65 ans, doivent passer au cadi-e de réfienre ; il faudrait, ou abaisser ces limites, ou en établir une sunérieure poui' les lieutenants généraux. Dans le premier cas, s'exposerait à se priver des sei'vices d'officiers généraux en- MTO actifs; dans le second cas, c'est l'inconvénient opposé qui tourrail se produire par suite du maintien dans la première section ^u cadre d'officiers généraux trop âgés. En résumé, la création gil'uo grade spécial n'aurait d'autre résultat que d'augmenter les dépenses et de saLisfaire quelques amltitieux au détriment des vrais intérêts de l'armée. Ajoutons que ce que nous avons dit du i:otnuiaudement d'une armée ne s'applique pas à beaucoup près au m^ine degré au conunandement d'un coi-p» d'armée. Un commandant de corps a sous ses ordres un ensemble complet; il est relativemenl loiu du généi'al en chef, et la tendance! à s'isoler ou à n'écouter que ses propres idées doit lui venir plus facilement qu'à un général de division qui est immédiatement sous la main du

commandant de corps et qui, ne pouvant rien par lui-mémey ne cherche pas à se rendre indépendant.

Le nombre des officiers généraux de la première section du cadre (activité) était, en 1854 et conformément à la loi déjà citée de 1839, de 80 pour les généraux de division et 160 pour les généraux de brigade. Il a été porté, par la loi de 1875, à 100 pour les premiers et 200 pour les seconds.

La deuxième section (réserve) comprend, en nombre illimité, tous les généraux qui ont dépassé la limite d*âge fixée pour leur grade (65 ans les généraux de division, 62 ans ceux de brigade), et qui n'ont pas demandé à être retraités. Ils peuvent être investiSi en cas de guerre, de commandements à Tintérieur ; mais depuis la loi de 1878, qui a considérablement augmenté le taux des pensions de retraite, le cadre de réserve est à peu près supprimé en fait ; les officiers généraux retraités constituent d'ailleurs une véritable réseiTe, puisqu'ils restent, pendant cinq ans à dater du jour de leur mise à la retraite, à la disposition du ministre pour être employés en temps de guerre suivant leurs aptitudes et d'après les besoins du service.

Sous l'empire de la nouvelle loi, comme antérieurement à 1875, les généraux de division qui ont pendant la guerre rendu des services éminents dans certaines situations définies parla loi, peuvent être maintenus sans limite d'âge dans le cadre d'activité ; mais ils ne comptent numériquement dans le cadre qu'au cas où ils exercent une fonction de leur grade et jusqu'à la limite extrême de 70 ans. A ce point de vue, rien n'a été changé dans la législation, mais les circonstances particulières dans lesquelles s'est continuée la guerre de 1870-1871 après Sedan et Metz, ont donné lieu à des interprétations parfois arbitraires de la loi, et des considérations étrangères à la question militaire ont trop souvent influé sur les décisions du pouvoir. Sans entrer dans aucune cntique personnelle à l'égard des généraux maintenus, nous ne pouvons nous dissimuler que des motifs empruntés à la politique aient fait passer des généraux conmie Bourbaki et Ducrot dans le cadre de réserve: tout cela est essentiellement regrettable.

On crie sans cesse à la tribune et l'on répète continuellement dans les journaux: la politique hors» de V armée! l'armée hors de

/mais dépiitéB et journ.iliBt<;s de tous les partis oe Htseai de faire do I;i politique à propos de l'arint'-e. Encore si Ktilaît de la politique st^rieuse, mais uon ! les trois quarts du temps I ne B'agil qui; de préfôreoces ou" d'exclusions personnelles , fonôe« BUP les motil's les plus vagues, sur l'appréciation la plus bronée des hommes et des choses. D'im côté, l'opposition a toupare nue tendan™ à donner comme de grands guerriers tous les EBciers <|ui passent poui' plus ou moins hostiles à l'ordre de choses îttant. D'autre part, 11 suffit à un général médiocre de faire baner un peu plus haut que les autres le mol de République pour e traité de grand homme. Cela s'est vu de tout temps, car c'est e des conséquences du système parlementaire. Un exemple méhorable est celui du maréchal Soult qui, pour l'opinion publique, ftit perdu ou gagné ta bataille de Toulouse, selon qu'il était au Eouroir ou dans l'opposition. Un exemple plus triste est celui du rrfchat Clauzel, à la fois gouverneur général de l'Algérie et l'un m ebere de l'opposition k la Chambre des députés. Le ministère lui a les moyens nécessaires pour Faire réussir son expédition de b'CoQstaatiae , et cet homme de guerre éminent termina par un B'âcbec douloureux sa gloriense carrière. Plus tard, on vit la gauche ^4 la Chambre e.ialtor Lamoricière aux dépens de Bngeaud, taiinlB que pour les députés du centre, Lamoricière n'allait pas à la iheville du maréchal Bugeaud.

On ne saurait croire jusqu'à quel point cette intervention des Kflâpaiés dans les questions de personnes serait susceptible de dé- Uiser les hauts rangs de l'armée, s'il n'y restait assez de nobles caractères pour compenser de déplorables faiblesses. Et, véritablement, on ne peut guère en vouloir à certains hommes d'Ëtat de k'urs théories sur la subordination de l'élément militaire à l'élément civil, quand on les a vus obséquieusement sollicités, à la veille d'une promotion, par des compéliteurs peu scrupulenx. Ils jugent de ceux qu'ils ne connaissent pas parles exemples qu'ils ont M>us les yeux. Le Jour où un ministre de la guerre serait assez fort H a««t.'X sûr de lui pour venir déclarer à la tribune que toute racomniandatioD , émauât-ello d'un des leaders de la Chambre, *ora un motif d'exclusion pour l'officier qui en aurait été l'objet et où, cliOBe plue difficile, ce ministre tiendrait ea parole, ce jour-là

1^2 LES TRANSFORMATrONS DE l' ARMÉE FRANÇAISE.

nous commencerions à espérer lo relèvement de l'esprit militaire, dont la décadence fait de si rapides progrès. Il en est même qui prétendent quïi une telle déclaration, la Chambre éclaterait en applaudissements..., sauf à renverser le ministre à la première occasion et sous le premier prétexte qui s'offrirait à elle.

En dehors do Taugmontation du nombre des ofQciers généraux de chaque grade, la loi du 13 mars 1875 ne contient, au sujet de Tétat-major giuiéral, qu'une disposition nouvelle, le x^^ssage anticipé dans la réserve, soit sur sa propre demande, soit d'office, de tout officier général reconnu par lo conseil de santé incapable de faire un service actif, et la rentrée dans le cadre d'activité, jusqu'à la limite d*Age réglementaire, du même général dont le rétablissement sera consU-iti'^ dans la môme forme. C'est là une faculté avantageuse qui permet au ministre do remplacer les non-valeurs par des généraux valides, et laisse aux généraux momentanément fatigués, la faculté de prendre un repos nécessaire sans renoncer pourtoujoure à Taclivité.

Enfin l'examen du cadre de Tétat-major général de l'année soulève une question assez grave et sur laquelle les opinions sont encore partagées, quoiqu'elle ait été très nettement tranchée dans ces dernières années. C'est celle do la spécialité des emplois. Théoriquement *»t légalement, un officier général peut recevoir toute sorte de commandements de son. grade, quelle que soit son origine: un colonel d'infanterie, par exemple, peut, en devenant général, être mis à la tête d'une brigade d'artillerie ou de cavalerie, et de même un général de brigade qui n'a jamais depuis son entrée au service quitté l'artillerie ou la cavalerie, peut être mis à la tête d'une division d'infanterie. Dans la pratique, y a-t-il intérêt ou au contraire inconvénient à répartir les commandements sans se préoccuper de l'origine?

Dans l'ancien régime, les troupes n'étaient embrigadées que pour faire la guerre : les brigades d'infanterie et de cavalerie étaient commandées par des brigadiers de l'arme. Au-dessus de ces brigadiers, la cavalerie n'obéissait qu'à ses propres officiers généraux, dont les charges étaient achetées et qui par conséquent pouvaient sortir de l'infanterie. On voyait même des mestres de camp ou des colonels de cavalerie choisis parmi les officiers d'infanterie.

ÉTATB-MAJORS. 183

Ttaioin le comls At> Oisors, iils du maréchal de B^llc-lsle, miluistro de la gueiTe, ([ui de coiouel irinfaiiterîe, commftudant le ■<r^nienL de Champagne, Tut nommé mestre de camp de cavalerie, nniandanl les carabiniers. L'artillerie restait de la façon la plus (absolue BOUS les ordres de ses officiers spéciaux, qui u'âserçaienl ft d'autre commandement.

Dans les premières années de la République, il y eut tout naturellemeDl une grande confusion dans les commandemenle, et la bcîUtâ de passer d'uue arme à une autrn se continua jusque sous [l'Empire, C'est ainsi ()tie Ney, ancien hussard, après avoir consmment commandé une brigade et une division de cavalerie à ^l'armée de Sambre-et-Meuse, prit à l'arnit^e du Rhin le coramantdfiment d'une division d'infanterie; il en fut de même de Riche- ■panse qui, ancien colonel du 1" régiment de chasseurs à cheval, (ancien commandant de la division de chasseurs dans l'armée de Samhre-et- Meuse, s'illustra à Hohenlinden, à la t^te d'une division d'infanterie. Par contre, Davout, ancien chef de bataillon des roloRtaires de l'Yonne, ayant commandé une brigade d'infanterie t l'armée de Rhin-cl-Moselle, fit partie de l'expédition d'Egypte r comme génâml de cavalerie, sedistingua dans la Haute-Egypte â 1 tâte d'uue brigade de cette arme, fut nommé à sa rentrée en iPrance, général de division, commandant supérieur de la cavalerie de l'armée d'Italie, puis colonel-général des grenadiers à pied 3 la garde impériale, puis général en chef du camp de Bruges, maréchal d'Empire ftcommandantdu 3' corps de la Grande-Armée. Le commandement de l'arLilIerie était alors trop secondaire et ^rillsil de trop peu d'éclat, relativement au mat qu'il donuatt, «ur être recherché par des ofRciers qui ne sortaient pas de l'arme. * La carrière de l'artillerie est nécessairement bornée », a dit le r maréchal Marmont. • Ce service, toujours secondaire, a beaucoup « il'éclat dauB les grades euballemes, mais l'importance relative ■ de l'individu diminue à mesure qu'il s'élève. Le grade brillant > (I*artUlerie est celui do capitaine: aucune comparaison à faire I entre l'importance d'un capitaine d'artillerie et d'un capitaine k de toute autre arme, mais un colonel d'artillerie est peu de chose k à l'armée comparé à un colonel coimnandanl un beau régiment I d'inBinterie ou de cavalerie, et le général d'artillerie do l'armée

« n'est que le très humble serviteur du général commandant une « simple division. » Tout cela n*est plus vrai aujourd'hui au môme degré, mais dans les armées du premier Empire il en était bien ainsi. Napoléon n'eût jamais admis d'ailleurs qu'un service aussi spécial que celui de Tartillerie ou du génie pût être confié à des généraux qui n'en avaient pas connu les détails pour s'y être initiés dans les grades inférieurs. Quelques officiers d'artillerie, en bien petit nombre, ont au contraire été promus à des commandements en dehors de leur arme. Nous ne citerons pas Bonaparte lui-même, exception trop éclatante pour pouvoir entrer en ligne de compte et qui d'ailleurs refusa, en dehors de l'artillerie, tout autre emploi que celui de général en chef; mais au-dessous de lui nous trouverons sous l'Empire trois brillantes personnalités : le maréchal Marmont qui resta dans l'artillerie jusqu'au grade de général de division inclusivement, le maréchal de Lauriston et le général Foy qui la quittèrent en devenant généraux de brigade. On pourrait citer encore Pichegru et Vaubois, qui, de capitaines d'artillerie, passèrent au début des guerres de la Révolution, généraux de brigade et divisionnaires d'infanterie.

Depuis la Restauration jusqu'à la guerre de 1870, il n'a plus été fait de nominations semblables; }es généraux do l'armée d'Afrique, sortis de l'artillerie ou du génie, Duvivier, Lamoricière, Cavaignac, Bosquet, Marey-Monge, Esterhazy, de Fénelon et autres, étaient passés dans l'infanterie ou dans la cavalerie comme chefs de bataillon ou d'escadron, par suite de formations nouvelles.

Après la guerre de 1870, on a franchement adopté le système d'un état-major général dont tous les membres peuvent être nommés, suivant les besoins du service ou la fantaisie des ministres, à des emplois de leur grade. Huit ou dix généraux de brigade sortis de l'infanterie ont été chargés de diriger l'instruction d'autant de brigades d'artillerie, toutens'iustruisant eux-mêmes. Des colonels d'artillerie, en nombre égal, ont été nommés généraux pour apprendre leur métier en commandant des brigades d'infanterie. Le génie s'est bien gardé contre l'invasion, la cavalerie moins bien. En outre, plusieurs divisions d'infanterie sont aujourd'hui commandées par des officiers généraux qui sortent de l'artillerie, du génie ou de la cavalerie...

ÉTATS-MAJOnS. 185

I Nous ^irimerons sans crainte notre avis à cet égard, quelque [Srriépé qu'il puisse pariitlre. Nous croyons les généraux faits pour pnstruire les troupes et noa les troupes faites pour l'insli-uctioil UM généraux. Nous troyons que les brigades de chaque arme poivent être cotnmaniléesen principe par des olliciers généraux iebuK de cette arme et que pour commander une armée ou un corps n'armée, il n'est pas besoin d'avoir commandt; une brigade d'artili ftu de cavalerie, mais qu'il est indispensable d'avoir été à la lléle d'une division comprenant de l'infanterie et de l'artillarie. Ia cominandement d'une division d'infanterie est la véritable IVcoIe de la guerre et, le contact avec la troupe n'y étant pas immédiat, l'inslruction du général ne se fait pas aux dépens de celle 6 troupes. Que l'on fasse donc passer par celte école, en petit ibre, des généraux sortant de rarlillerie, rîe la cavalerie et du lie, qui seront assez jeunes pour pouvoir en profiler et dont P'aplitude au cominandenieot supérieur sera présumée, inais que l'on se gai'de bieu de pousser plus loin l'Iiomogénéilé du cadre ne l'état-major général si l'on veut que dans l'armée cltacun sache pc métier qu'il est chargé de faire.

Il peut être tion, â ce sujet, de savoirquelle a été, depuis l'instiuUOn des maréchaux d'Empire, la part des différentes armes dans fi nominations à cette haute dignité. Si des maréchaux de France hommes depuis 1804 jusqu'en 1870, nous retranchons les émigrés, UM. de Coigny et de Vioniénil, ainsi que le pripce de Hohenlohe, ^oniatowsld et le prince Jérôme, nous eu trouverons 57, dont 4 lortant de l'état-major : Berlhier, Clarke, Baraguey-d'Ililliers et Ptflissier; 3 du génie : Dode, Vaillant et Niel ; 4 de l'artillerie : MarmoQt, Laurtston, Valée et Lebœuf ; 10 de la cavalerie: Murât, Ney. Bessiêres, Kellermann, Grouchy, Sébasliani, Ejielmans, Kaniloa, Regnault de Saint-Jean-d'Angély et d'Ornano, et enfin 3Gde l'inranterie.

SEHV1CG d'état-majob.

Après l'état- major général, l'ordro naturel et logique des questions oous amène à traiter cellg du service de l'état- major, une des plus inWréBWOleaquepuisseËOujeverrétude de l'organisation militaire.

« Si la nature », dit le général Thiébaiilt, un des écrivains militaires les plus compétents en cette matière, « produit quelquefois « (le ces hommes extraordinaires qui semblent se multiplierau point « d^embrasser le conmiandoment et la conduite des armées, il n'en « est pas moins vrai qu'il est au-dessus des forces humaines de < pouvoir suffire en même temps aux méditations que nécessite « un commandement étendu, et aux détails qui tiennent'à l'exécu- « tion des plans qu'il faut à chaque instant modiQer et changer*. »

M. de Moltke a exprimé la même idée dans des termes un peu (litTérents, mais plus expressifs encore :

« Il y a de grands capitaines», dit-il, «qui n'ont besoin d'aucun « conseil, qui considèrent les questions et les titiitent eux-mêmes ; « leur entourage n'a qu'à les exécuter, mais ce sont des hommes « de premier ordre ; chaque siècle en produit à peine deux. Dans « presque tous les cas, le général en chef d'une armée ne demande « pas à se passer de conseil*. »

Précisant davantage, le général allemand Bronsartde Schellendorf s'exprime ainsi :

« L'état-major forme une des parties les plus essentielles de « l'organisation des armées modernes. Le général placé à la tête « d'un corps de troupes quelque peu nombreux ne saurait, surtout « en temps de guerre, se perdre dans les questions de détail dont « l'examen, la comparaison et la solution raisonnée ont souvent « néanmoins une certaine importance... Il lui faut donc des aides « et <'e sont ces aides qui forment l'état-major'. »

Enfui, Joniini, qui a tant et si bien écrit sur la guerre, a dit: « Un bon état-major est surtout indispensable pour bien consti- « uer une année; il faut le considérer comme la pépinière où un « général doit puiser les instruments dont il se sert, comme une « réunion d'officiers dont les lumières doivent seconder les « siennes... Un boîi éUit-niajor a d'ailleurs l'avantage d'être plus « durable que le génie d'un seul homme; il peut remédier à bien « des maux et nous osons affirmer qu'il est la meilleure sauvegarde « d'une armée. »

1. Uapport (lu gi'iiéral Billot à TAssonihlée n.ilionalo en 1875.

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