‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 74 sur 174 · La nation armée, p · texte numérisé non relu

La nation armée, p

Sainte-Hélène, « avait toutes les facultés d'un bon chef d'état-major; « il connaissait bien la carte, entendait bien la partie des rccon- « naissances, soignait lui -môme Texpédition des ordres, était « rompu à présenter avec simplicité les mouvements les plus com- « pliqués d'une armée*. » Tel était aussi, paraît-il, le rôle un peu effacé de Winterfold auprès de Frédéric II, dont il était le chef d'état-major, ce qui n'empêcha pas le roi de le regretter plus d'une fois après sa mort, de même que, dans la campagne de 1815, Berlliier lit grandement défaut à Napoléon. Il est permis, en elîet, de penser qu'avec lui Ney et Groucliy auraient reçu «à temps les ordres qui prescrivaient, au premier, d'attaquer les Quatre-Bi'as dans la matinée du 16 juin, au second, de se rabattre le 18 sur le champ de bataille de Waterloo. Il est même probable que l'attaque du 15 juin sur les cantonnements de l'armée prussienne dans la vallée de la Sambre eût été mieux combinée. Quoi qu'il en soit, Napoléon et Frédéiic furent, dans une certaine mesure, leurs propres chefs d'étal-major. Ce no fut pas le cas de Blûcher en 1813 et en 1815 ; Scharnhorst d'abord, Gneisenau ensuite , fui'ent l'intelligence de l'armée dont le vieil et implacable ennemi de la France éUiit l'âme par son activité et sa haine élevée, a dit Thiers, jusqu'à la hauteur du génie.

Dans cette armée, d'ailleurs, se trouvait à l'état-major général la dualité signalée dans celui de la Grande-Armée de 1805 et admise comme ime règle dans les états-majors prussiens où, près du généralissime, se trouve à côté du major général un adjoint chargé, sous. le litre de quarlier-fiiaUre général^ de tous les détails du service; la même disposition se retrouve à tous les degrés de l'é* chelle, c'est-à-dire aux armées secondaires, aux corps d'armée, aux divisions. Les états-majors autrichiens présenlent quelque chose d'analogue : le Moniteur du 2 avril 1809 donne des détails intéressants sur l'organisation de l'état-major de l'armée de l'archiduc

1. Mémoires sur la campagne iV Italie. A ce portrait, il conviendrait de joindre cf'liii «jua trac»'* do Borthier le duc de Fezonsac qui a été son aide dt» camp à plusieurs reprises {Souvenirs militaires, p. 228), L-t ceux que nous ODt laissée Marmuul, Ft»y, Pelet,' tous d'accord pour concédera Bertliier de hautes qualités d'activité, <lo eounige, do vifruour, de dévouement, ilo clarté dans l'expédition do8 ordres, mais pour lui rel'user en mômu temps toute aptitude à la direction supérieure des opérations militaires.

ÉTATS-MAJOllS. 19;»

Cliarles yoar la cumpa;jiie qui allail s'auviir. Cet t^lal-major cornrenaît quatre divisions :

l' La chai'celierit: inliuie, reld-maréclial - lieutenant Griiue, buttée des rapports à l'Empereur et des relations avec le conseil ijoe qui, on le sait, prétendait diriger la guerre depuis Vienne ; I 2* La chancellerie d'opÉmlions, général-major Prohaska : ordres I marche et de bataille, dlspositionii d'attaque et de défense, ■pporls, aouvelle?, journal des opérations;

\ 3' ChanecUerie de dHaU, adjudant-général baron de Wimpren :

|at6, ordres, proclamations, délivrance de sauvegardeB, étrangers,

inlines, etc. ;

[ 4' Cammamkineni général de l'armée, feld- mare chai- lieutenant

Bopils : caisses, transports, livraisons, hôpitaux, justice, etc.

m On lit, d'autre pari, dans le livre de TtUal-ninjor prussien sur la

pciMilpagno d'Italie, en 1859 : ■ L'armée doutait d'autanl moins du

ç succès que lo colonel Kulm était, comme chef d'éLit-major, à

5 eàté du général en chef et que tout le monde le croyait le plus

apable et le plus digne de cette place importante. Il n'avait que

g^;tôans. , , Du m^rae âge, de la m^me vigueur d'esprit ot de ca-

t nctère, le colonel Peschacher était adjoint au colonel Kuha

tCânuae sous-chef; la place de premier adjudant général était

■ occupée par le reld-niaréchal lieutenant Stankowics, qui s'était «^orieusemeiit signalé en 1849, à la fameuse défense de Temesk war comme chef d'élat-major du vieux Ruchowina.. . De ces trois

■ hommes, l'un, Kulm, devait discuter avec le général en chef les à prendre ; l'autre, Peschacher, devait transformer en

ares les résolutions prises, et le troisième, Stankowics, devait

[Uer à la discipline, au recrutement, aux hdpitauz, eu un mot

reiller but le bien-ôlre de l'armée. » Remarquons, en passant,

B le premier rôle est ici donné à un colonel dans un état-major

^ w trouve im général de division.

I Daus les états-majors allemands il existe, à côté des officiera S'état-major proprement ûits, exclusivement chargés de la pr^-pa- Ion du comltat, une autre catégorie d'officiers qui, sous le nom Waifadantur (^adjoints d'étal-major ou aides de camp) ont à traiter • Questions de personnel, de situations, d'avancement, de décora- ^ons, de raviuillemenl, d'entretien du matériel. Enlin, les ofli-

196 LES TKâNSFOHMATIONS de l'armée FHANÇAI8B.

ciers d'ordonaancc, toujours choisis parmi les mieux montés et les plus ontrepreuants, sont principalement chargés de la transmission des ordres écrits*. Cette organisation date de 1813. En France, sous le premier Empire, en outre des adjudants-commandants et des capitaines adjoints, il existait deux catégories d'aides de camp, ceux qui étaient commissionnés et ceux qui ne l'étaient pas, autrement dit dans le langage actuel : les officiers d'ordonnance. Le duc de Fezensac donne à ce sujet des renseignements intéressants dans ses Souvenirs militaires. Sous-lieutenant au ÔQ*" régiment d'infanterie de ligne, il fut nommé, le G octobre 1806, «aide de camp non commissionné du maréchal Ney, continuant à compter à son régiment et à en porter ruiiiforme. A en juger par les détails qu'il donne, la transmission des ordres les plus importants laissait fort à désirer dans la Grande-Armée. « Quant aux missions à cheval », dit-il, « on ne s'informait pas si nous avions un cheval seulement en « état de marcher quand il s'agissait d'aller au galop, si nous « connaissions le pays et si nous avions une carte, nous eu maa- « quions presque toujours*. »

Tout le monde connaît le rôle joué par le coi*ps du maréchal Ney, lors de la bataille d'Eylau, et son arrivée tardive sur le champ de bataille. Ou sait qu'il y fut devancé par le corps prussien de Lestocq, à la poursuite duquel il marchait depuis plusieurs jours et que l'intervention de Lestocq faillit changer la victoire d'Eylau en une défaite ou tout au moins rendre la bataille indécise. On croit généralement, d'après Thiers, que dans la soirée du 7 février qui précéda la bataille, l'Empereur dépêcha au maréchal Ney plusieurs olïiciers de l'état-major général pour le rappeler à lui. Le récit du duc de Fezensac montre les faits sous un jour bien dilféreut. Envoyé par Ney à l'Empereur dans la soirée du 7 pour lui rendre compte de la situation du 6^ corps, il ne put atteindre Eylau qu'avec les plus grandes diilicultés et sur un cheval épuisé de fatigue; il i)assa la nuit en plein air, à côté de ce cheval sellé et bridé, et au premier coup de canon, le major général lui prescrivit de retourner auprès de son maréchal, afin de l'inviter à précipiter sa

1. Derrécagaix,/// (invrre modvnic. Von d«.T (îulz, la Mution armée, l. Soiircnh's militaires, p. l'2'J.

marche pour venir former la gauche de Tarmée. Son cheval ne pouvait plus avancer, il en acheta un avec vingt-cinq louis qu'il avait sur lui; ne connaissant pas les chemins, forcé k un long détour pour éviter les Prussiens, il ne put arriver près du maréchal Ney qu'à 2 heures, alors que le 6* corps aurait déjà dû être en ligne. Encore fut-ce un miracle qu'il ne tombât pas aux mains de l'ennemi \

Ce détail de la transmission des ordres est au contraire très soigné dans Tarmée allemande. « On s'attache, dit von der Golz, « à choisir des ofTiciers persévérants, exacts, tenaces à surmonter « les difiBcultés imprévues. En guerre, l'homme et le cheval sont « capables d'efTorts plus grands que le commun ne se l'imagine « d'ordinaire. Un officier d'ordonnance du prince Frédéric- Charles « fit un jour, pendant la campagufî de la Loire, en hiver, le chemin « d'Orléans à Vierzon, aller et retour. Or, la distance est de 22 « milles allemands (80 kilomètres). On cite plusieurs faits sem- « blables dans l'armée allemande. Dans l'état-major de la première € armée, on en arriva à cette vérité d'expérience, qu'il e?t préfé- € rable pour les distances qui ne dépassent pas 10 milles allemands « (36 kilomètres) de faire porter directement les dépêches par les « ofBciers d'ordonnance et de n'employer d'autres moyens que pour « les dislances plus considérables *. »

La carrière du duc de Fezensac est utile à étudier si l'on veut bien comprendre les motifs qui ont inspiré au maréchal Saint-Cyr la création du corps d'état-major. Sous-lieutenant d'infanterie eu 1805, lieutenant a^de de camp du maréchal Ney pendant les campagnes de 1806 et de 1807, fait prisonnier en 1807, il se retrouve en 1808 aide de camp du ministre de la guerre, le duc de Feltre, son beau-père, mais détaché pour faire encore le service auprès du maréchal Ney. Capitaine en 1809 et toujours aide de camp du ministre, il fait la campagne d'Autriche dans l'état-major particulier de Berthier. En 1812, il est chef d'escadrons et, comme en 1809, aide de camp en litre du duc de Feltre, il remplit ces fonctions auprès du major général. Là, il se trouve dans le milieu le plus aimable et le

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