‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 75 sur 174 · La Nation armée, p. Ut · texte numérisé non relu

La Nation armée, p. Ut

phis aristocratique, avec MM. do Girariin, de Flahaut, Alfred de Nouilles, Anatole de Montesquieu, Lecoulteux, Adrien d'Astorg... Mais on ne Ty laisse pas moisir, et après la bataille de la Moskowa, il est nommé colonel du 4* de ligne, pour ôtrc promu six mois plus tard au grade de général de brigade ; il avait alors neuf ans de service, dont sept comme aide de camp. Loin de nous l'idée de critiquer un avancement motivé par de brillantes qualités militaires et particulièr.'ment justilié, en ce qui concerne le dernier grade, par une conduite liéroïqut» dans la canjpagne de 1812 à côté du marchai Ney. Mais M. de Fezen^ac Ini-mrme Ta dit: « Un officier qui « a de la fortune (M de l'édncaLion cherche toujours à entru^rà l'étal- « major, le service y est plus agréable ; les généraux sont disposés « à traiter favorabk'ment leurs aides de camp et à s'occuper de leur « avancement. »

Aussi les états-majors étainnt-ils composés généralement d'officiers riches, bien élevés, placés près des généraux en vertu de recommandations, mais n'ayant pas, faute d'une instruction spéciale, une aptitude marquée i^onr le service. « Les fils des hommes « en place », dit le général Foy, « les nobles anciens, les nobles « nouveaux, tous ceux qui voulaient faire la guerre commodément « et arriver do plein saut aux honneurs et au pouvoir, se jetaient « dans l'emploi d'aide de camp. Napoléon essaya d'enchaîner leur « fureur d'avanc«.'meiit; il décida (jue, pour avoir droit à un grade « supérieur, les ai«les »lo camp devaient servir dans les corps d'in- IV fanterie et de cavalerie, où Ton apprend à conduire les soldats « (Hi vivant avec eux. L'influence des alentours- du souverain con- « Iraria souvent les saines doctrines du généralissime et la règle « soull'rit de fréquentes infractions. Il est de la nature des cours « d'infecter les armées. »

Ce serait cependant une erreur de croire que le métier d'aide de ('anip fui, dans les armées de la République et de l'Empire, une sinécure, et surtout que les aides de camp fussent à Tabri du danger. Pour se convaincre du contrains, il suflirait de lire attentivement riiistoire des campagnes d'Italie et d'Egypte et de voir la consouuualion d'aides de camp faite par Bonaparte. A dire vrai, il s'en servait surtoui comme d'officiers de confiance qu'il avait sous la main et qu'il employait dans les circonstances difficiles poiH'les

ÉTATS-MAJOnS, 109

L mattre à k tôtu des troupes. A l'armée d'iLaliu, Mural, lui portait I le Utre <Io premier aide de camp, Tut ou réalité un colonel, puis un I général de cavalerie. Junot, qui venait après lui, fui blessé de cinq I roilps do sabre en rbaigeant les Autrichiens prés de Desenznno, I it la tâte dej guidoG cl d'un régiment de dragons ; il s'iinmorlalisa I eo Syrie, au condjal de Nazan-ih, où le diitachdiuent cpi'il com- [ mandait, résista victorieusement à des forces très supérieures, et, [ tleveun colonel général des hussarde, gouverneur de Paris, général [ en chef, Il tint toujours à honneur de conserver sou titre de pre- I mî«r aide de camp de l'Empereur. Marmont chargea à la tête de [ l'infatiterie â Mondovi et à Saint-Georges, avec la cavalerie â Lodî; [ 11 commanda toute l'artillerie légère de l'armée â Castigliono et I les troupe» de déharipiement A Mnlte. Muiron fut tm*: à Ai-cole en [ «ouvrant Bonaparte de son corps; un autre aide de camp, Ëlioi, I ftil tué â la môme bataille. En Egypte, Sulkowski piîrît pendant la I- révolte du Caire, Croiïier de même en Syrie. Rapp etSavary, après

■ ftVoîr été aides de camp de Deaaix, furent attachés â la personne I de Napoléon; Rapp chargea dans vingt batailleeâ lalétede la cavn- I lerie, Savaiy fut investi du commandement de toutes les troupes

■ «n Eepagne ptodant la maladie de Mural et gagna, eu Pologne

■ dans la campagne! d'hiver de 1807, ia bataille d'Ostrolenka, à la

■ léte du 5* corps de la Grande- Armée. Mural put peur aides île cnmp ■Aogasto Colbert qui a laissé la réputation d'un de nos meilleurs ■généraux de cavalerie, Eselmans, nommé ■■olouid pour sa bravoure

i Wertingen, et qui pendant le blocus de Parie, en 1815, livra

i Velizy ie diirnier combat de la Grande-ArméH. l'anni les aides

Bile aunp du Musséna, se signalènmt le géni'ral Pelet et le colonel

Suinle-Croix, dont la mort en Portugal e.^cit;i les regrets de toute

P'atmée. Pendant la campagne de ISfXi, le capitaine Penin, aide

Krie cunp du maréchal Davout, devançant le 3* corps d'armée eur

Hn Vistule, se montra un intrépide et habile commandant de cava-

Wie légère. Tostot-Ferri', capitaine aide de camp de Marmonl en

ll805, fit avec bonheur le service de partisan.

Si l'on veut se faire une juste idée des dangers auxquels étaient

[eiposés les aides de camp et de l'inlelligence avec laquelle ils tra-

^enalont des pays insurgés pour aller porter les ordres de leurs

taéraiix, risquant à chaque instant dV-tre pris et torlur-'s, il faut

lire l'histoire des guerres d'Espagne. Le colonel de Gonneville raconte dans ses Souvenirs militaires que, pour aller porter au major général les rapports du général d'Avenay, dont il était l'aide de camp, il fit dix fois de suite la route de Zamora à Valladolid, 52 lieues aller et retour, dans les circonstances les plus émouvantes. Le duc do Fezensac courut de plus graves dangers encore en allant d'Alagon à Matlrid, au mois de novembre 1808, remplir une mission du maréchal Ney auprès de T Empereur. Mais si quelques généraux, comme Davout et Masséna, employaient leurs aides de camp d'une façon sérieuse, les autres s'isolaient d'eux, comme Ney, ou cherchaient à s'en faire des amis comme Bernadette, ou ne leur demandaient rien comme Berthier, qui se servait de préférence des ofliciers de l'état-major général. « Au milieu des aides de camp de Berthier », dit encore le duc de Fezensac, « on se serait cru dans un salon de Paris ^ »

En dehors des aides de camp et des officiers d'ordonnance, les états-majors proprement dits, excessivement nombreux, puisqu'en 1812, le grand quartier général comptait 3G2 officiers, étaient fort déconsidérés. « L'affiuence des sujets », dit le général Thiébault, « coïncida avtîc Timpinitie des états-majors que les sujets les plus « distingués abandonnèrent peu à peu; le rôle des officiers d'état- « major était presque réduit, d'ailleurs, à la rédaction des états de « situation constamment demandés par Napoléon ; les reconnais- « sauces étaient généralement confiées aux officiers du génie, vé- « rital)les officiers d'iHat-major. »

« Le général Bonaparte », dit encore Foy, « tint peu de compte « de gens qui ne maniaient ni machines de guerre ni soldats; il « considéra le service de l'état-major comme un passage et non « connue une carrière. Les adjudants généraux étaient presque « assimilés aux oflicicM's généraux par la ressemblance du nom et « de Tuniforine; le premier Consul les dépouilla de ces ornements « et, joignant ensemble deux mots étonnés de se voir accouplés, il

1. A «în jufior par ciTlains docimn'nls <'t par co que nous avons entendu pjicoiiipr nous-iiiÛMii».' à «l'ancions iiiilitiiir-'s ilo l'Kmpiro, les états-majors comptaient j»armi imix «jut'liiics-uns rlf iics vieux «jrro^ruai'fls sachant à peine lire et é(;i"in», à qui ]«'ur luMvouro avait valu l'épaulette ; que venaient-ils faire là?... Sans doul»; occupor -piflque |.uKto dt? conliance auprès d'anciens camarades de cliaml>rt'*e, devijnus j:.'néraux ou inarécliaux.

« les appela adjudants-commandants. Les portes de Tavancement « leur furent presque fermées, lorsqu'elles étaient ouvertes à tout « le monde ; voulait-on punir un chef de corps négligent ou cou- « pable, ou le faisait adjudant-commandant. »

Il faut donc le dire, la composition des états-majors fut le point faible de la Grande-Armée et contribua certainement aux désastres de 1812 à 1815, car, comme Ta fait observer Jomini, un bon élatmajor peut prévenir bien des erreurs à la guerre, et bien des erreurs furent commises à cette époque par suite de reconnaissances incomplètes et d'ordres mal transmis. Les surprises de divisions entières, qui ne se gardaient pas, furent nombreuses ; il nous suffira de citer la division Girard à Arroyo de Molinos, en Estramadure, le 27 octobre 1812, et celle de la division Maison à Haynau, le 26 mai 1813, en Saxe; d'autres s'égarèrent et tombèrent au pouvoir de l'ennemi, comme les divisions Partouneaux à Borisow et Puthod à la Katzbach.

Le général Gouvion Saint-Cyr qui, avec sa manière méthodique de faire la guerre, avait dû plus qu'un autre souffrir de cette composition défectueuse des états-majors, comprit la nécessité de placer auprès des généraux, « au lieu d'aides de camp aussi braves « qu'élégants, mais désignés par la faveur ou l'amitié, des officiers « pourvus de connaissances spéciales, intermédiaires efficaces « entre le commandement et la troupe ^ » D'après ces principes, le corps royal d*état-major fut constitué par Tordonnance du 6 mai 1818. Les opinions, môme à cette époque et parmi ceux qui admettaient la nécessité d'un coi'ps spécial, étaient très partagées sur les conditions dans lesquelles ce corps devait être organisé. Les uns le voultiient absolument fermé, les autres étaient d'avis de laisser les officiers d'état-major faire le service dans les régiments jusqu'au grade d'officier supérieui*. L'idée de mettre un terme aux abus qui avaient marqué les dernières années de l'Empire et qui menaçaient de prendre, avec les exigences de la cour, des proportions plus grandes encore, l'emporta dans l'esprit de Saint-Cyr sur toute autre considération '.

Page 1