‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 77 sur 174 · Abrogeant celui du 24 juillet I88U · texte numérisé non relu

Abrogeant celui du 24 juillet I88U

ÉlATS-MAJOIIS. 207

|0ô, i^ouU et DavoLit, commaudïiiiis de corps d'annOe, avoir l'uii |t, l'autre cin^i tiidcs de cnmp. Mural en avait Eejil : mais les Uft-majors propromiint dite n'étaient pas si riLhement pourvus b'aajourd'liui.

I La création de l'état-major général du ministre, imitation du

idci étal-maJor pmesien qui existait depuis 1813 et qui avait 6ié

Wtigé pendant plusieurs années par des hommes tels que le géné-

1 de Mftffinjî, décrétée en France seulement en juin 1871 h la

pte de la gut-rre, et grandemenl développée depuis lors, était une

lovation nécessaire, conséquence inévitable d'une cruelle expé-

ice. C'est là que, pendant la paix, s'élabore sans mltlctie la

Mparation de la guerre, que sont décidées les mesures concernant

■rganiBaiion, la mobilisation, la conceulratiou, l'entrée en cam-

fue, les plane primitifs d'opérations. Malheureusement, la place

I chef d'ôtat-inajor général est soumise û toutes U's vfiriations

Utiques comme celle du ministre lui-même, et uous avons vu se

xéder, à la (été de t'état-major général, depuis le mois de juin

, douze chefs d'état-major. C'est dire qu'aucune lixité dans

K plana, aucune idée perbistanle, aucune gr.indc vue d'ensemble

1 pu présider à une préparation dont l'influence sur le début de

ignerre doit être cependant décisive.

I C'est encore de l'état-major général qu'une fois les armées en

me, partiront les ordres relatifs aux mouvements à faii-a en

e de la base d'opérations. Mais si cet éUil-major devait s'im-

r dans la direction de la guerre elle-même, il deviendrait

Le. C'est une question sur laquelle nous reviendrons plus

, nous bornant poui- le moment à exprimer l'espoir que l'on ne

ibera pas à cet égard dans les errements du passé. Le conseil

idîque de Vienne, présidé par un liomme comme le général Cler-

., pouvait dicter aux généraux autrichiens leurs pliins d'opéra-

me. Cette manière de faire, tout en ayant ses inconvénients, ne

réBeutait rien d'humiliant pour les commandants d'armée, tandis

a'il a fallu aux généraux de 1870 une forte dose d'abnégation

par recevoir tes leçons do stratégie qui leur venaient de Tours.

I L'instruction ou plutôt le décret du l"juin 1883, compléta;, eu

Iqui concerne le service en campagne, par le règlement du l(i

e euivaiit, donne, comme nous l'avons dit, les indicalione les

208 LES TRANbFOHMATIONS DIS l'aHMÉG FRANÇAISE.

plus minutieuses ; ces indications se rapportent, ponr ainsi dire, au fonctionneniont mécanique des états-majors, mais n'enlèvent rien à leur initiative et laissent à Tintelligonce et au savoir des officiers qui les composent, toute latitude pour se développer. Une fois de plus, nous avons prouvé que nous étions aptes à faire de bons règlements, ijl as qu'à élaborer de bonnes lois: cela tient à ce que les règlements sont rédigés par des hommes compétents, et les lois fabriquées dans des Assemblées qui, sauf le respect qui leur est dû, n'y entendent x^as grand'cliose. Aussi, {^)prouve-t-on généralement les règles de détail posées par le décret du l^juin 1883, pour le fonctionnement du service d'état-major, tandis que la loi du 20 mars 1880 est loin de ne soulever que des-apjirobations dans le sein de l'armée. Ce que l'on attaque surtout, c'est son princii>e lui-même. Nous avons donc, pour la- juger, à examiner tout d'abord cette question fondamentale :

Doit-on affecter au service d'état-major des officiers pris temporairemeut dans les différentes armes, ou est-il préférable d'entretenir un corps spécial d'officiers d'état -major, exclusivement chargés de ce service ?

Conformément au système que nous nous sommes proposé de suivre dans cette étude, nous mettrons sous les yeux du lecteur les différentes opinions émises à ce sujet par les auteurs ou plutôt par les officievs compétents.

Voici d'abord ce que dit le général de Fezensac, dont nous avons plus haut esquissé la carrière militaire : « Rien ne se ressemble « moins que le service d'un officier d'état-major et le service d'un « officier de troupe. Chacun des deux sait ce que l'autre ignore; « chacun ignore ce que l'autre sait. L'officier d'infanterie (je parle « de mou arme) sait diriger les soldais dans les marches, dans les « camps, dans les combats, mais, dans les grades inférieurs sur- « tout, l'oiïicier de troupe comprend peu les opérations militaires. « Son régiment marche sans qu'il sache poiu'quoi ; le moindi'e « mot d'un général l'inquiète ; il ne sait i)as qu'il y a tel ordre qui « ne doit élre exécuté qu'à moitié ; il a i)eine à saisir le moment « où l'officier livré à lui-même doit prendre sur lui d'agir. L'offi- « cier d'état-major, au contraire, vivant avec les généraux, lescou- <v iuut connm* un commandant de compagnie connaît ses soldais ;

ÉTATs-MAJons. :;oo

» il voil l'uttseinhle des uiutivcments; il comprend la porlOo des b t»rdres qa'il est chargé de transmetlre ; il apprend â altéuuei' la » «évârité d'im reproche, à modifier un ordre, quetrxneFols miîme

■ U est coQDulté, inaÏH il iguore à tioii tour les détails intérieurs k d'un corpg, et la partie rnoraif si imi>0Tlanlc, surtout dans l'armée k ffattçaise. A ses yeux, un régiment est une machine que l'on fait

■ mouvoii'àson gré, en tout temps comme en tout lieu. Une opé- « istîun militaire ne représente rju'une partie d'écheca. Aussi, » jwar devenir un bon génuTal, même un bon chef de corps, il

• but avoir servi dans uu régiment et dans un état-major ; j'aurais » peimi à dire lequel m'a été le plus utile dans la suite de ma k Carrièru. >

■ Après uu certain temps passé dans l'élal-major », dit de son côté 'te général Moraud', « il est raro qu'un jcuuo ofTicier ne prenne pan c sur 868 camarades demeurés dans les rangs, un ton de sufllsauco

• Ht de présomption qui les liiesse \ il a l'avantage d'avoir dB beaux « chevaux, et eus se ti-ainent dans la boue ; il a la faveur du général,

■ il est initié ilaas ses proji^te, et eux sont perdus dans la foule ; il

• M trouve dans tons les petits combats dont il se donnera peut- |. • être le nftrile, parce qu'il en a porté l'ordre, et qu'il en fit le

■ tspport; qu'on ajoute les succès de salon à ces causes si propres ' • i exalter la vanité et l'avide impatience d'un jeung liomme !.,.

■ HaÎB si sa place est dans les rangs, il s'en rappelle; il voit sans k« C08so,dans ses camarades, des rivaux qui peuvent le remplacer. Il

■ te gardera d'en humilier aucun dans sa prospérité, car il prévoit b l'infttant où il rentrera parmi eux. D'ailleurs, sans entretenir uu f corps spécial, on peut avoir une école où les officiers qrj désire- I nient suivre celte carrière, viendraient perfectionner et appli- ^({uer leurs connaissances... Au résumé, tout se décide sur le

■ cbamp de bataille, et là il faut surtout du coup d'œii et du sangf boid, une activité indomptable, qui ne connaît ni fatigue ui re-

■ tordement, il faut cette valeur, cette adresse, qui retirent de I loiu les embarras. Voilà ce que les maîtres n'enseignent pas, et l ce qui pourtant assure le succès à la guen-e... Ce n'est que lorsb gii'un général pourra choisir dans le grand nombre qu'il trou-

t Charte, p. Vil.

« vera dos officiers (l*état-major qui joignent rinstmction à ces « éininentes qualités personnelles. » Ici encore le général Morand a eu la prescience de Tavenir, en émettant l'idée de l'École supérieure de la guerre.

Alix opinions que nous venons de reproduire in extenso, il convient d'ajouter celle du général Thiébault, s'appuyant lui-même sur Moreau et sur Lannes, celle du général Haxo, enfin Tavis du Conseil d'État (comité de la guerre consulté par Gouvion Saint- Cyr en 1817).

Parmi les offi('iers de Tancien corps d'état-major qui ont le plus combattu la spécialité de ce corps, on peut citer les généraux Fay et licwal. « La vraie réforme à opérer », d'après eux, « consisterait « môme à avoir, au lieu d'un corps spécial, un service d'état-major « dans lequel les officiers les plus instruits de l'armée, sans distinc- < tion d'arme ni de corps, viendraient s'initier aux questions géné- « raies. »

« Le service d'état-major », dit de son côté le général Lewal, « donne à celui qui le remplit des connaissances indispensables à qui « veut commander un jour : c'est l'éminence, le clocher, d'où l'on « juge bien de l'ensemble d'une ville ou d'une contrée ^•mais il faut « en descendre fréquemment pour bien se rendre compte des détails; « sinon ou n^ prend qu'une connaissance imparfaite des choses. Il « faut donc qu'à cliaque grade l'ofllcier d'état-major soit appelé à « servir dans les corps de troupe, atin de les mieux connaître. »

Le général Billot, qui a pris la part la plus active à la discussion de la loi dans le sein du Sénat, s'était exprimé ainsi qu'il suit, dans son rapport adressé à l'Assemblée nationale eu 1875 :

« Les officiers d'étatmajor doivent être, sous tous les rapports, « l'élite do l'armée. C'est un principe incontestable, et le seul « moyen de le faire accepter et de le rendre populaire dans toute « l'armée, c'est d'y intéresser l'armée entière, en rendant accès- « sibles aux officiers de tout grade et de toutes armes qui s'en mon- « trent dignes, les fonctions d'éUat-major.

« 11 faut, en outre, que les officiers initiés par le service d'état- « major aux études élevées, complexes, que comporte la direction « des armées, ne restent point isolés dans une corporation fermée « pour toujours. Il est nécessaire qu'ils en puissent sortir, non

états-majOus. 211

b seulement pour se retremper, au contact àee troupes, dans la î pratique du commanflemeiit, maie encore pour que ceux d'enlrft

■ eux qui, après avoir vu de près les chefs de l'année pratiquer le I commandement, se sentent les facultés, les goilts, le caractère t voulus pour diriger les liommee, plutôt que do rester les aides

■ permanents dos généraux, puissent librement suivre leur car- ( rière dans la troupe, et devenir Buccessivement conmiandanls

■ dus régimente, des brigades, des diviaions, des corps d'armée, * des armées. ■

Au résumé, loue les arguments développés contre la spécialité I du corps d'état-major, à l'exception de ceux du général Morand, neonent à dire que si l'on veut devenir un bon général, il faut ■oit servi dans les corps de troupe pour connaître les détails et tuas les états-majors pour saisir l'ensemble, autrement dit qu'on e saurait faire un bon général si l'on n'a pas été alternativement lofilcier de troupe, marchant sans savoir pourquoi, et officier d'état- I major ne marcUant pas, mais sachant pourquoi les autres mai'ciient. Ainsi l'on veut faire de l'armée une grande école de commandement, et de l'état-major ime pépinière de généraux en chef.

Le rapport du général Billot à l'Assemblée nationale est aussi net que possible à ce sujet :

■ Nous voyons donc », dit-il, • un premier point se dégager: pré- « paration de l'armée pour la guerre par l'organisation de l'ensem-

■ ble des servicçs militaires, prépai'ation d'un personnel capable de ^«commander et d'un personnel capable d'assister le commau-

■ dament. Kt comme le meilleur moyen d'apprendre à comman- |« der consitte à observer les pensées, les décisions et les avis de

• CBUX qui commandent pour appliquer ensuite le résultat de ces (« observations en commandant soi-même, il en résulte que la

t pniparation du commandement ot la préparation des aides de §« commandement constituent, dans leur essence , une seule el

• n^mn opération. ■

Jomini était plus ambitieux. Selon lui, l'état-major doit être le Beonimati dénient m^me et tenir les généraux sous sa tutelle. ■ Un

• ôlat-major bien constitué », dit-il, • sera à une armée ce qu'un I • ministre habile est à une monarchie; il secondera te chef lors

« inùme qu'il tuerait en état de tout diriger par lui-même, il pré- « viendra ses fautes en lui fournissant de bons renseignements; il « les empêchera quand le général sera inhabile au commandement. « Et combien de hauts laits anciens et modernes, qui ont illustré « des hommes médiocres, ne furent-ils pas préparés par leurs alen- « tours ! Reynier fnt le premier instrument des victoires de Piche- « gru, en 1794, cl Dessoles, comme lui, ne resta pas étranger à la « gloire de Moreaii. Le général ToU ne s'est-il pas associé aux « succès de Kutusoff, Diebitch à ceux de Barclay de ToUy et de « Wittgensteiu, Gneisenau et Mi'iftling à ceux de Blùcher? Com- « bien d'autres noms ne pourrais-je pas citer à l'appui decesasser- « tiens? »

Ainsi Jomini pense qu'il faut avoir des chefs d'état-major capables de suppléer à l'insufïisance d'un général en chef en exerçant effectivement le commandement dont ce général n'aurait que le titre. Il y a, en eifet, d'autres exemphîsque ceux qu'il cite d'hommes supérieurs par rintelligence, ayant su inspirer la confiance à des chefs qui ne les valaient pas et prendre sur eux un ascendant

salutaire. Tantôt c'a été le chef d'état-major, tantôt le commandant du génie, tantôt hî commandant de l'artillerie, tantôt tous à la fois, comme en 1800 à l'armée d'Italie, sous le général Brune; parfois un chef en sous-ordre , plus souvent même un aide de camp. Mais ces hommes qui ont sul)i l'ascendant de qualités supérieures avaient au moins un mérite, celui de les reconnaître et de h^s a('cei)ter. « Les esprits médiocres », dit encore Jomini, « sont « toujours jaloux et enclins à se mal entourer, craignant de passer « dans U} monde pour être mal menés et ne sachant pas comprendre « que l'homme placé à la tête des armées a toujours la gloire pres- « que certaine du succès, lors même qu'il y aurait la moindre part. » On a vu aussi des généraux, comme Valée à Constantine, Vaillant à Rome, munis de pouvoirs spéciaux, égaux ou supérieui's à ceux du chef de Tarmée, faire prévaloir leurs idées et leurs plans en vertu de ces pouvoirs ; on a même vu des officiers d'état-major char.ués par le général en chef de la direction d'un mouvement dont rexécution était <:outiée à un général qu'on ne voulait pas iuiiier au plan d'ensemble ou dont la capacité n'inspirait pas conliance. Témoin Gouvion Saint-Cyr à l'armée du Rhin eu 1793«

Mais, en principe, il est mauvais que le véritable chef ne soit pas celui qui en a le titre, et les meilleures armt'*es ont toujours été celles qui étaient les mieux commandées, non celles qui avaient les meilleurs chefs d'état-major. Marmont a d'ailleurs répondu à ce que nous citions tout à l'heure de Jomini : « Un général peut « bien prendre des conseils quand il en sent le besoin, mais le « rôle habituel de conseiller, sans y être provoqué par le chef su- « prême, ne peut pas être pris avec succès'. » Le même auteur a dit plus loin : « Un général peut bien provoquer des discussions, « consulter des hommes de lumières, prendre même des conseils « quand il le croit utile, mais il ne doit pas être tenu d'en deman- ^ der et d'y déférer. En général, à Tarméo, il n'y a que deux rôles : « obéir et commander. »

Le vrai rôle de l'état-major est d'épargner au commandtmient des détails dans lesquels il se perdrait et, s'il est vrai que le chef d'état-major général participe, ne fut-ce qu'à titre de confident, aux vues d'ensemble et à l'élaboration des plans, le reste de Tétatmajor est absorbé par des détails qui ne sont pas les mêmes que ceux de la troupe, mais qui ne sont pas mieux faits pour élargir le champ des idées. L'officier qui alternera périodiquement entre le service de l'état-major et celui de la troupe, connaîtra plus de détails 'que celui qui restera confiné dans sa spécialité; c'est évident, mais les connaîtra-t-il mieux? Voilà la question. Et ce roulement entre l'élat-major et la troupe sera-t-il à l'avantage de l'armée? Voilà une seconde tjuestion encore plus importante.

La qualité du commandement, c'est-à-dire le don d'inspirer l'obéissance, de soufller sa propre volonté à une troupe et de la mouvoir d'un geste comme un seul homme, don inné dans certains caractères, s'acquiert pour les autres par le contact habituel avec le soldat; les habitudes contractées dans les états-majors, surtout dans les grades inférieurs, ne sont pas faites pour entretenir cette qualité et la développer; et c'est une vérité absolument éléuuuitaire qu'un capitaine qui viendra de passer quatre ans dans le service d'état-major, ne commandera pas une compagnie, un escadron ou une batterie aussi bien, à mérite égal, qu'un autre «-apitainc»

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