‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 86 sur 174 · Histoire de l'Artillerie française · texte numérisé non relu

Histoire de l'Artillerie française

1. BriaJmont, Notice sur le général de Blois. 3. Mémoires de Marmont, t, II, p. II.

ÉTATR<UAJOnS, SERVrCBS PARTICULIEHS, AHMÉE COLOUHLE. 249

nrjlilé, a calqué sur l'ourrage d'un officier du génie employé à ce hiègp lo rf'cil iju'il nous en a laissé, tranclie avec sa partialité abituelle le différend en faveur du gC-nie. Peu importe 1 l'osseunel ponv nous est de constater rjn'il a existé.

D« même en 1833, au siège d'Anvers, la prise de la lunette Baint-Laurent entraîna bien des pertes d'hommes et de temps, par lit© de l'obstination du génie à vouloir y faire brèche par la mine 1 lieu d'employer le canon.

« Quand j'assiégeais les places de Catalogne » , dît Gouvion t-Cyr, « je me trouvais entre les commandants de l'artillerie k et du génie comme un malade entre deux médecins bien décidée » à ne pas le guérir'. » Pendant le siège de Dantzick, le vieux Sohal Lefebvre se trouva plus d'une fois perplexe entre lee avis ipposéa des généraux Lariboisière et Chasselonp-Laubat. ■ Le l Sdnia >, dit à ce sujet M. Thiers, ■ comme il est d'usage dans les r 9ÏÊgeB, ne s'entendait pas avec l'artillei-ie; il expliquait par l'in- ■ BuiBfiSDCO de la protection qu'il recevait de l'artillerie, la lenteur k de fies cheminements. L'artillerie répondait qu'elle faisait de sou I mieux. Ces deux armes diffèrent volontiers d'avis, car l'une est [ chargée de déterminer les attaques, l'autre de les exécuter à I coops de cauon ; elles se trouvent trop rapprochées dans cette f ODUrre difficile pour ne pas se contredire. C'est au général qui i commande en chef à les mettre d'accord'. »

Ce conseil est plus facile à donuer qu'à suivre, tous les généraux

D chef n'ayant pas, comme le maréchalLefebvre, la ressource de

BlAOOarirà un Napoléon P'pour trancher le nœud gordien. Aussi

[ue toujours le commandant eu chef a-t-il subi l'ascendant d'un

l-de» deux partis, le plus souvent c^lui du génie doni l'artillerie

lit regardée comme l'accessoire, parce qu'elle semblait n'être là

! pour protéger les cheminements du génie. Voyei Valazéà

h,lger, Ilaxo à Anvers, Vaillant à Rome, Bizot et Niel à Sébas-

l'^ate d'attribuer à l'artillerie le râle principal, on a trop souvent S au prétexte de la difficulté des transports pour ne lui accorder B des moyens insufSsants. La durée du siège de Dantzick, en

1807, est attribuée par les hommes compétents à la supériorité numérique de Tartillerie de la place sur celle de l'attaque. Sous le premier Empire , le siège de Saragosse , de nos jours ceux de Rome, de Constanline, de Puebla et de Sébastopol, ont été entrepris avec un nombre insuffisant de canons. « A Sébastopol », dit encore Brialmont, « la confiance trop absolue des ingénieurs fran- « çais dans Tattaque régulière a inspiré la résolution fâcheuse « que prirent les alliés de cheminer pied à pied contre une place « qui, au début, pouvait T'tro prise de vive force *. » — « Ni l'exal- < tation des troupes », a dit à ce sujet le général Totleben, dont l'avis doit faire loi, « ni leur résohition de se battre jusqu'à la « dernière extrémité, n'auraient pu sauver Sébastopol, si rennemi « Teût attaqué après le passage de la Tchemaïa. »

Aujourd'hui, après la guerre do 1870, après les immenses progrès de Tartillerie, avec la puissance et la facilité des moyens de transport, il est enlin admis qu'on assiège et défend les places par Tartillorie. Une place n'est plus qu'une grande batterie ; les ingénieurs chargés de la construire, de la défendre ou de l'attaquer, doivent donc être initiés complètement à la science de l'artilleur, ou plutôt ils doivent être des artilleurs. Ceci est tellement vrai que le seul fait de réunir dans une même école, celle de Metz, les sous-lieutenants d'artillerie et les sous-lieutenants du génie, a doublé la valeur du corps du génie qui, pendant les guerres du premier Empire, a été au-dessus de tout éloge.

Lisez ce qu'on dit le général Foy, ancien officier d'artillerie : « Les ingénieurs élèvent les fortitications permanentes et passa- « gères. Ils attaquent et défendent les places. Ils vont à la guerre. « On peut assurer que sous ces trois rax)ports il n'existe dans au- « cuno corporation militaire au monde plus d'habileté et de patrie- « tisme que dans notre corps du génie. L'Europe a été jono.hée de « nos redoutes et de nos retranchements. Aux sièges, les officiers « du génie étaient l'àmo de l'attaque et le nerf de la défense... » Mais ces paroles, auxquelles nous applaudissons de grand cœur, ont été écrites il y a plus de soixante ans. Depuis lors, le rôle de l'artillerie est devenu prépondérant.

l. Notice sur le général de Blois, p. 41.

4TATS-MAJ0BS, SERVICES PAHTICDLIERS, AHMÉE COLONIALE. 251

■ L'artillerie », dit en tennes heureusement trouvés M. l'inteniDl LahausBois, « défend et attaque les places avec le canon. Le i génie les attaque avec la pelle et la pioche; l'artillerie construit k les jiotits de bateaux, le gânie les ponts fixes. Au fond, i'art est I 1b mtoo et il y a inconvénient h séparer des officiers et des f troupes devant concourir au même but '. »

n suffit , d'ailleurs , d'avoir été tant soit pou mêlé aus alTaires our être édiTié sur les ronséqueuces de la séparation complète des deux services du génie et de l'arlillerie et sur les lenteurs qui en résultunt.

« Enfln, il ne saurait y avoir dans une année que trois corps • combattants : l'infanterie, la cavalerie et l'artillerie », dirons-nous Jftvec M. Ii^ général Snsane : ■ en dehors de cela, tout est accessoire u service administratif. » Or, le génie doit l'tre autre chose qu'un »;e8S0it-e, el la capacité incontestable et le dévouement de ses li'iers doit trouver un libre développement. Ce résultat ne peut s obtenu que par leur fusion avec les officiers de l'artillerie, rès tout, Vaiiban n'était-il pas un véritable artiUeur, et Frédécll, parlant de Gribeauval qui défendait contre son armée la e de Schweidnitz, ne l'a-t-il pas appelé un des premiers ingè- •Mrs du temps ' ?

Tels sont les arguments incontestablement sérieux que font va- I iûîp les partisans de la fusion entre les deux armes. Mais ces I .argiuncuts ne semblent pas près de prévaloir sur les motifs opji posas.

Nous savons bien, comme nous l'avons dit au chapitre précé-

l^dsDl, qu'il a été et qu'il est encore question de fusionner l'artillc-

e de forteresse dans le génie, pour ne plus conserver qu'une ar-

fiUerie de campagne exclusivement vouée au service du canon de

ûUe. Mais ce n'est pas une fusion de ce genre que nous de-

iderions, car elle serait la mort de cette artillerie de bataille

t nous sommes à bon droit si llers et qui perdrait à se séparer

rarliUerie de forteresse la plus grande partie des qualités qui

B distinguent. L'étude du canon de campagne ne peut être sépa-

4 (uampagaede 176!),

252 LES TRANSFORMATIONS DE I'aRMÉE FRANÇAISE.

rée de celle des canons de siège, de place et de côte, et au fur et à mesure que le personnel de Tartillerie de campagne se recruterait dans ces couclies nouvelles dont le savoir ne porterait plus ombrage au commandement supérieur, on verrait ce que Ton aurait gagné à n'avoir plus pour le service de campagne comme pour celui des siègps que des demi-officiers d*arlillerie. L'armée allemande est la seule, avons-nous vu plus haut, dans laquelle cette séparation existe. Partout ailleurs les officiers passent, suivant les besoins du service et les vacances d'emplois, d'une artillerie dans une autre, et nous croyons savoir qu'en Allemagne on n'a pas déjà tant à se féliciter de faire exception à la règle commune.

Il y a, d ailleurs, pour le moment présent, une question qui domine tout : celle de l'opportunité. Ce n'est pas d'aujourd'hui que la réunion de l'artillerie et du génie est réclamée, ni d'aujourd'hui qu'elle est nîpoussée par les officiers des deux armes. Gassendi qui, en 1809, était à la tête de la sixième division du ministère de la guerre, comprenant l'artillerie et le génie, écrivait : « Cette « réunion n>st plus possible. Le sentiment des deux corps est bien « prononcé pour qu'elle n'ait pas lieu. » Le général Foy, de son (^ôté, dit qu'on a proposé souvent à Napoléon de réunir l'artillerie et le génie, et que l'Empereur n'eut pas Vimprudcnce de tenter cet essai. Poui-quoi aurions-nous cette iuiprudence aiijourd'hui que nous vivons au jour le jour et que nous ne sommes pas sûrs de demain? Lorsque Ton risque d'un moment à l'autre d'être assailli par un violent orage, on ne démolit pas la maison sous laquelle on s'abrite pour en construire une neuve, au risque d'être surpris par la tempête avant d'avoir terminé son nouvel abri*.

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