‹ Les transformations de l'armée françaiseChapitre 96 sur 174 · Avant la bataille. Lévy et G«», éditeurs · texte numérisé non relu

Avant la bataille. Lévy et G«», éditeurs

DRIUtnKnËSBRVB. AllWÉE TEllllITOni \LK, TROOPES AU>iII.rAlIlGS. 21)5 ARMÉE TEHRITORIAtE.

Rien d'absoUimeat wemblaWe à l'armée territoriale no figure

ihb le [>aasâ militaire de la France: les milices même de l'anïennn monarchie avaient bien peu de rapport avec cetti! institution e créatloa nouvelle. Chaque paruiese entretenait à 666 fraie un ou tsieurs miliciens, pris arbitrairement dans les premiers temps t désigiii^s plus tard par le sort parmi les hommes de 20 à 40 ans, on mariés. Ils étaient habillés, équipée, armés, soldés et exercés

1 maniement d'armes les ilimancbes et fêtes \ 50 ou 60 miliciens 'un groupe de paroisses voisines formaient une compagnie, et la ûunion de 15 à 20 compagnies d'une même province composait m régiment, dont les ofliciers étaient choisis parmi les gentilsonuneii de la province. Les milices furent d'abord employées à Dmliler les vides faits par la guerre dans les régiments de ligue, I des régiments de milice furent appelés à l'armée, passant loPB à la solde du roi et prenant le nom de régimenls provînciatur . U sa distiuguèi'eut en plusieurs circonstances, notamment à la iarsaille, où Catiuat dut U victoire à la fermeté déployée par eux, li qu'à Maiplaquet.

L'ordonnance du 20 novembre 173G, œuvre des ministres Bre- EuU et d'Angervilliers , donna pour un instant aux miliciens ne organisation plus sérieuse; 100 bataillons de COO hommes ^partis en 6 compagnies constituaient mie sorte d'armée territrlate. Chaque compagnie comprenait 4 escouades de 24 hommes, [immatidées chacune par un sergent qui tenait le contrôle et assurait de la présence de ses soldats ; car, libres de se marier, ■ ne devaient pas s'absenter sans permission. La durée de leur irviceétaitlixécâsix ans, pendant lesquels ils étaient exempts de » contribution. Cette exemption se continuait même trois ans ^rba leur libération. Les bataillons devaient être convoqués au toins une fois l'an ; ils étaient alors soldés ; les officiers touchaient i BOlde pendant quinze jours avant et après la convocation ; les K'geotB, seule, étaient payés toute l'année. Il se glissa dans la latique de cette institution ime foule d'abus. Beaucoup d'indivi-

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tirage au sort, et malgré la défense formelle insérée dans l'ordonnance, ]es miliciens se faisaient remplacer à prix d'argent. Les bataillons de milice envoyés à Tarmée prirent la fuite à la bataille de Dettingen, et Ton ne conserva que les grenadiers qui, formés en bataillons, sous le nom de grenadiers royaux, s'acquirent une grande réputation pendant la guerre de Sept ans. Les autres bataillons de miliciens furent attachés, un par un, aux régiments d'infanterie pour leur servir de dépôt et combler les vides qu'y faisait la désertion.

Licenciées une première fois en 1762, rétablies en 1771, incorporées arbitrairement dans les troupes de ligne par le comte de Saint-Germain, les milices furent réorganisées en 1778 en régiments provinciaux, ou plutôt le ministre Montbarrey les constitua ainsi qu*il suit : 13 régiments de grenadiers royaux, 14 régiments provinciaux et 78 bataillons de garnison.

L'Assemblée constituante supprima, le 30 septembre 1791, les troupes provinciales comme contraires à l'institution de la garde nationale. Ce fut un tort, car elles portaient en elles le germe de l'armée moderne. En fait c'était une réserve, ou même une troupe active recrutée par le tirage au sort, à côté d'une autre troupe recrutée par les enrôlements volontaires; ce n'était pas une armée territoriale.

Les vétérans qui firent partie du système de Gouvion-Saint-Cyr, organisé par la loi de 1818 (voir au chapitre I), se rapprochaient davantage de l'armée territoriale; mais leur nombre était restreint, et d'ailleurs ils furent supprimés en 1824 après n'avoir été convoqués qu'une seule fois et très partiellement, pendant l'expédition d'Espagne de 1823.

Le général Morand, tout en raisonnant dans l'hypothèse d'une armée à effectif restreint et î\ longue durée de service, faisait ressortir ainsi qu'il suit, dès l'année 1829, la nécessité d'une armée territoriale: « Un État», disait-il, « est défendu par des manœuvres et « par des batailles, par des places fortes qui forment les avenues « du pays et qui sont les dépôts de ses ressources, enfin par le « maintien de l'ordre et de la paix dans ses foyers. Il faut donc « trois armées distinctes ; une armée active, une armée pour la « défense des places, une troisième armée pour la police inté-

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I rieiire... L'armée active serait donc recmlée pamii les jeunes « gons de 20 ans, dont l'engigement durerait jusqu'à 28 ans ; l'ar- « mée des places, parmi les hommes de 2it à 36 ans ; enfin, la * garde nationale comprendrait les hommes de 37 à 44 ans '. >

Aprt!s hi gnerre de 186G entre l'Autriche et la Prusse, guerre dont le déuouotnent inattendu dessilla les yeux des gouvernants de la Fmace et leur fnleva pour un moment celle présomptueuse confiance qui a été trop souvent l'apanage de noire pays, l'empereur Napoléon II[ sentit la nécessité d'accroître les forces militaires du paye. * Les événements de 1866 », disait-il au Conseil d'État, « sont venus prouver qu'il élait aécessaire qne la France, non pas 1 pour prendre l'offensive, mais mâme pour garder son rang et sa - position en Europe, eûl une armée de 800,000 hommes '. . Pour arrivera cet efTectir, on imagina la garde nationale mobile, organiBëe dans les conditions que nous avons exposées au chapitre premier, mais qui, jusqu'au moment où la guerre éclata, en 1870, n'exista que sur le papier. Le maréchal Niel, promoteur de celte institution, ne put obtenir les moyens de la développer et son successeur, le maréchal Lehœuf, no lit rien pour cela. Aussi, nulgré les avertissements émanés de généraux tels que Saint-Cyr et Morand, malgré la tentative du maréchal Niel en 1868 et les I enseignements de 1702, 1814 et 1815, il fallut une quatrième et I plus rruelle invasion pour décider nos législatem's à organiser les I forces défensives du payfc.

Jliftque-là, l'histoire de l'armée territoriale est tout simplement

l'histoire de la garde nationale. Si connue qu'elle puisse être, il

I ne sera pas sans intérêt de la résumer ici; il est dos expériences

I doot le souvenir est hon à réveiller de temps à autre pour ôter à

I ceux qui pourraient en avoir l'idée, l'envie de les recommencer,

La garde nationale, on le sait, est fille de la Révolution. Dès le

I S juillet 1789, Mirabeau, demandant à la tribune de l'Assemblée

' CODBtitnante l'éloignement des troupes, pour la plupart étrangères,

qui entouraient Paris et Versailles, proposait la création di' milices

' bourgeoises. Le 13 juillet, les gardes françaises, travaillés depuis

I longtemps déjà par lo parti révolutionnaire, après avoir donné dos

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preuves journalières d'indiscipline, se révoltent ouvertement et en masse, attaquant à coups de fusil les troupes chargées de rétablir Tordre. Dans la soirée du 13, rassemblée des électeurs, réunie à rHôlel-de-Ville, décrète en principe la formation de la milice parisienne ; les gardes françaises offrent leurs services et le concours de leur expérience militaire ; leur offre est acceptée avec enthousiasme (Hoche, Priant, Lefebvre, tous trois gardes françaises, restèrent fidèles à leur drapeau); le 14, la Bastille est prise; Elle, en uniforme de garde française, était à la tête des assaillants; le 15, les troupes de ligne sont éloignées, et Lafayette est nommé commandant en chef de la garde nationale, composée de 60 bataillons ayant chacun 8 compagnies, dont une soldée ; le tout forme un corps de 31,000 hommes, parmi lesquels figurent 100 officiers et 6,000 gardes françaises ou déserteurs soldés*. Les gardes françaises ne firent pas, dans cette circonstance, preuve de dévouement et de désintéressement patriotiques. Leurs exigences dépassèrent toute mesuro, et la Commune de Paris accueillit leurs demandes avec une facilité scandaleuse ; non seulement on leur distribua la masse ainsi que les effets en magasin de leur régiment, mais on estima leurs casernes et leur hôpital au prix de un million trente mille livres, et on leur distribua cette somme, comme si les immeubles dont la ville prenait possession leur eussent appartenu. C^est ainsi que ces soldats d'élite de la monarchie, institués pour la défense personnelle du roi, furent définitivement attachés à la cause de la Révolution ; tristes recrues pour la garde nationale de Paris, dont ils formèrent le noyau.

La plupart des villes suivent avec enthousiasme l'exemple de Paris ; des milices bourgeoises sont organisées partout et prennent même , dans quelques places , possession des citadelles et des forts. Le 14 juillet 1700, 60,000 fédérés, délégués des gardes nationales des départements, célèbrent, dans le Champ de Mars, Tanniversaire de la prise de la Bastille. Un état dressé au mois de juin 1791 et conservé aux archives de la guerre, donne le chiffre de 2,571,000 citoyens portant ^unifo^ale^ Jusqu'à cette époque,

1. Os il(!-tails sont empruntés à l'ouvrage de M. 1»» baron Poisson : t Armée et ta garde nationate de 1780 à 1794.

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