I. Mémoires tiv Dumounrz, livn* IV, cliûj». v
* Au milieu des grandes places est éle
ItULPKg AUXILIAIRES. 303
snoalé d'uQc tenle ornée de drapeaux, de banderoles tricolorefi el du courouDes de chêne. Vue table est dressôo snr des tam-' i liouTB pour inecrire les noms des citoyens qui se présentent I pour (oarL'Iier à la frontière. Les gradins conduisant ù l'amphi- ! ihiîfttro sont garnis de canons; dans un vaste cercle formé par i des gardes nationaux, la musique militaire joue des aitt: patrie- ^tiques'. ■
fioiu l'iniluence de ces escilations,, 6,000 hommes seulement iF'enrâlent à Paris. Mais l'Aseemblée y joint dos mesures plus seeu&«s. Par nu nouveau décret, elle détermine le contingent que upie département doit fournir ; augmente relîectif des bataillons staoïs et en crée 42 nouveaux. Les gânéraux ont droit de réqui- HOuner, pour en former des batailluus, les compagnies de cliassetde gi-enadjers de la ^'arde nationale sédentaire. Alors appakiBEcal les balaillons de /"riiiires qui, au Uiui d'être composés de Aoutaîres d'un mémo ■département, comprennent des gens de ■te espèce et du tout pays, ne se connaissant pas euti'e eux, fe>ï>ëiB!uat ni à leurs chefs ni aux généraux et ne semblant suscep- > d'union que quand il s'agit de commettre des airocitëB. Bet à eux que l'on dut les désordres du camp de Soissons, d'où Sânéral Ducoiut écrivait, le 21 août 1792, au miuislre Servau : ^i-x cents hommes vienoeut de me dire : Nous ne voulons pas ^xaper, nous ne vouions pas de riz, nous ue voulons pas de pain * «ï o munition, nous voulons vingt sous par jour, ou nous ne servi- *"CniB pas'. ■ Ce sont en» qui font dire â Dumourieï dans ses méâjF^îaree: < Il se trouvait à Châions huit à dix balaillons de volon- HpVk.Sresou de fédérés qui, à l'arrivée des fuyards (après la prise de HPck. Crois -au-Bois), au lieu de les arrêter, avaient pillé les masa- *iïi8 et repris le chemin de Paris, en commottanl les plus grand» tcès ft publiant ijue Dumouriez élail un traître qui avait vendu **rmée. Us avaient coupé la l5te à plusieurs officiers qui avaient p'Ouln leur faire entendre raison et arrachaient aux officiers des lUpes de ligne leurs épaiilettes et leur croix de Saint-Louis, et
r natioaale. l. I". p
304 LES thansformations de l'armée française.
< ils assassinèrent le lieutenant-colonel du régiment de Vexin, qui
< avait voulu résister à une pareille insulte \ »
Quand ces bataillons eurent rejoint l'armée, Dumouriez les fit camper à part, entourés par la cavalerie et l'artillerie, et leur signifia qu'à la moindre mutinerie il les ferait hacher en pièces. Ceci se passait avant Yalmy : Tincident de Rethel fut postérieur à cette victoiiH). Deux bataillons de fédérés de Paris, malgré les efforts du général Chazot , y massacrèrent quatre déserteurs des émigrés et menacèrent de tuer le général lui-même. Le 2 octobre suivant, Ciistine fut obligé de faire fusiller à Spire un capitaine et deux sous-olFiciers qui, en tête de leur compagnie, entraient de force dans les maisons, brisaient les armoires, emportaient l'argenterie ainsi que les meubles précieiLx et proclamaient de tous côtés que le pillage était uu droit légitime *.
Le 12 novembre, le général Labarolière, commandant Tavantgarde de Tannée de la Moselle, entièrement composée de volontaires, écrivait au ministre Pache : « Je ne puis répondre des trou- « pes actuellement. Une grande partie ne sont plus les enfants de « riionneur, mais les compagnonsdu crime et de la débauche; il y « a tant de coupables qu'il faudrait une moitié de Tarmée pour ré- « primer l'autre'. »
Ce n'est pas tout : la loi autorisait les volontaires de 1791 à se retirer le 1*' décembre 1792 ; sourds à toutes les objurgations, ils demandèrent à retourner dans leurs fovers. En vain la Conventioa argua du danger de la patrie, en vain le ministre de la guerre, par une ciix*ulaire, prescrivit aux généraux de n'accorder aucun congé aux volontaires, ils désertèrent en masse: « J'ai été étonné », écrivait de Metz, le 2 novembre, Camot le Jeune, commissaire civil à l'armée de la Moselle, « de trouver depuis Meaux jusqu'à Metz une « grande quantité de volontaires nationaux qui retournaient à Paris « avec leurs armes *. » El le citoyen Desportes, envoyé de la République à Deux-Ponts, mandait de son côté au ministre des atfaires étrangères : c Beaucoup de volontaires nationaux ont abandonné
•- L* lrw»«i ff hi finr»h mi*i*nttih . l. Il, y. l ' •. «illL-i- lî J.:^^i^ l. .» < Vi*h»t»*ti»r' <. V 117. 4. /'/ /./.
. HESKilVK, W\IV.V. TElirtlTOnUr.K, ■rUoi:PESAL'XIUIAlRES :H)'i
■m piibliqtiemQtit leurs drapeaux en vomissaut des injures contre le
général auquel ils reprochaient de les nuner à la bouclierio. »
Pour parer à ces diieerlioos, la Couveation, parun discret en date
20 février 17U3, réquisitionna 300,000 hommes, en mettant à la
tepoeition du ministro de la guerre Lmis les gardes nationaux de
A 40 ans, non mariée ou veufs snns enfants, et en fixant le con-
iogent de uhaque départerai-nl-.. Celle réquîsilion donna les i-é-
ICats les pluti déplorabli^s ni provoqua iinniildiatemeut l'insurrec-
;on delà Vendi*e. Quant* aux soldats qu'elle fournit, on peut en
Igor par cet extrait d'un rapport du géni'ral Berrnyer, en date du
avril 1793, après le combat de Chemillé : « Au premier montent
do l'attaque », dit-il, «j'ai eu la douleur de voir la plupart des v;o-
lonlaireH s'enfuir lâchement, llestdurpourun vicus mditaire de
commandera des lâches. » Rien n'égala cependant les hoireups
iZUTnises par im halaillon de la PhaUaige marseillaise envoyée à
rnnéo du Var, au mois de décembre 1792. Le gént^ral Amctrae
conimaiidait celte armée, ayant demandé à la ville de Mar-
îlle une levée extraoï-dînaire de gardes nationales pour la reu-
forcejj l'administration départementale des Bouches-du-Rhôue,
'OS^ahI plus à ses propres difficullés qu'aux intérêts de l'aruiée,
fltadel'oixasiouiiourBe débarrasser de l'écume de la population
'■- Alareuille. Un halaillon qui faisait partie de celte lovi^e de 6,000
'^ïtirnes, arriva à Anlihes quelques jours avant le passage du Var;
'es olliciors de ce hataîllou arrêtèrent et pendirent les prêtres de
la. ville; après la mort de ces victimes on les mutila ; lo parties
"Naturelles furent cloui^es au bout d'une longue perche, les cada-
'^^^&6 ailacliés à une conle et traînés dans les rues. Ko télé de
•2«tte époiivantalile cérémonie, marchait la nommée Laïs, femme
'^u capitaine commandant le bataillon, portant rinfânie perclie
■ *3*^i Qgurait là comme drapeau; on ne sévit pas contre ces aho-
* *^HnabIes extès'. » Ces désordres étaient encouragés par ie parti
' '*'''oiiln, A l'armée du Nord, Houchard avaitfliilri la lâcheté d'un
"Mai Uon de volontaires du Finislère qui avait prie la fuite en abaii-
^**i»ttOt sus canons et signalé les actes de brigandage commis par
* voloiilaires, en dem.indaul un conseil de guen-o permant-nt
30G LKS TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉB FRANÇAISE.
poui* juger les lâches et les pillards. La Convention avait approi celte demande; mais, au club des Jacobins, on déclara que Houchj avait calomnié les volontaires, que c'était un faux patriote ^ aristocrate militaire et dès lors sa perte fut jurée.
Lorsque le parti révolutionnaire le plus avancé domina dani Convention, les généraux à qui étaient dus les succès de 1792 rent mis en suspicion, décrétés d'accusation et exécutés, ou ils s'enfuirent comme Dumouriez qui passa à l'ennemi, coi Montesquieu qui émigra; Westermann même, un général révcr^D. tionnaire ami de Danton, péril sur l'échafaud. Kléber, Marcs^ai vainqueurs de la grande insurrection vendéenne, tombèrent en <i3/g grâce. Tous furent remplacés, comme nous l'avons vu, par des b:i^. seurs, des médecins, des avocats, des émeutiers, des incapables. Aussi les désastres, cominencés par la déroute d'Aix-la-Chapeiie et la bataille de Neerwinden, se succédèrent-ils sans relâche: Valenciennes et Condé au pouvoir de l'ennemi, Mayence pris par les Prussiens ; Toulon et Lyon dans les mains de l'insurrection, les Espagnols à Villefranche^ à CoUioure et à Port- Vendres ; les Vendéens à Saumur, etc.. C'est alors que la France fut sauvée par l'énergie du Comité de salut public et grâce aux mesures habiles prises par trois hommes dont les noms doivent dominer tous ceux qui, à la même époque, ont acquis, au titre de la politique, des réputations diverses : honorés par les uns comme de grands citoyens, jetés aux gémonies par les autres comme d'infâmes tyrans. Ces trois liommes sont Robert Lindet, Prieur de la Côte-d'Or, et, le premier de tous, Carnot.
Si Carnot, comme nous l'avons entendu dire au printemps de 1870 par un orateur de conférence, qui soutenait devant une foule insensée, la cause de la suppression des armées permanentes, s'était borné à frapper du pied le sol de la patrie pour eu faire sortir quatorze armées, nous n'admirerions pas beaucoup Carnot, wr ^ lui était facile, avec le pouvoir absolu de la Convention, d'envoyer des milliers d'hommes aux frontières. Mais la gloire de Carnot repose sur des baises plus solides. Quand il prit, le 15 août 1793, la direction des affaires militaires, l'armée se composait de deux éléments disparates et hostiles l'un à l'autre: les vieilles troupes de ligne, peu nombreus^es, qui dissimulaient aux yeux de
rennemi, par leur tière attitude, la position désespérée de la France, et les soi-disant volontaires qui offraient le spectacle de Tindiscipline et du désordre qu'elle engendre toujours; A la tête de Tarmée ainsi composée , se trouvaient des généraux Auvent lâches, toujours incapables et présomptueux. En faisant décréter la levée en masse, le 26 août 1793, car le rapport et les discours de Barrère ne furent alors que Texpression éloquente des idées formulées par Carnot au sein du Comité de salut public, eu proclamant ainsi sur la base la plus large le principe du service obligatoire et faisant accepter avec patriotisme, comme une loi égale pour tous, ce même service militaire qui paraissait odieux lorsqu'il était imposé par la réquisition et la menace de la guillotine, en lanc^ant immédiatement à la frontière ces soldats improvisés, mais en dictant aux généraux une lactique nouvelle mieux faite que les manœuvres à la prussienne pour notre caractère national, enfin, en allant chercher dans les rangs de l'armée, Hoche, Pichegru, Moreau, Jourdan, Dugommier et rappelant Kellerm^nn pour remplacer à la tête des armées les ridicules produits de la fantaisie révolutionnaire, Carnot a réellement sauvé la France et la Révolution*.
L'année 1793 était à peine écoulée, que déjà Lyon et Toulon étaient repris, Maubeuge sauvée par la victoire de Wattignies, les lignes de Wissembourg réoccupées et Landau débloquée par Hoche, la grande armée vendéenne détruite à Savenay, et ces succès n'étaient que le prélude de ceux de la glorieuse année 1794.
1. Cette diirérence entre les effets de la Jevée en masse et ceux de la réquisition n'a pas été toujours bien comprise. Dans une lettre fort curieuse adressée d'Espagne, le 25 août 1809, à lord (iastlereagh, Wellington s'exprimait ainsi: « Je « sais qu'on croit généralement que c'est l'enthousiasme qui a fait sortir victorieu- « sèment les Français de leur Révolution et ({ue c'est lui qui a engendré les hauts « faits qui leur ont presque procuré la conquête du monde; mais si l'on examine « la chose de près, l'on verra que l'enthousiasme était seulement le nom, que « la force fut vraiment l'instrument ({ui sut faire naître ces grandes choses sous « le système de la terreur «jui, le premier, arrêta les alliés et «lue la persévérance « dans ce môme système d'approprier chaque individu et chaque chose au serrt vici; de l'armée jmr la force a depuis fait la conquête de l'Kurope » (Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, t. XI, appendice, documents sur Tahivera). Plusieurs auteurs, entre autres le baron Poisson dans Y Année et la garde nationale, Camille Housset dans les Volontaires, et surtout le dur d'Aumaln dans les Institufions militaires de fa France, ont au contraire très bien fait ressortir ce fait que ce n'est pas la terreur qui a produit les véritables armées de fa République, tf Qu'où ue vienne plus nous dire », s'écrie éloquemment le duc d'Aumale, «que c'estla guillotine qui asauvé la France» (/es insfifutions militaires, p. 02).
308 LKS TRANSFORMATIONS DE l'aRMÉE FRANÇAISE.
Mais les balnillons fouillis par la levée en masse ne pouvaient marcher à renneiui tels qu'ils étaient, leurs cadres, produits de Télection et sortis de leui*s rangs inexpérimentés, n'avaient aucune valeurs Ces 545 bataillons furent d'abord fondus dans les anciens volontaires, sans qu'on tînt le moindre compte, des nouveaux grades; puis bientôt tous les corps francs furent dissous, etFamalgame des bataillons de volontaires avec les bataillons de ligne forma enfin l'armée nouvelle, la véritable armée delà République ; admirable assemblage où les qualités des uns et des autres se fondirent dans un ensemble presque parfait.
Soyons justes : lïdée de cet amalgame n'était pas due à Carnot. Avancée une première fois en 1791 à la tribune de l'Assemblée constituante par Aubert-Dubayet, général et député, elle avait été reproduite devant la Convention dans le rapport lu, le 7 février 1793, par Du])Ois-Cran( é au nom du comité de la guerre et définitivement acceptée, le 21 février, après une longue discussion.
L'article 1*' de ce décret était ainsi conçu : « A dater de la « publication du présent décret, il n'y aura plus aucune distinc- — -. « tion ni différence de régime entre les corps d'infanterie appelés ^ s « régiments de ligne et les volontaires nationaux. »
Toutefois, en raison des hostilités prochaines, l'exécution de ^3»e l'amalgame fut ajournée à la lin de la campagne; ce fut encore ^^-e Carnot qui eut le mérite de l'exécuter au mois de janvier 1794, et ^ —t qui apporta dans rac(*omplissement de cette tAche autant de fer- — -jmelé que d'intelligence de la situation.
L'infanterie fut organisée eu demi-brigades fonnées chacune^^ je par la réunion de doux bataillons de volontaires avec un bâtai UoiaiiK' n de ligu(î. C'en était fait do la garde nationale et de ce qu'on avait" .^h appelé la )iation armcc. « Louvois », dit le duc d'Aumale, « avait crét» -^é « l'arniéc royale, Carnot constitua l'armée nationale; il donnais ^Aa « base la plus large à nos institutions militaires, mit en pratiqu^^ne « les principes auxquels il faut toujours plus ou moins revenir, ^^met « nous ne lui marclianderons pas ce sublime éloge qu'il avait h^^sa- « bitué le Foldat français à considérer comme la plus belle des r»*^- « compenses : // a bien mérité de la patrie^. » — « Les officiers », a