‹ Les transformations de la langue française pendant la deuxieme moitié du 18e siecle, 1740-1789Chapitre 10 sur 75 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CRÉATION DES MOTS (suite). - L'ACADÉMIE

I. Les académiciens : Moncrif, Grasset, Marmontel. — Les Dictiomiairs de 1762 et de 1798.

Les traditions ont été de tous temps très respectées dans Tillustre compagnie, et nos néologues n'avaient aucune chance d'y faire prévaloir ce qu'il y avait d'excessif et de révolutionnaire dans leurs théories. Mais, par tout ce qui précède, on a vu quels liens étroits rattachent la doctrine néologique et la philosophie du temps. On sait, de plus, que, pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle, l'esprit philosophique entra avec d'Alembert à l'Académie, et que le parti s'empara de la position et s'y fortifia. Si les puristes avaient autrefois gouverné l'Académie, leur autorité se trouva désormais fort diminuée; sous l'influence des philosophes, l'Académie se dégagea, même en matière de grammaire, des anciens préjugés. Loin d'exercer sa rigueur et sa censure contre les novateurs, elle se montre accessible aux idées des réformateurs modérés, elle entre résolument dans la voie des concessions.

Pour s'en convaincre, il suffît de parcourir les Dictionnaires de 1762 et de 1798, et surtout de relire deux discours prononcés devant l'Académie, le premier par Moncrif dans « l'assemblée pubhque » du 10 mars 1742, et le second par Marmontel, le 16 juin 1785 ; l'un a une portée générale, l'autre renferme le plan de réformes immédiates ; tous deux ont une grande importance, tant par les idées qui s'y trouvent développées que par les intentions et les tendances qui s'y révèlent.

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