EMPRUNTS AU LANGAGE POPULAIRE
Vogue de l'argot et de la langue poissarde.
m. Introduction des mots et des expressions populaires dans la langue écrite.
Nous avons déjà vu que la seconde moitié du dix-huitième siècle est l'époque du plein épanouissement de la langue noble ; à ce moment elle semble se constituer définitivement ou du moins atteindre, à force d'épurations, à sa forme la plus achevée. Mais déjà elle commence à dépérir : l'exagération même des principes qui la constituaient, l'excès de ses tendances devaient rendre son succès éphémère. Une réaction s'annonce. Quelques écrivains font entendre des revendications pressantes ; beaucoup reviennent aux expressions que la langue noble condamne. Le néologisme, l'archaïsme, l'emploi du vocabulaire technique lui portent atteinte. Mais de toutes les influences avec lesquelles elle se trouve en conflit, aucune ne la menace plus directement que l'infiltration des expressions populaires dans la langue littéraire. Du résultat de cette lutte devait dépendre en grande partie l'avenir de la langue classique : la question présente donc un intérêt qu'on ne saurait méconnaître.
A ce problème d'ordre général semblent se rattacher des questions secondaires qui en augmentent encore l'importance ; il s'agit de Tarchaïsme, des mots obscènes, de la propriété des termes. Il pourrait être bon de tenir compte de ces éléments d'appréciation. Mais ils ne sont indispensables ni pour conduire notre démonstration, ni pour asseoir des conclusions, et l'étude de ces points accessoires risquerait de compliquer et de ralentir notre recherche.
Seuls les mots et les expressions, auxquels leur origine et leur emploi donnent un caractère vraiment populaire, doivent retenir notre attention. Mais, avant d'étudier dans quelle mesure ils se sont intro-
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duits dans la langue du dix-huitième siècle, il importe de rechercher les causes qui ont pu favoriser, hâter leur fortune et leur développement. Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle ils ne bénéficient pas seulement du régime de la tolérance, ils jouissent du plus grand crédit, auprès des meilleurs écrivains et de la société nondaine.