‹ Les transformations de la langue française pendant la deuxieme moitié du 18e siecle, 1740-1789Chapitre 48 sur 75 · EMPRUNTS A LA LANGUE POPULAIRE · texte numérisé non relu

EMPRUNTS A LA LANGUE POPULAIRE

A^--^. — Je me borne à relever ici les mots populaires qui ont fait l'objet d'une remarque dans les œuvres des écrivains. Pour de plus amples citations, il suffit de se reporter à l'exposé général.

FiON. Mercier, Tabl.^ VI, 296 : Graves auteurs, graves penseurs... vous n'êtes pas dispensés de donner le fion à vos livres ; sans le fion vous ne serez pas lus. Le fion peut s'imprimer dans une page de métaphysique comme dans un madrigal à Glycère. Académiciens qui parlez de goût, étudiez le fioji, et placez ce mot dans votre Dictionnaire qui ne s'achève point. »

Jeunesse (une). Marquis d'Argenson, éd. Jannet, V, 219 : « Pourquoi avoir banni du beau langage une expression populaire, une jeunesse : pour parler d'une jeune fille ou de plusieurs Jeunes gens ensemble? Rien ne supplée à cela, et la langue en était d'autant plus riche... On entendait en même temps de bonnes et d'aimables qualités avec quelques défauts; enfin cela présentait une image... De dire c'es^ une jeune personne ne dit point cela. Quand on dit c'est une jeunesse qui se divertit, c'est comme si on disait : cela se divertit parce que cela est jeune. » — Admis Ac. 1835 : « Il se dit quelquefois, populairement, d'une personne jeune et surtout d'une jeune fille. »

A propos du pluriel, Marmontel, Usage : « Pourquoi a-t-on perdu le pluriel de jeunesse, qui exprimait si bien d'un seul mot les illusions, les erreurs, les folies de ce bel âge? » — Ac. 1762 admettait encore jeuwsse au sing. et au plur. pour désigner l'imprudence et les folies de la jeunesse ; il a fait bien des jeunesses ; c'est une jeunesse qu'il lui faut pardonner. — — Suppr. en 1798.

Paillasse (= celui qui se moque des autres en faisant le niais). — Mercier, Tabl., VIII, 262, se plaint que ce mot avec cette signification ne soit pas « dans le dictionnaire ». — Ac. 1798 admet ce mot au sens de bateleur.

Pousser (se). Chamfort, I, 46 : « Cette image est si juste que le mot qui l'exprime a passé dans le langage du peuple. Il appelle faire fortune se pousser... Les honnêtes gens disent : s'avancer, avancer, arriver, termes adoucis qui écartent l'idée accessoire de force, de violence, de grossièreté... » Cette métaphore pourtant se trouve déjà dans Ac. 1740.

*Ramponer. Merc, Tabl., II, 82 : « Ramponeau enrichit la langue d'un mot nouveau ; et, comme c'est le peuple qui fait les langues, le mot restera. On dit ramponer pour dire boire à la guinguette hors de la ville, et un pej plus qu'il ne faut. »

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