‹ Les transformations de la langue française pendant la deuxieme moitié du 18e siecle, 1740-1789Chapitre 55 sur 75 · LOCUTIONS ABSTRAITES ET PÉRIPHRASES · texte numérisé non relu

LOCUTIONS ABSTRAITES ET PÉRIPHRASES

Activité. Mettre en activité. Terme de gazette (F.).

Activité a : sa mâle activité au travail. — Expression « contre l'usage» (F.).

Adoration (être en — devant). Expression devenue très à la mode, dit F., qui

cite le Mercure : cet historien est en adoration devant les despotes ; — et

Marmontel : Lucie était en adoration devant elle. — Ac. 1835. *Agir (en — avec). Féraud relève cette expression dans une lettre de Racine à

son fils, et la juge barbare. — Elle Test en effet; mais, au xviii^ siècle,

elle était très employée. Diderot, III, 248 : vous êtes le maître d'en agir avec

moi comme il vous plaira. — Montolieu, Caroline^ II, 177 : on en agit trop

indignement avec moi. — Riccoboni, II, 238. B. de St-P., Et., III, 229 ;

les Romains n'en agissaient pas ainsi.

*AisÉ (avoir). Laclos, lll, 2 : sans le malheur, nous aurions eu bien aisé. Aller, parvenir. Terme à la mode au xviii® siècle. Dorât, Coup d'œil, I, 164 : un

homme encore jeune, ayant tous les dehors qui plaisent, en passe d'aller.

— Ibid., I, 246 : il parut charmant, divin, fait pour aller à tout. — Ac. 1 798

admet : cet homme est fait pour aller à tout. Apparent (il est — que). C'est un anglicisme, selon F., pour il y a apparence

que, il est vraisemblable. J.-J. R., Lett. du 16 janvier 1763 : il n'est pas

apparent que... elle ne se fût pas avisée de venir chez moi. Arracher (s') quelqu'un. Mercier, Tabl., III, 28 : on en raffola, on se l'arracha.

Ac. 1798.

Arranger (s') pour. J.-J. R., Em., II : il ne s'était nullement arrangé pour ce

sang-froid. — Ac. 1798 admet s'arranger pour, mais devant un infinitif. Attendrir (s') sur. Riccoboni, V, 235, Miss Jenny : Cette idée m'attendrit sur le

sort de mon amie. — Au xvii° siècle, on ài^dM s' attendrir pour. — Ac. 1835. * Attention (prendre — a). Grosier (F.). Avoir. Voir aisé, ferme, droits, instruction, succès, trait. Avoir une femme. Expression nouvelle, dit F., qui la relève dans Marmontel et

dans le Méchant de Gresset. — Ac. 1835. Beaucoup (de). Féraud remarque qu'avec un superlatif on emploie de beaucoup,

de beaucoup la plus ancienne, alors que le xvii^ siècle mettait beaucoup, *Beauté (faire). Expression assez nouvelle et assez à la mode; mais elle n'est

pas encore assez autorisée (F.). — Déjà Le Sage {Gil Blas, VII, 13) s'en

moquait comme d'une expression précieuse. '

*Cacher (se — DE FAIRE QUELQUE CHOSE;, Craindre de. C'est une expression de

Fontenelle, suivant Féraud.

*Gercle (faire), tenir compagnie. Expression nouvelle (F.). ^Changement (être d"un grand — ), être changé par rapport à la santé. Genlis,

Th. d'éduc, II, 392. Signalé par F.

Charme (être sous le — ). Diderot, d'après Chênedollé (Rivarol, CEuv , 230) :

j'étais vraiment sous le charme, comme disait Diderot. — Féraud signale

cette expression comme moderne, précieuse et bizarre; il cite G osier et

VAnn. littéraire. — Admis Ac. 1878.

Cœur d'homme. J.-J. R. (Merc, Mol.) : un des plus beaux spectacles qui puissent

flatter un cœur d'homme. — Admis Ac. 1878. Compagnie (bonne), 1782. — Merc, Tabl., I, 181 ; on a fait un usage abusif

depuis plusieurs années de cette expression qui a succédé à celle de bon ton.

— Le mot est pourtant dans Ac. 1740.

Compagnie (être). Riccoboni, I, 174, V Abeille : muette au milieu d'un grand

cercle, une fille ne semble pas être compagnie. Compte (sur le — ), Besenval, 63 : elle m'a accablé de questions sur votre

compte. — B. de St-P., £f., III, 301 : les satires écrites sur leur compte. —

Ac. 1833.

Concurrence (jusqu'à la). B. de St-P., Et.^ I, 86 : où l'eau des pluies se

ramasse jusqu'à la concurrence d'un bon verre d'eau. — Ac. 1740 ne l'admet

qu'en parlant d'argent.

Considération (prendre en). — D'après une remarque de Chamfort (Mercier,

Néologie)^ il semble que cette expression était déjà usitée avant la Révolution.

— Mercier ajoute qu'elle a été adoptée dans toutes les assemblées législatives, ({ et enfin a circulé partout». — Ac. 1798.

Continuer son indulgence a, 1786. Faublas, II, 171 : l'engager à me continuer son indulgence.

Conversation (faire la). Genlis, Th. d'éduc, IV, 371 {le Magistrat, IL 2) : on s'amuse à faire la conversation. — Non admis par Ac. 1878.

Conversation (relever la). — Faublas, IV, 78 : si M™^ ... n'eût relevé la conversation prête à tomber. — Ac. 1798.

Courant (être auI. Dorât, Coup d'œil, I, 168 : je suis au couinant des ridicules.

— Ac. 1798.

Degrés (par). Dorât, Coup d'œil, II, 277 : par degrés elle revient à elle. — II, 304 : elle s'attendrit par degrés. — Ac. 1835.

Différence de ... a. Riccoboni, V, 240, Miss Jenny : quelle différenc< de ses actions à l'empressement de mylord.

Discuter sur. Genlis (F.) : discutant le plus froidement sur l'intérêt le p us cher à mon cœur. — Targe, Hist. de Smollet (F.). — Mairan (L.). — In 'onnu à Ac. 1833.

Diversion (faire) a. — D'Olivet (Concourt, Portraits du xviii® siècle) eut de la peine à faire admettre cette expression dans Ac. 1740. Elle est très fréquente dans J.-J. R., Prom., 1 : la douleur physique elle-même, au lieu d'augmenter mes peines, y ferait diversion. — L'expression s'est établie ])endant la seconde moitié du siècle.

Droit de l'homme, 1773. Mirab., Essai, 266 : principes dont la reconnaissance^

des droits de l'homme est la base. — 1778. Linguet, IV, 70 : enivrés de ces mots de liberté^ des droits de Vhomme.

Droits (avoir des — a). Montolieu, Caroline, I, 271 : il réclame ses droits, et je vous déclare que vous serez privée de tous ceux que vous avez à ma tendresse. — Ac. 1878.

Dupe (être). Féraud remarque avec raison qu'au xvii® siècle on disait être la dupe, et non pas être dupe. Il cite Hennebert et Linguet.

Eblouissant de. Marmontel (F.) : éblouissante de vivacité.

Echanger des lettres avec quelqu'un. Leibniz (F.) : Les lettres que nous échangeons. — Je ne crois pas que ce soit là un anglicisme, comme F. le suppose.

Eclair (par), sans réflexion. Expression nouvelle, dit F. en citant Necker : légers, voyant tout par éclair et décidant de même.

Eclats (rire aux). Genlis (F.) : Th. d'éduc, II, 24 [la Colombe, se. 3) : elles riaient aux plus grands éclats; — et la Reine Fantasque, conte attribué à J.-J. Rousseau : elle riait aux éclats. — Ac. 1835.

Féraud semble n'admettre que éclater de rire, faire des éclats de rire. Au xvii" siècle, on disait pourtant rire aux larmes (cf. L. s, v° rire 1°).

Education. Donner de l'éducation. Genlis, Th. d'éduc, V, 182 (laLingère, I, 7) : je n'épargnerai rien pour lui donner de l'éducation. — Ac. 1835.

Faire une éducation. F. : depuis peu on dit faire une éducation, élever un enfant. — Ac. 1835.

Effet (faire). F. : effet s'emploie depuis quelque temps indéfiniment, sans régime. On dit produire de Veffet, faire effet, comme on dit faire impression. C'est un néologisme dont on peut bien augurer. — Le Mercure de France, Sabatier (F.). — Ac. 1878 : faille un bon, un mauvais effet.

Egard (par — a), au lieu de par égard pour. J.-J. Rousseau (F.) : par égard au sentiment de nos compatriotes. — Expression analogique de eu égard à.

Envisager sous un aspect. Riccoboni, IX, 272 : envisagea les propositions sous un aspect différent.

Epoque (faire). J.-J. R., Em., IV : nous ne savons que le mal ; à peine le bien fait-il époque. — Diderot (L.). — Ac. 1835.

Errer (laisser — sa pensée). F. : « Necker a employé depuis peu cette expression qui est belle et qui fait image. » — M"^ Riccoboni, II, 90 : incertitude qui laisse errer l'àme sur des illusions; — V, 129 : mes pensées errèrent sur mille objets. — Ac. 1798.

Esprit (faire de l'). Fa/re de l'esprit et faiseur d'esprit, expressions modernes, dit F. qui cite V Année littéraire. — Ac. 1798.

Etre. Woiv adoration, changement, charme, compagnie, courant, dupe, temps, usage, victime.

Etre de, c'est de son âge, c'est d'une témérité : locutions à la mode, mais un peu précieuses, dit F. — Voir Dorât, V, 144 : j'étais d'un sombre. — Genlis, Veillées, I, 381 : nviis on n'est pas de cette beauté (c'est un fat qui parle). — Id., Th. d'éduc, 11, 392 : je suis aujourd'hui d'un changement {= d'une humeur changeante). — Ac. 1835 admet : il est d'un caractère difficile; elle est d'une grande gaieté.

Eveil (donner l'). Marmontel (Alletz, Dict. des rich., p. 167) : c'est moi qui donnai l'éveil à nos Astronomes. — Dorât, V, 155 : j'ai donné l'éveille (sic), j'ai mis sur les voies. — Ac. 1762.

Evénement (faire). Dorât, Coup d'œil, I, 171 : au bal je fais toujours événement.

Montolieu, Caroline, I, 68 : tout devait faire événement pour elle. — Ac.

Exercice (prendre de l' — ). F. : M. Tissot dit prendre de l'exercice, prendre du mouvement, ce qui n'est pas français. — Ac. 1798 n'admet que faire de l'exercice.

Fatke. Voir beauté, cercle, conversation, diversion, éducation, effet, époqw, esprit^ événement, p,gure, idée, illusion, maladie, morale, musique, nouvelk, pleurSj route, scène, sensation, spectacle, suite.

Faire : comment se fait-il que, comment il se fait que. — Expression à a mode, dit Féraud qui cite Moreau, et le Journal de Monsieur : on ne pouvait concevoir comment il se faisait que tant de mauvais vers eussent reçu les honneurs du triomphe.

Faut (homme, femme comme il — ). Faublas, l, 192: -— II, 78 : des deinoiselles très comme il faut. — IV, 105 : nos prétendus gens comme il faut. — Beaum., Mar. de Fig., V, 3 : les personnes dites comme il faut m'ouvrent leur maison. — Ac. 1835.

Figure (être bien de). F. : expression assez nouvelle, mais qui n'est pas de la conversation. — Ac. 1835.

Fin (aller a — contraire). Necker (F.) : ces exagérations vont presque toujours à fin contraire.

Fixer quelqu'un, regarder fixement quelqu'un. Expression condamnée par Voltaire et Féraud. — Voltaire, D. phil. : français : « quelques Gascons hasardèrent de dire : j'ai fixé cette dame pour je l'ai regardée fixem.ent, j"ai fixé mes yeux sur elle; de là est venue la mode de dire : fixer une personne. » Et dans une lettre à Linguet, 15 mars 1769 : « la langue s'embellit*tous les jours; on fixe une femme au lieu de fixer les yeux sur elle. »

Employé par VAnn. litt., par M"" de Genlis, Grébillon fils (F.). — Voir aussi Dorât, V, 205 : lorsqu'on me fixait. — Faublas, III, 154 : sortie de son recueillement pour me fixer. — Laclos, IV, 87 : elle la fixa longtemps. Inconnu à Ac. 1835 et 1878.

*Flots (par), à flots. Linguet (F.) : on versa le sang par flots.

Frappé (être — de). Genlis, Th. d'éduc., V, 284 (le Vrai Sage, II, 1) : frappé de la figure de cette jeune fille. — Admis Ac. 1835; Ac. 1798 ne donne que avoir l'esprit frappé de.

*Froid (laisser a). Ann. litt. (F.) : déclamations qui laissent le spectateur à froid. — Féraud doute du succès de cette expression.

Front (de). Mercure (F.) : faire marcher de front une intrigue et des caractères. — Ac. 1835.

Grand (en). Mirab., Essai sur le desp., 74 : il n'y a plus d'homme éclairé en grand. — Cette locution semble s'être beaucoup développée au xvjli® siècle. Ac. 1762 admet penser, agir en grand.

Heureusement que. Prévost, Marmontel, VAnn. littéraire (F.). — Ac. 1835.

Idée : A l'idée. F. : cette expression est nouvelle; — Genlis, Th. d'éduc, I, 207 : à la seule idée de ce que cette femme va souffrir. — M"^^ Riccoboni, IV, 258 : à la seule idée de voir M.

— Se faire des idées. Grébillon (F.) : elle se fit des idées plus gaies. — Faublas, IV, 266 : pour se faire une idée juste des transports de la comtesse. — Féraud approuve cette expression. On disait précédemment : avoir des idées

Illusion (faire). Montolieu, CaroL, II, 256 : mon amitié me fait illasion. ~ Ac. 1798.

Indépendamment de. Au sens de ou^re, excepté dans VAnn, litt. (F.). — Necker, Mor. nat.^ iO : indépendamment de ces règles. — B. de S. -P., Et., III, 255 : indépendamment de leur constitution politique. — Ac. 1835. "Instants (par). Buffon, Ilist. nat. (F.) : qui ne peuvent que par instants troubler

leur repos. — Féraud n'admet que par intervalles. Instruction (avoir de l' — ). Expression nouvelle et à la mode (F.). — Genlis, Th. d'éduc, II, 180 {l. Enfant gâté ^ I, 1) : si j'avais moi-même plus d'instruction; — V, 239 [le Libraire, se. m) : s'il n'avait pas toute l'instruction relative à son négoce. — Ac. 1835.

nvoquer un témoignage. Volt., Lett. à d'Argental, 18 mars 1775 : il ne parlera pas comme les avocats éloquents qui invoquent une loi et un témoignage. — Jenni, 4 : il n'invoquait point un témoignage, une loi ; il les attestait, il les citait, il les réclamait. — x\c. 1798. Isolement (vivre dans l' — ). 1786. Relevé par Domergue (Journ., III, 175) dans Bérenger, Lett. sur Vaucluse [Poésies de M. Bérenger, Londres, 1785). On peut dire, selon Domergue, qu'un homme vit isolé, mais non : cet homme vit dans l'isolement. — Ac. 1835.

Lettres (en toutes). F. : on dit d'une date ou d'une somme qu'elle est en toutes lettres pour dire qu'elle n'est pas en chiffres. On applique figurément cette expression à d'autres objets. — Ann. litt. : Burck ose écrire en toutes lettres. — Ac. 1835.

Loin (de) en loin. Cette expression semble s'être répandue surtout dans la seconde moitié du xviii° siècle; L. la relève dans d'Alembert, Raynal; anciennement, on disait de loin à loin. — Ac. 1835. "Malaise (faire une). J.-J. R., Conf., VI : je n'ai jamais fait de grandes maladies à la campagne. — Humbert [Nouv. Gloss. Genevois) préfère cette expression à avoir une maladie. — Faire une maladie est un gasconisme, disait Féraud, d'après Desgrouais [Gasc. corrigés). — Inconnu à Ac. 1878. Mesure (en — de), en état de; locution « nouvelle » (F.). Dans Genlis, Th. d'éduc, IV, 131 [le Voyageur, II, 5), un fat dit : nous ne sommes pas en mesure de pouvoir comparer notre logique à la leur. — Ac. 1798 admet être hors de mesure de au figuré, et Ac. 1835 être en mesure de faire quelque chose.

Cette expression s'employait au propre comme terme d'escrime. Cf. VEncyclopédie de Diderot, s. v° mesure : être en mesure, c'est être à portée de frapper l'ennemi d'une estocade et d'en être frappé; c'est allonger une estocade, sans qu'il soit nécessaire de remuer le pied gauche. (Cf. aussi Ac. 1798.) *MiNUTE (a toute). Cette expression « a l'air encore précieux », dit Féraud qui cite VHisl. d'Angl. de Prévost, et Genlis, Th. d'éduc. : les envieux se trahissent eux-mêmes à toute minute.

*Montre (se mettre en). J.-J. R. (F.) : les femmes n'avaient point la meilleure place au spectacle; elles ne s'y mettaient point en montre. — Id. : la belle jeunesse qui viendra s'offrir en montre. Morale (faire de la). F. : on dit depuis peu faire de la morale, comme on dit

faire de V esprit. — Ac. 1835 : faire une morale. Musique (faire de la). L'expression n'est pas ancienne, dit Féraud qui cite Marmontel : je portai l'autre jour des fraises à une dame de qualité; on y faisait de la musique. — Montolieu, CaroL, II, 102 : nous aurions un peu fait de musique. — Ac. 1835.

*Nature (hors). Néologisme, dit F. qui n'admet que hors de la nature. Il .iteune • traduction de VHist, d'Angl. de Hume : une telle sagesse paraîtrait hors | nature. i

*Nécessité (être — de). J.-J. R., Conf., II, 12 : je serais nécessité de me livrer ; à l'empressement du peuple.

— Etre dans la nécessité de faire quelque chose. Riccoboni, IV, 251 . j'étais dans la nécessité de prendre un parti.

*NouYELLE (faire). J.-J. R., Em., et Sophie, 1. II : mon aventure fit du 1 ruit, le soin qu'il prit de la répandre fit nouvelle dans Alger. — Genlis, Th. </'éduc., IV, 292 {les Faux Amis, II, 7) : cette perte n'est pas assez considérai le pour faire nouvelle.

Objection (sans), sans peine. Prévost (F.) : il les obtint sans objection. — Ac.

Obligation (être dans l' — de). Expression condamnée par La Touche. Fcraud la considère comme reçue et très en usage. — Riccoboni, III, 218 {Ami lie, I) : il serait ridicule de me croire dans l'obligation de servir avec le régiment.

— Ibid., IV, 249 : sans qu'aucune créature fût dans l'obligation de soulager mes peines. — Ac. 1835.

Opinion (fixer l' — sur). Diderot, III, 92 : nous désirerions qu'on fixât notre

opinion sur un homme. — Ac. 1835.

Opposition (mettre en — ). J.-J. R., Conf., 2 : les situations qui mettent nos

devoirs en opposition avec nos intérêts. — Ac. 1798 admet être en opposition. Pardonner une chose a un sentiment. Laclos, IV, 166 : j'espère que vous pardonnerez cette délicatesse, peut-être trop susceptible, à la vénération que

vous m'inspirez. — Ac. 1740 et 1762 n'admettent l'expression qine dans

un emploi plus restreint.

*Parfait (au), parfaitement. Coyer (F.) : des meubles au parfait. — Si vous

pouviez suspendre un lustre à chaque oreille, vous seriez au parfait.

Voltaire critique cette expression néologique dans sa Lett. à d'Olixet, du

5 janvier 1767 : avez-vous jamais dit que Gicéron écrivait au parfait. Partir (a — de). Moreau (F.) : à partir du règne de Louis le Bègue; — et Necker

(F.) : à partir d'une somme supérieure de quelques millions au prix du bail.

— - Ac. 1835.

Passion (a la — ). Genlis, Veillées, I, 139 : aussi j'aime à la folie, j'aime à la

passion, sont des phrases absolument synonymes. — Ibid., I, 141 : M. de

Lagaraye poussait l'humanité jusqu'à la passion. — Ac. 1798.

De passion. Dorât, Coup d'œil, II, 290 : je les aime de passion. — Ac.

*Pleurs (faire des). Peut-être est-ce une locution à la mode, dit Féraud. Il cite

Genlis : elle a fait des pleurs en quittant son père et sa mère.

Portant (bien, mal). Tissot (F.) : des gens bien portans. — Est-ce un gasconisme, comme le croit Féraud? — Admis Ac. 1835.

Prix (attacher un — a). Linguet (F.) : ceux qui sont en état de sentir le prix de la sécurité domestique, et d'en attacher un à l'éducation tranquille de leurs familles. — Genlis, Th. d'éduc. (F.) : j'attache un grand prix à ce ])ortrait.

Proportion (en), à proportion. Linguet (F.) : toutes les autres munitions de guerre en proportion; — Neuville, Moreau, le Mercure (F.). — Ac. 1798.

*Rapport (sous le — de). Beaum., IV, 496 : c'est sous ce grand rapport que les

événements me frappent. — P.-L. Courier dans une lettre à Boissonade écrite en 1812, critiquait l'abus de cette expression : « la moindre femmelette de ce temps-là vaut mieux pour le langage que les Jean-Jacques, Diderot, dVMembert, contemporains et postérieurs; ceux-ci sont tous ânes bâtés sous le rapport de la langue, pour user d'une de leurs phrases. » — Inconnu à Ac.

Reconnaissant a. Anon. (F.) : il nous dispense de lui être reconnaissant. — Ac.

RÉFLÉCHir. A, pour réfléchir sur. Linguet (F.) : en réfléchissant à la douceur de la législation. — Féraud approuve cette construction. — Ac. 1835 ne donne que réfléchir sur. — Admis Ac. 1878.

Remplir des engagements. Bouhours dans ses Entretiens, 2, dit que les engagements du monde, prendre des engagements avec quelqu'un, sont des termes de nouvelle création. — Il semble que l'expression remplir des engagements se soit répandue au xviii® siècle. — Voltaire (L.), Riccoboni, V, 99 : si Milady d'Anglesey remplit ses engagements. — • Ac. 1835.

Route (faire). Faublas, III, 34 : quand je fais route, j'emporte toujours des provisions. — Ac. 1798.

*ScÈNE (faire). Laclos, IV, 50 : avec des éclats de rire à faire scène.

*Sens (dans le — de). La Harpe (XI, 501) relève en note et souligne cette expression : dans le sens de la résolution.

Sensation (faire). Montolieu, CaroL, II, 153 : Paris où certainement elle ferait sensation. — J.-J. R., DiaL, 2 : les solides devoirs qui n'ont rien de l'usage ordinaire et font peu de sensation. — Dorât, Coup d'œil, I, 33 : la tragédie à&Zuma a fait tant de sensation au théâtre. — Admis Ac. 1798.

Sentiment (a). Laclos, II, 114 : ces femmes à délire et qui se disent à sentiments.

— Dorât, Coup d'œil, II, 262 ; une honnête femme, une femme à sentiment. — Ibid., II, 267 : il s'arrange un visage à sentiment. — Inconnu à Ac. 1835.

*Sentir son bien, avoir l'air noble. — Cette locution sent un peu le jargon moderne, dit F. qui cite Marmontel : on ne cessait de dire qu'il sentait son bien. — Admis Ac. 1762 ; selon Ac. 1835 il vieillit.

Sentir (se) avec un part, passé. Faublas, I, 183 : ces deux cœurs se sont, pour ainsi dire, sentis attirés, confondus. — Montolieu, Carol., I, 124 : Caroline se sentit un peu soulagée. — Au xvii*^ siècle, on construisait se sentir avec un infinitif. — Ac. 1835.

^Spectacle (faire), faire éclat. Besenval, 33 : le premier moyen fait spectacle.

Succès (avoir du). Genlis, Veillées (L.). — Ac. 1835.

Suite (par). Expression nouvelle et hasardée (F.). — Ac. 1835.

— (par la). Pluche, Rist. du ciel (F.) : d'autres pratiques dont nous aurons occasion de parler par la suite. — Ac. 1878.

— Vouloir avec suite. D'Alembert (F.) : qui sait lire une fois saura bientôt tout ce qu'il voudra, pourvu qu'il le veuille avec suite.

— Donner suite a. Necker (F.) : le gouvernement n'a donné aucune suite à son projet. — Ac. 1835.

— Faire suite a. Le Mercure (F.) : cet ouvrage fait suite au Barbier de Séville.

— Inconnu à Ac. 1835.

^Susceptible (de), suivi d'un infinitif, capable de. Genlis, TA. d'éd., IV, 119 {le Voyageur, II, 3) : la première jeunesse n'est pas susceptible d'atteindre à la

perfection de l'âge mûr. — Riccoboni, II, 249, Hist. dumarquis de l'ressy :

cet état paisible qui rend susceptible de goûter tous les plaisirs. — Pauw,

Rech. sur les Grecs, II, 248 : peuple susceptible d'avoir un théât e plus

épuré.

On a même dit avec ellipse de Tinfinitif : susceptible d'une charg , d'une

grâce, ce qui est admis par Ac. 1798, mais supprimé, il est vrai, par

Ac 4835.

*T£MPs (être a — DE faire). J.-J. R., Bial., { : ils n'ont plus été à tei ips d'y

remédier. — Laclos, I, 127 : je serai toujours à temps de partir moi même. Tète (en — de). L'Académie meta la tête de. Moreau : en tête de sa col action.

— Linguet : en tête du dialogue (F.). — Admis Ac. 1878. TÔT (de si . Jow'îi, poZ., Journ. de Litt., Linguet, Geniis (P.). — Je ne sai<sic'est

un néologisme, ajoute Féraud, mais je crois que cette locution n'est pas du

bel usage. — Ac. 1798.

Total (au). Mercure de Fr. (F.) : au total, malgré ces défauts, l'ouvrage a mérité les applaudissements. — Ac. 1798.

Trait (avoir — a). J.-J. Rousseau, Prom., 4 : en tout ce qui a trait à la conduite des hommes. — Duclos, St-Simon (L. 37°).

Voltaire (Dici. p/u7., avi. fra7içais) condamne cette locution : aujourd'hui on imprime qu'un article d'une déclaration du roi a trait à un anèt de la Gourdes aides; si on avait demandé à Patru, à Pellisson, à Boileau, à Racine ce que c'est qu'avoir trait, ils n'auraient su que répondre. — Ac. 1762 : n avoir point de trait à. — Ac. 1798 : n'avoir aucun trait à, avoi?' trait à.

Très (dans une phrase négative). Selon Féraud, /m ne s'emploie que 'lans les phrases affirmatives, fort dans les négatives ; il signale comme un néologisme l'emploi de très avec une négation.

*UsAGE (être en — de). Diderot, III, 419 : les préfets sont en usage de donner encore des leçons particulières.

*VicTiME (être), pour être la victime. — Linguet, Journal de Monsieur F.). — Beaumarchais, lettre du 12 août 1792, construit cette locution même avec un infinitif : vous alliez devenir victime de vous être enfermée ici. — Inconnu à Ac. 1835.

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