MÉTAPHORES PROPREMENT DITES
Absence, manque, privation. Féraud dit que c'est un néologisme heureux; il cite Moreau, Royou, Gondorcet. — Ac. 1762 admet uniquement « absence d'esprit », comme emploi figuré : depuis, la métaphore s'est beamoup développée.
*Absent, qui fait défaut. — Ann. litt. (F.) : qui prêche une morale absente de son cœur.
^Absorbant. Linguet (F.) : une justice absorbante. — Féraud avait condamné cette métaphore. Mais Domergue (Jouni., V, 129) : si M. Linguet parle d'une justice qui engloutit l'argent des plaideurs, comme l'éponge absorbe Teau, pourquoi ne dirait-on pas une justice absorbante ?
Accélérer. J.-J. R., Contr. soc. : accéléra la corruption ; — Beaum., Mère couimble, V, 7 : bonheur accéléré. — Pauw, Rech. Grecs, I, 69 : cette saison accélère le terme de la décrépitude. — Ac. 1835 admet des emplois plus nombreux que les précédentes éditions.
Acerbe. La Harpe, XIII, 45 {en note), raille les emplois figurés de ce mot. — Ac. 1835.
Acéré. Linguet (F.) : plume acérée d'un écrivain. — Ac. 1835.
Acre. J,-J. R., N. Hél., I, 23 : volupté tranquille qui n'a rien d'acre et de sensuel. — Admis Ac. 1835.
Affaissement. Mirab., L'ssai, 104 : l'aifaissement de tous les organes. — Ac. 1835 admet affaissement de V esprit.
Alimenter. Féraud relève cette « heureuse » ligure dans Sabatier : les génies s'alimentent ; — dans le Mercure : procès qui a alimenté les journaux ; — dans Necker : les passions s'alimentent de leur propre ardeur. — Rivarol, (Euv.j 84 : alimenter l'avide curiosité des esprits. — Admis Ac. 1835.
Ampleur. Marmontel (D. G.) : donner à ses raisonnements de l'ampleur, de la force. — Admis Ac. 1835.
D'après Ac. 1718 et les éditions suivantes, ce mot ne s'employait au propre qu'en parlant des habits et des meubles. Prévost [M. Lex.) affirme que ce sont les couturières qui ont vulgarisé ce mot.
*Anguleux. J.-J. r., iV". Eél., VI, 1. 8 : rien d'anguleux, tout devient facile et coulant.
*ARRANiGEK (s'), prendre définitivement place. J.-J. R., Em. et Sophie, 1. 1 : à mesure que le sentiment de mes maux s'arrangeait, pour ainsi dire, au fond de mon cœur. — Ibid. : attendant que mes idées s'arrangeassent dans ma tête.
Arriver. Necker (F.) : la confiance leur arrivera de toute part. — Ac. 1878.
Aspérité. En parlant du style, Ann. litt. (F.). — Admis Ac. 1835.
Aviver. J.-J. R., Conf., IV (L.), et Rouss.juge de J.-J., I : cœurs que les mêmes contemplations n'ont point avivés. — Ac. 1878.
*Avoisiner. Merc, TabL, I, 182 : cette qualité charmante semble avoisiner la sottise. — Féraud cite « un auteur moderne » : penser autrement, c'est avoisiner l'hérésie.
Base. B. de St-P.,E^, III, 255 : des royaumes ont pu adopter l'ambition pour base de l'éducation publique. — Ac. 1798.
'Baser. Mot nouveau aujourd'hui fort à la mode, dit F. ; voilà un néologisme des plus remarquables dans la foule immense de ceux qui naissent tous les jours. — Grosier (F.) : baser une histoire sur des matériaux. — Moreau : Ijaser le droit sur les principes de la morale. — Ac. 1798 l'admet avec cette remarque, que le mot est employé depuis quelque temps, et plus au figuré qu'au propre. — Suppr. par Ac. 1835.
*Bloc. Mirab., Droits, 194 : le bloc général des intérêts humains. — Turgot, II, 643 : l'esprit ne les conçut, pour ainsi dire, qu'en bloc.
Bonbonnière. Ling., XIV, 446 : des connaisseurs comparent la salle à une bonbonnière.— Admis Ac. 1835 dans le stvle familier.
Bras. Fontanes (trad. de VEssai sur l'homme, 65, note) s'excuse ainsi d'avoir employé cette métaphore : je dois l'expression de ce vers à M. Diderot qui dit dans un de ses meilleurs articles de V Encyclopédie, que les Arts sont les bras ajoutés à ceux de l'homme.
Cachet. J.-J. R., Em., IV : recevez dans votre âme encore flexible le cach. t de la vérité. — Féraud note que « depuis peu de temps » cet emploi figu e est à la mode, et il cite d'Alembert, VÀim. litt., le Mercure, \e Journal de M< nsieur, Linguet. — Admis Ac. 1798.
*Gadavéreux. J.-J. R., Em., IV : âmes cadavéreuses.
Calculer. Emploi figuré « aujourd'hui fort à la mode», dit Féraud qui rite Palissot : calculer le degré de paresse que l'on doit à ses parents. — On trouve déjà cette métaphore dans VEspiit des lois (L.). — Admis Ac. 1835.
"Capiteux. Ann. litt. (F.) : le style emphatique et capiteux, passez-moi ce terme, de M. Diderot.
Cascade. Mirab., Prisons, 89 : il est injuste et ridicule qu'un porte-clefs soit obligé de demander à M..., au nom d'un prisonnier la permission et le papier nécessaire pour écrire à lui M..., qui ne comprend qu'une telle cascade met le prisonnier à la merci de son garde? — Ac. 1878.
Cercle. Necker, Mor. nat., 72 : action jetée, pour ainsi dire, hors du cercle ordinaire de la vie. — Ac. 1835 admet le sens figuré de sphère, étendue, limites : cercle des occupations, des devoirs, des attributions, des idées.
Charlatanisme. Beaum., VII, 26 : notre seul charlatanisme sera de prouver. — Ac. 1835.
Choc. B. de St-P., Et., I, 374 : la vérité, dit-on, naît du choc des ojiinions. C'est une phrase de bel esprit. — Le mot est de Duclos, suivant Allelz, Bict. des nch. — Ac. 1835.
Code. Mirab., Droits, 152 : il faut étudier le code de la nature. — Ac. 1835.
*Combustible. J.-J. R., Em., V : tempérament combustible.
*CoMPROMissioN, action de transiger avec ses principes. F. : « mot forgé peu heureusement; ce mot n'a pas l'air de faire fortune. »
Concentré. Faublas, I, 215 : impatience longtemps concentrée. J.-J. R., Conf., IX : son caractère concentré. — Ac. 1835 : haine, fureur, douleur, chagrin concentré.
Conflagration. Employé déjà au xvi"^ siècle par Rabelais et Montaigne. — Au xviii^ siècle on reprend le mol au propre et au figuré. — Beaum., \\ , 192 : si après une conflagration générale, j'ai retrouvé quelques fragments. — Mirabeau (Merc, ISéol.) : vous périrez, et dans la conflagration universelle... Trévoux, 1704 : ce mot a peu d'usage; — Suppl., 1752 : conp-gration qui se trouve dans le Dictionnaire n'est pont en usage. — Ac. 179<S admet le mot au propre, Ac. 1835 l'emploi figuré.
Consistance, considération, crédit. Raynal, I, 49 : donner à ces différentes professions une consistance politique. — J.-J. R., Conf., IX : ces fictions prirent plus de consistance. — Beaum., IV, 73 : M. Duverney m'a confié pour deux cent mille francs de ses billets au porteur pour augmenter ma consistance personnelle. — Bai^b. de Sév., Il, 9 : il faut un état, une famille, un rang, de la consistance enfin pour faire sensation. — Laclos, III, 76 : c'est comme cela qu'on acquiert une consistance dans le monde.
Prendre consistance, au figuré est admis par Ac. 1835.
*CoNSTiTUTiF. J.-J. R.,Lett. de la montagne, VI : partie constitutive dans la composition du corps politique.
Convulsion, troubles politiques. Voltaire, Mœurs (L.). — Admis Ac. 1835. Corroborer. Mirab., Droits, XVIII : société qui s'étend et se corrobore. — Necker
(F.) : en corroborant le tronc de l'arbre. — Ac. 1835. *CoRRODER. Laclos, IV, 129 : la haine corrode le cœur qui la distille. "Corrosion. Mirab., Aini, I, 57 : une corrosion continuelle et croissante du nerf
de la population.
Couturé, qui a des coutures au visage. Reslif (F.) : affreusement couturé, il n'a pas de nez. — Ac. 1 798.
Cul de sac. B. de St-P., Et., III, 305 : les sciences naturelles et même les sciences politiques s'étant séparées, chacune d'elles a fait, si j'ose dire, un cul de sac du chemin par où elle est entrée. — Admis Ac. 1835 dans le style familier.
'Déborder. Le Mierre, la Peinture, Avert., I : le sujet débordait, pour ainsi dire, l'ouvrage.
Décharner. Rollin (L.) : les préceptes ne servent qu'à dessécher l'esprit et qu'à décharner, pour ainsi dire, le discours. — Beaum., VI, 68 : le règlement que l'on décharnera de ses motifs lorsqu'ils auront servi à le faire adopter. Dorât, Coup d'œil, I, 53 : connaissance maigre et décharnée. — Ac. 1762 n'admet que style décharné.
Déchirement. F. : Raynal le dit des empires, des Etats. — Désapprouvée par F., cette expression a été adoptée. — Ac. 1835 l'admet au pluriel.
*Décrépitude. Moreau (F.) : décrépitude de mœurs qui annonce une révolution.
Dégager (se). Rivarol, 80 : ces dialectes se dégagèrent du celte, du latin, de l'allemand. — Admis Ac. 1835.
Délayer, exposer longuement. Mirab., Prisons, 65 : les fables et les fanfaronnades, délayées dans un style de laquais. — Admis Ac. 1835.
*Désentrayer (se). Merc, Tabl., XI, 171 : on se désentrave chaque jour de cette étiquette gênante.
*Désert. Buffon (F.) : quel désert de spéculations dans la philosophie de Platon.
Déshabillé (sb.). Mot « fort à la mode pour exprimer la vie privée et domestique; mais cette métaphore est tout au plus du style médiocre (F.). » Moreau (F.) : tel est notre amour pour nos princes que leur déshabillé même nous intéresse. — Ac. 1798 admet au figuré se montrer, 'paraître dans sou déshabillé.
Détournement. Targe (F.) : détournement des fonds. — Ac. 1878.
Direct, absolu, formel. J.-J. R., Dial., 2 : la persuasion directe qu'ont produite en moi mes recherches. — Ac. 1835.
Dureté. Beaum., II, 10 : dureté des convenances sociales. — Ac. 1835 admet quelques nouveaux emplois au figuré : duï^eté de physionomie, du regard, de réponse, du gouvernement.
"Eblouissement. Rivarol, (Euv., 142 : n'ayant de la science que l'éblouissement.
*Eboulement. Ling., XII, 407 : à la disgrâce d'un ministre, il se lit un éboulement général.
"Ebouler (s'). Ibid., XV, 16 : tout le ministère s'éboule comme des capucins de carte.
*Emigration. La Dixmérie, Les deux Ages, p. iv : j'essaierai de la suivre [la famille des arts et des sciences] dans ses émigrations.
Empiétement. Targe (F.) : cette alternative de concessions et d'empiétements. —
L'usage de ce mot est douteux, dit Féraud ; il n'est pas dans les dictioi naires ; je crois qu'il mérite d'y être inséré. — Ac. 1835. Enclaver. Ramsay (F.) : épisodes habilement enclavés les uns dans les autres. Ac. 1762 et 1798 admettent «juridictions enclavées l'une dans Ta itre » ; suppr. Ac. 1835.
*Enfiéyré. Barb. de Sév., II, 2 : il m'a presque enfiévré de sa passion. Xote de l'ed. Gudin : le mot enfiévré qui n'est plus français a excité la plus ive indignation parmi les puritains littéraires.] *ENREGisTRft. Merc, Tabl., I, 176 : point d'événement qui ne soit enregi^ré par ^
un vaudeville.
Entraînant. F. : c'est un mot nouveau qui ne se dit qu'au figuré. Il est beau et utile et l'on peut bien en augurer. Abbé de Fontenai : « éloquence entraînante ». — Ac. 1835.
Eveiller, stimuler, provoquer. S'emploie « plus fréquemment depuis quelque temps (F.) )). Delille, Genlis (F.). — Admis Ac. 1798; Ac. 1835 admet des emplois figurés encore plus nombreux.
Exalter, s'exalter. Raynal, I, 180 : cette énergie de l'àme se serait exaltée en
industrie. — Admis Ac. 1798.
Factice. Fort à la mode, dit Féraud, qui cite J.-J. R. : « tout devient factice et joie; » — Marmontel : « caractère factice »; et Coyer : « grâces factices. » — Cf. L. — Ac. 1798.
*Fangeux. J.-J. R. (L.). Moussard (Merc, Néoî.) : cris fangeux du jaloux détracteur.
Fiuation. F. : filiation des idées. Linguet (F.) : les caractères de la maladie posés, l'histoire de sa filiation développée; — Raynal (F.) : les vices ont une filiation ruineuse. — Ac. 1835.
Fluctuation. Linguet, XIII, 84 : les fluctuations de la politique. — Féraud cite Arnaud : la fluctuation de la langue; — Necker : les fluctuations (jui surviennent dans le prix des effets négociables. — Ac. 1798 : fluctuation des opinions, des sentiments, du prix des denrées. *Garrotter. Moreau (F.) : il se hâta de le garrotter par des soupçons. — Féraud remarque que cette métaphore a l'air un peu sauvage. — Beaum., H, 3 : ce qui garrotte le génie. — La métaphore admise par Ac. 1878 est différente. Gazer. Faublas, I, 83 : gaze un peu. — Ac. 1762.
Graduel. Duclos (L.), J.-J. R., Conf., X : je sentais un refroidissement graduel dans les lettres. — Ac. 1835 : développement, augmentation, diminution graduelle.
"Implantation. Merc, Tabl., IV, 137 : leur implantation dans le corps politique.
Inanité. J.-J. R. (F.) : l'inanité de mes vains désirs. — Féraud remar({ue que ce mot n'a pas eu de succès « même parmi les amateurs et amatrices de mots nouveaux ».
On trouverait quelques emplois figurés de ce mot aux xvi® et xvii* siècles. Toutefois il est inconnu à Furetière, à Trévoux 1704. Le Suppl. de Trévoux 1752 et le Man. Lex. de Prévost ne le donnent qu'au sens didactique de durée du monde jusqu'à la loi de Moïse. — Ac. 1835 admet ce mot et constate qu'il ne s'emploie qu'au figuré.
Lncorporer. Merc, TabL, III, 125 : abus incorporés avec la législation. — Reigni, Pet. Mais., 227 : défauts, pour ainsi dire, incorporés dans l'éducation de la jeunesse. — Ac. 1878.
*Incurabiuté. Duclos (L.). — Mei'c, NéoL : incurabilité de Tâme, de la sottise.
Indisi>oser, donner des sentiments peu favorables. Diderot, V, U9 : vous indisposerez votre mère. — D'Holb., Pol. nat., D. IV, ch. vi : les indisposer contre des mesures raisonnables. — Admis Ac. 1835.
Inflammable. Linguet (F.) : caractère opiniâtre, inflammable. — Marmontel (F.) : zèle inflammable. — Admis Ac. 1878.
Isoler (s'). Depuis quelque temps, dit Féraud, on l'emploie au figuré et on le dit des personnes. 11 cite J.-J. R. : le plus méchant des hommes est celui qui s'isole le plus; — et Linguet : chacun s'isole autant qu'il le peut. — Fontanes, Essaie 117 : l'homme a besoin de l'homme; à l'instant qu'il s'isole le plaisir n'est plus rien. — Ac. 1835.
Jonglerie. Beaum., VII, 138 : n'est-ce pas une dérision que l'auteur nommerait jonglerie, de... — Ac. 1835.
*JouJou. Mirab., Essai, 51 : l'imagination est, pour ainsi dire, le joujou de l'humanité.
*Lacérer. Beaum.. I, 366 : lacéré dans quelques journaux.
Légitimer, justifier, rendre excusable. Faw6/as, II, 275 : légitimer nos faiblesses.
— Ac. 1835.
Leste. C'est un mot à la mode, dit Féraud, en parlant du ton et des propos. Il cite le Mercure : ton des plus lestes, procédés lestes. — Ac. 1798 admet cet emploi figuré en parlant des personnes, homme leste, et des choses, propos lestes.
Lutte. Depuis quelque temps lutte est à la mode dans le sens métaphorique : luttes de l'amour-propre. — Ac. 1835.
Marche. Beaum., III, 63 : sauver l'aridité du sujet par la rapidité de la marche.
— Ac. 1798.
Mielleux. J.-J. R., Conf., IV (L.). — Ac. 1762.
Mobilité. Mercure (F.) : sa physionomie a de la mobilité, de l'expression. — Ac. 1 798 admet : mobilité de caractère, d'esprit, d'imagination. — Ac. 1 835 : mobilité des choses humaines, des opinions.
Naturaliser, se naturaliser. Ling., I, 140 : naturaliser des abus par la législation. — Ibid.,l, 153 : naturaliser chez lui tel ou tel institut. — Merc, TabL, III, 157 : les vices les plus monstrueux y sont naturalisés. — Raynal (F.), I, 224 : envoyer leurs enfants à Goa pour s'y naturaliser en quelque manière avec ses mœurs et ses principes. — Ac. 1835 admet cet emploi figuré, en parlant des sciences, arts, inventions, institutions.
*Nébuleux. Le Sage (D. G.). — Ann. litt. : métaphysique nébuleuse. Sabatier : prosateurs décousus et nébuleux (F.).
Oblitérer. J.-J. R., 3« DiaL : oblitérer le passé. — Raynal, VII, 102 : oblitérer le caractère des nations. — Mercier, Tabl., III, 98 : ses organes sont oblitérés. — Ac. 1835.
Offusquer, troubler la sécurité. Diderot (D. G.), Cl. et Néron : décrier le mérite qui l'ofl'usquait. — Ac. 1798.
Organisé. Tête bien organisée : cette expression est à la mode (F.). — Un petit maître dit dans un ouvrage de M"*® de Genlis (F.) : têtes bien organisées. — Garnier, Hist. de Fr. (F.) : République bien organisée. — Ac. 1835 : tête bien organisée.
Palpitant. Rivarol, 211 : matières palpitantes de l'intérêt du moment. — Ac. 1835 l'admet en parlant des personnes : palpitant d'amour, de crainte.
Papillottage. J.-J. Rousseau, Diderot, Marmontel (L.). — Mercier, Ncol. — Ac. 1762 : papillottage dans un tableau; Ac. 183o : papilloiage de style.
*Pas. Helv., II, 28 ; tel sera, si je l'ose dire, le second pas de mon esprit.
Pâteux. Rivarol, 232 : style diffus et pâteux. — Ac. 1878.
Peser, s'appesantir. Beaum., VII, 11 : il pèse sur cette objection. — Ac. 1798 : peseï' sur une circonstance, la faire remarquer.
'Pétillement. J.-J. R., 3® Lett. à Malesh. : pétillement de joie.
Pétiller. J.-J. R., Coiif.-, IX : mon sang s'allume et pétille. — Ac. 179 s : pétiller d'ardeur, d'impatience.
Pétrifié. Laclos, I, 45 : il resta pétritié de cette réponse. — Ac. 1798.
Physionomie. Merc, Tabl., préface : la physionomie morale de cette capitale. — Ibid., I, 177 : un tact et une connaissance qui donnent plus de physit nomie aux choses. — Ac. 1835.
Planer, dominer par la pensée. C'est une locution récente et à la moile, dit Féraud; il cite Thomas : s'il y avait quelqu'un qui put s'élever au-dessus de la terre et planer sur les empires. — V. aussi L. — Ac. 1798.
Plénitude. Beaum., IV, 238 : frappé de la plénitude et du poids de mes preuves.
— Ac. 1762 : plénitude de puissance; Ac. 1835 : plénitude des pouvoirs, de ses facultés, de sa raison.
Poignant. J.-J. R. (L.). — Beaum., la Mère coupable, I, 6 : un chagrin plus poignant. — Prévost (Mercier, Néol.) : poignants remords qui me déclarent.
— Ac. 1835.
Pondéré. J.-J. R., Pologne, 8 : gouvernements si sagement pondérés. — Ac.
Prendre sur le fait. La Dixmérie, Deux âges, 49 : c'est le cœur humain piis sur
le fait. — Ac. 1878 admet prendre la nature sur le fait. Prépondérance. Diderot, Cl. et Néron (D. G.). — Ac. 1798. 'Prépondérant. J.-J. R., Conf., XII : sollicitations prépondérantes. — Voltaire,
Mœurs (D. G.).
*Profit (tourner au — de). Beaum., I, 24 : la moralité tournant au profit de ma
sensibilité. — Mercier, TabL, III, 63 : une liberté licencieuse qui ne tourne
pas même au profit de la population.
Purifiant. Duserre-Figon (F.) : le feu purifiant des soufi'rances. — Ac. 1878.
Ramifier. Fontenelle (Desfontaines, Bict. néol.) : ces vérités se divisent, se subdivisent et se ramifient presque à l'infini. — Rivarol, 93 : commer^^e qui s'est ramifié dans les quatre parties du monde. — Merc, Néol. — Ac. 1798 admet cet emploi figuré en parlant des sciences et des sectes.
Rapetissé. Mirab., Essai, 118 : le génie est toujours rapetissé, si l'on peut s'exprimer ainsi, par l'influence des erreurs générales qu'il trouve accréditées. — Ac. 1835.
Raviver. Il est plus énergique qu'usité; il serait utile qu'on en fît un plus fréquent usage (F.). — Linguet (F.) : on ravive des calomnies anciennes. — Ac. 1835.
Rayonnant. Marmontel (F.) : visage rayonnant de joie. — Ac. 1798.
Rèche. J.-J. R., N. HéL, I, 44 : l'esprit un peu roche. [En note : terme du pays pris ici métaphoriquement. Il signifie au propre une surface rude au toucher, et qui cause un frissonnement désagréable en y passant la main, comme celle d'une brosse fort serrée, ou du velours d'Utrecht.] — Beaum., l\, 56 :
arguments si dissonants, si rêches qu'ils en agacent les dents. — Admis au propre par Ac. 1835. — Ac. 1878 : esprit réche, humeur rèche. Rembrunir (se). Delille, Genlis (L.). — Beaum, II, 331 : en vieillissant, le caractère se rembrunit. — Ac. 1878.
Repoussant. F. : néologisme fort à la mode. 11 se dit des choses : air repoussant, manières repoussantes. Grosier : l'image repoussante des outrages que... — J.-J. R. : cette âpre et repoussante raison. — Ac. 1798.
*RÉVERBÈRE. Merc, Tabl., II, 80 : le projet est formé d'étouffer les écrivains, parce que, selon l'expression nouvellement accréditée, ce sont des réverbères qui éclairent trop les prévaricateurs et le caractère des hommes en place.
Reverser. Diderot (L.) : cette flétrissure, le temps l'enlève et la reverse sur le magistrat indigne. — Faublas, I, 233 : cette affection que vous portez à la famille, vous ne l'avez pas également reversée sur chacun de ses membres.
— Ac. 1835.
Roman. Dorât, V, 36 : c'est un roman personnifié que cette femme-là. — Ac. 1835 : sa vie est un roman.
Saccadé. Linguet (F.) : diction hachée, saccadée. — Ac. 1835.
Saillant. Dorât, Coup d'œil, I, 120 : gaieté vraie, saillante, originale. — Ac. 1835 : pensée, idée, trait saillant. — Le subst. s'emploj-ait depuis le commencement du xviii*' siècle; avoir du saillant dans l'esprit se trouve déjà dans le Dict. néol. de Desfontaines, dans Ac. 1740.
Salmigondis. Ling., XIII, 512 : une peuplade de sept cent mille habitants, c'està-dire un vrai salmigondis. — Ac. 17 98 : dans le style familier.
*Sgintiller. Beaum., II, 504 : beautés dont son opéra scintillait. — Id., Barb. de Sév., I, 2 : quelque chose de beau, de brillant, de scintillant qui eût l'air d'une pensée. — - Mercier, Néol. .• il y a dans son style une manière scintillante.
*Serpenter. Diderot, Essai sur la peinture^ 4 : le Laocoon souffre; la douleur serpente depuis l'extrémité de son orteil jusqu'à l'extrémité de sa tète. — Barthélémy (L.).
Singerie. Diderot, Grimm, La Harpe (L.). — J.-J. R., DiaL, 3 : je ne suis pas à la seconde page de ses sots ou malins imitateurs que je sens la singerie (= imitation servile). — Royou (F.) : on y trouvera le goût et le style de Virgile, sans aucune singerie des faiseurs de centons. — Ac. 1798.
Souterrain, adj. J.-J. R., Conf., XIII : les menées souterraines de mes persécuteurs. — Ac. 1762.
*Stagnant. Linguet (F.), IV, 123 : la curiosité stagnante des confrères. — Beaum., III, 144 : actif quand il est aiguillonné, paresseux et stagnant après l'orage.
Stagnation. Linguet, VIII, 286 : stagnation universelle du crédit national. — Necker (F.), Compte rendu, 15 : la stagnation du commerce. — « Quelques auteurs très modernes ont employé l'adjectif et le substantif au figuré (F). »
— Ac. 1835.
Surface. F. : est fort à la mode au figuré. — Marmontel : je connais des surfaces, mais je me défie du fond. — Coyer : ils ne promènent leurs idées que sur des surfaces. — Ac. 1798.
Surnager. Mirab., Essai, 11 : l'égoïsme surnage sur toutes les passions. — Ac.
Susceptibilité, disposition à se blesser. Turgot, II, 779 : la susceptibilité inquiète
de certaines gens qui s'irritent sans cesse contre tout ce qu ils voient au- |
dessus d'eux. — Genlis, Veillées, II, 133 : M. l'abbé mit un peu d'Jiumeur i
et de susceptibilité... — Linguet et le Journal de Paris (F.). — Ac. t 798. '
Susceptible, qui se froisse facilement. Dorât, V, 387 ; ces écrivains susceptibles, ! dont l'amour-pi'opre chatouilleux prête le flanc de tous côtés. — Lac os, IV, ' 166 : délicatesse trop susceptible. — Ac. 1762.
^Tarissant. J.-J. R., Prom., 2 : imagination tarissante. Conf., III et IV : bourse tarissante.
Texture. Beaum., I, 36 : le genre sérieux doit tirer toute sa beauté du i ind, de la texture et de la marche du sujet. — Ac. 1762.
Tiraillement. J.-J. R., Conf., XI ; les tiraillements continuels de l'administration. — Em., V : quand mille tiraillements opposés le déchirent. — Dial., 3 : le concours général du tout n'est aperçu que des directeurs qui travaillent à démêler ce qui s'embrouille, à ôter les tiraillements. — Ac. i 878.
Torpeur. P. : depuis quelque temps on l'emploie au figuré. Linguet : torpeur philosophique. — Ac. 1798.
*Tortillé. Dorât, Coup d'œil, II, 265 : les billets les mieux tortillés restent sans réponse.
Tourmenter. C'est la mode d'employer ce verbe au figuré (F.). — Rouchi;r (F.) les clairons..., tourmentent les échos d'homicides accords; — ÏAnn. Utt. les mêmes idées retournées, tourmentées dans une abondance... ; — Gt^offroy il la retourne [une pensée] en cent manières différentes; il la tourmente en quelque sorte. — Féraud n'admet que tourmenter une pensée et tourmenter la langue. — Ac. 1798 : tourmenter un ouvrage, son style.
Tranchant. F. : depuis quelque temps on le dit d'un homme qui décide hardiment et légèrement, qui tranche sur tout. Marmontel : léger, tranchant et vif; — Sabatier : des auteurs vains et tranchants. — Ac. 1798 l'admet en parlant des choses : raisons tranchantes, et des personnes : esprit tranchant.
*Transparent. J.-J. r., Conf., IX : mon cœur transparent comme le c^i^^tal. — Id., Dial., 2, et Marmontel (L.).
Tuer, faire disparaître. Fontenai (F.) : personnages dont la confusion tue le peu d'intérêt que ces tableaux auraient pu exciter. — Ac. 1798, dans le style familier : cela tue l'effet du spectacle, cela tue tout le plaisir de la partie.
Vampire. Linguet (F.) : regarder les libraires comme des espèces de vampires, engraissés de toute la substance de la littérature. — Ac. 1798.
*Vaporeux. Diderot, Marmontel, Delille (L.). — Mercier, Néol. : les sciences vaporeuses.
* Vertigineux. Grosier (F.) : la vertigineuse ambition de chausser le cothurne. Violenter (des faits). F. : Sabatier dit violenter des faits pour les assujettir à son
but. L'expression est nouvelle : elle a rapport à cette autre, faire violence à la loi. — Ac. 1835 : violenter les inclinations de quelqu'un.
* Viscosité. Restif, Pays., II, 83 : cette femme sensible, brûlante, consumera la
viscosité qui l'appesantit.