‹ Les transformations de la langue française pendant la deuxieme moitié du 18e siecle, 1740-1789Chapitre 59 sur 75 · C. — Physique · texte numérisé non relu

C. — Physique

Activité. Helv., II, 46 : l'activité de ce principe. — En physique, sphère d'a.Uivité se dit de l'espace dans lequel un agent exerce son action. (Voir p. 353.)

Aimant. J.-J. R., N. Hél., P. II, 1. 13 : la force unie des amis, comme celle des lames d'un aimant artificiel, est incomparablement plus grande que la somme de leurs forces particulières. — D'Holb., Syst., I, 147, cf. s. v° attraction. — Rivarol, 41 : semblable à l'aimant, le sentiment est là ])rôt à s'associer à tous les objets qui le frapperont par l'entremise des sens. — Mirabeau, Théorie de Vimpôt, p. 410 : l'aimant naturel des volontés de l'homme. — Admis Ac. 1835.

*AiMANTÉ. Mercier, TaôL, XII, 155 : groupes qui restent comme aimantés autour du comptoir.

Balance. D'Holb., Polit, nat., D. I, ch. xix : cette balance ou cette force est pour tous les Etats ce que le gouvernement est pour un Etat particulier; c^mme lui cette balance peut devenir infidèle. — Admis Ac. 1835, en parlant de l'équilibre des Etats ou de la pondération des pouvoirs politiques.

'Balancier. Mirabeau, Essaie 82 : droits et devoirs, voilà le balancier de Thumanité.

*Baromètre. J.-J. R., Prom.^ 1 : j'appliquerai le baromètre à mon âme. — D'Holbach, Système, II, 308 : le baromètre de l'entendement est obligé de baisser.

Boussole. Helv., I, 91 : la boussole de l'utilité publique. — Mirabeau, Essaie 61 : la boussole invariable de nos jugements. — Ibid., 215 : la liberté est la boussole de toute administration prospère. — Hennebert, Du plaisir, I, 113 : le plaisir est la boussole du travail. — Beaum., VI, 59 : la satisfaction du plaisir est la boussole qu'il faut toujours consulter. — Cet emploi figuré existait déjà au xvii° siècle, mais les applications en étaient fort restreintes. — Admis Ac. 1762, en parlant des personnes, et Ac. 1878, en parlant des choses.

*Chambre obscure. J.-J. R., Conf., I : c'est ici de mon portrait qu'il s'agit et non pas d'un livre. Je vais travailler, pour ainsi dire, dans la chambre obscure.

'Cohérence. J.-J. R., iT^^FféZ., P. I, 1. 11 : nos âmes se sont pour ainsi dire touchées par tous les points, et nous avons partout senti la même cohérence (corrigez-moi, mon ami, si j'applique mal vos leçons de physique). — Ac. 1878 : idées sans consistance,

*CoMPAS visuel. Emile, II : quelques mois d'épreuves et d'erreurs corrigées lui formèrent le compas visuel.

Compression. J.-J. R., C. soc, II, 9 : nul ne peut se conserver au'en se mettant avec tous dans une espèce d'équilibre qui rende la compression partout à peu près égale. — Admis Ac. 1878.

Concentrer. J.-J. R., DiaL, 2 ; le secret du complot est concentré entre deux hommes. — Helv., I, 106 : il faut, pour obtenir l'estime générale, concentrer, pour ainsi dire, dans un seul point, comme dans le foyer d'un verre ardent, toute la chaleur et les rayons de son esprit. — Irf., II, 405 : vouloir concentrer dans un seul désir l'action des passions. — Beaum., III, 89 : dépit concentré. — Id., II, 496 : concentrer sa pensée. — Diderot (L. 4°). — Mercier, TabL, III, 190 : la renommée de Paris qui ne s'y concentre que pour bientôt mourir. — Admis Ac. 1798.

*CoNDucTEUR ÉLECTRIQUE. Didcrot {Mémoives de Garât, I, 236) : d'une âme à toutes les autres, c'est l'imagination qui est le grand conducteur de toutes les flammes électriques. — Linguet, IV, 15 : on la regardait [ma plume] comme un conducteur électrique capable d'attirer la foudre.

*CoRPs. Ling., IX, 175 : il est de la nature des corps politiques comme de celle des corps physiques que leur maturité soit pénible. — Mercier, TabL, I, 136 : il se passionne vivement dans son heureuse ignorance et il jouit de même : tel un corps sonore frémit au son qui lui est propre.

Décomposer. Helv., II, 94 (en note) : décomposer le sentiment vague de l'amour du bonheur. — Id., Il, 18 et 304. — Admis Ac. 1798.

Degré. J.-J. R., DiaL, 2 : au degré de sa confiance se montre celui de ses facultés. — Helv., I, 130 (en note) : le degré d'esprit nécessaire pour plaire est une mesure assez exacte du degré d'esprit que nous avons. — Necker, LégisL, I, 114 : le gain les excite à cultiver, mais là où dix degrés de force suffisent, un demi-degré de plus n'est pas nécessaire. — Ac. 1762 et 1798 admettent cet emploi fig. mais seulement avec les expressions superlatives le plus haut degré, le dernier degré, etc. Ac. 1835 admet un emploi plus étendu de cette métaphore.

Divergent. Dorât, Coup d^œil, I, 47 : tous ces rayons divergents doivent être réduits à un seul faisceau. Telle est la révolution que je veux opérer. — Ac.

1835 admet les expressions fîg. opinions divergentes^ principes divt.rjcnts. "Ductilité. Ling., V, 262 : ceux qui pourraient la trouver vague, ne songent

pas que cette ductilité juridique est fondée sur la législation. Echelle. Ling., XIII, 435 : les rangs de l'échelle sociale. — Ac. 1835 admel

échelle sociale. Elasticité. Mirab., Essai, 117 : plus de souplesse et d'élasticité que de onsis-

tance et d'énergie. — Ac. 1835.

"Electricité. Mercier, Tabl.^ VII, 301 : cette électricité rapide des esprits. "Electrique. Raynal,II,31 (note) : feu électrique qui se répand d'un seuï corps sur tous les corps qui l'environnent. — Mercier, Tabl., II, 129 : on dirait que les têtes sont électriques. — B. de St-P., £f., I, 55 : je parlerai de la direction des montagnes, de leurs pentes et de leurs aspects..., et de la matière qui les attire et les fixe autour de leurs pics, qui sont comme autant d'aiguilles électriques.

Electriser. Merc, TabL, IX, 348 : un parterre s'électrise. — De Langle^ Foy.,I, 73 : lecaféélectrise. — F. : electriser et électricité sont fort à la mode au figuré. — Ac. 1835.

*Filtre. Ling., IV, 264 : les filtres imperceptibles par où ils [les revenus] passent pour se former.

'Filtrer. Caraccioli, la Jouiss., 262 : en composant nos mets, nous filtrons notre

mort.

"Fluide. Raynal, VII, 185 : qui agissent sur l'organisation des corps politiques, comme l'impression des fluides environnants agit sur les corps physiques. — Linguet, III, 193 : ce fluide actif sans lequel tout reste moi-t dans le monde politique.

Foyer. Helv., II, 306 : le génie était le centre et le foyer d'où cette sorti d'esprit tirait les idées lumineuses qu'il réfléchissait ensuite sur la multitude. — Mercier, Tabl., II, 86 : le génie n'a plus ce foyer oii toutes ses lumières se réunissent pour être dirigées vers un même but. — B. de St-P.,£L, II, 352 : le fondement de toutes ces connaissances porte sur l'étude des plantes. Chacune d'elles est le foyer de la vie des animaux, dont les espèces viennent y aboutir comme les rayons d'un cercle à leur centre. — Rivarol, 119 : placé entre deux suites d'événements comme entre deux foyers de lumière. — D'Holb., Système, I, 154 : foyers de la corruption des peuples. — Admis Ac. 1798.

"Intensité. Diderot, I, 71 : la meilleure affection suffît par son intensili' pour endommager ses compagnes; — I, 80 : il faut les avoir éprouvées [les affections sociales] dans toute leur intensité. — J.-J. R., Bial., 2 : intensité de son amour-propre. — Le mot était lui-même de création récente. Intercepter. Helvétius, I, 127 : l'indulgence fera toujours l'efiet de la lumière, lorsque les passions n'en intercepteront pas l'action. Id., II, 371 : l'absence de passions, en interceptant toutes les lumières dont les passions sont la source...

"Laboratoire. D'Holb., Syst., I, 86 : cette nature ne rassemble point dans son

laboratoire...

"Loupe. Ling., XV, 376 ; la loupe de la défiance. — Ibid., XIII, 255 : le verre diminutif des Espagnols et la loupe britannique sera toujours entre notre œil et la réalité.

"Magnétique. Nuits péruviennes, 26 : les beaux yeux ont une vertu magnétique.

Microscope. Helvétins, H, 287 : Tattention est un microscope grossissant à nos yeux les objets, sans les déformer... — Admis Ac. 1835.

'Optique. Nouv. Rec, III, 138 : on a dit que l'amour et la haine sont semblables à ces prismes de verre qui donnent aux objets toutes les couleurs... Si l'on ajoute que la haine est le microscope des défauts, famour celui des bonnes qualités, nous avons l'optique du cœur. — Linguet, XI, 135 : les grands talents sont des sujets d'optique ; il faut la distance pour les apprécier.

*Pesanteur spécifique. Beaum., IV, 183 : ils regagneront ce qu'ils auront perdu sur la pesanteur spécifique du premier personnage.

'Phosphoise. Delille (L.). — Beaum., IV, 495 : celui qui veut briller seul, n'est (ju'un phosphore, un feu follet. — Dorat, Coup d'œil^ II, 52 : la gloire, ce phosphore.

*Physique. Rivarol, 68 : la grammaire est la physique expérimentale des langues.

*PisT0N\ Linguet, XII, 140 : chaque défaite lui redonne un instant d'activité, comme le jeu du piston rend le mouvement et la voix à un corps organisé placé dans le récipient.

*PoiNT FIXE. Marmontel, Essai sur les révol. de la musique : lorsqu'elle aura épuisé les comparaisons et, à force d'expériences, trouvé le point fixe du beau. — Linguet, I, 428, raille cette figure.

*PoiNT d'optique. Beaumarchais, I, 32 : la poésie est le vrai piédestal qui met ces groupes énormes au point d'optique favorable à l'œil.

■*PÔLE. Paul et Vira., 197 : l'âme d'un amant retrouve partout les traces de l'objet aimé... Gomme l'aiguille touchée de l'aimant, elle a beau être agitée ; dès qu'elle rentre dans son repos, elle se tourne vers le pôle qui l'attire. — Linguet, X, 302 : l'athéisme et le fanatisme sont les deux pôles d'un univers de confusion et d'horreur.

'Pompe. Mercier, TabL, I, 141 : il [le trésor royal] est presque toujours à sec, malgré la pompe aspirante et foulante dont le jeu terrible ne saurait être interrompu.

Pondération. J.-.T. Pi., Pologne, 8 : l'équilibre et la pondération des pouvoirs. B. de St-P., Etudes, 111, 8 : son argument de l'existence a été fort applaudi, et a acquis la pondération d'un axiome. Ibid., III, 33 : c'est par son moyen qu'une opinion, d'où dépend la ruine de lEtat, prend delà pondération. — A3. 1835 admet au figuré la pondération des pouvoirs.

Prisme. Necker, Législ.^ II, 165. Cf., s. \° action, hddium., la Mère coupable, IV, 4 : ses vastes et riches conceptions sont un prisme qui éblouit. — — Helv., II, 344 : peu d'hommes ont le prisme propre à décomposer ce faisceau de sentiments. — Admis Ac. -1798.

*Raréfier. J.-J. R., Em. et Sophie, Lett. I : l'épanouissement de l'extrême joie qui semble étendre et raréfier tout notre être.

'Rayon. Linguet, X, 348 : Amsterdam ne constitue tous ces petits rayons diplomatiques que pour les concentrer dans sa sphère.

Réfléchir. Raynal, VII, 244 : les arts attachent par la considération qu'ils réfléchissent sur ceux qui s'y distin^'uent. — Helv., II, 100 : ... fait réfléchir plus déconsidération sur elles. — Admis Ac. 1798.

Reflet. Mercier, Tabl., I, 17 : les reflets, au moral comme au physique, se prêtent des lumières mutuelles. — îs'ecker (F.) : le peuple ne participe point au rellet de tant de richesses. Admis Ac. 1835.

Refléter. B. de St. -P. (L.). — Beaum., IV, 13o : un trait d'équité (: ni reflète avantageusement sur tout le reste de Tacte. — Ac. 1835.

"RÉFLEXION (anole de). Rousseciu jwje de J.-J., 1°"^ D. : l'âme qui se détourne au choc d'un obstacle, comme une boule prend Tangle de réflexion.

*RoM.vL^iE (balance). Beaum., IV, 382 : j'ai fait glisser le poids léger le calomnie au bout d'un levier composé, comme je l'ai dit, des circonstanct 3 très aggravantes, et j'ai gagné l'équilibre de cent livres ; c'est le secret de la romaine, et voilà toute notre histoire. — Id., IV, 344. — Helv., I, 13.' ; ces deux hommes seront comme des poids inégaux appliqués à différents noints d'un long levier où le poids plus léger, placé à une des extrémités, t nlève un poids décuple placé plus près du point d'appui.

*SiPH0N. Raynal, III, 69 : il faut se représenter les arbres comme des sy :)hons par lesquels la terre et l'air se communiquent réciproquement leur substance fluide et végétative, des syphons où les vapeurs et les sucs s'at tirant tour à tour se mettent en équilibre. — Turgot, I, 57 : cette inégalité [des revenus] n'empêche pas qu'il ne s'établisse entre eux une espèce d'équilibre, comme entre deux liqueurs inégalement pesantes, et qui communiqueraient ensemble par le bas d'un siphon renversé, dont elles occuperaient les deux branches.

*Statique. Ling., X, 89 : les trois évèchés s'incorporent au domaine, en attendant que le problème de statique soit résolu.

*Télescope. Diderot,!, 62: ce tour d'affection et ce télescope moral. — Ling., XIV, 377 : les mécontents, les amateurs ont actuellement leur télescope sur le Parlement. — Thomas, II, 171, Essai sur les éloges : Son art de présenlçr les objets est pour l'esprit ce que le télescope est pour l'œil de l'observateur ; il abrège les distances.

*Température. Ling., XIII, 272 : la température politique des Etats-Unis.

*Thermo]mètre. Helv., I, 100 : la perpétuelle variation du thermomètre de son estime. — Raynal, I, 246 : le prix des actions qu'on peut regarder comme le vrai thermomètre de la compagnie. — Mirab., Avis, 154 : le marché, le thermomètre de l'abondance. — Beaum., VI, 303 : le chagrin de nos ennemis est le thermomètre de la bonté de nos opérations. — Mercier, Tabl., V, 135 : thermomètre de l'affliction ; X, 81 : selon le thermomètre de leur avidité. — Linguet, XII, 255 : thermomètre des opinions. — Turgot, I, 58 : l'intérêt courant de l'argent prêté peut donc être regardé comme une espèce de thermomètre de l'abondance ou de la rareté des capitaux. On pourrait citer cent exemples de cette métaphore.

"Vibration. Rivarol, 69 : l'e muet semblable à la dernière vibration des lorps sonores.

D. — Chimie.

"Agrégation. J.-J. R., DmL, III : des agrégations de pensées détachées.

"Alambic. Linguet, IV, 108 : de son alambic est sorti un journal qui va être la plus fine quintessence de la littérature française. Ihid., X, 58 : les filtrations de l'alamhic ministériel. — XII, 17 : cet alambic empoisonné, le mensonge. — En 1773, Rouillé d'Orfeuil publie V Alambic des lois, et VAlambic moral, bu analyse raisonnée de tout ce qui a ixipport à l'homme. — Au xvii° siècle, on n'employait cette métaphore que dans l'expression Twet're à V alambic. — Ac. 1878 : cette affaire a passé par l'alambic.

Allier. Ling., XII, 522 : les remerciements et la disgrâce sont incompatibles; aucun chimiste ne parviendra à allier ces deux mélanges. — Ac. 1835.

Amalgame. Beaum., II, 497 : quelques observations sur le poème et son amalgame. — Ac. 1835.

Amalgamer (s'). Cette métaphore déjà employée par Saint-Simon est devenue depuis d\m usage général. (Cf. H. D. T.) — Mercier, Tabl., II, 193 : vice trop amalgamé aux vices politiques. — Beaum., V, 142 : j'amalgame toujours avec mon intérêt l'intérêt de ceux que j'emploie. — Ac. 1798.

Analyser. F. : Analyse, analyser : ces termes sont fort à la mode dans le sens figuré. Jamais on n'a tant parlé d\inalyse et à' analyser; mais ce n'est pas dans l'ancienne acception, c'est par une métaphore tirée de la chimie. — Ac. 1835.

Atmosphère. Mercier, TahL, VII, 300, cf. s. v° élément. — Ac. 1835.

*Calciner. Merc, Tabl., VII, 100 : les passions se sont calcinées dans son sein, et il en est résulté une masse froide et insensible. — De Langle, Voyage, II, U3 : calcinée de désirs.

Combiner. Beaum., I, 44 : elle combinera sa vengeance. — J.-J. R., Conf., IV : tout cela dégage mon âme, me jette en quelque sorte dans l'immensité des êtres pour les combiner et les choisir. — B.de St-P., Etudes, III, 299 : tant les affections morales qui se combinent avec ce sentiment ont de puissance sur Torganisation physique. — Ac. 1835.

^Combustible. Emile, V : tempérament combustible. — D'Holb., Syst., II, 357 : la théologie ou la religion feront en tout temps des amas de matières combustibles. — Id., Polit, nat., D. IV, ch. viii : le feu de la révolte ne s'allume que lorsqu'il rencontre dans les esprits des matières combustibles.

Composé. J.-J. R., Orig., 2 : la fermentation causée par ces nouveaux levains produisit des composés funestes au bonheur. — Admis Ac. 1835.

*CoRPSFHOiD. Ling., XIV, 167 : mais à quoi servent les réflexions? à ceux-là seulement qui n'en ont nul besoin. Ce sont des corps froids qui développent les principes inflammables, bien loin d'en amortir l'effet.

*CoRRODER. Mirab., Essai, 142 : tous les ressorts sont corrodés, vertu, force, courage. — Mirab., Ami des h., III, 554 : Il est impossible que cet intérêt ne corrode les liens internes de l'Etat.

*CoRROsiF. Mirabeau, Ami, II, 85 : c'est un vice intérieur qui tôt ou tard les forcera à l'action corrosive sur eux-mêmes. — J.-J. R., A^"^ Hél., P. II, 1. 3 : l'amour s'est insinué trop avant dans la substance de votre âme; il en renforce et pénètre tous les traits comme une eau forte et corrosive. — Hennebert, Du plaisir, I, 129 : son sel [de la plaisanterie] aigrira, en devenant un corrosif capable d'engendrer de grands maux. — Ling., XIV, 356 : plume corrosive. — Sabatier, Trois siècles (F.) : philosophie corrosive.

Coupelle, Creuset. On en trouverait quelques rares exemples au xvu® siècle. L'emploi en devient fréquent à la lin du xviii® siècle.

Helv., I, 214 : l'épreuve du temps et d'une traduction, qu'on doit regarder comme le creuset le plus propre à séparer l'or pur du clinquant. — Id., I, 130 : un mérite qui n'a pas passé par la coupelle du public.

*DiLATATioN. Ling., XV, 397 : cette domination boursouflée, équarrie à force de dilatations. — Cet emploi figuré n'existait au xvii° siècle que dans le langage mystique.

Dissolvant, adj. et sb. Rivarol, Œuvres : [la pensée de Voltaire] est moqueuse, dissolvante. — Id., 00 : le dissolvant de la société. — Admis au propre Ac.

'Distillateur. Ling., XI, 497 : distillateur breveté de nouvelles.

Effervescence. J.-J. R., Conf., VIII : celte effervescence se soutint dans mon cœur. — Helv., II, 75 : idées conçues dans le temps de l'effervescence des passions. — Linguet, IV, 107 : Panckoucke imagina que, puisqu'en chimie le mélange de deux liquides froids produit une effervescence dont il résulte de la chaleur, deux journaux congelés sous la main de La Harpe se n chaufferaient peut-être en s'amalgamant. — Linguet (F.). — Admis Ac. 17 98.

*EspRiT. Ling., XII, 460 : s'enivrer de l'esprit de vin distillé dans des écri s multipliés. — Ibid., XIII, 4o3 : des compilateurs en expriment la quinte sence; ils donnent Vespj'U des ouvrages périodiques sans esprit, ce qui sans ci atredit est la chimie par excellence.

'Ether. Helv., I, 134 : l'instinct est comme l'éther qui pénètre tous les c< rps.

ExPANsiF. J.-J. R., Prom,, 8 : mon àme expansive s'étendait sur d'autres objets.

— Ici., Prom., 9... les cœurs s'épanouir aux rayons expansifs du plaisir. — B. de St-P., Et., III, 99 : conformes à la nature expansive de l'àme. — Boulogne (F.j. — Admis Ac. 1798.

Explosion. Ling., IV, 249 ; la dernière explosion pulmonaire de cet économiste.

— J.-J. R., Dial., 2 : un orgueil irascible doit avoir de fréquentes exfilosions difficiles à contenir. — Helv., I, 126 : le mérite est comme la poudie; son explosion est d'autant plus forte qu'elle est plus comprimée. — Dorât, Coup d'œil, I, 300. — Beaum., la Mère coupable, IV, 13 : explosion du ressentiment. — Id., Réponse ingénue : explosions d'une colère exaltée.

F. : celte métaphore est très employée. — Admis Ac. 1833.

'Extension. B. de St-P., Etudes, III, 67 : ces voyages de mon intelligence donnent à mon àme une extension convenable à sa nature.

*ExTRAiT. M™° Necker, Réflex. sur le divorce : le bonheur ou le malheur de la vieillesse n'est souvent que l'extrait de notre vie passée.

*ExTRAVASER. Liug., X, 1 42 : la fortune publique extravasée par mille issues.

Ferment. J.-J. R., Pologne, 14, et Conf., VI (L.). — Mirab., Essai, 119 : tout concourt à la corruption; et c'est le ferment le plus facilement excité parmi les hommes. — Ibid., 201 : le ferment de la cupidité. — Mercier, Tabl., VIII, 2oo : il n'y a point de ferment moderne capable de faire lever la pâte; les vieux levains sont sans activité. — Admis Ac. 1835.

^Fermentation. J.-J. R., iN'"^//é/.,P.lII, 18 : craignant de n'avoir éprouvé qu'une fermentation passagère. — Helv., I, 117 : la fermentation des opinions contraires. — Id., II, 59, et II, 174. — Mercier, Tabl., IX, 209 : c'est du sein des faits que les idées les plus inattendues prennent naissance; ainsi des mélanges chimiques produisent par la fermentation de nouveaux êt;'es. — Beaum., Barbier, II, 8 : pendant la fermentation calomnier à dire d'experts. Raynal, III, 300 : les matières de religion ressemblent à ces parties acides et volatiles qui existent dans tous les corps propres à la fermentation...; dans la fermentation générale des disputes théologiques, toute la lie de ces matières resta en Espagne. — Admis Ac. 1762.

Fermenter. Emile, II : si ce jeune cerveau s'échauffe, si vous voyez qu'i! commence à bouillonner, laissez-le d'abord fermenter... (La comparaison se poursuit pendant plusieurs lignes.) — Admis Ac. 1798.

*Fdsée. Ling., X, 295 : les petites fusées des périodistes. — Ibid., XIV. 380 : ce grand artifice n'a été composé que d'une fusée perdue.

'Mercure. Mirabeau, Ami, II, 37 : l'or, semblable en propriétés sur le corps politique au mercure sur le corps physique, a pénétré dans les différentes

veines de ce commerce respectif, et y a établi une circulation libre et facile. *Métal. Rivarol, 57 : les peuples, comme les métaux, n'ont de brillant que les surfaces.

*MixTioN. Rivarol, 141 : les sages travaillent sans relâche à les séparer [la morale et la superstition], mais c'est en vain; une telle mixtion plaît aux peuples.

Saturer. J.-J. R. et Bern. de St.-P. (L.). — Mercier, JSéologie, cite Rousseau, Conf., III. — J.-J. R., Conf., IX : saturé de sentiments affectueux et tendres. — Admis Ac. 1833.

'Sédimknt. De Langle, Foy., I, 223 : la lecture laisse dans le cerveau une espèce

de sédiment qui empêche de sentir ou de penser. *Sel NEUTRE. Helv.,11,413 : un sel neutre qui amalgame dans les mêmes hommes

toutes les qualités qui ne sont pas absolument contradictoires. *SuBLiMÉ. Dorât, V, 379 : M. de Voltaire, ce composé de tous les esprits, et, si

Ton peut le dire, le sublimé de toutes les imaginations qui l'ont précédé.

* Volatil. Ling., VII, 154 : titres volatils contre lesquels leur conllance a échangé

des monceaux d'or.

* Volatiliser. Hennebert, Du plaisir, II, 30 : à force d'avoir volatilisé le plaisir

du bal, on l'a réduit en cendres.

Volatilité. Ling., I, 6 : la volatilité en quelque sorte qu'acquièrent les biens ecclésiastiques, — Admis Ac. 1798.

E. — Médecine.

*Galmant. Ling., XIV, 366 : les concessions avouées sont le calmant des mouvements actuels. — Helvétius, I, 71 : un calmant de haine.

*Cancer. Ling., III, 294 : une misère, ce cancer effrayant des dettes publiques.

*CoMMOTioN. Raynal, III, 148 : ce qui restait de commotion dans les esprits s'apaisa insensiblement. — Selon Ac. 1762, commotion est un terme de médecine; l'emploi figuré lut admis par Ac. 1798.

*CoMPREssE. Ling., VI, 109 : le droit des gens vient appliquer des compresses sur les plaies de l'humanité.

*CoNTRACTiOx\. Mirab,, Ami, III, 252 : l'objet seul de s'y rendre les plus forts les oblige à des dépenses qui excèdent leurs moyens, et les tient dans un état de contraction qui ne peut qu'entraîner un accablement absolu.

*GoNVALEscEx\CE. D'Holb., PoUt. nat., D. VIII, ch. ix : la paix n'est qu'un état de langueur et de convalescence.

*CoNvuLsiF. Ibid., D. VIII, ch. vu : la guerre est pour eux une maladie convulsive. — Ling., XIII, 291... tout le corps politique dans un tiraillement convulsif.

Corps. D'Holb., Pol. nat.. D. VI, ch. xx : les corps politiques ainsi que ceux des individus demandent du mouvement. — Ac. 1878 : corps politique.

*Débarrasser (se). Ibid., D. II, ch. xxvii : sa santé dure jusqu'à ce qu'ayant amassé de mauvaises humeurs, la nature, par des crises nouvelles, le force [le corps politique] à se débarrasser.

*Désopilation. Mirab., Th. de Vimpôt, p. 354 : c'est une opération dont tout Teffort consiste dans la désopilation du corps politique.

^Dissection. Ling., X, 158 : cette dissection du compte rendu. — Ibid., II, 61 : en disséquant, pour ainsi dire, une langue morte.

Dose. Cette métaphore était employée dans des expressions courar tes au xvii^ siècle. On lui rend toute sa force métaphorique au xviii" siècle. — Du reste Ac. 1740, 1762, 1798 n'admet que dose d'amour, et dans le langage familier; Ac. 1835 admet un emploi plus étendu. — Helv., II, 280 : en quelles doses différentes, si je l'ose dire, l'esprit peut s'allier aux: différents genres de passions. — De même pour doser, cf. F.

Elaborer. J.-J. R. (F.) : l'esprit humain s'élabore et fermente mieux lans la tranquille solitude. — C'est, dit F., une métaphore tirée de la médecine, où l'on dit que le sang s'élabore. Cf. Prévost, Man. lexique, s. v° élab< ration.

— Admis Ac. 1835.

*Empirique. Ling., XIII, 372 : des empiriques qui s'attachent principalement aux

Etats dont la boursouflure cache l'épuisement. Epidémie. J.-J. R., DiaL, 2 : il est, pour ainsi dire, des épidémies d'es[ rit qui

gagnent les hommes de proche en proche comme une espèce de contagion.

Ling., X, 268 : une épidémie de démissions.

Féraud cite VAjin. litt. et constate que ce mot s'emploie « depuis peu »

au figuré. — Admis Ac. 1798.

*Eréthisme. Ling., V, 464 : la fièvre qui consume deux des plus grandes nations

de l'Europe, et l'éréthisme universel qui commence à tourmenter les autres.

— Ibid., X, 67 : il tient l'Europe dans un éréthisme convulsif et permanent.

— Cf. F.

*Excrétion. Ling., XIII, 31 : infâmes excrétions de l'esprit de parti.

Exfolier. 1784. B. de St-Pierre, Et. (cf. D. G.). — Saussure, III, 278 : ceux de ses feuillets [d'une ardoise] qui étaient exposés à l'action de l'air, tendaient à s'exfolier... — Prévost [Man. Icx.) donne ce mot comme terme de chimie, et Ac. 1740, 1762, 1798 comme terme de chirurgie.

Fibre. Diderot, V, 469 : il y a une fibre qui ne m'a point été donnée, ure fibre lâche qu'on a beau pincer et qui ne vibre pas. — Ling., X, 149 : les principales fibres de l'organisation politique. — Rivarol, (Euvr., 131 : il y a dans le cœur humain une fibre religieuse. — Ac. 1878.

*Fluer. Ling., I, 299 : les vices et l'or de l'Asie fluent par tous ses rivages.

*GouTTE SEREINE. Merc, Tahl., VII, 278 : l'athéisme est la goutte sereine de l'âme.

*Hermaphrodisme. Beaum., II, 326 : hermaphrodisme moral.

*Infuser. J.-J.R., PoZ., ch. ii (L.). — Mirab., Des prisons d'Etat, p. 41 : pénétré du sentiment de sa propre importance, il voudrait l'infuser à toas les autres.

*Intercadence. Mirab., Ami, II, 467 : le gouvernement peut seul donner le mouvement en grand. Pour que ce mouvement ne devienne pas intercadence. ..

*Jaunisse. Ling., XIII, 422 : la jaunisse des préjugés nationaux.

Lénitif. îbid. : le lénitif de l'illusion. — Ac. 1762 et 1798 admet cet emploi figuré, mais dans le langage « familier » ; Ac. 1835 admet un emphi plus étendu.

*LouPE. Mirab., Ami, I, 137 : cet accroissement devrait être pris pour unejireuve d'abondance dans l'Etat à peu près comme d'énormes loupes le sont de la santé du corps. — Ling., VI, 468 : loupes qui se fixent sur le corps politique. — Merc, TabL, I, 8.

*Matrice. D'Holb., Syst., Il, 162 : cerveau qui peut devenir la seule matrice dans laquelle un poème puisse être conçu et développé.

*MoLLiFiER. Ce terme figure dans Vllistoire des Stuarts de Hume, traduit par Prévost (F.).

Narcotique. Ling., XIII, 15 : cette conjuration fut le narcotique versé dans les esprits. — Admis dans le style familier par Ac. 1835.

Oblitérer (s'). Saussure, III, 102 : leurs divisions ne se prolongent pas dans toute la longueur de la pierre; ici, elles s'oblitèrent, deux couches distinctes se soudant entre elles pour n'en former qu'une seule. — Ac. 1798, qui admet pour la première fois ce mot, le donne en particulier comme terme d'anatomie, indiquant l'adhérence des deux parois d'un vaisseau. — Ac. 1835 admet l'emploi au sens moral; coutume, opinion qui s oblitère,

'Obstruction. D'Holb., Pol. nat., D. VII, ch. xix : les richesses sont faites pour

circuler librement; les villes trop grandes sont des obstructions qui font

naître des humeurs vicieuses. — Mercier, Tabl., VIII, 254 : l'obstruction au

politique comme au physique donne la mort. — D'Argenson, Cojisid.^ p. 229.

Obstruer se trouve au fig., dans « le style médiocre » (F.).

*Opium. Helvét., II, 173 : les citoyens, pour ainsi dire, engourdis par Vopium du luxe. — Mercier, Tabl., X, 326 : les cartes ont distrait tous les esprits; c'est un opium qui véritablement endort l'espèce humaine.

Organe. Linguet, Ann., X, 463 : les journaux deviennent ses organes [de la prévention, du préjugé]. — Condorcet (D. G.). — Cette métaphore s'employait déjà au xvii*^ siècle en parlant des personnes, pour signifier l'agent des volontés de quelqu'un, ou même, l'interprète des idées et des sentiments d'autrui; mais non en parlant des choses. — Ac. 1878.

Palliatif. D'Holb., Polit, nat., D. VII, ch. xii : le peuple est un malade que les remèdes trop violents révolteront toujours; l'on ne doit les lui présenter que lorsque les palliatifs et les adoucissants ont été vainement épuisés. — Admis Ac. 1835.

Paralyser. Chamfort, I, 86 : il y a des côtés de son âme qu'il faut entièrement paralyser. — Le mot, au sens propre et figuré, est admis Ac. 1798.

'Pléthore. Ling., IV, 68 : cette surabondance de vigueur qui semble causera nos petits Etats européens une espèce de pléthore dont ils ne croient pouvoir se guérir que par la saignée.

'Ponction. Ibid., XIV, 114.

'Prurit. Merc, Tabl., XII, 237 : le besoin d'être applaudi était devenu en lui un prurit extravagant.

Stagnant. Merc, TabL, III, 47 : trésors stagnants. — Ac. 1835 admet l'emploi figuré pour stagnation seulement.

Stimulant. Linguet (F.). — Ac. 1835.

*Strangurie. Mirab., Ami, II, 354 : un travail que la moindre strangurie dans le crédit et la circulation fait cesser.

Superfétation. En parlant des ouvrages d'esprit mal conçus, VAnnée littéraire et Linguet (F.). — Ac. 1878.

'Tempérament. D'Holb., Pol. nat., D. VII, ch. ii : ces passions et ces dispositions constituent, pour ainsi dire, le tempérament d'une nation. — Métaphore familière à d'Holbach : elle se trouve déjà dans Bossuet (L., 2°).

Topique. Ling., XllI, 78 : les deux Républiques qui s'étaient refusées à tous les topiques violents.

*TuMÉFiER. Merc, Tabl., II, 24 : tuméfiés du poids de leur grandeur. — « Cela n'est bon que pour le burlesque (F.). »

Virulence. Linguet (F.) : la virulence de quelques déclamateurs qui ont alarmé

Tautorité. — Ac. 1878.

Virulent. Diderot (F.) : satire virulente. — Admis Ac. 1798.

F. — Histoire naturelle.

Branche. Raynal, I, 94 : cette branche de leur industrie. — Admis Ac. 1 798. *CoNSERVAToiRE. Rivarol, 52 : les corps politiques sont les grands conser\ atoires

de l'espèce humaine.

'Coupe. Turgot, II, 613 : la géographie politique est, si j'ose ainsi parler, la coupe

de l'histoire... — B. de St-Pierre, Et., III, 311 : j'aurai été bien des fois audessous de mon sujet par la coupe de mes plans. Germer. F. : germe et germer sont fort à la mode au figuré. On ne voit dans les

écrits modernes que le germe des talents, et des talents qui gcrm nt. -

L'emploi ûguvé de germe est déjà dans Ac. 1740; germer n est admis au figuré

que dans Ac. 1798.

'Naturalisation. Ling.,XIV, 131 : la naturalisation de cette solennelle infidélité.

— Inc. à Ac. 1878.

Naturaliser. Ling., XI, 38 : audace naturalisée dans toutes les têtes. — Admis

Ac. 1740 en parlant des mots et des phrases. 'Pétrification. Merc, TabL, VII, 101 : pétrification morale. — Inc. à Ac. 1878. 'Végétation. Dorât, Coup d'œil, I, 260 : une végétation douce, une lin paisible,

voilà tout le secret de la sagesse. — Marmontel, Contes (F.), Misanthrope

corrigé : les plaisirs peu vifs mais tranquilles d'une douce végétation. — Inc.

à Ac. 1878.

Végéter. Féraud (1788) constate que ce mot s'emploie beaucoup au figuré'

« depuis quelques années ». licite Coyer, Marmontel, Gresset. — Admis

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