MÉTAPHORES EMPRUNTÉES A LA LANGUE DES BEAUX-ARTS
A. — Peinture et sculpture*
*Atelier. D'Holb., Syst., II, U : l'atelier de la tristesse.
Brillante. Rivarol, Œuu., 57 : la noblesse est un instrument brillante par le temps. — Féraud en cite plusieurs exemples en parlant de style, et Ao. 1798 ne l'admet aussi que dans cet emploi.
'Brunissoir. Rivarol. (Cf. p. 198.)
Cadre. Ling., IV, 447 : [cet ouvrage] est une espèce de cadre dont M. do Beaumarchais remplit seul le fond : le reste du siècle est dans la bord are. — Admis Ac. 1798.
Calquer. J.-J. R., iV"*^ fféZ., II, 17 (L.). —Diderot, V, 472 : des idées d'institution strictement calquées sur nos mœurs. — II, 517 : une règle qui ne
convient qu'à quelques hommes qui l'ont calquée sur leur caractère. — Ac.
*Carton. Ling., XV, 476 : huit volumes sur une seule ville effraient un lecteur occupé; il est impossible dans un pareil cadre que les cartons ne se brouillent..., que le tableau conserve son ensemble, son mouvement, son point d'optique.
Coloris. Les écrivains et les critiques du xviii° siècle répètent cette métaphore à
satiété (cf. L.). — Admis Ac. 1835.
Contre-épreuve. Diderot, VI, 301 ; l'entendement humain est le petit cadre sur
lequel vient se peindre l'image de la nature ; et la langue est la contre-épreuve
de cette image infinie. — Ac. i878.
Couleur. Rivarol, CEiw., 110 : poésie plus haute en couleur. — Merc, Tabl., IV, 65 : il n'y a que des nuances et jamais de couleur dominante. — Admis Ac. 1798 en parlant du style.
'DÉGRADER. J.-J.R.,Mi/.,2 : dégradant habilement cet affreux coloris, de l'homme terrible et vigoureux qu'on avait d'abord peint, on fit peu à peu un petit fourbe. — Rollin et Diderot (L.).
'Draperie. Ling., XV, 406 : on sent le marbre sous la draperie de notre politesse et de nos arts.
Ensemble. Dorât, HT, 381 : cela ne laisse pas que de refroidir l'intérêt des tragédies, et de déranger Vensemble. — L'Académie n'employait ce mot au sens propre qu'en parlant de peinture ou d'architecture (cf. F.). — Ac. 1 878.
*Etude. B. de St-P. (Cf. p. 203.)
'Faire (sb.). Dorât, V, 372 : les poètes ont leur faire comme les peintres.
F. : ce terme s'emploie « depuis quelque temps » en littérature..., il y a encore de l'affectation à se servir de ce mot.
*Fait. Did., II, 274 : les choses d'imagination sont trop faites : il n'y a rien qui aime tant le négligé et l'ébouriffé que la chose imaginée.
Groupe et grouper sont très employés au figuré par les néologues (F.). — L'Académie n'admettait ces mots au propre que comme « termes de sculpture et de peinture ». — Ac. 1835.
*Laissé. ;Cf. p. 192.)
'Large. Did., III, 289 : le style souvent ingénieux, mais plus simple, moins haché, et, s'il m'est permis de prendre une expression de la peinture, plus large.
Manière. B. de St-P., Ef., I, 370 : on n'y étudie que des méthodes, ce que les peintres appellent des manières. — Dorât, V, o : faire une tragédie à la manière noire. — Mot très employé au figuré (F.). — Ac. 1 835.
Masse. De Langle, Voy.^ I, 221 : les grandes masses du style. — Admis Ac.
Féraud cite Marmontel et constate que masse est « un terme à la mode ».
Modeler. Helv., II, U3 : ils ne veulent qu'engager les autres à se modeler sur un pareil portrait. — Beaum., VI, 115 : décompte modelé sur tous les décomptes passés; — la Mère coupable, IV, se. xiii : modeler mes sentiments, ma faible opinion sur la vôtre. — Admis Ac. 1835.
Féraud constate que se modeler sur est une expression nouvelle; il cite en particulier Buffon et Linguet.
Moelleux. Coyer (F.), Ile frivole : l'amiral mit du moelleux dans son ton. — Selon F., cette expression ne convient que dans « le style badin ou critique »,
et il y aurait de la préciosité à l'employer sérieusement. — Moelleux n parlant de peinture n'est admis que dans Ac. 1762 et au fig. en 1835. *MouLE. Diderot, I, 293 : les sensations... seront, pour ainsi dire, le m lule de toutes ses idées. — D'Holb., Syst., II, 39 : leur intelligence fut le moule de la sienne. — Rivarol, (Euv., 34 : on ne jette pas brusquement un -mipire au moule. — J.-J. Rousseau (F.) : la raison humaine prend plus faci ement le moule de nos opinions que celui de la vérité.
*Nettoyer (se). Beaum., IV, 267 : à mesure qu'on avance, le tableau ser 3ttoie; on voit que tout s'enchaîne.
*Nu. Rivarol, CEmv.,113 :1a prose accuse le nu de la pensée. — Cf. Marmonf 3l(L.).
Ombre. Mirab., Ami, II, 263 : je dis que c'est tout perdre que de confon Ire les êtres à cet égard, de mettre les ombres sur les groupes principa ix. — D'Holb., Syst., I, 330 : le malaise forme les ombres dans le tableau dt la vie humaine. — Ling., XIII, 273 : ce sont des ombres qui jouent bien sur le tableau général de la politique. — Ac. 1835 : c'est une omhre au tabhau.
*Passage. B. de St-P., Et., II, 313 : la nature, non contente de cette première teinte générale, a employé en l'étendant sur le fond de la scène ce que les peintres appellent des passages.
Pittoresque. J.-J. R., Conf. (cf. V.'ey, Rem., I, 364). — Ac. 1835.
'Pointillé. Dorât, IV, 7 : nos ouvrages sont pour la plupart des espèces de miniatures où le jooiutillé domine.
*Profil. Rivarol, (Euv., 95 : on ne peindrait les Français que de profil, si <m faisait le tableau sans elles [les femmes]. — J.-J. R. et d'Alembert (L. 1°), Formey (F.).
Prononcé. Grosier (F.) : le caractère prononcé, la manière originale d'un auteur;
— Mercure : le contraste de leurs mœurs m'y paraît suffisamment pro loncé;
— F. juge cette expression affectée. — Ac. 1798.
Rembrunir. Caraccioli, Dict. crit., III, 27 : Gelde, qui se pique d'avoir ua langage à part, dit que le style et le caractère du fameux Délise sont tro]) rembrunis. — Mercier, Tabl., IX, 123 : nos idées se rembrunissaient. — Ac. 1762 n'admet que « air rembruni ».
*Tapage. Mirabeau, à propos des poésies de Lefranc de Pompignan, avait écrit : « ce tapage de vives couleurs... » — La Harpe, Lycée, XIII, 156, blâme ce langage « grotesque ».
Teinte. Cf. L. — J.-J. R., Em., IV : les faits prennent la teinte de ses préjugés;
— ]y«e jjpI^^ VI, 3 : cet amour prit la teinte de son àme noire. — Rivarol, (Euv., 94 : les opinions exagérées viennent y prendre une teinte qui plaît à tous. — Ac. 1798 « en parlant du discours et des ouvrages de l'art ».
Touche. Cf. L. — Merc, Tabl., II, 173 : on peut peindre une nation, un peuple,
ces touches hardies, élevées, sont à notre disposition.
Cette métaphore s'emploie en matière de littérature (F.). Aux exemples
que F. cite on pourrait en ajouter beaucoup d'autres, de Linguet, par exemple,
et de La Dixmérie. — Admis Ac. 1835.
Traits (a grands). F. remarque qu'on dit en matière de littérature peindre, dessiner à grands traits, et il donne plusieurs exemples de cet emploi. — Admis
au fîg. Ac. 1835.
Vernis. Laclos, Liais., II, 121 : un vernis de pruderie. — Mercier, Tabl., VIII,
48 : appliquer le vernis factice sur cette première couche d'illusion. — Ac.
1740, 1762, 1798 n'admet au figuré que l'expression donner un vernit ; Ac.
admet un emploi de la métaphore plus étendu.
B» — Musique.
^Accord. Merc, T«6/., IV, 07 : il n'était plus d'accord, il montait trop haut ou descendait trop bas. — Beau m., Baréter, act. II, se. vni : un mariage inégal, un jugement inique, un passe-droit évident sont des dissonances qu'on doit toujours préparer et sauver par Taccord parfait de Tor.
^Accordant. J.-J. R. (Cf. p. 192.)
^Clavier. Merc, Tahl.^ IV, 142 : c'est là qu'il travaille sourdement, qu'il examine de près les claviers qu'il doit toucher.
'Concerto. Sabatier de Castres (F.) ; l'invective, le sarcasme vinrent renforcer un concerto de défenseurs en effet trop faibles.
Crescendo. Beaum., Barb., act. II, se. viii (couplet sur la calomnie). — Admis Ac. 1835 dans le langage familier et plaisant.
Diapason. J.-J. R., cf. s. v° accordant. — Diderot, VI, 310 : à cette variété, joignez le diapason des mœurs nationales. — Ac. 1878,
*DiAPAsoNNER. Didcrot. (Cf. p. 192.)
Dissonance. J.-J. R., Em., IV : choquante dissonance dans l'harmonie universelle. — Ac. 1798 admet cet emploi figuré en parlant du style.
'Modulation. B. de St-P., Et., II, 60 : toutes ensemble ne paraissent que des modulations d'une progression dont le blanc est le premier terme et le noir le dernier. — Marmontel (L.).
'Résonance. Did., Il, 43 : cette oscillation, cette espèce de résonance nécessaire qui lient l'objet présent.
'Ton. J.-J. R., cf. s. v^ accordant. — Diderot, I, 73 : si la constitution naturelle de la créature ne permet pas au reste des affections de monter à son unisson, si le ton des unes est aussi haut, et celui des autres plus bas... — Necker, Mor. nat., p. 133 : si l'on ne peut changer son caractère, on peut du moins se donner des qualités et des habitudes qui en renforcent ou qui en adoucissent le ton dominant et les nuances particulières. — Laclos, Liais., I, 46 : je lis un chapitre du Sopha, une lettre d'Héloïse et deux contes de La Fontaine, pour recorder les différents tons que je voulais prendre. — Ton s'employait au fig. au xvii° siècle, mais rien n'indique dans ces emplois une allusion aux choses de la musique.
Unisson. Helv., I, 74 : l'esprit est une corde qui ne frémit qu'à l'unisson. — Dorât, IV, 82 : ses sens se remirent par degrés à Vunisson. — Laclos, Liais. ^ IV, 28 : à l'unisson de notre cœur.
Voltaire se moque de l'abus qu'on faisait à son époque de cette métaphore
t{I)ict. phiL, art. langues) : « vous lirez dans nos livres nouveaux de philoso- ► phie qu'Epicure avait un extérieur à l'unisson de son âme. » — Admis Ac. : 1835.
Variations. Beaum., Barb., act. IV, se. i : j'ai arrangé comme cela plusieurs petits proverbes avec des variations.