‹ Les transformations du droit: étude sociologiqueChapitre 17 sur 58 · Familh primitive^ p · texte numérisé non relu

Familh primitive^ p

Mais c'est à des étrangers, non à des indigènes qu'elles devaient se prostituer, et, comme c'était dans le temple d'Aphrodite que ce sacrifice de leurs personnes devait avoir lieu, il parait naturel d'expliquer cette forme du culte par le désir d'être agréable à l'impudique déesse, en la célébrant par un rite approprié à son goût comme on célébrait le dieu de la guerre par des jeux guerriers. Il est vrai qu'on peut demander comment cette divinisation de l'impudeur aurait pu s'introduire dans un pays où eût régné auparavant la chasteté des femmes. Mais c'est là une question des plus complexes. Un mot seulement. N'oublions pas un phénomène historique trop souvent négligé, ces frénésies intermittentes d'imitation de peuple à peuple, non motivées, sans lesquelles ne se comprend la propagation d'aucun culte. N'at-on pas vu, au moyen âge, se propager dans des milieux naguère les plus chastes, à la faveur d'une innovation religieuse, albigeoise, par exemple, les pratiques du sensualisme le plus licencieux ?

On a beaucoup parlé de la couvade, cette curieuse coutume qui, dans quelques peuplades, assujettissait le père, après la naissance de l'enfant, à se mettre au lit, à se faire saigner, purger, traiter en malade, et à subir comme tel une médication des plus douloureuses. On a vu là une simulation de maternité et une survivance active du matriarcat, le père feignant d'être mère afin d'être investi de l'autorité domestique. Mais, suivant Starcke et divers savants, si, comme il convient, on rapproche cet usage de plusieurs autres bien plus répandus et dont le sens est clair, on reconnaît que la couvade n'a été instituée ni pour le père ni pour la mère ; elle l'a été dans l'intérêt de l'enfant, auquel on croit assurer la transmission de la bravoure paternelle en donnant au père l'occasion de la déployer ; car « il faut avoir un grand courage pour se soumettre à des prescriptions si nombreuses et si dures ». On a voulu voir aussi, mais à tort, dans la filiation utérine, dans l'habitude de désigner l'enfant comme fils de sa mère et non comme

fils de son père, un vestige de matriarcat disparu. Dons une société patriarcale, la polygamie — qui est précisément le contraire du matriarcat — doit nécessairement faire prédominer l'habitude en question pour permettre de distinguer les enfants nés de la même mère.

S'il était vrai que la mère, à une phase très ancienne des sociétés, eût tenu généralement, et avant le père, le sceptre de la famille, quelle preuve plus éclatante pourrait-on donner de la bonté originale de l'homme et de l'intensité des sentiments affectueux chez nos ancêtres? Car à coup sûr, l'acceptation docile de l'autorité d'une femme, cet être faible, par son mari ou ses maris, par ses frères, par ses enfants, par des guerriers qui lui sont très supérieurs en bravoure, en forc^, en intelligence même, n'est pas susceptible d'une autre explication qu'un grand développement de l'amour ou de la piété filale. On peut dire que partout, dans les populations incultes, est attribué à la femme, plus souvent qu'à l'homme, un pouvoir occulte et superstitieux, né de la crainte non de l'amour; je réponds que ce prestige do sorcellerie, toujours exceptionnel, serait loin de suffire à motiver sa prépondérance sociale et n'est explicable lui-même que par une grande sensibilité à son charme propre, à sa magie sexuelle. Cependant, par une contradiction singulière, les théoriciens du matriarcat comptent parmi les savants qui se font des mœui*s primitives le tableau le plus poussé au noir. Mais, au fait, ce matriarcat, si fameux, a-t-il existé? Jamais, dit Starcke, les femmes n'ont eu plus de droits ou d'autres droits que les hommes. Seulement, dans certaines tribus africaines, les Béchuanas, par exemple, et la majorité des autres peuplades Bantou, la mère de famille assiste au conseil, le mari est souvent mené par sa femme, tout comme un Européen, et les enfants adorent leur mère jusqu'à la fin de ses jours, ce qui n'est pas non plus très exceptionnel, même en Europe. En d'autres termes, la femme participe là aux droits de l'homme ; dans certaines tribus, elle peut même être chef, comme la reine d'Angleterre, au même titre que

rhommc, nulle part à titre exclusif. Si, cependant, nous rencontrons çà et là une petite peuplade, comme celle des Kocchs d'Asie, où les hommes féminisés sont soumis respectueusement aux volontés de leurs femmes et de leurs bellesmères, qui, elles, s'arrogent le monopole de la bravoure et du travail, est-ce que, par hasard, on voudrait faire de cette inversion sexuelle, accidentelle et morbide, comme tant d'autres inversions sexuelles si curieusement étudiées de nos jours, la règle générale de l'humanité sauvage ? J'ajoute que les tribus, actuellement placées au plus bas échelon social, les Boshimans et les Hottentots, entre autres, ignorent tout à fait le matriarcat *.

M. d'Aguanno, cependant, nous peint, comme s'il l'avait vue, l'aïeule matriarcale dans l'exercice de s^s fonctions judiciaires, et il nous raconte de quelle manière elle a transmis au patriarche le trône familial. Nous sommes, à vrai dire, un peu étonnés d'apprendre que cette substitution merveilleuse de la « patriarchie » à la « matriarchie » ne paraît point avoir a opéré un notable changement dans l'organisme juridique ». Reste à savoir ce que pouvait bien être l'organisme juridique en ces temps imaginaires. D'après des auteurs moins Imaginatifs, le matriarcat, dans la mesure où il a existé accidentel-

1. {Réforme sociale^ 15 juillet 1886.) Article de Claudio Jannet sur le livre de l'anglais Devas, maître ès-arts d'Oxfort, Études sur la vie de famille. L'auteur « montre que la coutume qui rattache les enfants à la mère plutôt qu'au père (das Mutterrecht) naît spontanément dans certaines situations économiques et morales et n'est nullement la preure d'un état précédent de polyandrie ou de mariage communal. La société égyptienne à l'époque démotique en est la preuve ». M. Claudio Jannet, à ce propos, cite une idée de Bertillon qui, frappé du nombre de faux ménages parisiens, proposait sérieusement de faire une loi pour reconnaître leur existence, analogue à celle du concubinat romain. « On en arriverait ainsi à une famille purement maternelle par la corruption même d'une civilisation précédente plus haute. N'est-ce pas le cas des bouddhistes birmans dont les mœurs domestiques ressemblent étonnamment à celle des Américains contemporains? La famille y est instable, la démocratie règne au foyer autant que pourrait le désirer un légiste moderne. »

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lement, n'est apparu et n'a pu apparaître qu'après le régime patriarcal.

Ce que le progrès juridique, tel qu'il nous est donné de l'observer au cours de l'histoire vraie, nous présente ordinairement, ce n'est pas ce détrônement et cet asservissement de la femme, consécutifs à son prétendu absolutisme, c'est, au contraire, son émancipation graduelle, qui la fait passer d'un régime d'esclavage à une ère de liberté et d'autorité relative. Encore faut-il se garder de généraliser ce dernier fait lui-même. En efifet, il n'est pas môme vrai de dire, quoiqu'on Fait dit et redit si souvent, que le progrès du Droit s'opère toujours dans le sens d'un plus complet affranchissement de la femme, graduellement égalée au mari. L'histoire du Droit égyptien, à partir des Ptolémées, suffirait à contredire cette assertion trop générale. On voit alors, sous l'influence du droit grec, qui subordonnait si absolument la femme à l'homme, le droit égyptien cesser d'accorder à la femme, comme il Vavait fait, dès les plus anciennes époques, un rôle indépendant, privilégié parfois, dans le ménage, et la soumettre au joug marital. Cependant l'importation du droit hellénique a été pour le droit égyptien une acquisition féconde, un stimulant et une source de progrès'. Pareillement, on a beau dire que l'efiFet inévitable de la civilisation est d'amoindrir sans cesse l'autorité juridique du père sur ses enfants, l'inverse s'est vu dans beaucoup de provinces romaines quand l'édit de Garacalla a eu pour effet, d'après Sumner-Maine, d'étendre la patria potestas romaine, si rigoureuse et si étendue encore sous l'Empire, surtout à l'égard des biens propres aux enfants, à une foule de peuples qui ne connaissaient rien de pareil.

1. Suivant M. VioUet, dans son Pre'eis de l'histoire du Droit français y ouvrage devenu classique, l'égalité juridique sinon politique, de l'homme et de la femme était plus près peut-être d'être complètement réalisée au XIII* siècle, sous l'empire de certaines coutumes au moins, que de nos jours. Nous disons encore en France, comme cet auteur le remarque finement, qu'un père donne sa fille en mariage ; nous ne disons jamais qu'il donne en mariage son fils.

Ce«x*ci^ alors, on se civilisant dc^ la sortf^, ont vu brnsqiienient s accroître leur puissance domestique et leur fortima môme. Le pro^^rèî» s'est accompli pour eux dans le sens d'un resserrement et non d'un relâchement des liens autoritaires de la fanillle.

Ce ne sont pas seulement les divers sexes, ce sont les divers ûges de la vie qui se disputent la prééminence. Cette lutte incessante ne se résout pas toujours ni partout de la même manière ; ses solutions successives ne se suivent pas non plus partout ni toujours dans le mi^me ordre ; et j admire ceux qui prétendent régler d'avance le sort de ces combats. Tantôt, et c'est le cas ordinaire, le sexe rnàla Tenïporte ; tantôt, rarement^ le sexe féminin ; mais la subordination de celui-ci est plus ou moins couïplète et varie beaucoup r dans un sens oti dans Tantre, suivant les idées et les passions dominantes, au cours de la civilisation. Uc mt^me, c'est tantôt Tige mCir, tantôt la jennesse, tantôt la vieillesse qui tient le gouvernail des atiaires. On peut dire que la gérontocratie est tri-^s fréquente chez les peuples primitifs, sans toutefois y être coustante, que l'épliébocratie est Texception, et que le règne des hommes tnùrs, dans la force de Tàge, ce ([uqh pourrait appeler Tanthropocratie, est le régime normal, ce qui ne veut pas dire habituel. Y a-t-il jamais eu une société où les enfants aient commandé en maîtres'? Pour un temps, c est possible. Mais de ce que cette singularité aurait existé sorait-ou fondé à prétendre que la pédocratie est une phase nécessaire de révolution sociale, un des anneaux de cette longue chaîne ? Je ne vois pas plus de raison d'attribuer cette importance au matriarcat, à la gynécocratie. De tous ces débats sans iin relatifs aux systèmes de parenté et de mariage ^ ce qui me paraît résulter de plus clair, c'est que la famille primitive a été très dilTércnte d'elle-même, ici monogamique, là polygannque, ailleurs polyandrique, *tantàt exogamique, tantôt endogamique ^, souvent plus au-

4. Le plus souvent la tribu était endûgamiq;ic et lo cïan etogamique.

toritaire, parfois plus libérale qirellc ne Test devenue plus tard. Mais si le point de départ est multiple, les routes suivies sont-elles parallèles ou convergent-elles vers un môme état final, notamment vers une forme de mariage plus ou moins voisine du mariage chrétien? Non. Il est seulement vrai de dire que l'adoption de cette forme supérieure a été une cause de triomphe dans la lutte des sociétés, ce qui explique sa diffusion progressive. Peu s'en est fallu cependant que la conquête arabe n ait couvert l'Europe et ne lui ait imposé la polygamie. La monogamie, d'ailleurs, est comprise de bien des manières différentes. Dans la vieille Egypte, si haut qu'on remonte, le mariage est un contrat de société entre deux égaux ; en Arabie, en Perse, dans Tantiquité gréco-romaine, chez les Mongols, en Chine, c'est un contrat de vente, la femme étant achetée par le mari. En Polynésie, chez les Esquimaux, c'est souvent un contrat de prêt, ou de louage temporaire. Ailleurs fleurit le mariage par servitude du gendre chez le beau-père, de Jacob chez Laban : chez les Peaux-Rouges, chez les Hindous, cette variété est représentée. Ailleurs, le mariage par capture.

Le mariage n'est donc point parti d'une forme unique ; et il n'y tend pas non plus. Est-ce que sur les interdictions de mariage, tantôt entre parents, tantôt entre étrangers, tantôt entre castes différentes, — est-ce que sur les obligations au mariage, telles que le lévirat, — est-ce que sur les cas de nullité de mariage, sur la faculté plus ou moins étendue, unilatérale d'abord, réciproque ensuite *, de divorcer ou de se séparer, soit de biens, soit de corps, les diverses législar tions civilisées se ressemblent ou paraissent avoir une tendance spontanée à se ressembler? — En Perse, l'inceste,

1. Voilà, par exemple, un proirrcs qui parait vraiment irréversible. Le divorce, quand il est pratiqué primitivement, commence par être unilatéral, accordé au mari seul, puis il se mutualise, et la femme, à son tour, peut demander à divorcer. Jamais l'inverse ne se voit, c'est-à-dire le passage du divorce mutuel au divorce unilatéral. Ce cas rentre dans une règle générale que j'ai formulée ailleurs, comme un corollaire des lois de l'imitation.

môme entre ascendants et descendants, était non seulement autorisé, mais fnvoriî^C' mt^nie par la loi, d'après M. Darestn, Exception unique, du reste, dans la famille aryenne. Chez nous, les rois ont eu longtemps le droit d'ordonner des ma* riages entre leurs sujets, et, après qu'on a eu cessé de le leur reconnaître, ils^ ont continué a prier leurs snjets de se marier, prière qui était un ordre. On s'y soumettait quand on avait l'esprit nionarehiqne, comme, quand on avait l'esprit familial, on se soumett^iit à un commandement analogue du père de famille. Aujourd'hui il n'y a plus de ces coercitions matrimoniales par ordre ; mais combien encore de mariages forcés, imposéi^ par des considérations diverses ! — Quant aux interdictions de mariage, nous n'admettons plus celles qui, jadis édictées dans Tintérét de la conservation des familles, ne répondent plus à nos mœurs individualistes ; mais non s supportons sans nous plaindre celles qui se fondent sur un intérêt national^ par exemple colles qui empêchent les militaires de se marier jusqu'à un certain âge, ou qui subordonnent le mariage des officiers à l'agrément de leurs chefs. Et nous trouvons cela tout naturel.

Il est assez remarquahle que Tdge de la majorité, très précoce chez les peuples barbares, même dans le Nord, devient de plus en plus tardii", en général, au cours de la civiligation *. Chez les Romains primitifs, la puberté, la pleine capacité juridique est fixée a quatorze ans ; de même, chez les Francs Ripuaires, les Burgondes, les Wisigoths, Elle est fixée à douze ans chez les Anglo-Saxons. Mais, à mesure qu'ils se civilisent, les Romains en arrivent à retarder la majorité jusqu'à vingt-cinq ans; les Wisigoths, en se civilisant aussi, sous l'influence de rîmîtation romaine, il est vrai, la retardent jusqu'à vingt ansj les Anglais, jusqu'à vingt-un ans, comme non s. Ce retardement des majorités est si bien un effet de la civilisation, — delà civilisation

1. Voir notammf'nL Touvrag^ d^jà c.\\r do M. Vion^t, p. 428 ci &.

qui cependant accroît sans cesse la précocité des intelligences, — que, pour les roturiers, pour les classes de la nation restées incultes, nous voyons longtemps subsister Tancienne majorité précoce, pendant que celle de la noblesse a été retardée. En Angleterre et dans l'ouest de la France, au xHi« siècle, « la fille noble, dit M. Viollet, est majeure à quinze ans, la fille roturière Test à douze ». Dans Test de la France, le gentilhomme est majeur à quatorze ou quinze ans, le roturier, beaucoup plus tôt. Au xvi^ siècle, la civilisation ayant monté, toutes ces majorités se sont abaissées. . — Comment expliquer cela? Assez simplement, je crois. Plus on est rapproché de la vie primitive, plus les professions sont simples, d'apprentissage aisé, et plus tôt il est possible à un enfant de « se tirer d'affaire ». Dès douze ou treize ans, un petit paysan peut gagner sa vie, il quitte le toit de son père, trop pauvre pour le nourrir, et va travailler chez un patron ou chez un maître; il échange une servitude familiale contre un assujettissement patronal; à cela s'est toujours réduit le bénéfice de la majorité. Mais quel est le jeune homme lettré, de nos jours, sinon en Amérique, terre neuve et primitive, en un sens, qui gagne sa vie avant vingt-un ans?

Les transformations successives de l'idée de noblesse peuvent donner lieu à une généralisation d'une certaine solidité. M.Fustel de Coulanges, àam^ saL Monarchie franque et ailleurs, a montré qu'après avoir connu en un passé reculé, longtemps avant l'invasion, la noblesse héréditaire et inhérente au sang, les divers peuples de la Germanie ne connaissaient presque plus, au moment de l'invasion, que la noblesse viagère, administrative, attachée au choix royal ou aux fonctions publiques. D'autre part, à Rome, la môme évolution s'est produite : au début de l'histoire romaine, on sait le rôle prépondérant que joue le patriciat. Or, peu à peu, cette noblesse d'origine physiologique décline, et sous TEmpire, elle est remplacée enfin par les privilèges viagers de Tordre sénatorial, librement recruté par le prince dans

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tûutes les classes de îa nation, la patriciat ne gardant plus que son lustre archaïque et sa valeur esthétiqiieï toujours appréciés d'ailleur^s. — Serait-ce la une lui générale? Je serais porté à y voir au moins une tendance habituelle, conforme à ce ritie nous savons sur la substitution progressive des causes sociales aux causes naturelles dans les faits humains. J'ajoute qnc, par Fanoblissement, en tout pays, on a imaginé dVntrer artiricicllemcnt, sans nulle consanguinité, dans le corps d abord lermé de la noblesse, corn mc^ par Tadoplion^ dans le sein de la famille. Ces deux inventions ont répondu au môme but : affranchir le côté social de rhomme de sa nature animale ^ rompre la subordination primitive des rapports sociaux aux rapports de parenté.

La preuve, cependant, que la loi énoncée n'a pas une portée uni verse lie j et que la transformation indiquée par elle n'est pas absolument irrêversiblf^^ c'est qu'une transformation précisément inverse nous est présentée, exceptionnellement, par notre moyen-âge V Poursuivons l'histoire des Francs et des autres peuples envahisseurs de TEmpire romain. Au moment où Ils Font envahi, nous le savons, et M, Glasson nous le répète, « ils ne comptaient pas de nobles dans leurs rangs jj ; c'est cette absence d\me classe noble, aux lemps mérovingiens, qui a permis aux rois de cette époque d'exercer un pouvoir absolu. Mais cet auteur ajoute ■ tt C'est seulenient dans la suite et beaucoup plus tard que la classe de la noblesse (héréditaire) sortie en grande partie des fonrjionuaires du ruynumf!^ s'est constituée et a pris une place importante dans l'Etat , a Ainsi, chez ces peuples, après être devenue d'héréditaire viagère ^ la noblesse est redevenue de viagère héréditaire. 11 a suffi, pour cela, de raffuiblissemcnt du pouvoir central, qui a laissé les charges

i* Et psir Tatitiquitt^ romaiac cUc-mimc Ao cûraroencemcot du II* siècle de [iolr*^ ère, la curie, dans li^s munkipes romains, se coxiiposait encore de magistrat* élus. C'est plus tArd qua <ï£a magiatrati d eicctila devinrent Utréditaircs*

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publiques se perpétuer dans certaines fïimilles, el riisiifruit rie ces fonctions se transformer en proprieti^ mainte et nacrée aux yeux de tons. Qui sait si| par Tartion rie la nu^ine cause, au sein de nos démocraties modernes, IVlabonition lente et inaperçue ri' une nouvelle caste arîstocraliqius oêI aussi impossible qu'on est porté à le sujiposeri quoique, à dire vrai, cela me paraisse peu probabbr? Ne voit-on pas poindre çà et là quelques germes rie véritahlos dynasties républimines ? — Quoi qu'il en soit, l'exemple eité prouve à quel point il est téméraire de généraliser en scienco sociale*.

Une belle, une admirable profçressjon, qu'on n'a pas pris la peine de remarquer^ et qui accompai^ne néanmoins LouLes les évolutions juridiques, c'est Télar^çisï^cment continuel des relations de Droit, D'abord restreintes au groupe étroit et serré des parents, qLiî s'est a[Jïrandi tant qu'il a pu pîir luiloptton^ par la légende, s'annexant toutes sortes de parents (ietifs ou imaginaires, elles se sont étendues ensuite^ soit par le contrat féodal, soit par le contrat d'association corpora-

1, On a voulu poser aussi pu rt^e géMmlc h passage irréversible dé la thcocratifi à lit mouarclilc laïque. Cr'pemlfttit rinvrrsr a'fgt vu c*ji lustoîrt:. La niûDarcliic ciroliiigiinu^ <>tait throciarîiiUL', t.itidis ffiiv l.i muuarcliie méroviug-ienne ne VrUûi jidS ; vX rvWc do Louis XIV iVliut plus que celle de Henri IV* — Bodiu» dans sa RépMiqufy est fort k*iu de soupçonner qu'il n'y ait qu'iiufi ligue d'i'VoLiitiiin ci uu %\*w\ 8<*ns d'iivulutiûu sociaU-. U y a, dîMÏ, s lit diîiiiLfi-mnilbi parfait!*. « C'i^st k f^Çiivoir de mouarcliie en t'Stat populaire ou de j/opuîaire tfji mûnarcÂiô ; et pareillement dtî mùuart!bîe (;n apjstocratie ou d^aristorraliii en monatebie ; et d'aristocratie en estât populaljc ou d' estai popnlairt tn arhiocratie, n 11 admet j ou le voit^ la rCwersibUilé de Cfs ctiang-CMienls politiques* Et toutefois, comiDe il faut bien que chaque époque érig(ï à cet é-jard s^i préférences ou ses babituiles en laiS| il a une tentUiice à regarder, dans chacune do ces couples de trEinsformalîous, ruiic comme normale et Tautre comme anormale^ mniis il au trouve que son cbuiit est lut-cisément Tin verse du uûtrc. « Tous les clian^emeuta de sel incurie eu e&tats pOpulaircSï dit-il^ otjt esté viokns et sanglans^ et, au contraire, les estais populaires se cbangent eu seigneuries par un cbAUgement doui et in- HCïiaibio », par exemple « dans la RépubUquc de Venise, t Luequea, à Raguse, à Giinea »*U semble qu'à ses yeux cette dernière èYolution soit ceUe qui est conforme à la luiture des cbosost

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tivc, au cercle plus vaste dos voisius, des confrtTOs, dos concitoyens locaux, plus tard, par l'idée de pairie, â des millions de compatriottLs, et par ridée dû chrétienté, d'islam, de communauté religieuse queli^onque, à des centaines de millions d*étrangers inùuïe, enfin, par Tidéo d'humanité, de droit des gens, de droit naturel, à tous les hommes*. El, en môme temps qu'il ji'élend de la sorte, le champ juridique se creuse de plus en plus par Tadmission successive de couches de plus en plus basses du groupe social, de la femme, du plébéien, de Fesclave, dans la grande église du Droit. Voilà un double progrès incessant qui reitïplit l'histoire; et c'est là Fœuvrc dirï^cle ou indirecte de Timitation qui, née de la sympathie, condition essentielle de la sociabilité, accroît la sympathie, la déploie, la forlifie^ la consolide en droits cl devoirs reconnus, à mesure que les hommes, mieux assimilés par elle, se renient plus liés entre eux.

Il semble qu'on ait aperçu une partie de ce grand fait, quand, à la suite de Sumuer-Maine, on a discerné deux phases successives du Droit, celle où le sentiment de la solidarité juridique se fonde uniquement sur le sentiment exact ou erroné de la consanguinité, et ensuite celle où il se fonde de préférence sur la cohahi talion d*un même territoire. Mais, comme on a vu ce fait sans voir sa cause, on Ta faussé en l'exagérant Car, énoncé dans ces termes, il exprime une erreur. Jamais, entre gens restés sans icoutact sympathique et assimilateur les uns avec les autres, le rapport géographique de voisinage n'a suffi à créer un lien de droit : les Chinois, les Juifs qui s'assimilent si parement à l'étranger ambiant, sont très rarement admis à la communion juridique. Plus ils sont proches voisins, plus on les met violemment hors la loi. — M. d'Aguanno^ qui rencontre souvent des vues très justes, a fort rien remarqué que le

i. Dans la Belle histoire ffta iVrtfs mortiles dans Vanii^aiié, piU- M. Déni*, on suit les étapes d'une paHîo de. i:t* giiUid pini:ri'S iiiiultn'OJiiyu.

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sentiment de Fégalité des droits a d abord pris naissance dans les rapports d'un petit groupe de personnes unies par les liens du sang, puis de la corporation ou de la caste, et s'y est renfermé, jusqu'à ce que, dans la suite des temps, il ait débordé au dehors. Mais, chaque fois que ce débordement rompt bruyamment une de ses digues, cet auteur ne voit pas, sous Faction intermittente des causes assignées par les historiens — jus connubii entre patriciens et plébéiens, voté tel jour, conquêtes violentes de la plèbe sur la noblesse à telle date, publication de tel évangile révolutionnaire, etc., — l'action continue dont elle dérive. Il faut, je crois, ne point oublier cette considération très simple, si l'on veut débrouiller par le bon bout Fécheveau de Fhistoirc et ne pas se payer de mots en parlant d'évolution.

Une remarque en passant. Les évolutionnistcs insistent beaucoup, et en cela ils ont raison, sur la solidarité rigoureuse qui liait entre eux les membres du groupe social primitif; ils répètent souvent que le sentiment de la personnalité collective l'emportait alors absolument, comme dans les ruches et les fourmilières, sur celui de la personnalité individuelle. Fort bien; mais comment peut-on dire, après cela, que les primitifs se distinguaient par un égoïsme grossier, tout à fait dépourvu de cet exquis « altruisme y> dont la civilisation seule, parait-il, nous aurait gratifiés?

Tarde. — Transf. du Droit.

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