‹ Les transformations du droit: étude sociologiqueChapitre 18 sur 58 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Non moins que le régime des personnes, le régime des biens a été l'objet, dans l'école transformiste, de profonds travaux qui méritent examen. Il suffira de citer, entre autres, la Propriété et ses formes primitives, par M. de Laveleye, où nous a été révélée, sinon Tuniversalité, du moins l'extraordinaire fréquence, dans un passé très lointain, de l'appropriation communiste du sol par un groupe de parents ou de voisins associés. Suivant cet éminent économiste et ses adeptes, le communisme de village aurait précédé historiquement celui de famille, qui n'en serait qu'un fractionnement. Cette idée, qui a trouvé sur son chemin des généralisateurs à outrance et des contradicteurs passionnés, parce qu'elle a paru se relier aux préoccupations socialistes du moment présent, s'appuie sur un respectable amas de faits et de considérations. Il est inutile de résumer ce qui a déjà été si souvent vulgarisé ; indiquons seulement les arguments principaux. Ils sont de deux sortes. D'une part, on rapproche entre elles des institutions communistes encore existantes, disséminées çà et là dans le cœur des montagnes où tout se conserve indéfiniment (allmend suisse, pâturages communs des Pyrénées) ou dans les vallées pareillement conservatrices de l'Asie et dans les steppes quasi-asiatiques de la Russie (communauté de village hindoue, mir russe, zadruga serbe), ou enfin parmi les tribus sauvages d'Afrique,

d'Amérique, d'Océanie ; et on tire de ce rapprochement une raison de penser que ces coutumes aujourd'hui exceptiour nelles sont les débris d'institutions générales d autrefois. D'autre part, allant plus loin, on fouille le sol ou le sous-sol juridique des nations modernes les plus étrangères à tout esprit communiste et on y découvre des particularités telles que le retrait lignager ou vicinal, où l'on voit le vestige d'un communisme antérieur.

11 y a bien une troisième sorte de preuves, et qui, si elle était justifiée, serait la plus solide de toutes. Aussi vais-je l'examiner tout d'abord, bien que, je ne sais pourquoi, elle ait eu beaucoup moins de succès que les précédentes. Elle a été indiquée pour la première fois par Sumner-Maine dans ses Étxides sur V histoire du Droit *, mais je n'en ai vu le développement que dans l'ouvrage de M. Loria, économiste italien, sur VAnalisi délia proprieta capitalista*. Ce nouveau genre d'arguments consiste à montrer que les premiers pionniers anglo-saxons de l'Amérique du Nord, en fondant les colonies éparses, qui sont devenues les États-Unis, ont commencé par pratiquer la propriété indivise du sol et par former de vraies communautés de village, plus ou moins analogues au mir ou à la communauté hindoue. S'il en était ainsi, ne devrait-on pas regarder ce recommencement spontané de l'évolution historique de la propriété à partir de son tçrme initial supposé, comme la confirmation expérimentale en quelque sorte de cette hypothèse ? Et ne serait-il pas piquant de trouver aux États-Unis, sur cette terre classique de l'individualisme exubérant, le plus authentique échantillon, la meilleure démonstration de la nécessité du communisme primitif ' ?

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