CHAPITRE VI
Etienne GeofTroy-Saint-Hilaire.
L'action directe des milieux. — L'hypothèse des variations brusques. — Les phénomènes d'arrêt do développement.
Comme son collègue du Jardin des Plantes, Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire fut résolument transformiste. Au point de vue du mécanisme de l'évolution, ses idées ne diffèrent, on peut dire, de celles de Lamarck que par des nuances. Comme lui, il admet Tunité d'un plan préétabli dont la réalisation s'exécute en partie sous Tinfluence des besoins et des habitudes, mais plutôt encore sous Vaction directe des milieux ambiants, parmi lesquels Geoffroy considère comme les plus importants : le refroidissement de la Terre et surtout Tappauvrissement graduel de la quantité d^oxygène contenu dans. Tair. De là Tinfluence prépondérante que ce savant est amené à attribuer aux modifications de Tacte respiratoire.
Mais Geoffroy-Saint-Hilaire est resté, plus encore que Lamarck, étranger à la paléontologie et à Thistoire généalogique réelle des êtres vivants, ce qui nous permettra de ne pas insister longuement sur
ses travaux. Par contre, il est intéressant de signaler dans son œuvre deux idées très personnelles, destinées Tune et l'autre à se développer, plus tard, dans l'histoire, des doctrines transformistes : c'est d'abord Vliypothèse' des variations brusques^ substituée à celle des transformations lentes admises par Lamarck et Darwin ; dans celte hypothèse, les changements rapides du milieu ambiant agiraient de préférence sur l'embryon et détermineraient la production assez brusque de formes nouvelles, comme Texpérimentation produit Mes monstruosités en plaçant des embryons dans des conditions anormales de développement; ces espèces nouvelles, une fois formées, se conserveront par la voie de l'hérédité. Cette hypothèse, dont la paternité appartient sans conteste à Geoffroy, a reparu à diverses reprises dans la science sous le nom de saltation et a reçu dans ces derniers temps une forme et une actualité nouvelles dans les curieuses observations botaniques de M. Hugo de Vries. Nous aurons à la discuter par la suite, au point de vue paléontologique.
Plus importante encore par ses conséquences théoriques et pratiques, est l'idée entrevue par Geoffroy de la comparaison de l'état adulte des animaux inférieurs avec les stades embryonnaires des animaux plus élevés en organisation. Les animaux inférieurs apparaissent ainsi comme s'ils avaient été frappés d'un arrêt de développement dans la réalisation de leur plan initial. Il est sans doute permis de voir dans ces idées de Geoffroy le germe des théories de parallélisme entre le développement embryologique individuel et Vévolution