‹ Les transformations du monde animalChapitre 6 sur 64 · THEORIE DES CREATIONS SUCCESSIVES · texte numérisé non relu

THEORIE DES CREATIONS SUCCESSIVES

repeupler toute la terre de ses plantes et de ses animaux, à la suite de chaque perturbation géologique qui avait tout détruit dans la nature vivante. Tel est le fait, le fait certain, mais incompréhensible, que nous nous bornons à constater, sans chercher à percer le mystère surhumain qui Tenvironne. » {Cours élémentaire, t. II, p. 251.)

Ainsi, deux points paraissent absolument certains pour d'Orbigny: d'une part, la création en bloc de faunes entières — opinion que Guvier n'avait jamais formulée — de Tautre, la disparition brusque de chacune de ces faunes. Pour le premier de ces grands faits, le savant paléontologiste ne tente même pas, on Ta vu plus haut, le moindre essai d'explication scientifique. Quant à la disparition des faunes, il en discute au contraire les causes probables et écarte, comme tout à fait insuffisantes, les conditions résultant des changements biologiques ou cliraatologiques aux différentes époques de la vie de la terre. Il ne reste plus, pour expliquer l'anéantissement de tous les êtres qui, vingt-sept fois se sont succédé sur le globe, que Teffet de perturbations géologiques, de dislocations puissantes de Técorce terrestre, ayant amené un grand déplacement des mers, qui a dû agir à la fois sur les animaux terrestres et sur les animaux marins. C'est, on le voit, la reproduction à peu près intégrale des révolutions du globe de Cuvier, avec une généralisation encore plus grande.

On se demandera sans doute quels motifs puissants, tirés des faits d'observation, ont pu entraîner une conviction aussi nette et aussi profonde dans l'esprit du naturaliste éminent qu'était Alcide d'Or-

bigny, observateur sagace et précis des rapports et différences des espèces fossiles, voyageur infatigable qui avait étudié sur place les conditions de gisement des fossiles dans la plupart des contrées de l'Europe et jusque dans les régions lointaines de TAmérique méridionale. D'Orbigny a pris grand soin de nous exposer lui-même ses raisons.

Chacun des étages qui se succèdent dans la série géologique, possède sa faune particulière, distincte de celle des étages qui la précèdent ou la suivent, et ces différentes faunes ne se lient aucunement par passage des formes entre elles ni par remplacement graduel, mais toujours par extinction brusque. La faune d'un étage s'arrête aux dernières couches de cet étage, et dès les premières couches de l'étage suivant, on voit apparaître des animaux très différents des premiers et constituant une faune nouvelle. Le nombre des espèces fossiles qui passent d'un étage à un autre étage est excessivement restreint, et pour les terrains jurassiques et crétacés, objet plus spécial des études de d'Orbigny, cette proportion ne s'élève pas à un pour cent. Ces rares espèces communes à deux ou trois étages, ont dû franchir ces limites, soit très accidentellement à l'état de vie, soit plus souvent à l'état de coquilles mortes. Les coquilles pourvues de chambres à air et par conséquent légères, telles que les coquilles de Céphalopodes, ont pu mieux que les autres flotter longtemps après la mort de l'animal et se mélanger à la faune littorale de l'étage suivant.

Ces diverses propositions, malgré la forme rigoureuse et presque mathématique que leur donne d'Orbigny, sont loin cependant de présenter un

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