‹ Les transformations du monde animalChapitre 7 sur 64 · THÉORIE DES CRÉATIONS SUCCESSIVES · texte numérisé non relu

THÉORIE DES CRÉATIONS SUCCESSIVES

caractère de certitude aussi absolu, parce qu'elles dépendent, pour une part notable, de l'appréciation toute personnelle et forcément un peu arbitraire que chaque naturaliste se fait de la limite de Tespèce et de son degré de variation. Lorsque d'Orbigny nous parle d'espèces qui, à Tétat exceptionnel, traversent plusieurs étages géologiques, il est bien rare que Ton ait affaire à des formes entièrement identiques à elles-mêmes dans, ces divers niveaux. Un observateur attentif saura presque toujours reconnaître, entre ces formes successives d'un même type, des variations appréciables, soit dans la taille, soit dans le contour de la coquille, soit dans les détails de son ornementation ; variations légères, sans doute, mais constantes et qui suffisent à un œil exercé pour reconnaître, en toute assurance, le niveau précis d'où provient cette variété ou, comme on dit aujourd'hui à la suite de Waagen, cette mutation stratigraphique.

Lorsque d'autre part d'Orbigny sépare, sous des noms distincts, deux formes d'un même genre appartenant à deux étages géologiques successifs, il ne faudrait pas croire qu'il s'agit toujours de différences considérables et qui imposent àTesprit l'idée d'une origine distincte : dans certains groupes zoologiques dont l'étude analytique a été particulièrement poussée fort loin, pour les coquilles d'Ammonites, par exemple, des côtes plus ou moins fines ou nombreuses, plus ou moins sinueuses ou infléchies, des tours de spire plus ou moins embrassants, suffisent aux paléontologistes, même à d'Orbigny, pour séparer deux espèces, parce que cette distinction a souvent un grand intérêt pour la caractéristique de

deux zones stratigraphiques. A ce point de vue, certains genres de Mollusques, par exemple les Périsphinctes ou les Hoplites dans les Ammonites, les Trigonies dans les Lamellibranches, la plupart des genres d'Oursins ont élé littéralement pulvérisés par les descripteurs d'espèces. Il serait exagéré de prétendre que de pareilles différences sont fondamentales et excluent tout lien de parenté entre ces formes. On peut même dire que cette imprécision, cette absence de critérium des limites de l'espèce, cette multitude de variations régionales ou stratigraphiques élevées par les uns au rang d'espèces, regardées par les autres comme de simples variétés d'un même type spécifique, constituent, à l'heure actuelle, l'argument le plus fort de l'hypothèse transformiste en paléontologie.

Mais, ces réserves faites sur les idées trop absolues de d'Orbigny, les observations de ce savant n'en restent pas moins exactes dans leurs grandes lignes, et le remplacement brusque des faunes marines en passant d'un étage à un autre étage, ou même d'une zone à une autre zone, doit-être considéré .à peu près comme une règle générale. Si l'explication de ce grand fait par des créations successives ne saurait nous satisfaire au point de vue scientifique, nous aurons plus loin à en chercher une interprétation rationnelle par des phénomènes de migration de faunes ou de migration de milieux^ analogues à celles que Cuvier avait déjà si bien mis en évidence pour les animaux terrestres.

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