CHAPITRE IV
Précurseurs et fondateurs du transformisme.
Les précurseurs : Gœthe, Oken, Buffon. — Les fondateurs du transformisme : Lamarck, Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire, Charles Darwin.
§ 1. Les précurseurs : Ruffon, Gœthe, Oken. — Deux hypothèses seulement peuvent être imaginées pour expliquer les multiples changements des formes virantes qui s'observent depuis l'apparition de la vie sur le globe jusqu'à la faune actuelle : l'hypothèse de créations indépendantes pour chaque espèce ou bien celle du rattachement des formes animales les unes aux autres par voie de descendance et de transformations graduelles. Il n'est donc pas étonnant de voir l'hypothèse transformiste apparaître de très bonne heure dans l'esprit des hommes, sinon sous la forme de véritable théorie scientifique, au moins 'à l'état de conceptions philosophiques plus ou mois vagues. C'est ainsi que l'on a pu, en forçant un peu les textes, trouver des précurseurs de
Darwin jusque parmi les philosophes grecs et latins : Anaximandre^ Fmpédocle et Lucrèce; mais l-idée d'évolution s'y trouve tellement voilée au milieu d'un amas informe de croyances à la génération spontanée, à Taction créatrice du limon terrestre, à Téclosion d'ôtres monstrueux et chimériques, qu'il vaudrait mieux sans doute, s'abstenir de tirer de l'oubli ces œuvres de pure imagination.
Il faudrait être presque aussi sévère pour les philosophes naturalistes de la Renaissance et du xviii® siècle Bacon^ Pascal^ Charles Bonnet^ de Maillet^ Maupertuis, Kant^ chez lesquels l'idée transformiste se dégage bien vaguement des conceptions relatives à l'apparition spontanée des germes ou des espèces animales.
Oken^ Gœthe et Buffon apportent dans l'étude de la transformation des êtres vivants, leurs solides qualités de naturalistes observateurs, et orientent la question dans une voie plus précise et plus féconde. Gœthe insiste, après Oken^ sur la répétition et la métamorphose des organes : chez les végétaux, la feuille se transforme en enveloppes et en organes de la fleur; chez les animaux supérieurs, la vertèbre se modifie et se renfle pour constituer le crâne. Les formes primitives d'animaux et de plantes se compliquent ainsi peu à peu par la répétition et la différenciation de parties semblables. Buffon possédait déjà des notions très exactes sur la succession des êtres aux diverses Époques de la nature^ litre qu'il a donné à l'un de ses ouvrages les plus importants.
Les mers anciennes ont nourri des formes nombreuses de Mollusques, de Crustacés et de Poissons d'un type disparu ; ces formes animales ont été