‹ Les transformations du pouvoir (volume 2)Chapitre 18 sur 75 · L'ART ET LA MORALE POLITIQUES · texte numérisé non relu

L'ART ET LA MORALE POLITIQUES

Il y a un art politique, q\ii se rattache intimement à la science politique et en découle. La Politique, envisagée comme art, est la direction des forces nationales dans un sens déterminé et voulu d'avance. EUc se divise en deux grandes branches. La première est Tart miUtaire, qui consiste à diriger, au point de vue de l'action guerrière, les forces disciplinées d'une nation, en comprenant dans ce mot forces tout à la fois les énergies mécaniques, physico-chimiques, vivantes, dont la nation armée dispose, le tout mêlé avec les puissances morales qu'elle possède. L'art diplomatique, intermède et accessoire de l'art militaire, ne saurait en être séparé par son objet. Mais, par sa nature, il fait plutôt partie de la seconde branche de l'art politique, la seule qui nous intéresse ici.

Celle-ci est l'habileté à diriger, en vue d'une action quelconque, pacifiqueou autre, intérieure ou extérieure, les forces exclusivement sociales des nationaux ; autrement dit, le don de les convaincre et de les passionner, de manier leurs croyances et leurs désirs \ Essayons de

1. Mais disons d'abord, et avant tout, ou plutôt rappelons que ce mante m e/t^ consiste à agir sur l'un des mille bras du grand fleuve de l'imi-

caractériser cet art capital, considéré dans toute sa généralité. La rhétorique des Anciens n'était, en effet, qu'une espèce du genre innomnné dont il s'agit ; et, en réfléchissant aux conditions spéciales auxquelles s'appliquaient les règles du théoricien de cet art, jadis si cultivé, on s'apercevra facilement qu'il n'embrasse pas, il s'en faut, tout le domaine de la suggestion persuasive et passionnante où s'exercent les journaUstes, successeurs modernes des orateurs antiques et des prédicateurs du moyen âge.

Les orateurs grecs, jusqu'à Périclès et au delà, avaient pratiqué instinctivement, et, par suite, imparfaitement, les règles de la rhétorique qui plus tard devaient faire la matière de savants traités. Mais ces traités n'ont égard et ne pouvaient avoir égard qu'à la manière de composer un discours destiné à être prononcé, en un seul trait de temps, le plus souvent, devant un nombre d'hommes toujours assez restreint, n'excédant jamais la sphère où la voix humaine peut être entendue. Etant données ces conditions, tout ce que conseillent ou ordonnent les traités de rhétorique a sa raison d'être : précautions oratoires, emploi des figures, importance du ton, de la prononciation, de la diction, du geste, sorte de passe magnétique, etc. Il s'agit, remarquons-le, d'une action très vive à produire en un temps très court sur un groupe d'auditeurs momentanément soustraits à toutes les autres influences ambiantes, empoignés et isolés par

talion dont les hommes d'Etat ont à surveiller et utiliser sans cesse le cours. Ils ont le tort, en général, en France du moins — et cette remarque préliminaire n'est pas inutile ici — de travailler inconsciemment à accélérer son courant en supprimant ou laissant supprimer les salutaires entraves que la croissance naturelle des diversités pittoresques, des dissemblances et des originalités locales, opposent à la précipitation torrentielle de ses eaux. Par notre manie d'uniformité et de table rase, nous avons procédé en ceci comme en déboisant nos montagnes. La connaissance consciente et répandue des lois de limitation aurait pour principal avantage d'indiquer aux hommes d Etat les meilleurs moyens non pas tant de la stimuler que de la retenir sur ses pcntçs dangereuses.

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l'orateur qui les tient, les étreint, les assimile en un même état d'esprit, en une espèce de rêve artificiel et collectif dont il déroule la vision devant leurs yeux fixes. Cette action, malgré sa brièveté, peut atteindre une réelle profondeur passagère à raison de cet isolement relatif, et aussi parce que, suggestionnés par le tribun, ses auditeurs s'influencent les uns les autres par leur mutuel contact, par la contagion de leurs applaudissements, de leurs murmures, de leurs signes d'émotion.

La tâche du journaliste, ou plutôt du journal, est tout autre. Le journal s'adresse à un public beaucoup plus étendu, mais dispersé, composé d'individus qui, pendant qu'ils lisent leur article quotidien, restent soumis à des distractions de tout genre, entendent bourdonner des conversations autour d'eux, dans leur cercle ou leur café, des idées parfois contraires à celles de l'écrivain. Ce lecteur ne voit pas cet écrivain, il ne l'entend pas, ses gestes et sa diction n'ont rien à faireici. Aussi est-il rare, extrêmement rare, qu'un article, un seul article, suffise à laisser une empreinte tant soit peu forte à l'esprit et au cœur du lecteur. Ce serait donc une erreur profonde de regarder un article comme l'équivalent d'an discours, et de juger applicables aux premiers les règles édictées par le second. Le discours est, comme la statue, quelque chose d'un et de complet en soi. Maïs l'article n'est qu'un anneau d'une chaîne d'articles, une maille dans un tissu d'articles, émanés, en général, d'écrivains multiples qui composent le bureau de rédaction du journal. Ce bureau de rédaction est l'équivalent de l'orateur antique ; cette chaîne ou ce tissu d'articles, qui se déroule on se tisse pendant plusieurs mois ou plusieurs années avant d'avoir atteint son but, suggéré son impression finale dans un public spécial, est l'équivalent du discours d'autrefois. Un article isolé est, en quelque sorte, une simple phrase d'un dis-

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cours qui se poursuit pendant des mois et des ans, découpé en mille morceaux et prononcé par des voix diverses.

C'est le long, très long et très complexe discours muet, appelé le journal, qui est en train de conduire nos démocraties. Plus il se développe et plus il échappe aux formules étroites de la rhétorique classique. Une autre rhétorique, une rhétorique supérieure, plus ample et plus puissante, est réclamée, ce semble, et on a déjà Je droit de s'étonner un peu qu'il n'ait paru aucun traité sur ce point après plus d'un siècle de journalisme fiévreux. A Athènes la rhétorique instinctive n'a précédé que de deux ou trois générations la rhétorique consciente et artificielle, ou artistique. Chez nous, depuis 1789, l'art de former l'opinion par la Presse est pratiqué instinctivement sans que personne soit encore parvenu à dégager de l'expérience accumulée parmi tant de journalistes éminents quelques formules générales propres à poser les fondements d'une théorie de cet art nouveau. — Ici, rien qui ressemble à l'exode, à l'exposition, à la discussion, à la péroraison. On entre en matière ex abrupto. La grande difficulté — que n'avait pas à prévoir l'orateur antique, car elle n'existait pas pour lui, ni pour l'orateur moderne, sacré ou profane — la grande difficulté pour le journal qui se fonde, c'est d'attirer l'attention par quelque coup de pistolet, c'est de faire un rassemblement autour de lui, c'est de former son auditoire à lui, tandis que les traités de rhétorique partent toujours de ce postulat que l'auditoire est déjà réuni et qu'il écoute... Postulat énorme, remarquons-le, et fiction de plus en plus démentie par la vie contemporaine . Rien de plus difficile que de se faire écouter parmi tant de bruits variés qui se disputent l'oreille du public. — Donc, premier point pour un journal : faire retourner les têtes par quelque gros tapage. Le procédé le plus simple et le plus connu, c'est

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de scandaliser les gens, ou bien de les effrayer par quelque fausse nouvelle ou par l'exagération mensongère d'une nouvelle vraie.

Une fois son public formé, le journal doit constamment songer à le retenir et à le grossir, par des moyens analogues. De temps en temps il a besoin de servir un scandale inédit, une nouvelle à sensation, une diffamation bruyante. En même temps il doit commencer et continuer sa campagne en faveur des idées qui lui sont chères ou du parti qui le soudoie. Alors, que doitil faire .^* Une exposition .►^ Une discussion .î^ Exposition de quoi.^^ Discussion sur quoi.^^ Non, il n'est pas question ici d'un même corps d'idées à présenter dans un certain ordre, d'un même sujet à déployer comme un harmonieux tableau devant les regards du public. Le sujet du journal se compose d'innombrables sujets, incohérents, qui lui sont fournis chaque matin ou chaque soir par l'événement du jour ou de la veille. C'est comme si, au cours d'une harangue de Démosthènc contre Philippe, à chaque instant des courriers s'étaient approchés de lui pour lui apporter quelque nouvelle toute fraîche et si le récit ou l'interprétation de ces informations avait constitué tout son discours. Le jour-; nal est précisément dans ce cas : il reçoit des renseignements de partout, et les raconte immédiatement avec des commentaires, en les déformant à sa manière, conformément à son but qu'il ne perd jamais de vue. — Entre temps, il s'occupe aussi de littérature, d'histoire, de sciences, de philosophie, et laisse des rayons de ces lumières multicolores pénétrer dans l'âme de son pu- ,blic, mais, entre ces rayons et cette âme, il interpose toujours le prisme de sa passion. A la longue son lecteur s'hallucine, il ne voit plus rien, dans le passé et dans le présent, qui ne soit réfracté et déformé, et de ces visions mensongères des choses il se compose une notion essentiellement fausse, mais systématique, du monde

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d'où émane une impulsion inconsciente et irrésistible vers un certain but. Point n'est besoin pour cela de dissertation, de dialectique savante, de péroraison pathétique. En fait d'arguments, l'un des meilleurs est encore le plus banal : la répétition incessante des mêmes idées, des mêmes calomnies, des mêmes chimères. C'est un procédé dont l'orateur ne peut faire usage pendant le court inter> aile de temps dont il dispose ; mais le journal l'emploie à loisir et avec succès.

Il y a cependant beaucoup de points sur lesquels la tactique du journal s'accorde avec celle de l'orateur. Il doit, comme celui-ci, avant tout, n'être pas ennuyeux, ne point lasser, être varié par conséquent. El, comme le journal s'adresse à un public dont les membres sont plus dissemblables entre eux que les personnes d'un même auditoire — car le seul fait d'être rapprochés et de s'enlre-communiquer leurs impressions produit entre celles-ci une sorte d'assimilation réciproque et passagère — il doit, beaucoup plus encore que l'orateur, se préoccuper de satisfaire ce besoin de diversité. Aussi tout numéro d'une feuille publique est-il un menu des plus variés. Ln journal, même spécial, qui ne contiendrait que des articles du même ton, sans assaisonnement littéraire, sans un heureux mélange de grave et de doux, serait sûr d'un prompt et complet désabonnement. A cet égard toutes les pages et toutes les colonnes d'un journal concourent entre elles, convergent vers le but final ; il n'est pas jusqu'aux annonces qui, en lui permettant de vivre, n'y concourent aussi et de la manière la plus efficace. — Quelquefois ce ne sont pas seulement les diverses parties d'un journal qui collaborent; ce sont les divers journaux d'un même parti qui se divisent le soin de captiver leur public, les uns en le nourrissant de mets plus substantiels, les autres en lui servant des iriandises, les uns et les autres en répondant à des âgc5 différents ou à différentes classes de lecteurs.

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Il y a, en apparence, entre le discours et le journal, une différence capitale que j'ai omise : le discours doit durer un certain temps, non seulement très court comparé à la durée du journal, mais encore déterminé par la nature du sujet, tandis que le journal est créé en général pour se perpétuer, pour vivre éternellement. Cette différence, pourtant, est illusoire. Sans doute on voit des journaux vivre un siècle ou plusieurs siècles. Mais, sous le même nom, ils sont morts et ont ressuscité plusieurs fois. Il n'est pas de journal un peu achalandé qui n'ait eu plusieurs de ces vies successives, de ces avatars reliés les uns aux autres par une certaine ressemblance de traits. Un journal, à vrai dire, ne vit qu'autant que la politique qu'il soutient ; or, cette politique aboutit toujours soit à son triomphe, soit à sa défaite. Dans le premier cas, le journal triomphant, n'ayant plus d'ennemis à combattre, tourne ailleurs ses vœux, c'est-à-dire utilise sa victoire d'une manière quelconque, ce qui est inaugurer une nouvelle politique. Dans le cas de sa défaite, il se fabrique, avec les débris de ses vœux, un programme neuf, qui, lui aussi, lancé sur des eaux neuves, échouera ou abordera.

Au point de vue de la moralité des moyens mis en œuvre, on peut se demander si la comparaison du discours et du journal n'est pas défavorable au dernier Ne semble-t-il pas que les procédés propres à assurer, le succès du journal, diffamation, pornographie,! fausses dépêches, mensonges, chantages, dépassent de' beaucoup en audace et en raffinements de perversité les fraudes ingénues, les trucs enfantins, recommandés par l'ancienne rhétorique? Il le semble, en effet. Mais peut-être, si les règles de la rhétorique supérieure que nous désignons sans la dessiner venaient à être formulées avec netteté par quelque Aristote contemporain, apparaîtrait-il qu'au fond l'art suprême, ici comme

ailleurs, comme en fait dV'loquence, comme en fait de drame, est la vérité franche et loyale.

Ajoutons que Vart de la Presse, malgé son importance grandissante, est loin d'être tout Tart politique : il y faut joindre, entre autres compléments, Vart de l'Enseignement, Et, si Fart de la Presse n'a pas encore trouvé des théoriciens, l'art de l'Enseignement, autre grande voirie des courants de croyance et de désir, a vu surgir les siens de nos jours. A présent, sous le nonn de science pédagogique, on professe savamment l'art de professer. Un enseignement consiste, à l'instar d'un journal, en une suite de discours poursuivis pendant un nombre d'années limité, par des professeurs différents concourant à un même but. Ne dirait-on pas aussi que, par une ressemblance plus fâcheuse avec l'art de la Presse, l'art d'enseigner se présente comme une variété de l'art de mentir, comme un conservatoire de mensonges conventionnels, de légendes historiques, d'erreurs solennelles, en sorte qu'on ne voit pas en quoi il est plus immoral, en somme, que la rhétorique ou la sophistique des anciens et que le journaUsme moderne .^^ Mais, en même temps, n'est-il pas itianifeste que le professeur éminent, comme le pubUciste de grande marque, se signale par sa haute véracité, sa moraUté profonde, son intégrité absolue, à travers tous ses éclats de colère ou ses extravagances de pensée .^^ Le vir bonus dicendi peritus s'applique à lui comme à l'orateur antique. En réaUté, tous ces arts consistent en ce précepte banal et suprême : sois convaincu et tu convaincras ; sois passionné et tu entraîneras ; sois sincère et l'on te croira ; sois loyal et on te suivra.

Je ne dirai rien de Vart diplomatique, autre branche assez importante de l'art politique, si ce n'est que la diplomatie elle-même, par son évolution, vient confirmer la

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conclusion qui précède. La diplomatie a commencé par être une des incarnations les plus monstrueuses de l'immoralité civilisée, du vice et du crime fastueux. Sous Louis XIV encore, entre souverains amis, on se vole les courriers, sans reculer devant l'assassinat. Louvois conseille à d'Estrades de faire enlever l'ambassadeur autrichien comte de Lisola, et lui suggère même de le faire tuer. La République de Venise payait ses sicaires, on le sait.

Tout cela fondé sur la raison d'Etat, sur le droit de la guerre, qu'on appliquait à l'étranger, même en temps de paix, parce que la paix n'était, au fond, que le temps où les diplomates entraient en guerre. Diplomates et guerriers alternaient. Il faut convenir que, en se civilisant, la diplomatie, comme la criminalité, est devenue moins féroce si elle n'est pas devenue moins perfide et moins astucieuse, loin de là. On n'a rien perdu de l'habileté à déchiffrer et subtiliser les dépêches ; on a perfectionné, par la photographie instantanée et les progrès de la chimie, l'espionnage et le contre-espionnage, la tactique diplomatique comme la tactique militaire ; et, si on n'achète plus autant les maîtresses et les favoris des rois, on a inventé les chèques parlementaires. Mais, enfin, on ne tue plus les ambassadeurs. C'est déjà un progrès, et ce qui l'est bien davantage, ce qui est vraiment nouveau, c'est l'inanité enfin apparue des ruses compliquées d'autrefois, c'est l'habitude qu'on prend à présent, qu'on est forcé de prendre en ce siècle de publicité, de jouer cartes sur table de nation à nation. La distance de Mazarin à Bismark montre le chemin parcouru.

De même que le marché économique, le champ de bataille ou le champ de courses poUtique va s'étendant et en même temps s'éclairant. Le domaine de la diplomatie, après avoir été restreint, il y a quelques siècles, à une petite région, puis à une région plus vaste, puis

à une grande partie de l'Europe, a fini de nos jours par embrasser le monde presque tout entier comme le domaine de la spéculation. Les marchands de blé ne peuvent plus se borner à étudier les variations de prix dans une province ou dans un Etat ; ils doivent suivre, par télégraphe, les cours d'Odessa, de Londres, de New- York, et spéculer en conséquence. Les diplomates ne peuvent plus se borner à s'inquiéter des agrandissements éventuels de cinq ou six grands Etats européens en Europe, ils doivent avoir Tceil sur les ambitions européennes, asiatiques, américaines, africaines, et surveiller à la fois la lutte continentale et la lutte coloniale, illimitée, des nations rivales. Or, Tagrandissement du marché a eu pour résultat commercial de rendre la spéculation plus sûre, d'atténuer Y aléa des ventes à terme ou à découvert tout en les multipliant. L'agrandissement du champ politique a-t-il un effet semblable? Voit-on les préoccupations des hommes d'Etat avoir pour objet des prévisions à plus longue portée et de moins en moins conjecturales ? Ne semblet-il pas, au contraire, aujourd'hui, que l'élargissement géographique de leur champ visuel soit compensé par le raccourcissement de leur regard dans le temps et son obscurcissement, par un moindre souci de l'avenir ou le souci d'un avenir moindre, et pai: une moindre netteté de vue.^ Toutefois, remarquons que les progrès de la statistique, de la télégraphie, de tous les genres d'informations, par la Presse, par les voyages, élèvent sans cesse le degré de probabilité des prévisions du diplomate comme de celles du spéculateur. U homme malade turc ou Y homme malade chinois va-t-il bientôt mourir .^^ Et, en vue de cette éventuaUté, l'Angleterre doitelle augmenter son effectif mihtaire ou sa marine .►^ Question majeure à présent pour les diplomates anglais, comme l'est, pour les spéculateurs anglais, la question de savoir si les mines d'or duTransvaal s'épuiseront ou

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non d'ici quelques années. Mais, assurément, on est bien mieux et bien plus vite renseigné aujourd'hui sur les données de pareils problèmes qu'on n'eût pu l'être il y a cinquante ans, il y a vingt ans. D'autre part, la statistique de la population permet de prévoir et de préciser avec une quasi-certitude quelle sera la supériorité numérique de l'Allemagne sur la France ou de la Russie sur l'Allemagne, dans dix ans, dans vingt ans. La statistique du commerce et de l'industrie autorise aussi des inductions très vraisemblables sur l'enrichissement ou l'appauvrissement des divers Etats dans un temps donné. Ainsi, il y a Keu de penser que, à mesure que le regard des hommes d'Etat s'étend davantage, il s'éclaircit.

Mais y a-t-il lieu d'espérer aussi que l'immoralité de leurs calculs ira en diminuant ou n'a-t-on pas à craindre plutôt qu'un fossé profond ne sépare à jamais la Politique et la morale .î^ Les partis, dans leurs rapports réciproques au sein d'une même nation, les diverses nations dans leurs rapports extérieurs, font revivre l'état de nature. Les nations cependant, ces personnes collectives, peuvent entrer parfois en relations sympathiques et vraiment sociales et donner naissance à une société d'un degré supérieur, à une fédération, ellemême susceptible de s'alKer à une autre fédération. Mais ces sociétés du second degré, du troisième, du quatrième, diffèrent étrangement des sociétés du premier degré, des sociétés proprement dites. Ce sont des sociétés non pas linguistiques, ni reUgieuses, ni juridiques, ni esthétiques, ni morales même ce semble, ce sont des sociétés purement politiques, et qui, pendant qu'elles s'élèvent en degré, s'abaissent en nature.

Tarde. Transf. du pouvoir. 16

Les sociétés de cités, de tout petits Etats confédérés, ont quelque chose de beaucoup plus sentimental que les sociétés d'Etats plus vastes, et celles des très grands Etats se distinguent par leur caractère éminent de brutalité militaire et utilitaire. Ce sont ces dernières qui ont conçu la fédération-équilibre. Mais cela doit-il durer toujours? Et faut-il désespérer de voir la sociabilité morale de l'humanité s'infiltrer de plus en plus dans les relations internationales des grands Etats euxmêmes ?

Un théoricien du commencement du xvii® siècle qui aurait cherché les rapports de la politique et de la morale aurait pu être conduit, par l'observation des siècles antérieurs, à poser en règle générale un contraste présenté par leur histoire : à savoir la moralisation croissante de la PoUtique intérieure, et, simultanément, la démoralisation croissante de la Politique extérieure. En effet, après avoir été régis par un Droit international tout à fait calqué sur le Droit civil, les Etats féodaux de l'Europe s'étaient peu à peu affranchis de ces règles juridiques qui réglaient leurs rapports, et, de véritables personnes qu'ils étaient jusque-là dans le sens des juristes, ils étaient devenus de simples puissances, des forces brutales ne reconnaissant d'autre loi que leur égoïsme déchaîné. A Finverse et parallèlement, le droit de la force, qui avait longtemps régi les relations des individus, même quand un contrat féodal assujettissait juridiquement, mais immoralement, le plus faible au plus fort, le vaincu au vainqueur, s'était par degrés adouci, remplacé à mesure par un sentiment plus délicat de l'équité naturelle que l'introduction du Droit romain avait développé et mis en honneur. — Ainsi, un sociologue du commencement du xvii® siècle encore se serait cru autorisé à formuler une sorte de rapport inverse entre le développement de la Politique intérieure et celui de la Politique extérieure au point de

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vue de la moraKlé. Mais les deux siècles et demi qui viennent de s'écouler ont prouvé, je crois, que cette généralisation eût été précipitée et abusive. A partir de la seconde moitié du siècle de Louis XIV, ne voyonsnous pas se reformer et se renforcer les traits du Droit international qui rend plus rares et moins cyniques les violations des traités, et contraint les Etats les plus récalcitrants à se conformer aux nouvelles lois de la guerre continentale, voire même de la guerre maritime. En réalité, les Etats du moyen âge, dominés par la suzeraineté de l'Empereur et la majesté du Souverain Pontife, tribunal arbitral de tous les litiges internationaux, formaient moins des Etats distincts que des provinces distinctes d'une même nation chrétienne, où revivait en esprit l'Empire romain baptisé. Il s'agissait, avec ces membra disjecta, de constituer les nationalités modernes, par un travail de décomposition d'abord, de recomposition ensuite, où la violence affranchie du Droit pouvait se donner libre carrière en attendant l'accomplissement des vœux de l'histoire. Mais, une fois les nationalités fondées, l'intermède de la violence et de l'injustice était fini, et il s'agissait de bâtir, avec ces nouveaux et énormes moellons cyclopéens, un nouvel édifice. L'Europe s'est donc retrouvée placée alors, à partir du xvii*' siècle, à peu près dans l'état international où elle se trouvait avant la conquête romaine. Antérieurement à cette grande fusion militaire, les nations, qui consistaient en cités innombrables, étaient, dans leurs rapports réciproques, à l'état sauvage, chasseurs et gibier tour à tour les unes pour les autres ; et c'est peu à peu, bien lentement, dans des régions circonscrites, qu'un certain nombre de règles restrictives du droit absolu de la force ont été reconnues, parmi les cités grecques notamment ou parmi les cités italiques ou même parmi quelques tribus germaines. Il a fallu la conquête romaine pour mettre finaux spoliations incessantes, aux

cruautés et aux exactions mutuelles, qui étaient la suite inévitable de ce morcellement.

Mais, entre ce pus&é pré-romain et l'Europe moderne, il y a une différence visible, sans parler des autres : c'est que le nombre des cités d'autrefois était infiniment supérieur à celui des nationalités d'aujourd'hui, ce qui simplifie le problème et le rend plus facile ou moins ardu à résoudre par les voies pacifiques, par l'harmonisation spontanée et graduelle. Car il est bien plus difficile de faire s'accorder spontanément et paisiblement mille Etats distincts que cinq ou six. Mais, d'autre part, il est bien plus aisé, pour un Etat devenu prépondérant, de conquérir successivement mille petites cités et de les assimiler, que de s'annexer cinq ou six énormes nations modernes et surtout de se les assimiler.

L'association fédérale devenant ainsi de moins en moins difficile, et l'annexion militaire se heurtant à des difficultés déplus en plus grandes, il y a donc deux raisons pour une de penser que le problème politique posé par la juxtaposition des nationalités modernes se résoudra d'une tout autre manière que ne s'est résolu le problème, jusqu'à un certain point analogue, qui se posait par* la multiplicité des cités antiques. Le problème antique ne comportait que la solution guerrière, qui alors était relativement facile ; le problème moderne ne semble comporter que la solution pacifique par la fédération spontanée, dont les voies se préparent.

— Un des obstacles majeurs à la moralisation de la Politique est l'encouragement donné au succès immoral, la prime offerte au crime politique, par les foules qui l'acclament, par les historiens qui l'admirent, par les penseurs qui le consacrent en dogme et affectent des airs de supériorité en traitant la morale de très haut. Fort peu de théoriciens échappent à cette fascination de la criminalité glorieuse, et je sais un gré infini à Le Play, à Renouvier, à Spencer même, de n'avoir point versé

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dans le banal et odieux paradoxe qui attribue de préférence à des princes ou à des hommes d'Etat corrompus et sanguinaires Forigine des progrès sociaux les plus certains. Je suis fâché de trouver dans un ouvrage aussi remarquable que la Constitution d'Angleterre de Freeman, un exemple typique de cette dangereuse aberration. Suivant cet auteur, le bonheur que possèdent les Anglais de vivre sous une constitution libérale, sous des institutions qui ont fait leur prospérité inouïe , a pour cause , en grande partie, la chance qu'ils ont eue de posséder, au moyen âge, (( une suite de rois détestables )) sous le règne desquels, grâce à leurs crimes, l'esp rit de révolte s'est déchaîné, tandis que, à la même époque, Fâbsolutisme s'enracinait en France (( par les vertus funestes du plus équitable des rois » de S* Louis. Celui-ci, en effet, (( en entourant la couronne du reflet de sa gloire et de ses vertus personnelles, fît" plus que personne pour affermir le pouvoir. Il fît ainsi plus que personne pour frayer la route au misérable despotisme de ses successeurs dont les actes coupables auraient journellement tourmenté son âme équitable». Et l'auteur ne semble pas comprendre que, par cette fîn de phrase, il contredit le commencement. N'est-il pas clair que ces actes coupables, que S' Louis n'eût jamais commis, sont la source de la perversion du pouvoir, et que, si les successeurs du vertueux monarque lui avaient ressemblé, s'ils avaient porté dans leur cœur cette énergie de droiture et cette passion de la justice — en éclairant successivement, bien entendu, ces sentiments des lumières de leur époque et en élargissant par degrés leur conception du juste — la France serait aujourd'hui la plus heureuse et la plus prospère des nations.^^ C'est une Jïiode et une manie déplorable, dans le monde des historiens, de pren- ^re^a^tic les honnêtes acteurs de l'histoire, de se complaire a mettre en relief l'insuffisance de leur jeu, l'étroitesse de leur esprit, et, inversement, d'encenser les

grandes canailles politiques — en France Philippe le Bel, Louis XI, pour ne citer que les meilleurs, en Angleterre les Tudors, y compris Henri VIII — et de s'extasier outre mesure sur leur largeur d'esprit, qu'on leur prête gratuitement le plus souvent. Cette faiblesse de cœur pour les forbans historiques et cette antipathie marquée contre les pasteurs des peuples ont pour conséquence, à la longue, de faire attribuer aux premiers à peu près tout ce qui s'est opéré d'intelligent et de fécond en fait de réformes administratives ou législatives. Mais la vérité est que, à talent ou à génie égal, Ici plus honnête de deux hommes d'Etat est toujours le plus! utile aux nations. Ceux qui n'ont foi qu'à l'énergie,' ceux qui ne croient qu'au génie ou au caractère, n'ont qu'à regarder Napoléon. Certes, ce n'est pas le caractère qui lui manquait, à celui-là, ni le génie. Mais, s'il eût possédé, avec un peu moins de vigueur du vouloir, d'imagination géniale, d'esprit d'entreprises, un peu plus de cette chose méprisée qu'on appelle le cœur et le sentiment du Devoir, ne serions-nous pas maintenant le premier peuple du monde ?

Dans son Introduction analytique à la philosophie de r/iisfoire (1864), M. Renouvier développe magistralement cette thèse, que le cours de l'histoire n'est assujetti à aucune évolution uniforme de phases enchaînées, que tout y est varié, imprévu, original, malgré des simihtudes fréquentes, parce que tout y découle, en dernière analyse, du libre arbitre individuel; enfin, que le fait dominant de l'histoire est l'emploi bon ou mauvais, moral ou immoral, de cette liberté, et que tout s'explique par là, les bons comme les mauvais exemples s'accumulant par contagion et s'enracinant en coutumes en vertu de la « solidarité morale » et donnant naissance à des institutions bienfaisantes ou funestes, à des vertus ou à des vices nationaux, à l'établissement de la justice ou au développement des guerres, de l'esclavage,

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du despotisme. — En tout cela, il y a bien des choses qui s'accordent trop avec maintes vues émises plus haut pour que je ne m'empresse pas de placer celles-ci sous le patronage d'une autorité si justement respectée ; et il en est d'autres qui rentrent facilement dans ma manière de voir moyennant un simple changement de clefs. La clef de M. Renouvier, c'est l'idée du Ubre arbitre, d'où il prétend tout déduire. Mais est-il nécessaire d'avoir recours à cette notion si débattue et si battue en brèche de tous côtés pour avoir le droit de combattre Tévolutionnisme unilinéaire et invariable de l'histoire ? Nullement, il suflQt de généraliser et de placer en tête des explications historiques ce fait, reconnu par M. Renouviçr à titre secondaire et partiellement, dans sa seule application à la moralité, à savoir que tout provient d'initiatives individuelles contagieuses, c'est-à-dire imitées. Il n'érige pas ce fait en principe, mais il aperçoit bien son action sur tout le côté moral et immoral des sociétés et n'a que le tort de le subordonner au dogme souverain de la Uberté. Or, à notre avis, ce principe dispense de ce dogme : même dans l'hypothèse, admise par la majorité des savants, où les innovations de l'individu le plus exceptionnel seraient nécessitées par la rencontre de son caractère propre, de son état d'âme momentané, avec les circonstances qui l'enveloppent, il n'en est pas moins vrai que la singularité fréquente, parfois unique, de telles rencontres défend de soumettre le cours de l'histoire des peuples, et notamment celui de leur histoire politique, à des séries de phases réglées qui se répéteraient uniformément. Diversité ici tient lieu de lihevié. ou plutôt, la liberté sans la diversité n'empêcheraîl en rien le déroulement uniforme de l'histoire, tandis que la diversité sans la liberté s'y oppose absolument^ .

1. En d'autres termes, le déterminisme vital, d'où cclôt l'individu, intervient dans le déterminisme social pour laccidenter, pour aclualiser dans les sens les plus divers ses possibilités infinies. Mais, si le déternu-

Cette notion ambiguë et dangereuse du libre arbitre étant écartée, il reste du livre de M. Renouvier des thèses importantes à recueillir. Il est certain, par exemple, que, si Von songe à la manière dont l'esclavage, après une longue disparition européenne, a refleuri en Amérique dans les temps modernes, on y voit la confirmation de l'explication néo-criticiste de cette institution dans tous les temps : c'est, sans nul doute possible, par une accumulation d'exemples scélérats que cette lèpre morale s'est répandue dans le Nouveau- Monde. — Quant à la guerre, M. Renouvier l'explique mal : ici, il faut faire appel à la logique sociale, à l'opposition fondamentale du oui et du non qui, par le choc des armées et aussi des partis, est multipliée, élevée à la plus haute puissance, a son plus haut point de relief et d'éclat. — Enfin, M. Renouvier paraît n'avoir eu égard dans tout son ouvrage qu'aux rapports de la morale avec les religions. Mais les rapports de la morale avec la politique, qui nous intéressent en ce moment davantage, ne méritent pas moins de retenir l'attention du sociologue.

Uinveniion morale, c'est-à-dire l'initiative de la moralité, de la justice, dans un milieu immoral et injuste, se distingue radicalement de l'invention industrielle, scientifique, artistique, politique. Elle consiste, non, comme celles-ci, dans une supériorité d'imagination et d'intelligence, mais dans une supériorité de sympathie et de sociabilité. La sympathie étant la source profonde

nisme de la vie a cette vertu, s'il est producteur de variétés individuelles originales en dépit de la constance et de la régularité des lois vitales, n'est-ce pas parce que les éléments chimiques employés par la vie sont eux-mêmes difléreuciés, caractérisés, accidentés ? Autrement dit, le déterminisme chimique, atomique, est différenciateur du déterminisme vital, qui différencie le déterminisme social... En définitive, on doit remonter jusqu'à des éléments caractérisés, originaux, radicalement distincts, pour trouver l'explication vraie, positive et non verbale, des diversités phénoménales. Mais cela veut-il dire des éléments libres ? Non pas dans le sens des psychologues spiritualistes.

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de rimitation et de toute la vie sociale, on peut dire que cette invention-là est la plus nécessaire de toutes. M. Renouvier a donc raison de penser que la moralité importe encore plus que le génie au progrès social, à la fondation et à la durée des empires. Cela signifie que le développement de la sociabilité, encore plus que celui de l'individualité, est utile a la société : et, en vérité, il semble que ce soit là une tautologie... Mais, si tautologique qu'elle puisse être, cette vérité est bonne à rappeler quand on voit se formuler, sinon s'accréditer, des doctrines, diamétralement contraires, qui professent l'utilité du crime, la nécessité du crime. Il ne serait pas sans à propos de montrer que, si, comme M. Renouvier a essayé de le faire voir, les religions supérieures sont dues à des poussées morales, à des caractères héroïques, les institutions politiques supérieures ont la même origine.

Si, d'une part, nous nous attachons avec fermeté à ce principe que tout procède socialement d'initiatives individuelles imitées, et si, d'autre part, nous répudions les sophismes courants sur le crime nécessaire et salutaire, nous serons amenés à deux conclusions pratiques. En premier lieu, nous conclurons qu'il faut chercher à expulser toutes les institutions, politiques ou autres, qui ont commencé par être et n'ont pu commencer que par être du crime accumulé, enraciné, organisé, ou du vice généralisé, bien que, nées ainsi d'initiatives criminelles ou vicieuses, ces institutions aient pu être par la suite utilisées à défaut d'autres par les hommes les plus honnêtes et que sur ces troncs pourris des tiges de vertus aient pu fleurir. Tel est l'esclavage, telle est la prostitution, telle est aussi la guerre, mais avec cette réserve qu'ici l'origine est double, crime offensif et bravoure défensive, l'un portant l'autre et l'un sauvant l'autre. Car la guerre n'a pu naître que d'attaques primitives tentées par des bandes

de brigands contre des tribus laborieuses et paisibles qu'elles ont obligées à s'armer, auxquelles elles ont inoculé le virus belliqueux. C'est là le grand attentat dont parle avec une indignation légitime M. Letour-. neau. Et, mutualisé de la sorte, l'assassinat, de lâche est devenu brave, d'infâme glorieux, et d'autant plus contagieux qu'il était source de vertus plus mâles. — Mais dirons-nous de même que la propriété individuelle, le mariage monogame, la religion, l'autorité politique, rentrent dans la catégorie précédente? Non, car la propriété individuelle a pu et dû souvent procéder de l'initiative d'un défrichement et non d'une usurpation, la monogamie de l'amour et non de la violence, la rehgion de la foi et non du mensonge, le pouvoir de l'admiration ou du respect et non de la terreur. — Mais, en second lieu, nous devrons chercher à extirper, dans les institutions de l'origine la plus saine et la plus légitime, tout ce que le crime et le vice même y ont mêlé plus tard d'éléments corrupteurs. C'est la tâche ingrate des réformateurs utiles.

En procédant de la sorte, nous éviterons de jeter sur les institutions, pour les défendre, le manteau de la prescription qui couvre avec soin leurs sources. Nous éclairerons celles-ci autant qu'on voudra, autant que nous pourrons, et, en repoussant l'esprit révolutionnaire, nous nous garderons bien de lui laisser le privilège apparent de la Justice, nous nous garderons bien d'invoquer contre lui des théories pernicieuses qui tendent à la justification du fait accompli, quel qu'il soit, et à la glorification du mal ancien, réputé père indispensable du bien présent.

Les lois logiques, très générales, qui régissent le monde social, sont susceptibles de mille appUcations diverses qu'on peut diviser en deux grandes catégories, les applications morales et les applications immorales. Et il importe fort de distinguer. Prenons, par exemple.

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