I.A J.LTII: l)i:S PARTIS J
nouvelles, de désirs aneiens et de désirs nouveaux. I Dirons-nous aussi que ces inconséquences et ces incolirrences intérieures des gouvernants sont le salut unique des gouvernes? Et, si nous n'osons le dire, de c|uel droit penserions-nous que le combat de Tintellig(Mice et de la volonté des hommes au pouvoir est prèle lable a Taccord des deux? Aussi sommes-nous loin de le penser, et de cette opposition, comme de toutes les autres, nous diions qu'elle est transitoire, passagèrenienl utile, destinée a se résoudre dans une harmonie qu'elle aura préparét?. La conformité des actes aux pensé(*s, la conformité des pensées les unes aux autres : telles sont les qualités élémentaires qu'on est en droit d'attendre d'un homme politique. Quelle sécurité, et, par suite, quelle liberté, j^eut subsister dans une nation dont les maîtres ne rougissent pas de se contredire d'un jour a l'autre et ne se croient même pas liés par l'entrave des lois (ju'ils ont faites? Un Etat vraiment libre est un Etat où Ton est sûr du lendemain, im Etat où l'accord ne règne peut-être pas entre les volontés des citoyens, mais où il rèsrne toujours entre les volontés et les idées de ceux qui gouvernent. Un Etat libre est, avant tout, un Etat logique. '
L'OPPOSITlOiN POLITIQUE
' • (Suite).
LA GUERRE ET LA DIPLOMATIi:
Nous venons de passer en revue quelques-unes des oppositions propres u la Politique intérievire. Nous ne pouvons négliger entièrement celles qui apparliennen» à la Politique extérieure, et dont la plus manifeste est la|| guerre. Il convient d'y ajouter la diplomatie, cette s Ira-» tégie de la Paix. La guerre n'est peut-être pas la plusimportante toujours, elle n'est que la plus frappante des luîtes entre nations considérées comme puissances opposées. Remarquons en passant, avec Cournot, que. le mot pouvoir, empreint d'une signification morale, où il entre du respect sinon de Tamour, est réservé à la politique intérieure, mais que, avec une justesse trop expressive, le terme de puissance , emprunté à la méca- . nique, a été appliqué aux Etats dans leurs rapports f extérieurs. La langue marque ainsi le caractère de brutalité de ces êtres collectifs qui, bien inférieurs aux personnes individuelles dont ils se composent, n'ont i rien de moral dans leurs relations réciproques et ne lconçoivent leur accord, quand ils s'accordent, que comme V équilibre de deux poids ou de deux blocs de rochers roulés l'un contre l'autre.
'Mais \ influence que les Etats exercent au dehors est dey à quelque chose de moi us grossier que leur ^
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puissance . et, quand ou parle de rinlluence françaiï^e dans le Levant, ce ii'esl pas seulement de la force de nos armes qu'il s'agit. A l'inégalité et aux variations de rinlluence exercée par les diverses nations se rattache le sort d'une lutte invisible et continuelle que se livrent leurs langues, leui's cultes, leurs industries, leurs littératures, leurs arts, leurs mœurs, dans l'intervalle de leurs batailles. Or. tout ce qui a trait à cette lutte linguistique — si bien observée par M. Novicow dans ses ouvrages — à cette lutte religieuse, économique, eslhétique, éthique, est jiolitique au plus haut degré. Les batailles mêmes n'ont d'importance réelle qu'en ce qu elles interviennent dans ce grand conllit incessant pour fortifier puissamment l'un des adversaires, pour apporter un élément décisif de solution au problème posé par cette rivalité de civilisations dinercntes. Goml)i(n. hélas! nos défaites de 1<S70 ont fait perdre de terrain à la langue française, aux idées françaises, aux mœurs françaises, aux arts français !
Mais, puisqu'il s'agit de la guerre, arrêtons-nous un moment à considérer l arméc, petite société intense et à part, bien propre à mettre en relief la vérité de notre manière d'envisager la vie sociale en général et la vie politique en particulier. On a l'habitude de regarder l'armée comme une société artificielle. Soit; mais elle ( <t plutôt une société abstraite et pure, où les relations proj)rement sociales apparaissent dégagées de tous rapports biologiques, pour la commodité de notre analyse. Dans la vie civile, il y a des rapports de mari à femme, de père ou de mère à fils ; ils sont inconnus dans l'armée. Elle reçoit les enfants tout faits du dehors : la production des enfants, en effet, chose vitale plus que
sociale, ne la regarde pas. Dans la vie civile, il y a cles)i rapports économiques qui ne se retrouvent pas dans Tarmée, ce qui montre qu'ils ne sont pas absolument essentiels à la vie sociale : les produits de tout genre, pain, viande, tabac, vêtements, ne sont ni achetés niii vendus, ils sont répartis suivant certaines règles. Ils n^tf' sont pas fabriqués dans les régiments, ils sont importés© tout faits du dehors, eux aussi. A ces deux points de|r vue, ne semble-t-il pas que l'armée réalise pour ainsi dire] une sorte d'idéal de parasitisme nécessaire et supérieur] en vain poursuivi par les sociétés contemporaines oii l'on voit, à mesure qu elles se civiHsent, la paternité décroîtrer j^endant qu'elles accueillent plus liospitaliérement Tim-j migration étrangère et les produits alimentaires venus de l'étranger ? Et ne tendent-elles pas a se décharger de plus en plus sur des machines, qui travailleront gratuitement, du soin de produire les articles qu'elles achètent ou vendent aujourd'hui ? — Mais il est deux genres de rapports qui sont communs a la vie civile et a la vie militaire et que l'armée, loin de les émousser, renforce au contraire. L'un est le rapport de précepteur a élèA e, qui se reproduit avec une vigueur remarquable dans celui de l'olficier instructeur et du conscrit. L'autre, impliqué dans le j^récédent de même que le précédent l'implique, est le rapport de supérieur à inférieur, de commandant à commandé, qui n'est nulle part plus accentué que 1 dans l'armée. Or, il est inutile de rappeler que ces deux relations en supposent une troisième, sans laquelle elles ne seraient pas possibles et qui, militairement, se présente avec une énergie et une précision singulières : celle de modèle à copie. L'esprit d'obéissance et de docilité militaire, c'est, avant tout, l'esprit de conlbrmisme ; et, si nulle part ne règne une discipline aussi rigoureuse que dans les casernes et les camps, c'est que nulle part la tendance a rirnitation n'est si forte. Dans la mesure où riiomogénéité de l'armée croît ou décroît,