I \ GUERRE ET LA DIPLOMATIE
sa coliesion augmente on diminue: il faut d'abord que l(^s hommes s'y assimilent , puis ils s'y organisent . Aussi loul est-il contagieuv à l'excès dans les bonnes armées, es bons comme les mauvais exemples, les traits de ravoure comme les suicides.
L'^imilation, donc, est la fonction élémentaire de 'organisme militaire : mais qu'est-ce qui est imité dans les armées? Les volontés et les idées des chefs qni, grâce a Tobéissance et à la foi exaltée, se répandent dans toute Tarmée et de cent mille hommes font une seule âme. L'âme collective, là, ce n'est rien de mystérieux i d'énigmati([ue : c'est tout simplement l'âme du chef. Et où tend cette convergence merveilleuse des esprits et des cœurs Quel est le but de cette addition, de cette intégration militaire de convictions et de j^assions, de réjugés et d'habitudes assimilés, accumulés, enracinés.^ e but, c'est le choc meurtrier, sur un clianip de baaille, avec une autre âme tout pareillement faite de eut mille âmes, avec une autre somme vivante d idées t de volontés directement opposées et contradictoires. Il s'agir a de mettre cette contradiction en pleine lumière ])ar le combat. — (*omme la contradiction de deux hommes est révélée par leur discussion et de la résoudre par la victoire, qui anécintira l'une des deux proj)Ositions, l'une des deux volitions nationales, devant l'autre.
A y regarder de prés, d'ailleurs, rimitation (j[iii [)récède la lutte militaire, aussi bien que la victoire qui la suit, n'est qu'une résolution de contradictions, seulement sur une échelle Jjcaucoup moindre. Deux individus sont en présence : leurs idées et leurs volontés diffèrent, et, en partie, se contrarient: elles se heurtent en se rencontrant : mais l'idée ou la volonté de l'un finit par prévaloir et s'imposer â son partner. \ oilà tout le phénomène de Fimitation : un problème de logique sociale résolu. Le rapport de modèle â copie est donc
172 TRANSFORMATIONS ni POUVOIR
in lime ment lié à celui de maître à eleve Le vrai supé- ^ rieur est celui qu'on écoute et qu'on suit, qui a le don i de persuader et de convaincre. ^
C'est dans Tarmée surtout qu'il convient d'etudiei' ce rapport du supérieur a F inférieur. Le commandement militaire, bref, sec, autoritaire, prononcé d'une voix tonnante en monosyllabes sonores, est instantanément obéi, sans nulle exception, et de la même manière par tous les hommes commandés. Il est obéi mécaniquement, mais en vertu d'une suggestion spirituelle et toute-puissante, par laquelle l'unité s'impose au nombre, un homme à un million d'hommes, et qui est devenue automatique a force de se répéter. Le commandement civil, le décret, est un ordre aussi, mais un ordre non vocal, moins obéi, jamais identiquement, presque jamais au même instant. — A cet égard, comme a tant d'autres, l'armée, quoiqu'elle soit une sorte de tégument protecteur, en partie extérieur au corps social protégé par lui, m- \ carne le principe social pur, dégagé de presque tout j ce qui s'y mêle de vital dans la société générale. Et c'est précisément pour cela qu'elle a quelque cliosef ii d'artificiel ou mieux d'artistique. Mais cette chose sociale tout objective que cherchent certains sociologues, si nous avons chance de la trouver quelque part, c'est la ii sans nul doute. Lncorc l'y trouvons-nous P Non. A la> i vérité, cesmarclies, ces manœuvres, ces opérations militaires, c[nandelles sont exécutées avec un ensemble parfait, peuvent être considérées, vues de très loin, connue des mouvements mécaniques, que la cinématique étudie abstraction faite des molécnles de matières mues et des forces mouA antes. Mais nous savons que la mécanique (*lle-meme n'a pu s'arrêter à cet ordre de considérations tout objectives et qu'il a fallu y introduire l'idée de force, d'origine toute subjective, pour prêter un sens aux mouvements matériels. Et après cela, nous nous amuserions à prétendre expliquer les manœuvres d'une ba-